• Un livre " pour tourner la page de la guerre d'Algérie "

     

    Parce que cette guerre n’était pas légitime en faisant obstacle à la juste revendication du peuple algérien, nous refusons le titre d’anciens combattants.

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    http://www.pressreader.com/france/l%C3%A9cho-de-la-presqu%C3%AEle-sn/20170407/283150018546887/radio

    Les auteurs du livre : Camille Trivière, Jean-louis Guitton, Jean Saulnier, René Guitton (manque sur la photo, Émile Chevalier et Jean-luc Joly)


    Livre-témoignage d’anciens combattants français

    Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Paroles d’appelés

     

    Ecrire une page d’histoire avant de la tourner, c’est l’ambition affichée par les auteurs du livre collectif Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Parole d’appelés, paru récemment en auto-publication soutenue par l’Association française des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG).

    «A 20 ans, sans préparation ni conscience politique, nous avons vécu une guerre qui nous a dépassés et qui ne voulait pas dire son nom. Il n’était alors question que de maintien de l’ordre et de pacification. Nous avons subi sans réagir parce que nous ne savions pas», écrivent en introduction les co-auteurs Emile Chevalier, Jean-Louis Guitton, René Guitton, Jean-Luc Joly, Jean Saulnier et Camille Trivière.

    Le texte de ces membres de la 4ACG est essentiellement un recueil de témoignages de quatorze de leurs camarades, anciens combattants mobilisés entre 1954 et 1962. Riches, variées, émouvantes et sincères, les paroles de ces témoins d’histoire donnent un aperçu très juste et assez représentatif de ce qu’a été cette période très douloureuse pour les Algériens, mais aussi pour les Français touchés directement ou indirectement par sept ans de guerre injuste et injustifiée.

    C’est leur façon de dire qu’«il faut tourner la page, mais sans la déchirer, de façon que les générations futures puissent y revenir et comprendre ce qui s’est passé». Ils offrent aux lecteurs une écriture d’histoire des plus objectives, cousue par un style narratif brut et sans détours.

    D’emblée, Guillaume, qui était stationné à Skikda, met à nu l’iniquité de l’armée coloniale : «Au mois de mai (1955), un gars m’a dit qu’avec sa section il était allé fouiller un village où d’après un renseignement il devait y avoir des suspects. N’ayant rien trouvé, il a vu un sergent déposer une grenade dans un gourbi. L’ordre a été donné de refouiller. Evidemment, une grenade a été trouvée.

    Donc, il y avait des armes dans ce village ! Comme sanction, le feu a été mis à toutes les mechtas en terre et en paille.» Son témoignage dégage beaucoup d’émotions car très cru. Evoquant la torture qu’il a vue de ses propres yeux, il écrit : «Elle était méthodiquement organisée et généralisée. C’était les hommes du 2e bureau, le service du renseignement, qui s’en chargeaient.» Encore sujet tabou en France, la torture était «bien réelle».

    C’est ce qui a marqué profondément Jean-Marc. Ce dernier narre avec regret les agissements de plusieurs soldats de son régiment, établi à Tizi Ouzou, qui étaient volontaires pour donner d’affreuses tortures aux «suspects» arrêtés, quelquefois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il était témoin de deux décès sous interrogatoire. «Quand j’y pense encore… J’ai honte, je restais indifférent. Personnellement, je n’ai pas levé le petit doigt. J’ai honte pour moi bien sûr et pour ceux qui ont laissé faire ou organiser ces tortures», explique-t-il.

    Quant à Fernand, qui dit avoir côtoyé la «haine» du côté français — exactions, tortures, assassinats et politique de la terre brûlée —, il a fait également le constat de la violence inouïe dont savaient faire preuve les «rebelles algériens». Dans la région de Saïda, il a assisté à quelques embuscades. Plusieurs de ses amis sont «tués, massacrés […], achevés à la hache».

    Toutefois, au milieu de tous ses souvenirs douloureux, il garde en mémoire quelques faits pleins d’«humanisme» et d’héroïsme ordinaire, lesquels sont accomplis par des soldats qui défendaient leur idéal républicain en refusant de s’adonner aux exactions et par des révolutionnaires prêts à mourir pour défendre l’honneur de leur peuple.

