• Un amour qui se construit et se lit entre les lignes

     

    Un amour qui se construit et se lit

     entre les lignes

    L’auteur Isabelle Laurent, nouvellement Buhloise, revient avec Marraine du djebel , un livre qui retrace les parcours croisés d’un jeune Vosgien mobilisé en Algérie et d’une étudiante mosellane qui se destine au métier d’institutrice. L’histoire vraie de ses parents.

    Un amour qui se construit et se lit entre les lignes

    Dans son nouveau livre Marraine du djebel, Isabelle Laurent retrace la rencontre de ses parents, une rencontre par lettres interposées sur fond de guerre d’Algérie. Photo RL /Laurent MAMI

     

    Votre livre raconte comment l’amour est né entre vos parents Pierre et Georgette, une histoire incroyable qui se construit mot à mot après une lettre envoyée comme une bouteille à la mer par un jeune militaire vosgien mobilisé en Algérie à une étudiante mosellane qu’il ne connaissait pas. Comment votre mère est-elle devenue une marraine du djebel ?

    Isabelle LAURENT  : « Par un heureux hasard. Pendant la guerre d’Algérie, les jeunes soldats mobilisés avaient souvent le mal du pays et s’échangeaient des adresses pour pouvoir correspondre avec ceux restés en France. Des jeunes filles de préférence. Ma mère avait un frère en poste en Tunisie et savait à quel point il s’y ennuyait et combien le courrier était important pour lui. Elle était donc prête à s’investir dans ce rôle. Elle a reçu la première lettre de Pierre alors qu’elle était en pensionnat à Metz. Par chance, cette lettre n’avait pas été ouverte par les sœurs qui dirigeaient cette école privée. Et parmi toutes celles que ma mère a reçues, c’est celle-là qui l’a touchée et à laquelle elle a décidé de répondre. L’intuition féminine selon elle. Leur correspondance a duré deux ans, même après le retour de Pierre au pays avant que finalement ils ne se rencontrent. »

    Comment avez-vous eu connaissance de cet épisode de leur vie ?

    « Je cherchais à écrire un livre sur la guerre d’Algérie pour rendre la parole à mon père et à tous ceux qui l’ont vécue, mais sur qui une chape de plomb est tombée une fois revenus. Il a commencé à sortir quelques photos pour que je visualise, pour se rappeler les lieux, les visages et les anecdotes. Il m’a parlé de la dureté de ce qu’on appelait alors « les événements », des injustices dont il avait été témoin là-bas, notamment à l’encontre des fellahs. Toutes ces choses qui ont ancré en lui un humanisme farouche. Puis, ma mère a sorti les fameuses lettres pour voir si on pouvait y trouver d’autres détails. En les lisant, j’ai été bouleversée et j’ai compris que le sujet était là ! La guerre n’est pas seulement une histoire d’hommes, les femmes y ont une part essentielle. »

    Vos parents ont-ils accepté tout de suite de devenir les personnages principaux de votre livre ?

    « Au départ, j’avais changé les prénoms, romancé l’histoire, inséré uniquement quelques extraits des lettres. Mais mon éditeur a vu plus loin dans cet hommage à ces femmes qui, par leurs écrits, ont aidé des jeunes soldats inconnus à tenir le coup. Il a souhaité en faire un véritable témoignage. Mes parents sont des gens généreux, ouverts sur le monde et aux autres. Ils ont tout de suite accepté et j’espère qu’ils sont fiers du résultat. »

    Marraine du djebel , préfacé par Benjamin Stora, aux éditions Michalon.

    Propos recueillis par Stéphanie PAQUET

    SOURCE : https://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-sarrebourg-chateau-salins/2019/04/08/un-amour-qui-se-construit-et-se-lit-entre-les-lignes

    Un amour qui se construit et se lit entre les lignes

    Un documentaire de 52 minutes réalisé par Rémy Collignon

    Au cours de la Guerre d'Algérie, pendant plusieurs mois, des jeunes filles ont écrit à de jeunes soldats. On les appelait marraines de guerre ou plus simplement correspondantes. Elles répondaient à une petite annonce ou acceptaient d'écrire au camarade esseulé d'un cousin ou d'un ami, que le plus souvent elles ne connaissent pas. 50 ans après, ces femmes racontent cette intime correspondance. Beaucoup d'entre elles ignoraient encore qu'un mot après l'autre, elles écrivaient leur histoire, tissant, dans le corps d'une guerre, des liens avec celui qui, pour certaines, allait devenir l'homme de leur vie... 

