• Un hommage à Suzanne Citron disparue le 22 janvier 2018

     

    Un hommage à Suzanne Citron
    disparue le 22 janvier 2018

    Une rencontre est organisée le 6 mars 2018, à Paris, sur « Suzanne Citron. Trajectoire et héritage(s) d’une intellectuelle engagée ». Née en 1922 et disparue le 22 janvier 2018, l’historienne Suzanne Citron a milité contre le colonialisme, notamment lors de la guerre d’Algérie et pour les droits des Palestiniens, et a mené une réflexion importante sur l’enseignement de l’histoire, que poursuit aujourd’hui le collectif Aggiornamento.  

    Suzanne Citron. Trajectoire et héritage(s)

    d’une intellectuelle engagée

    Mardi 6 mars, 18h30 > 20h30
    La Colonie
    128 rue de La Fayette - 75010 Paris

    La Colonie et le collectif Aggiornamento organisent une soirée en honneur de l’historienne et militante Suzanne Citron. Auteur du Mythe national, elle est connue pour ses travaux critiques sur l’enseignement de l’histoire et pour ses engagements anticoloniaux.

    Au programme : débats et témoignages sur ses écrits, son engagement et son héritage, projection et présentation d’archives.

    Ouverture : Laurence De Cock (historienne),

    ● Première partie | Trajectoire et engagements de Suzanne Citron,

    avec Marianne Debouzy (historienne et secrétaire du Comité Maurice Audin, de 1958 aux années 1960) — sous réserve —, Patricia Legris (historienne), Etienne Balibar (philosophe), Gilles Manceron (historien).

    ● Deuxième partie | Héritages : L’aggiornamento de l’enseignement de l’histoire, depuis l’article de 1968 de Suzanne Citron dans les Annales jusqu’à sa préface en 2017, « Pesanteurs et frustration autour de l’histoire scolaire », à la deuxième édition de La Fabrique scolaire de l’histoire (Agone, CVUH),

    avec Véronique Servat, Servane Marzin, Vincent Casanova et Hayat El Kaaouachi qui ont contribué au livre La Fabrique scolaire de l’histoire.

    ● Projection du film du CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire) : Suzanne Citron et Marianne Debouzy : itinéraires croisés d’historiennes (2015).

    ● Vente de livres.

    Voir aussi sur les choix de Suzanne Citron lors de la guerre d’Algérie et sur son engagement pour les droits des Palestiniens


     

     

     

    Rappelez-vous d'abord

    de cette émission

    de France 2

    où "le disparu en politique"

    fillion "se fait allumer"

    par l'indépendantiste

    élie damota

     

    L’historienne

     Suzanne Citron

     est morte 

    L’historienne Suzanne Citron est morte

    Le colonialisme comme révélateur

    Après la guerre, Suzanne Citron découvre le colonialisme, ce qui lui fait reconsidérer pour la première fois l'histoire de France avec un esprit critique. Elle se documente avec un œil neuf sur l'Indochine française jusqu'à la mutinerie de 1930, la tuerie de Madagascar de 1947... et la Guerre d'Algérie, comme elle le racontait, toujours dans L'Humanité, en 2014 :

    " Le livre interdit de Francis et Colette Jeanson, "L’Algérie hors la loi", publié en 1955, révèle les enfumades du général Bugeaud à la professeure agrégée que j’étais. On m’a donc menti sur l’histoire de France. Je comprends bientôt que les pouvoirs spéciaux accordés au gouvernement Guy Mollet le 12mars 1956 par la gauche tout entière, communistes compris, sont le paravent d’un système de torture rappelant la Gestapo. La guerre d’Algérie, c’est donc la République qui torture au nom de la France une et indivisible de Dunkerque à Tamanrasset. Mon image de la République, préservée par la Résistance, s’effondre ".                               

    La guerre d’algérie sera donc pour elle un « second choc intérieur ». Révoltée par le vote des pouvoirs spéciaux en Algérie par le gouvernement du socialiste Guy Mollet en 1956, l’historienne se penche sur le colonialisme français, les enfumades pendant la conquête de l’Algérie, les répressions des années 1930 en Indochine et les massacres à madagascar en 1947. Les révélations de ces occultations dans le récit national républicain traditionnel seront essentielles dans sa prise de distance critique avec l’histoire de France.

