• Un Oscar d’honneur pour Jean-Claude Carrière… mais un film sur la guerre d’Algérie tombé dans les oubliettes. Pourquoi ? MISE A JOUR : Les articles de Jacques CROS

    Un Oscar d’honneur pour Jean-Claude Carrière… mais un film sur la guerre d’Algérie tombé dans les oubliettes. Pourquoi ?

     

    Un Oscar d’honneur à Hollywood est décerné à Jean-Claude Carrière pour l'ensemble de son œuvre, distinction rare pour un artiste hors-norme. Entretien avec une légende vivante du cinéma, 83 ans, sur son art, ses rencontres avec les plus grands cinéastes, son expérience pendant la guerre d’Algérie et sur son trac avant la cérémonie.

    RFI : On va essayer, modestement, de résumer votre carrière. Vous êtes écrivain dramaturge, passionné par les mystères de la science et du bon vin, curieux de tout, fasciné par le Dalaï Lama tout en étant athée, mais surtout, et c’est là qu’on en vient au cinéma… 

    Jean-Claude Carrière : Le Dalaï Lama aussi est athée ! Il n’y a pas de Dieu dans le bouddhisme !

    Donc surtout vous êtes scénariste depuis les années 1960, vous avez travaillé avec Luis Buñuel, Louis Malle, on ne peut pas les citer tous… D’abord je voudrais connaître votre sentiment à l’approche de ce moment, les Oscars. C’est de la fierté ? 

    Oui. Aussi un peu de fatigue, parce que cela fait des voyages très longs ; un peu d’émotion quand même. Et un peu d’inquiétude parce que je ne sais pas ce que je vais dire… Je le sais puisqu’on m’a demandé de l’écrire et que j’aurais un prompteur. Mais en général, je ne suis jamais les prompteurs. Mais bon, je suis entouré d’une vingtaine d’amis qui ont accepté de venir et j’essaierai de tenir le coup.

    Quel est votre tout premier souvenir de cinéma ? 

    Quand j’étais enfant, dans une ville qui s’appelle Lamalou-les-Bains, qui a souffert le mois dernier d’inondations graves. C’était probablement un film muet que je n'ai jamais plus revu. Je devais avoir 4 ou 5 ans. On y voyait un homme qui arrivait avec une bicyclette, non, c’est à moto, pardon – près d’une porte d’un château, sonnait… et la moto partait toute seule. Et il courait après. Moi je m’en souviens, ça m’avait beaucoup frappé. Et je me suis dit qu’il n’y avait qu’au cinéma que ces choses-là étaient possibles. Ensuite, j’ai vu Blanche Neige. Voilà, ça a commencé comme ça, et après les films de Pagnol qu’on voyait pendant la guerre.

    Et puis Le Dictateur aussi, de Chaplin, qui a été une grande expérience pour vous ! 

    Le Dictateur, c’était à la fin de la guerre. Là, j’avais déjà 13 ans et demi. Et j’ai vu Le Dictateur à Paris. La guerre n’était pas encore finie – c’était au mois d’avril, avec mon parrain qui revenait, qui était prisonnier. C’était un sentiment extraordinaire, oui de victoire, parce qu’il y avait 3 000 personnes qui applaudissaient, qui criaient de joie dans le cinéma même ! C’était absolument magnifique. Le film avait été fait en 1940 ! Bien avant. Mais encore aujourd’hui, c’est un film que j’adorais, que j’ai vu dix fois et puis il n’y a pas longtemps encore une fois. C’est un film tout à fait étonnant, vraiment prophétique et qu’on peut voir à toutes les époques : avant, pendant et après.

    En 1963, vous avez coécrit un scénario pour Insomnie, un court-métrage muet de Pierre Etaix. Vous avez imaginé un homme qui cherche le sommeil et qui se met à lire un livre de vampires. Il y a des séquences dignes de Nosferatu dans ce film. C’est un hommage à ces films muets ? 

    Oui. Pierre et moi, on a toujours considéré que la peur au cinéma est une émotion très proche du rire. C'est-à-dire que le rire libère souvent de la peur. Donc on s’est dit : on va faire une espèce de parodie, de pastiche de film d’horreur avec un homme qui lit dans son lit à côté de sa femme. Il est tranquillement à lire un livre qui lui fait très, très peur. Et en même temps on pénètre dans ce livre et on voit les images qui sont évoquées. Et c’est Pierre qui joue les deux rôles. Il joue à la fois le vampire et le lecteur.

