• Une France qui regarde son Histoire en face par Henri POUILLOT

     

    Une France qui regarde

     son Histoire en face

    par Henri POUILLOT

    Lettre à Monsieur Emmanuel MACRON - Président de la République,

    Monsieur le Président,

    Lors de l’hommage que vous avez rendu à Jacques Chirac à la télévision le 26 septembre vous avez déclaré : « Une France qui regarde son Histoire en face et dont il sut reconnaître, lors du discours du Vel d’Hiv, les responsabilités dans les heures les plus sombres... Une France qui assume son rôle historique de conscience universelle ».

    C’est effectivement une prise de position très positive que vous avez ainsi soulignée. Vous-même en avez pris une également, dans le même sens il y a juste un an, reconnaissant la responsabilité de la France, pendant la Guerre de Libération de l’Algérie quant à la pratique institutionnalisée de la torture. Et, comme témoin dans cette même période, puisque, appelé affecté à la Villa Susini (de juin 1961 à mars 1962), ayant eu l’occasion de constater alors les très nombreuses exactions commises par l’Armée Française (en particulier la torture), des crimes contre l’Humanité, des crimes de guerre, des crimes d’état commis au nom de la France, votre déclaration du 13 septembre 2018 m’avait apporté un très, très profond soulagement, et un immense espoir. Cet espoir que j’avais eu, c’est que vous alliez confirmer, dans cette logique, vos engagements pris lorsque vous étiez candidat à la Présidence de la République. En effet, lors de votre voyage en Algérie vous aviez évoqué, lors d’une émission à la télévision algérienne, que le colonialisme pouvait être considéré comme un crime contre l’humanité, tout en lui reconnaissant cependant quelques aspects positifs. Puis le 5 mai 2017, à la rédaction de Médiapart vous déclariez : « De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire... ». Mais, depuis, hormis la condamnation de la torture, c’est le silence assourdissant sur tous les autres crimes (crimes contre l’humanité, crimes de guerre, crimes d’état...) commis au nom de la France dans cette période. Une liste à la Prévert peut en donner la nausée :
     

    Les massacres commis à Madagascar, au Cameroun, au Vietnam... lors des guerres de libération coloniale.

    Les massacres de Sétif, Guelma, Khératta... le 8 mai 1945 et les mois suivants.

    La torture, enfin reconnue, condamnée.

    Les viols, une forme de torture des plus violentes, compte-tenu de la culture arabo-musulmane où les questions sexuelles structuraient la société :

    Pour les hommes, l’homosexualité étaient interdite.

    Pour les femmes, non seulement elles étaient des victimes, mais considérées comme coupables et mises au banc de leur société.

    Les « crevettes Bigeard » : ces condamnés à mort, sans jugement, sauf celui de l’officier, jetés à la mer d’un avion ou d’un hélicoptère, les pieds scellés dans un bloc de ciment, pour être sûr qu’ils ne reviennent pas à la nage. Cette technique exportée en Amérique du sud par les spécialistes (Aussaresses, Trinquier....) de ces pratiques (propos de Pierre Mesmer).
     

    Les exécutions sommaires.

    Les « corvées de bois », ces autres exécutions sommaires, dont les archives militaires pouvaient dire que le prisonnier avait été abattu parce qu’il avait tenté de s’évader lors de l’exécution d’une corvée. 
     

    L’utilisation massive du napalm (déjà en Indochine). Les historiens estiment entre 600 et 800 villages rasés de cette manière. (1)

    Les essais nucléaires qui ont provoqué, qui provoquent encore aujourd’hui des dégâts considérables chez les militaires français qui avaient été exposés, mais aussi dans la population civile vivant dans cette région.

    Les camps d’internement, pudiquement appelés dans cette période des camps de regroupement, qui ont généré plusieurs centaines de milliers de morts (le rapport Rocard, établi avant la fin du conflit évaluait à plus de 200.000).

    Le massacre du 17 octobre 1961 à Paris, principalement autour du Pont Saint-Michel, a fait plusieurs centaines de morts algériens sur ordre de la répression décidée en conseil des ministres.

    Le Massacre du 8 Février au Métro Charonne de manifestants réclamant la paix en Algérie

    Et cette liste n’est certainement pas exhaustive.

    Alors, Monsieur le Président, vous qui reconnaissez chez votre prédécesseur son rôle important pour que la « France assume son rôle historique de conscience universelle » ne croyez-vous pas urgent de traduire dans les faits vos engagements de candidat ? 

    Dans quelques jours, le 17 octobre prochain, nous serons au Pont Saint-Michel à Paris pour commémorer ce massacre, ce crime d’état, pourrons nous annoncer une déclaration de votre part à ce sujet ? 

    Henri POUILLOT

    Ancien Combattant, militant antiraciste, anticolonialiste

    (1) Je vous avais interpellé à ce sujet le 17 avril 2018 (voir ) à la suite de la « justification » de votre part de lancer des frappes en Syrie pour « punir » les utilisateurs, alors que la France porte une terrible responsabilité qu’elle n’a toujours pas reconnue ni condamnée. 

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 1er Octobre à 19:02

    Eh bien voilà un tour assez complet de ce qu'a été la guerre d'Algérie. Ne manque que la question du 5 décembre qu'on peut ajouter.

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