    L’historienne Suzanne Citron est morte

    Suzanne Citron avait involontairement fait parler d'elle lors des dernières élections présidentielles, lorsque François Fillon s'était vu remettre un exemplaire du Mythe national par l'historienne Laurence De Cock, lors de "L'Emission politique" du 24 mars 2017, sur France 2. Résultat des courses ? Rupture de stock pour l'ouvrage, une semaine plus tard.

    En décembre 2015, Suzanne Citron se racontait dans une vidéo du Comité de Vigilance des Usages Publics de l'Histoire. 

    Bibliographie

    L’historienne Suzanne Citron est morte

    Le Mythe national : l'histoire de France revisitée Suzanne Citron l'Atelier, 2008

    L’historienne Suzanne Citron est morte


    L'Histoire de France autrement Suzanne Citron Editions de l'Atelier

     

    L’historienne Suzanne Citron est morte

    L’enseignante et auteure du « Mythe national », qui déconstruit les strates historiographiques et idéologiques sur lesquelles s’est fabriquée la légende scolaire de la IIIe République, s’est éteinte à Paris, à l’âge de 95 ans.

    Suzanne Citron aura gardé jusqu’à sa mort, le 22 janvier, à Paris l’esprit critique chevillé au corps. Dans une tribune publiée sur LeMonde.fr, le 18 juillet 2017, l’historienne de 95 ans reprochait au président de la République, Emmanuel Macron, d’entretenir une confusion sur l'histoire de France en invitant le premier ministre israélien pour la commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv. Le propos était bref – trois paragraphes –, mais sans concession.

    « Je dénie formellement toute justification à la présence d’un homme cautionnant les exactions et les méfaits de la colonisation israélienne en Palestine et je récuse la sempiternelle et démagogique confusion entre antisémitisme et critique de l’Etat d’Israël », écrivait-elle.

    Comme souvent lorsqu’elle prenait la plume, l’historienne rappelait son parcours, celui de Suzanne Grumbach, née le 15 juillet 1922, à Ars-sur-Moselle (Moselle), issue d’une famille bourgeoise juive, dont l’adolescence heureuse au lycée Molière, à Paris, fut brisée par la débâcle de juin 1940. Un « premier choc avec la grande histoire » qu’elle avait raconté dans Mes lignes de démarcation (Syllepse, 2003).

    Elevée dans le culte de la France dreyfusarde et dans la mémoire de la Grande Guerre, elle éprouve la honte de la capitulation. Après que son père est fait prisonnier en Allemagne et que deux cousins sont raflés, elle passe la ligne de démarcation clandestinement à bicyclette, le 15 août 1941. A Lyon, elle poursuit ses études d’histoire tout en participant à des activités de résistance. Arrêtée par la Gestapo à Lyon, elle est internée à Drancy le 4 juillet 1944, avant d’être libérée le 17 août.

    Prise de distance critique avec l’histoire de France

    Agrégée d’histoire en 1947, elle exerce pendant plus de vingt ans comme professeur de lycée à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise). La guerre d’Algérie sera pour elle un « second choc intérieur ». Révoltée par le vote des pouvoirs spéciaux en Algérie par le gouvernement du socialiste Guy Mollet en 1956, l’historienne se penche sur le colonialisme français, les enfumades pendant la conquête de l’Algérie, les répressions des années 1930 en Indochine et les massacres à Madagascar en 1947. Les révélations de ces occultations dans le récit national républicain traditionnel seront essentielles dans sa prise de distance critique avec l’histoire de France.

    L’historienne mariée au musicologue, Pierre Citron, s’engage dans les mouvements pédagogiques des années 1960-1970 pour la rénovation des contenus de l’enseignement. Au lendemain de mai 1968, elle publie dans Le Monde un long point de vue intitulé Ce que nous attendons du ministère de l’éducation dans lequel elle esquisse les grandes lignes d’une réorganisation d’ensemble de la scolarité. Ses réflexions autour d’un abandon des programmes cloisonnés et encyclopédiques seront prolongées dans L’Ecole bloquée (Bordas, 1971).

    Historienne de l’enseignement de l’histoire, sa thèse de doctorat, qu’elle soutient à l’université de Paris-X en 1974, s’intitule Aux origines de la Société des professeurs d’histoire : la réforme de 1902 et le développement du corporatisme dans l’enseignement secondaire (1902-1914). Devenue professeure à l’université de Villetaneuse (Paris-XIII), elle continue de signer régulièrement des tribunes dans Le Monde, appelant notamment, en 1982, à une « croisade» pour une école nouvelle qui se soucie des droits et des aspirations de l’enfant.