    Qu’est-ce qui vous a réunis avec Luis Buñuel, puisque vous avez eu une longue collaboration. Vous avez écrit sept longs métrages ensemble ? 

    Oui, on a travaillé vingt ans ensemble.

    Qu’est-ce qui vous a unis au départ ? C’était la passion du surréalisme ? 

    En partie oui. Et puis enfin… Nous sommes quand même de deux générations. Il avait 31 ans de plus que moi. Je lui ai plu, je pense, dès le premier déjeuner.

    C’était un déjeuner très particulier. 

    Oui, au Festival de Cannes en 1963. Il cherchait un scénariste français connaissant bien la province française. C’était mon cas. C’était pour Le journal d’une femme de chambre. Nous avons déjeuné ensemble. Il m’a demandé si je buvais du vin. Je lui ai dit que non seulement j’en buvais, mais que j’en produisais.

    Ça lui a plu ? 

    Plus tard il m’a dit : au moins si vous aviez été nul on avait quelque chose de quoi on pouvait parler.

    Vous parlez assez peu de votre expérience pendant la guerre d’Algérie où vous avez passé plus de deux ans. 

    J’ai eu deux expériences. Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le Midi de la France, il y avait des maquisards. Au mois d’août 1944, dans mon village, il y a eu une bataille avec des morts, une bataille à laquelle j’ai assisté. Des maquisards ont tendu une large embuscade à une colonne d’Allemands. Et puis la guerre d’Algérie, beaucoup plus tard.

    Vous avez fait partie de toute cette génération enrôlée. 

    Oui, j’ai passé 29 mois au service militaire ! Dont une grande partie en Algérie. Sur le moment on a l’impression d’un temps faussement perdu. Qu’est-ce qu’on fait là ? On n’est pas chez nous. Tous ces sentiments ordinaires. Et plus tard je me suis dit : essayons d’en tirer parti. Et j’en ai fait un livre qui s’appelle La paix des braves. Puis j’ai rencontré grâce à Mohammed Lakhdar-Hamina, le commandant Azzedine qui était le chef, et quatre qui étaient les « ennemis », nos adversaires. Nous sommes devenus très amis et nous avons décidé de faire le film de télévision sur la guerre. Le seul film jamais fait sur une guerre, partagé entre les deux pays : deux scénaristes, deux metteurs en scène et deux visions, qui s’appelait C’était la guerre. Diffusé à la télé en deux épisodes, il a eu beaucoup de succès et reçu le Grand prix du FIPA. Mais ce qui est très intéressant, c’est qu’il a totalement disparu ! Des deux côtés ! Il n’est jamais passé à la télé algérienne. Et ici, il n’est plus jamais mentionné dans les listes de films sur la guerre d’Algérie ! Alors qu’il est le seul ! 

    Parce qu’on n’a plus envie de voir le regard de l’autre ? 

    C’est ce qu’on disait dans le film : on n’a pas envie de voir. C’est comme une censure, par omission, [qui] peut s’exercer sur un film relativement récent. C’est un film de 1981-82. Vous voyez ? Et le film ne figure plus sur les listes. Il est rayé de l’histoire du cinéma ! Ce qui est quand même très, très étonnant. On pourrait le refaire aujourd’hui !

    http://www.rfi.fr/culture/20141108-oscar-honneur-jean-claude-carriere-hollywood-cinema-bunuel-algerie/

    Jacques CROS écrit sur son Site :

    Un Oscar d’honneur pour Jean-Claude Carrière… mais un film sur la guerre d’Algérie tombé dans les oubliettes. Pourquoi ?

    http://cessenon.centerblog.net/6569651-c-etait-la-guerre 

    Je viens de terminer la première partie d’un livre écrit par Jean-Claude Carrière et le commandant Azzedine. Le titre en est « C’était la guerre ». En fait c’est la réunion en un seul volume de deux ouvrages indépendants « La paix des braves » et « On nous appelait fellaghas ».

    J’ai juste abordé la deuxième partie mais j’ai tout de suite compris que le vécu n’était absolument pas le même des deux côtés de la barrière.

    Ce qu’écrit Jean-Claude Carrière ressemble beaucoup à ce que j’ai personnellement connu. Il faut dire qu’il a été libéré en mars 1961 et moi en avril 1962. Nous étions donc à peu près dans la même phase de la guerre d’Algérie.

    Quelque chose qui confinait à l’absurde et que décrit l’auteur avec talent. Il a choisi je dirai le registre picaresque pour dresser le portrait de quelques appelés, de quelques militaires de carrière ou pour raconter des événements particulièrement cocasses comme l’histoire de la vache tuée par amusement par trois soldats de retour d’opération et que le régiment, responsable de l’acte gratuit, doit remplacer.