    A mon inconnu que j’aime, cette phrase, écrite au dos d’une photo de famille, vers la fin des années 50 est le point de départ du travail de Rémy Collignon. Les parents des réalisateurs sont tombés amoureux par lettre quand sa mère était marraine de guerre et son père appelé en Algérie. Ces lettres, Rémy Collignon ne les a pas retrouvées... alors il va aller en chercher d’autres, auprès de femmes qui plus de cinquante ans plus tard, les sortent de boites en fer rouillé, de boites en bois poussiéreuses. "A mon inconnu, que j’aime" est un documentaire sensible, délicat, émouvant comme ces femmes aujourd’hui seules, ou ces deux couples, âgés de plus de 70 ans, qui témoignent d’un type de rencontre très particulier. 

    Toutes les marraines de guerre n’ont pas épousé leur soldat du contingent, mais c’est arrivé et aujourd’hui encore, l’émotion fait trembler leurs mains quand elles lisent leur courrier de jeune fille. 

    La guerre était omniprésente dans le souci qu’avaient ces jeunes filles que leur amoureux revienne sain et sauf. Mais il y avait peu d’information, on ne parlait même pas de guerre à l’époque, mais de maintient de l’ordre. Même si l’une des marraines est bien particulière, puisqu’elle soutient en prison un soldat qui a refusé de porter le fusil et avec lequel elle partage toujours sa vie aujourd’hui. Cependant, ces couples n’en auront jamais fini avec la guerre d’Algérie. 

    Les violences qu’ils ont commises viennent hanter les hommes revenus à la vie civile. Leur sommeil est peuplé de cauchemars et leurs femmes en témoignent, jusque 50 ans plus tard. 

    Documentaire de Rémi Collignon, coécrit avec Erell Guillemer (France, 2010). 52 mn. Inédit. 

    En 1960, elles avaient 20 ans, l'âme légère et l'existence devant elles. Au gré de rencontres ou par pur hasard, elles ont accepté de coucher un peu de leur temps, un peu de leur vie sur papier dans de longues lettres envoyées par-delà la ­Méditerranée. Là-bas, dans la fournaise du djebel, sous l'éblouissant soleil d'Alger, les jeunes soldats français attendent leurs missives avec l'impatience des exilés. Le réalisateur est le fruit de cette correspondance de guerre d'où, entre les lignes, l'amour a émergé. Né de l'union entre la « marraine » et le jeune appelé au service, coincé dans ce qu'on appellera plus tard la guerre d'Algérie, il salue ici ces femmes qui réchauffaient le coeur des militaires du bout de leur plume. Certains échanges ont débouché sur un mariage, d'autres ont été engloutis dans l'oubli. 

    Elles ont maintenant 80 ans et elles se souviennent. On suit leur histoire avec une gentille émotion, redoublant d'attention lorsque certaines évoquent le fabuleux témoignage qu'offrent ces lettres sur ces années de guerre. 

    A mon inconnu que j'aime

    C'était un temps à la fois paisible et tempétueux, le temps du modernisme triomphant, du développement de la mode et des cosmétiques, de l'automobile de masse et de la société des loisirs. Un temps, au coeur des Trente Glorieuses, où la vie pouvait paraître douce. Pourtant, de l'autre côté de la Méditerranée, une guerre qui ne voulait pas dire son nom semait le désespoir et la mort. Elles étaient de très jeunes filles à l'époque, au seuil d'une existence qui n'était encore pour elles que promesses. Dans un pays déchiré par ce conflit algérien qui divisait parfois les familles, elles avaient accepté d'être des « marraines de guerre » pour soutenir le moral des combattants. Un devoir patriotique qui, bien souvent, tournera au flirt épistolaire. Les jeunes gens ne se connaissent pas mais ils s'écrivent des mots d'amour. Ils se charment à distance, mais se vouvoient toujours.

    Un demi-siècle a passé. La guerre d'Algérie n'est qu'un lointain souvenir mais ses traces, en elles, demeurent vivaces. Dans un coffret, une malle ou des cartons qui ne les ont jamais quittées sommeillent les enveloppes à l'encre passée, les feuillets froissés d'avoir été tant parcourus, ces lettres en souffrance qui ont éclairé, et parfois modifié, leur destin. « Il y a là tous les courriers écrits entre 1956 et 1958. Sur deux ans, à raison d'une par jour, cela fait près de 600 lettres. Pour lui, et autant pour moi. » Elles relisent avec émotion ces mots écrits dans une autre vie, frémissante, incertaine. « Je vous promets que je serai avec vous pendant ces 34 méchants dimanches qui nous séparent encore. En ce moment il pleut sans cesse sur Vitry. Dany, qui voudrait tant que vous la voyiez coiffée. Mes meilleures pensées. » Dans un cadre doré sur la cheminée, ou accroché au mur du salon, le portrait d'une belle jeune fille en chapeau, souriante, voisine avec celui d'un jeune homme en uniforme, très droit, le regard fier. De ces échanges qui les ont fait tant voyager ne restent que ces ombres figées pour l'éternité.