    Travail de déconstruction

    En 1985, l’historienne démissionne du Parti socialiste où elle militait depuis dix ans. Elle reproche au ministre de l’éducation, le socialiste Jean-Pierre Chevènement, d’avoir rétabli une histoire nationale plaçant la France au centre du monde. Retraitée, Suzanne Citron se consacre alors à la question qui la préoccupe : dans une France en mutation économique, sociologique, culturelle, quelle histoire enseigner ? Dans Enseigner l’histoire aujourd’hui. La mémoire perdue et retrouvée (Les Editions ouvrières, 1984), elle égratigne quelques stéréotypes de l’histoire nationale, critiquant notamment le fait qu’on enseigne encore la Grande Guerre comme une « victoire du droit ».

    L’historienne notait des avancées majeures dans les programmes d’histoire au cours des trente dernières années

    Un travail de déconstruction qu’elle poursuit dans Le Mythe national. L’histoire de France revisitée (Les Editions ouvrières, 1987). L’ouvrage démonte méthodiquement les strates historiographiques et idéologiques sur lesquelles s’est fabriquée la légende scolaire de la IIIRépublique, la projection dans le passé d’une France sans commencement, la substitution d’ancêtres gaulois aux ancêtres troyens des Francs, la construction d’une logique d’Etat remontant à Clovis et symbolisée par une succession de personnages glorieux.

    Plusieurs fois réédité, l’ouvrage devient une référence. Dans sa dernière version (Les éditions de l’Atelier, 2016), l’historienne notait des avancées majeures dans les programmes d’histoire au cours des trente dernières années : l’émergence d’une histoire critique de Vichy, de la guerre d’Algérie, de la colonisation et l’irruption dans l’espace public de l’histoire de l’immigration. Elle n’en dénonçait pas moins la permanence en filigrane de la matrice du Petit Lavisse, manuel à l’usage des écoliers sous la IIIRépublique. « Ce récit ne permet pas aux enfants français nés en France ou venus des quatre coins du monde de se situer dans l’histoire humaine avant de découvrir leur appartenance à la France comme être historique », écrivait-elle encore dans la préface de la seconde édition de La Fabrique scolaire de l’histoire (Agone, 2017), ouvrage dirigé par le collectif Aggiornamento histoire-géographie, fondé au domicile de l’historienne en 2011.

    Ses membres se placent d’ores et déjà comme les héritiers des combats de Suzanne Citron. Lors de L’Emission politique, sur France 2, en mars 2017, son amie, l’historienne Laurence De Cock, principale animatrice d’Aggiornamento, avait offert un exemplaire du Mythe national à François Fillon, candidat LR à la présidence de la république, qui proposait de privilégier l’enseignement du récit national à l’école. Les téléspectateurs avaient voulu en savoir plus. Résultat : une semaine plus tard, l’ouvrage était en rupture de stock…

    Suzanne Citron en cinq dates

    15 juillet 1922 Naissance à Ars-sur-Moselle (Moselle).

    1971 « L’Ecole bloquée ».

    1984 « Enseigner l’histoire aujourd’hui. La mémoire perdue et retrouvée ».

    1987 « Le Mythe national. L’histoire de France revisitée ».

    22 janvier 2018 Mort à Paris.

    SOURCE : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/01/22/l-historienne-suzanne-citron-est-morte_5245335_3382.html#qYBqMwRv418Jcrjf.99

     

    Décès de Suzanne Citron : l’historienne

     qui a déconstruit le mythe national

    Suzanne Citron a consacré une partie de ses travaux  à la question du roman national  (Deuxième article)

    Suzanne Citron a consacré une partie de ses travaux

     à la question du roman national

    (Deuxième article)

    Elle est l’auteure du livre Le mythe national. Suzanne Citron s’est éteinte à Paris ce lundi 22 janvier, à l’âge de 95 ans. L’historienne et enseignante s’était fait connaître pour ses travaux sur la construction du roman national sous la IIIème République. Elle appelait à dénationaliser et réinventer l'histoire de France. Retour sur le parcours de cette femme dont l’essai Le mythe national a marqué l’historiographie contemporaine.

     

     

    « J’ai trouvé dans l’histoire scolaire, une histoire

    de la raison d’État » Suzanne Citron 

    Née en 1922 en Moselle sous le nom Grumbach, Suzanne Citron est issue d’une famille "qui se considérait comme française-israélite. L’ordre étant important." Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle franchit clandestinement la ligne de démarcation en 1941 pour fuir la partie de la France occupée. Elle poursuit ses études d’histoire à Lyon et participe en parallèle à la Résistance. En juillet 1944, elle est arrêtée par la Gestapo et transférée à Drancy. Elle échappera à la déportation et sera libérée par les Alliées en août. 

    Après la guerre, elle devient militante socialiste et anticolonialiste. Marquée par la guerre d’Algérie, Suzanne Citron se met à questionner l’histoire de France et le roman national, construit notamment par l’historien Ernest Lavisse autour de figures comme Vercingétorix, Charlemagne et Jeanne d’Arc. Dans son livre précurseur Le mythe national. L’histoire de France revisitée, publié en 1987, Suzanne Citron expose une thèse très critique à l’égard de l’enseignement : "J’ai trouvé dans l’histoire scolaire, une histoire de la raison d’État". Elle estime que le récit national tel qu’il est enseigné à l’école depuis la IIIème République est le fruit d’une construction politique ayant servi à reconstruire l’unité nationale au lendemain de la chute du Second Empire. Une histoire édulcorée et européoctrée. 

    Toute sa vie, elle a milité pour un récit national inclusif et universel : "Si on veut inscrire dans notre histoire plurielle aussi bien d'ailleurs les Juifs que les descendants d’esclaves, c’est un espace planétaire dans lequel il faut inscrire notre récit national."

    Un enseignement de l’histoire qui fracture

     le débat politique

    La question de l'enseignement de l’histoire de France est une ligne Maginot au sein du débat politique en cela qu’il cristallise les questions d’intégration de nouvelles populations au sein de la communauté nationale. En 2016, lors d’un meeting pour la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy défendait sa vision de l’intégration : "À un moment où vous devenez Francais, vos ancêtres se sont les gaulois et c’est Vercingétorix !". Une vision de l’histoire que ne partageait pas François Mitterand : "Nos ancêtres les Gaulois, un peu Romains, un peu Germains, un peu Juifs, un peu Italiens, un petit peu Espagnols, de plus en plus Portugais (...) et je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu Arabes." déclarait-il en 1987.  

    François Fillon, alors candidat à la présidence en 2017, s’était vu offrir sur le plateau de "L’Émission politique" le livre de Suzanne Citron. Alors invitée à débattre avec le candidat LR, l'historienne Laurence de Cock : "Je voudrais vous faire un petit cadeau (...) un livre qui est paru pour la première fois en 1987 de Suzanne Citron (...) qui est la première historienne à avoir fait une déconstruction très méthodique du récit national." À la suite de l’émission, les ventes du livre ont été relancées et une semaine plus tard, rupture de stock.

    SOURCE : https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/art-culture-edition/deces-de-suzanne-citron-lhistorienne-qui-a-deconstruit-le-mythe-national_2578706.html 

     

    Suzanne Citron a consacré une partie de ses travaux  à la question du roman national  (Deuxième article)

    Quelle définition pour le "récit national" ?

      de François Fillon qui, rappelons-le a disparu de la scène politique

    après avoir eu des problèmes avec la Justice française

     

    Dans ce récit national, également  l'ancien premier ministre y voit "une histoire faite d’hommes et de femmes, de héros, de symboles, de lieux, de monuments, d’événements qui trouvent un sens et une signification dans l’édification progressive de notre nation". Une manière aussi d'expliquer son discours très ferme sur la colonisation. "Non, la France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord. Non, la France n'a pas inventé l'esclavage", disait-il lors de son discours de rentrée à Sablé-sur-Sarthe. Ces mots lui avaient été reprochés par le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota (secrétaire général de l'Union générale des travailleurs guadeloupéens) lors d'un houleux échange durant L'Émission politique sur France 2. Le député de Paris avait alors maintenu ses propos, martelant son "refus de la repentance".

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  • Commentaires

    1
    Mardi 23 Janvier à 09:41

    Le Lavisse ? Oui je l'ai eu comme manuel d'histoire quand j'étais à l'école primaire. Mais c'est tout le système éducatif qui nous conditionnait au colonialisme.

    Les pouvoirs spéciaux accordés au gouvernement de Guy Mollet en 1956 ? Je considère qu'ils entraient dans l'idéologie de la social-démocratie. Leur vote par les députés communiste a été une erreur. On devrait le reconnaître aujourd'hui, d'autant qu'il y a des similitudes avec le contexte actuel.

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