    Dans ce sens, il raconte : «Trois jeunes Algériens ont été incorporés dans notre section. Cela se passait bien avec eux. Une nuit, l’un d’eux est parti avec son arme. Lors d’un accrochage, il a été tué en criant ‘vive l’Algérie’ libre !» Mais question «belles» histoires, Gabriel était sans doute l’appelé le plus chanceux. Il a passé la plus grande partie de la durée de son incorporation en tant qu’instituteur, s’occupant d’une classe d’enfants indigènes à Guelâa, dans le douar Amalou (Béjaïa) : «Mes élèves m’invitaient à aller boire le ‘kawa’ chez eux.»

    Ces quelques extraits en disent long sur l’importance de ces témoignages inédits et d’une valeur historique indubitable, surtout que les écrits des anciens soldats sont enrichis par plusieurs photos de l’époque, illustrant leur vie à la caserne, en ville et au maquis. Sur quelques-unes, on constate leur insouciance, voire leur inconscience, par rapport à la réalité du conflit. Sur d’autres, leur solidarité avec la population autochtone qu’ils ont appris à connaître et comprendre ses souffrances, infligées par le colonialisme qu’ils servaient.

    En guise de conclusion, les auteurs et tous les «anciens combattants» -qui ont raconté ce qu’ils ont vécu- affirment qu’ils sont soulagés d’avoir enfin pris la parole pour dire qu’ils ne sont «pas fiers d’avoir fait la Guerre d’Algérie. Elle a été un terrifiant et dramatique fiasco. […] Parce que cette guerre n’était pas légitime en faisant obstacle à la juste revendication du peuple algérien, nous refusons le titre d’anciens combattants.

    Nous nous considérons comme des anciens appelés en Algérie, contraints de faire une guerre que nous avons cautionnée par notre silence». Ils aspirent à un travail de mémoire plus apaisé en France et en Algérie, dans la perspective d’une réconciliation franco-algérienne plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre.

    SOURCE : http://www.elwatan.com/hebdo/france/tourner-la-page-de-la-guerre-d-algerie-paroles-d-appeles-31-10-2017-355741_155.php 

     

    « Hommage aux victimes de l'attentat du vendredi 13 novembre 2015 ! Mais pourquoi en sommes-nous arrivés là ?France-Algérie : Emmanuel Macron se rendra à Alger le 6 décembre 2017 »
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  • Commentaires

    3
    Mardi 14 Novembre à 15:56
    Je suis en phase avec Jacques Cros !
    2
    Mardi 14 Novembre à 10:51

    Guerre d’Algérie et crimes d’État : l’exigence

    de la reconnaissance

    Guerre d’Algérie et crimes d’État : l’exigence de la reconnaissance

    Maqam El Chahid, le Mémorial du Martyr sur les hauteurs d'Alger, inauguré en 1982 pour le 20ᵉ anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Henry Marion/Flickr, CC BY-SA 

    C'était le 19 mars 2016. Pour la première fois un président de la République a commémoré le cessez-le-feu consécutif aux accords d’Evian signés le 18 mars 1962 entre le gouvernement français et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Après plus de sept ans de guerre, le conflit s’achevait enfin. De même la colonisation française imposée depuis cent trente-deux ans aux populations de ce territoire conquis par la terreur, les massacres de civils, les razzias et les nombreuses destructions de villages et d’oasis commis par les militaires.

    Un bilan terrible, toujours incomplet

    Telles étaient, dans les années 1840, les pratiques des colonnes infernales de l’armée d’Afrique conduite par le général Bugeaud et ses officiers de sinistres mémoires : Lamoricière, Pélissier et Saint-Arnaud, notamment. Ainsi « pacifiés », comme on l’écrivait déjà, les « indigènes » furent ensuite soumis au « talon de fer » des autorités françaises, des lois d’exception – l’internement administratif et la responsabilité collective – et du code de l’indigénat. Les « Arabes », des citoyens français ? Non, « sujets français » assujettis à des dispositions répressives discriminatoires, expression du racisme de l’État colonial, et privés, qui plus est, des droits et libertés démocratiques élémentaires jusqu’en 1945.

    Quant à la dernière guerre d’Algérie, elle laisse derrière elle des centaines de milliers de victimes algériennes et plus de deux millions de civils, hommes, femmes et enfants, déportés dans des camps de « regroupement » organisés et contrôlés par l’armée. Si ajoute « l’exode vers les villes » soit un total d’au moins « trois millions » de personnes qui se trouvent « hors de leur résidence habituelle ». « La moitié de la population rurale » de l’époque, estiment Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad qui ajoutent : « ce déplacement […] est parmi les plus brutaux qu’ait connus l’histoire ».

    Bilan terrible, assurément, mais toujours incomplet. On ne saurait oublier les milliers d’exécutions sommaires, les tortures infligées aux combattants du FLN ou supposés tels, en Algérie comme dans la capitale, ainsi que l’a montré Paulette Péju dans son ouvrage Les Harkis à Paris, et les disparus, tous victimes du terrorisme d’État. Plus de 3 000 pour la seule bataille d’Alger, selon le préfet de police de l’époque, Paul Teitgen, qui démissionna le 17 septembre 1957 pour protester contre ces pratiques. Celles-là mêmes que favorisait la loi sur les pouvoirs spéciaux votée 12 mars 1956 par les députés socialistes et communistes, notamment, et co-signée par le ministre d’État, garde des sceaux, chargé de la Justice, François Mitterrand.

     

    La France et son passé colonial en Algérie.

     Quel état des lieux ? 

    Cinquante-quatre ans après la fin de cette guerre longtemps sans nom, sans autre nom du moins que celui « d’événements », comme l’ont dit pendant des décennies de bonnes âmes politiques soucieuses de défendre ce qu’elles prétendaient être « le prestige » et « l’honneur » de la France, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre perpétrés alors doivent être enfin reconnus par le chef de l’État. Aujourd’hui cette histoire est écrite et grâce aux travaux multiples de celles et ceux qui ont étudié la colonisation de l’Algérie, les méthodes employées pour faire de ce territoire une colonie de peuplement, et les agissements de l’armée française à la suite du déclenchement de l’insurrection le 1er novembre 1954.

    Une histoire écrite qui doit être reconnue

    Alors que les lois d’amnistie empêchent le jugement des coupables, qui sont toujours moins nombreux en raison du temps écoulé, cette reconnaissance est la seule façon de rendre justice aux victimes algériennes du conflit et à leurs descendants dont beaucoup sont citoyen-ne-s français. Responsable et coupable, l’État leur doit cette réparation symbolique liée à une histoire singulière qui, souvent, a douloureusement et durablement affecté le « roman » familial de ces femmes et de ces hommes. Plus encore, faire droit à cette reconnaissance, exigée depuis longtemps par de nombreuses associations et quelques organisations politiques, c’est mettre un terme à une discrimination mémorielle et commémorielle qui n’a que trop duré, et qui s’ajoute à toutes celles que les mêmes subissent encore dans leur vie personnelle et professionnelle.

    En ce domaine, et contrairement à une mythologie nationale-républicaine entretenue par de nombreux dirigeants politiques, de droite comme de gauche, la France se distingue par une rare persévérance dans le déni de son très lourd passé colonial. Qu’on en juge. En 2002, le premier ministre de Nouvelle-Zélande, Helen Clark reconnaît les exactions commises contre le peuple de Samoa entre 1914 et 1962. En 2006, les autorités canadiennes font de même à l’endroit des Amérindiens et accordent 2 millions de dollars aux enfants de ces populations arrachés à leur famille. En 2008, le premier ministre australien rappelle le sort terrible réservé aux peuples aborigènes. En juin 2013, William Hague, ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, déclare :

    Le gouvernement britannique regrette sincèrement que ces abus aient eu lieu et aient entaché la progression du Kenya vers l’indépendance. La torture et les mauvais traitements sont des atteintes odieuses à la dignité de l’homme que nous condamnons sans réserve.

    De plus, 5 228 victimes obtiennent 23,5 millions d’euros au titre des réparations et les autorités britanniques s’engagent à soutenir la construction d’un mémorial à Nairobi.

    Ce bref détour par plusieurs pays étrangers permet de prendre la juste mesure de la situation française caractérisée, au mieux, par la pusillanimité de quelques déclarations, au pire, par la réitération de discours apologétiques de la colonisation. Jusqu’à quand Monsieur le Président ? La réponse vous appartient...

           VOUS L'AVEZ COMPRIS EN 2016 NOUS NOUS ADRESSIONS A FRANCOIS HOLLANDE

     

    …mais il est plus que probable que c'est trop tard en ce qui vous concerne... et il est plus que certain qu'il ne faut rien espérer d'un futur président de la République en provenance de la droite et encore moins de l'extrême-droite... La France refusant de reconnaître ses crimes d’Etat du temps de son Empire devrait en rester ainsi encore longtemps et peut-être définitivement… nous n’aurons jamais connu « le changement c’est maintenant ». 

    1
    Mardi 14 Novembre à 10:23

    Tourner la page oui, mais ne pas oublier de la lire avant ! Certains souhaiteraient sans aucun doute qu'on la déchire pour éviter une lecture compromettante  de l'histoire de notre République !!

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