    La guerre était pour elles une sorte d'abstraction. « D'abord on ne prononçait pas ce mot : c'était les «événements» d'Algérie, et on n'était pas bien au courant. Je n'ai eu conscience de certaines réalités qu'à travers cette correspondance. » « C'est vrai qu'on avait un peu peur, d'abord pour nos frères, nos cousins, et puis pour ces garçons auxquels on écrivait. » Pourtant ils leur en disent peu, ces combattants du djebel arrachés sans ménagement à l'insouciance de leurs 20 ans, et coupés de tout. Ces égarés se raccrochent éperdument à leur lointaine marraine : « Le temps me semble long et mes pensées puissent-elles vous protéger en étant souvent auprès de vous, mon pauvre Guy. Bonsoir avec mes meilleurs baisers. » Au fi l des semaines, insensiblement, le ton change, les mots se font plus caressants. Cinquante ans après, devant la caméra attentive de Rémy Collignon, elles racontent dans un sourire timide ces intimes échanges, et la douce naissance des sentiments. Avec une sorte de réticence embarrassée elles relisent ces mots d'autrefois baignés d'innocence, et leur audace passée les étonne. « J'essayais de lutter car je ne pouvais pas imaginer qu'on puisse s'aimer par correspondance, sans se connaître. Mais maintenant j'en conviens. J'ai parlé à coeur ouvert, et je suis heureuse que de l'autre côté de la Méditerranée il y ait un coeur qui ait compris le mien, et qui batte au rythme du mien. Tu as droit au bonheur, et j'espère te l'apporter. »

    Un amour qui se construit et se lit entre les lignes

     

    Beaucoup de ces correspondants fantômes ne rentreront pas, ou reviendront brisés. « Tous ces garçons partis là-bas ont pris un coup de vieux. Ils ont vu la mort à 20 ans... » Néanmoins, nombreux sont ceux qui épouseront leur marraine. Elles se souviennent de la première rencontre, après des mois de correspondance, sur le quai d'une gare ou à la terrasse d'un café, ce face-à-face où soudain les rêves qui les avaient jusque-là portées s'effacent, où ne subsistent qu'un visage, un regard, et cette première impression, bouleversante, face à l'inconnu tant fantasmé. A ce stade, beaucoup d'entre elles ignoraient qu'un mot après l'autre elles écrivaient leur propre histoire, tissant, dans le corps d'une guerre, des liens avec celui qui allait devenir l'homme de leur vie. Un homme qu'il faudrait soutenir encore : à leur retour, ces soldats perdus auront des insomnies, des angoisses, ils revivront sans cesse ce cauchemar auquel, pour la plupart, ils n'auront rien compris. Mais ils n'en parleront guère. Celles qui les ont épousés ont traversé la vie aux côtés de maris silencieux, hantés par ce passé chaotique et ces images qui leur sautaient sans fi n au visage. Qu'elles se soient mariées avec leur filleul ou avec un autre, elles ont conservé cette correspondance de leurs 20 ans, ces lettres baignées de tendresse envoyées comme autant de messages d'espoir.

    Un amour qui se construit et se lit entre les lignes

    « Moi j'aurais envie de dire qu'il s'agit aussi de lettres d'amour entre la France et l'Algérie. » Une correspondance qui, dans les faits, jetait effectivement un pont entre deux êtres autant qu'entre deux pays déchirés, à l'époque, par un conflit aveugle.

     

    « Je vois, Bouteflika, et je te demande de voir !!! Un article de Meriam Sadat journaliste à El Watan quotidien algérienIMPRESSIONS D'AILLEURS : Ces étrangers sous le charme du soulèvement populaire en Algérie »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    1
    Lundi 8 Avril à 09:42

    Pou tous ceux qui étaient directement concernés par les événements, appelés du contingent ou praents de ceux-ci, il n'y avait pas de confusion c'était bien de guerre qu'il s'agissait même si le mot n'était pas officiellement employé.

    Tous ceux qui ont participé à la guerre d'Algérie n'ont pas été exposés. Et tous n'ont pas été ni acteurs ni même témoins d'exactions. Par contre l'ennui, la misère "affective" pour employer un mot atténuant quelque chose de plus physique, étaient le lot de tous.

    J'étais régulièrement le matin de corvée de pluche de pomme de terre avec l'autre maître-chien de l'unité. Il arrivait régulièrement vers la fin de l'opération expliquant au gradé qui lui demandait des comptes qu'il écrivait à sa fiancée et que s'il ne le faisait pas il ne recevait pas de lettre et que cela était traumatisant pour le moral du soldat. En quelque sorte en rédigeant son courrier il faisait oeuvre patriotique.

    Il avait répondu à une proposition de marraine de guerre. Rapidement, après quelques échanges épistolaires il avait reçu un colis. Autant que je m'en souvienne il y avait dedans une boîte d'asperges. Il avait commenté d'un "ça commence par des colis mais ça continue par des mandats !"

    Non, il n'avait pas le profil d'un amoureux !

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter