• "Un peu de mémoire utile pour les nôtres" l'écrivain algérien Ahmed Halfaoui

    "Un peu de mémoire utile pour les nôtres" l'écrivain algérien Ahmed Halfaoui

    Avant-propos

    Il a osé dire ça mais il n’était que candidat à l’élection présidentielle, depuis qu’il est président « silence radio »

    Le mercredi 15 février2017, à l’occasion d’un déplacement en Algérie, Emmanuel Macron a fait la déclaration suivante sur la colonisation française, lors d’une interview donnée à une télévision algérienne : «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.» Une affirmation qui peut être lourde de conséquences, et qui appelle en tout premier l’examen critique de l’historien. 

    Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, a qualifié la colonisation française de «crime contre l’humanité». Si ses propos ont pu recevoir sur place un bon accueil, ils ont suscité en France une vive polémique, certains applaudissant, d’autres se scandalisant. Cette question reste en effet très sensible, semblant même, avec le temps, se raviver, à l’exemple de la Shoah qui, après une période de consensus sur le passé «résistant» de la France, est revenue bousculer notre conscience nationale, qui fut aussi «pétainiste». Mais y a-t-il des arguments convaincants pour accuser la colonisation française de l’Algérie d’avoir été un «crime contre l’humanité» ? 

     

    "Un peu de mémoire utile pour les nôtres" l'écrivain algérien Ahmed Halfaoui

    Rappelons-nous de la loi scélérate

    du 23 février 2005 selon laquelle

    « les programmes scolaires reconnaissent

    le rôle positif de la présence française

    outre-mer, notamment en Afrique

    du Nord »

    puis prenons connaissance de l’article écrit par l’écrivain algérien

     Ahmed Halfaoui

     

    Loi du 23 février 2005, un an d'outrage

    à la dignité

    Un an plus tard, on croyait l'affaire terminée. L'affaire, c'est cette loi du 23 février 2005, selon laquelle «les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord». Elle déclencha une véritable guerre des mémoires, elle suscita pétitions et contre-pétitions, le passé colonial fit irruption dans les débats, le ministre de l'Intérieur fut déclaré persona non grata aux Antilles, le traité d'amitié franco-algérien fut suspendu, et la France donna au monde entier le spectacle affligeant d'un pays passéiste regrettant encore le bon vieux temps des colonies.

    Heureusement, le Président vint et, tel Zorro, sauva la France de l'embrasement général. Il demanda au Conseil constitutionnel d'abroger l'article incriminé, annonça qu'il avait retenu le 10 mai pour commémorer l'abolition de l'esclavage et donna ainsi le sentiment rassurant d'un royal thaumaturge, capable de soulager les consciences et mémoires blessées.

    Malheureusement, la question n'est pas réglée. Dans une lettre récemment adressée au ministre de l'Education, la Ligue des droits de l'homme s'inquiétait, à juste titre, de «l'application immédiate» décidée depuis novembre 2003 de la disposition retirée en apparence ; elle s'interrogeait sur les consignes manifestes données aux éditeurs et évoquait par exemple ce manuel de 5e (Nathan, 2005) dont l'auteur expose «les effets positifs et négatifs de la colonisation» avec quatre paragraphes consacrés aux dits «effets positifs» et un dernier qui se voudrait plus nuancé. Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue, interpellait aussi le ministre à propos de la «Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie», mise en oeuvre par l'article 3 de la loi du 23 février, et qui semble travailler à valoriser le rôle supposément positif de la présence française outre-mer.

    Bref, un an après, la loi du 23 février pose toujours problème. La difficulté tient au fait que le Président a refusé d'affronter la réalité. Sa prise de décision est en réalité une sorte de contorsion : au lieu d'une abrogation pure et simple au nom de la vérité historique, il propose une saisine du Conseil constitutionnel pour établir que la loi est plutôt d'ordre réglementaire, ce qui permettra ensuite de l'abroger par décret. Ce faisant, il se contente de critiquer la forme pour ne rien dire du fond. Et il refuse d'affronter le passé colonial. Refoulé sous le tapis de la République.