    Dans cette période décrite par Carrière même les militaires de carrière s’interrogent sur l’absurdité de cette guerre : c’est le cas du capitaine Dalément qui déclare « chaque jour je me pose la question : qu’est-ce qu’on fout ici ? »

    C’est le temps du plastic dans les villes algériennes et l’adversaire de l’armée française n’est plus tout à fait le même !

    La « vie » pour les appelés continue cependant avec son cortège d’ennui, de distractions au rabais, de misère affective, d’opérations qui ne donnent aucun résultat… On ne dira jamais assez les conséquences d’une telle situation sur le devenir de jeunes qui avaient alors entre vingt et vingt deux ans et chez certains desquels la bière a souvent produit des effets très négatifs comme chez ce prof d’EPS qui a déjà pris du bide !

    Curieusement lorsque Carrière revient en Algérie en 1980 en  raison de ses activités professionnelles il ne trouve pas trace de haine à l’égard des Français après cette guerre pourtant atroce pour le peuple algérien.

    On nous appelait « fellaghas »

    Un Oscar d’honneur pour Jean-Claude Carrière… mais un film sur la guerre d’Algérie tombé dans les oubliettes. Pourquoi ?

    Le commandant Azzedine au temps de la guerre d’indépendance 

    (Il vient d’être fait prisonnier pour la deuxième fois)

    http://cessenon.centerblog.net/6569699-on-nous-appelait-fellaghas 

    C’est le titre d’un livre rédigé par le commandant Azzedine que l’on a réuni à celui de Jean-Claude Carrière « La paix des braves », le tout formant un seul volume titré « C’était la guerre » et sous-titré Algérie 1954 / 1962.

    Azzedine est en fait le nom de guerre de Rabah Zerrari, un Algérien né à Bougie en 1934 qui s’engage dans l’ALN, la branche armée du FLN, en 1955. Il y deviendra officier et tout au long des pages il raconte la vie au maquis.

    Orphelin à trois ans, Rabah Zerrari a vécu la violence de la répression après les événements de Sétif et Guelma en 1945. Quand il rejoint le maquis il est alors soudeur à l’autogène chez Caterpillar à Alger après avoir exercé divers petits métiers.

    Azzedine ne tarde pas à gagner galons et responsabilités au sein de la willaya IV. Il décrit le quotidien des djounoud (soldats) à l’armement souvent insuffisant, il fait état des pertes importantes qu’ils subissent face à l’armée française mais des succès qu’ils enregistrent aussi (Bouzegza notamment). Leur lien avec la population rurale est très étroit et celle-ci offre le peu qu’elle a pour restaurer, soigner, permettre le repos après les longues marches et les accrochages meurtriers.

    La logistique nécessaire à la survie des katibas (les compagnies) est décrite avec précision. Caches, infirmeries de campagne, moyens de propagande, formation des recrues, problèmes relationnels, sans oublier le rôle des femmes… sont l’objet de développements.

    Le commandant Azzedine sera fait prisonnier deux fois. La première fois il réussit à s’évader avec d’autres détenus de la prison où il a été incarcéré, la seconde il fera semblant de se rallier, feignant d’être sensible à la proposition de « Paix des braves » qu’a faite De Gaulle.

    On le retrouve un temps en Tunisie où il vient demander des moyens matériels et humains à l’armée des frontières pour l’armée de l’intérieur. On assiste aux purges qui accompagnent la suspicion que la France a su créer et entretenir entre les combattants.

    Le commandant Azzedine fera partie de la délégation qui se rend en Chine où elle est chaleureusement accueillie par Mao Tsé Toung, Chou en Laï et le peuple chinois.

    Début 1962 il recréé la ZAA (Zone Autonome d’Alger) pour faire échec à l’OAS. Ses propos à l’égard des responsables politiques qui s’installent en Algérie après le cessez-le-feu du 19 mars de la même année ne manquent pas d’amertume.

    C’est déjà un autre temps que celui des maquis !

      

    « Souvenez-vous : Le 11 novembre 2013 le président de la République a été conspué, ressemblant au 11 novembre 1960... Qu'en sera-t-il en 2014 ?Celles et ceux qui visitent mon blog, vous êtes plus de 400 chaque jour, connaissent Danièle Ponsot, Pied Noir, ancienne maire de Chaussin (Jura), elle m’a envoyé ce courriel : »
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