    Or le problème n'est pas qu'il y ait en France quelques députés isolés capables de faire voter nuitamment un amendement célébrant la colonisation. Ni même que le gouvernement se soit cru obligé de le maintenir coûte que coûte, que ce soit vraiment pour des raisons idéologiques ou juste pour sauver la face ou contenter des clientèles. Le véritable problème, c'est que, d'après un sondage CSA-le Figaro réalisé le 30 novembre, 65 % des Français étaient favorables à cette loi. Ce chiffre donne à réfléchir. Pour ce qui est de la colonisation, il montre de façon cruelle la faillite de l'enseignement de l'histoire dans ce pays. Les travaux de qualité existent, mais ne sont guère enseignés dans les classes, et c'est pourquoi deux Français sur trois jugent que la colonisation a été une action positive.

    La loi du 23 février a sans doute été la plus odieuse jamais votée en France depuis Vichy. Laissons le crime contre l'humanité, cette barbarie à grande échelle que fut «l'esclavage des nègres» et ne parlons que du Maghreb, puisque la loi concerne «la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord». Ceux qui soutiennent ce texte parlent des routes tracées, des terres mises en valeur, des hôpitaux construits. Certes, mais que dire des massacres, des expropriations, des exactions, des vexations ? Faudra-t-il dès lors concéder qu'il y eut dans la colonisation à la fois du positif et du négatif, comme l'affirment certains «modérés» ? Un petit apologue pourrait peut-être expliquer à nos compatriotes à quel point la loi était scélérate, à quel point son «application immédiate» dans les manuels, malgré l'abrogation finalement décidée, constitue un outrage à la réalité historique et à la dignité humaine.

    Imaginons une famille, tranquille, vivant dans sa petite maison. Surviennent des soldats. Trucident le père, violent la mère, et les filles, battent les fils et les boutent hors de céans. Les soldats s'installent, se sentent chez eux. La mère est désormais la bonne. Ils réparent le toit, plantent des pétunias dans le jardin, des vignes dans les champs alentour, construisent des routes pour acheminer la marchandise vers la ville. Mais, vingt ans plus tard, les fils reviennent en force, portent secours à leur mère et à leurs soeurs et chassent les importuns hors de la maison natale. «Comment, disent les soldats-entrepreneurs, On nous chasse de chez nous ? Après tout ce que nous avons fait ? Notre rôle dans la maison n'était-il pas positif ?» 

     

    SOURCE : https://www.liberation.fr/tribune/2006/02/24/loi-du-23-fevrier-2005-un-an-d-outrage-a-la-dignite_31025

     

    Un peu de mémoire utile pour les nôtres

    Sous occupation, le peuple algérien a subi la barbarie qui n’hésitait pas à recourir aux pires exactions à la moindre velléité de révolte. Ainsi, L’appellation consacrée de « guerre d’Algérie » s’avère être réductrice de la réalité et occulte un événement historique bien plus étendu dans le temps et bien plus éprouvant pour le pays. A juste titre, les fondateurs du FLN/ALN l’ont dénommé « guerre de libération », ce qui impliquait de fait que le pays vivait sous occupation.

    Entamée en 1830, la conquête de l’Algérie ne sera effective que des dizaines d’années plus tard. Elle lui coûta, selon les sources les plus modérées, le tiers de sa population, dans un combat brutal, sanglant, inégal et sans merci, sans même le moindre scrupule humain chez les généraux français, chargés de vider les terres convoitées de leurs populations et de « pacifier » le territoire au profit des colons. Ils s’emparèrent de 40 % des meilleures terres, massacrant et repoussant leurs propriétaires légitimes dans les terres arides ou incultes. Ils imposèrent la restriction des terrains de parcours, compromettant l’élevage qui en fut gravement affecté. Et avec lui, fut sérieusement ébranlé le mode de vie communautaire qui assurait un équilibre fondamental à la vie économique et sociale ancestrale.

    Une famine qui fit des centaines de milliers de morts eu lieu en 1868, suivie de façon endémique par des dizaines d’autres qui décimèrent les tribus victimes des dépossessions et des déportations.

    La torture, révélée, lors de la répression qui a frappé la population algéroise, était déjà à l’œuvre. Un extrait d’une lettre de soldat témoigne: « Nous rapportons un plein baril d’oreilles, récoltées paires à paires sur les prisonniers… » Sans oublier les enfumades (ancêtres du gazage) des généraux Montagnac, Turenne, Cavaignac, Saint Arnaud, Pélissier, Canrobert…qui firent périr des milliers de civils. Le dernier cité raconte : «On pétarada l’entrée de la grotte et on y accumula des fagots de broussailles. Le soir, le feu fut allumé. Le lendemain quelques Sbéahs se présentèrent à l’entrée de la grotte, demandant l’aman à nos postes avancés. Leurs compagnons, les femmes et les enfants étaient morts. Canrobert eu aussi recours à l’emmurement dans le Dahra, il s’en vante :  » Comme il n’y a pas de bois, je bouche l’entrée de la caverne avec des pierres. Si j’avais fait autrement un grand nombre de nos soldats seraient tombés inutilement sous les balles arabes. » Cavaignac, dont le nom est encore attribué par beaucoup à une rue d’Alger, pourtant débaptisée, l’avait fait avant lui : « Je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne n’est descendu dans les cavernes ; personne… que moi ne sait qu’il y a là-dessous cinq cents brigands qui n’égorgeront plus les Français. J’ai été malade, mais ma conscience ne me reproche rien. J’ai fait mon devoir de chef, et demain je recommencerai, mais j’ai pris l’Afrique en dégoût. »

    Rien ne fut épargné au peuple algérien pour le réduire à l’état d’indigène, qu’on a fini par lui imposer. Un autre officier en 1852, le général Flô rapporte à Victor Hugo: «Dans les prises d’assaut, dans les razzias, il n’était pas rare de voir les soldats jeter par les fenêtres des enfants que d’autres soldats en bas recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes. Ils arrachaient les boucles d’oreilles aux femmes et les oreilles avec, ils leur coupaient les doigts des pieds et des mains pour prendre leurs anneaux. »

    En fait, comme on pouvait le lire dans les chroniques de l’époque toute vie était passible de mort, tant on avait déshumanisé l’Algérien. Jusqu’à ce qu’il se réhabilite par lui-même en 1954. Date à partir de laquelle on a fixé, arbitrairement, le décompte des victimes mortes sous les coups du colonialisme. Niant le long martyrologe de ce peuple dont l’Histoire ne se résume pas aux dernières violences, où il a pu être acteur et pas seulement victime.

    Des chiffres existent qui ont échappé à l’oubli et à la censure et qui peuvent édifier sur le génocide commis. Les voici rapportés par Michel Habart (in « Histoire d’un parjure »). Différents recensements réalisés tout au long de la conquête et plus tard donnaient en 1838 8.600.000 d’Algériens, en 1841 8000.000, en 1840 7.700.000, en 1844 7.000.000 et…2.100.000 pour 1872.

    Les épidémies de Typhus, de Choléra, les invasions de sauterelles, la famine…invoquées pour justifier la disparition, en l’espace de 34 ans, de 6.500.000 Algériens. Le comte Le Hon, rapporteur de la commission d’enquête de 1869, reconnaît : « c’est le régime auquel les indigènes sont soumis qui les faits périr » dit-il. Il explique aussi : « …ce peuple étant devenu un peuple de khammès sans terre et sans silos, les hommes, femmes et enfants sont allés mourir de faim autour des centres de colonisation. Ils sont morts sans se plaindre ».

    Il n’y a pas d’illustrations, pas de publicité et pas assez d’historiens qui en parlent. Les camps de concentration nazis apparaîtraient, peut être, comme étant moins meurtriers, tout en nous permettant par les images qu’ils nous livrent de mesurer l’atroce agonie des populations réduites à mourir sans se plaindre, parce qu’elles n’avaient même plus la force de gémir. Alors, combien de morts ? Et dans quelles conditions ? Les statistiques devraient être revues et les professionnels de l’Histoire mis à la place des idéologues et des propagandistes d’arrière-garde. Pour que la tragédie algérienne puisse s’offrir au monde dans toute sa vérité.

    Ahmed Halfaoui

    SOURCE : https://www.dzvid.com/2019/08/13/un-peu-de-memoire-utile-pour-les-notres/

     

     

    « Mohamed Kacimi : le français est une langue algérienne...15 août 1944 – 15 août 2019 Hommage aux "Indigènes de la République" en ce jour de commémoration du Débarquement en Provence »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    2
    Jeudi 15 Août à 00:03
    Non, on sait bien que «ce sont des ingrats après tout ce qu’on a fait pour eux « dixit les rapatriés...Tu parles !..
    1
    Mercredi 14 Août à 15:18

    Et on avait mobilisé les appelés du contingent pour participer au maintien d'un tel système !

    Ils n'étaient d'ailleurs pas à la fête et on aurait tiré un meilleur profit des longs mois de leur jeunesse qu'on leur a ainsi volés !

     

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter