• Une plaque en hommage à sept manifestants tués le 14 juillet 1953 à Paris

    Une plaque en hommage à sept manifestants tués

    le 14 juillet 1953 à Paris

    Une plaque en hommage à des manifestants pour l'indépendance de l'Algérie tués le 14 juillet 1953 a été dévoilée jeudi 6 juillet 2017 place de la Nation à Paris par Catherine Vieu-Charier, adjointe de la Ville de Paris chargée de la mémoire.

    "Il ne peut y avoir de paix sans justice et nous souhaitons leur rendre justice aujourd'hui en gravant cette vérité", a déclaré la maire PS du 12e arrondissement, Catherine Baratti-Elbaz devant une cinquantaine de personnes.

    Ce fait historique reste largement méconnu en France comme en Algérie. Il est pourtant considéré comme "l'une des prémisses" de la guerre d'Algérie (1954-1962), a expliqué Mme Vieu-Charier. 

    Une plaque en hommage à sept manifestants tués le 14 juillet 1953 à Paris

    Hier après-midi 6 juillet 2017, avec Catherine Vieu-Charier, Adjointe à la Maire de paris chargée de toutes les questions relatives à la mémoire, au monde combattant et des fonctions de Correspondant Défense, nous avons dévoilé, place de la Nation, une plaque commémorant les évènements du 14 juillet 1953, en mémoire des manifestants tués et blessés en ce jour. En présence de leurs familles, nous avons ainsi pu honorer les 7 victimes de la répression policière du 14 juillet 1953 : ici, sur cette place de la Nation, où tant de manifestations en provenance de Bastille ou République, ont l'habitude d'aboutir. Amar Tabjadi, Abdallah BACHA, Larbi DAOUI, Abdelkader DRARIS, Mouhoub ILLOUL, Tahar MADJENE, militants indépendantistes algériens et Maurice LUROT, militant de la CGT, ont été sauvagement tués sur cette place, à quelques pas, par des membres des forces de l’ordre de l’État français alors qu’ils défilaient pour revendiquer, célébrer et porter nos valeurs fondamentales lors du traditionnel défilé, de la Bastille à la Nation.
    L’Histoire de l’Empire colonial français regorge encore de nombreux trous noirs, d’oublis coupables qui ne cessent de surgir de notre mémoire commune, soulevés par une exigence de vérité qui ne cesse de croitre. Nous nous en rendons compte chaque année dans cet arrondissement, sur la place du 19 mars 1962.
    Le meurtre de ces sept manifestants a trop longtemps été enseveli sous le mensonge et l’oubli. Ils ont d’abord été assassinés par les balles aveugles, puis par la calomnie gouvernementale honteuse et par une vérité judiciaire partielle qui ne rendit aucunement justice à ces morts, victimes de la brutalité policière.
    La justice et la vérité ont été bafouées dans cette tragédie et ces militants assassinés et leurs familles n’ont eu le droit ni à l’une, ni à l’autre.
    L’État a d’abord plaidé la thèse éhontée de la légitime défense, de l’«émeute algérienne» alors qu’il s’agissait bien là d’une tuerie perpétrée par des policiers habités par un esprit colonial qui associait malheureusement bien trop souvent le maintien de l’ordre aux tirs, non de sommation ou encore d’intimidation, mais bien d’élimination d’êtres indésirables et inférieurs sans toujours en avoir reçu l’ordre formel.
    Une ordonnance de non-lieu a été prononcée en octobre 1957 et a fini d’achever ces victimes et leurs familles qui sont présentes à nos côtés en ce jour. Il ne peut y avoir de paix sans justice et nous souhaitons leur rendre justice aujourd’hui en gravant cette vérité et en réparant l’injustice du silence et de l’indifférence qui a perduré tant d’années.
    La liberté, c’est ce que ces militants désiraient le plus au monde pour leur pays, pour leurs compatriotes et pour eux-mêmes. Ils l’ont exercée en ce jour, se sont imposés comme « un défi symbolique et physique à l’autorité de l’État français ».
    Leur liberté d’expression leur a coûté la vie et leur soif d’indépendance a été étouffée le 14 juillet 1953 mais pas définitivement ; l’Histoire nous l’a prouvé. Les millions de victimes des huit années de la Guerre qui suivirent ont temporairement enfoui la mémoire de ces 7 combattants. Elle a été progressivement restaurée par des personnes qui n’ont cessé de rechercher le vrai. Je pense notamment à Daniel Kupferstein, présent aujourd’hui et qui s’est exprimé au cours de cette cérémonie
    Alors, au nom de la liberté, de la justice et de la vérité, je suis heureuse de contribuer, aux côtés de la Maire de Paris, à l’aboutissement de cette quête de vérité et de tourner définitivement la page de la politique de l’oubli en poursuivant le travail de mémoire engagé à Paris depuis 2001.

    Une plaque en hommage à sept manifestants tués le 14 juillet 1953 à Paris

     

     

     

     

     

    Catherine Baratti-Elbaz

    Maire du 12e arrondissement de Paris

    Mémoires franco-algériennes :

     la fusillade du 14 juillet 1953 à Paris

    Une plaque en hommage à sept manifestants tués le 14 juillet 1953 à Paris

     

    Voitures brûlées place de la Nation à Paris, le 15 juillet 1953, au lendemain de la répression d'une manifestation à laquelle participaient des partisans de Messali Hadj, favorables à l'indépendance de l'Algérie.
    © AFP

    On commémorait hier, jeudi 6 juillet 2017, à Paris une répression sanglante tombée dans l'oubli. Le 14 juillet 1953, la police avait ouvert le feu sur les militants indépendantistes algériens, partisans de Messali Hadj. Une plaque en hommage aux victimes a été inaugurée hier, place de la Nation, en présence des familles des victimes.

    Ce 14 juillet 1953, alors que le défilé réunissant militants syndicalistes et militants du Parti communiste -organisé traditionnellement chaque 14 juillet- touchait à sa fin en arrivant place de la Nation, banderoles et pancartes sont d'abord arrachées par la police parisienne. Les manifestants ripostent et la situation dégénère. La police aux ordres de Maurice Papon, alors préfet de police, tire à balles réelles: six Algériens et un syndicaliste français sont tués et 50 personnes sont blessées place de la Nation.

    Guy Lurot avait 17 ans lorsque son père, Maurice Lurot, a perdu la vie. « Tous ceux qui sont là, encore vivants, ressentent de l'amertume, raconte-t-il à RFI. Moi je suis fier ! Je suis heureux et triste en même temps. C'est une reconnaissance au bout de 64 ans ! »

    Le travail de mémoire de Daniel Kupferstein

    Une plaque en hommage à sept manifestants tués le 14 juillet 1953 à Paris

    Désormais une plaque commémorative témoigne de cet épisode oublié, recouvert par les déchirements de la guerre d'Algérie. C'est seulement en 2014 que l'histoire a refait surface grâce au travail d'enquête du réalisateur Daniel Kupferstein. Un travail de mémoire important qui a donné naissance à un documentaire : Les balles du 14 juillet 1953 (2014).

    L’intervention de Daniel Kupferstein

    Je remercie vivement la Mairie de Paris pour avoir eu cette volonté de marquer d’une empreinte ce massacre oublié,  en dévoilant une plaque à la mémoire de toutes ces personnes tuées sans justice et de tous ces blessés qui n’ont jamais eu de reconnaissance (même si je ne comprends pas pourquoi cette cérémonie a lieu un 6 juillet). Je remercie également Nicolas Bonnet Oulaldj qui a été à l’origine du vœu déposé au sein du Conseil de Paris. Enfin, je vous remercie, vous tous, qui êtes venus ici et en particulier les familles des victimes de ce massacre et surtout celles et ceux qui sont venus spécialement d’Algérie.

    En faisant ce film Les balles du 14 juillet 53 puis le livre qui porte le même nom, je n’ai jamais cherché à orienter mon travail dans un esprit de culpabilisation ou de « repentance ». Cela étant dit, ce massacre est pour moi, le symbole même d’un problème majeur de notre société… Pourquoi ?

    Parce en 1953, il n’y avait pas de guerre en Algérie (elle a commencé le 1er novembre 1954) Il n’y avait donc aucune « justification » pour tuer des gens qui défilaient pacifiquement dans une manifestation autorisée, légale, en plein jour, à la différence des fausses justifications,  qui ont eu lieu, lors des répressions sauvages par la police de Paris dirigée par Maurice Papon, le 17 octobre 1961 ou le 8 février 1962 au métro Charonne. Non, le 14 juillet 1953, il n’y avait rien de tout cela. Et pourtant, il y a eu sept morts et au moins cinquante blessés par balles en l’espace de vingt minutes. Un vrai carnage ! Et cela s’est passé, ici même, près des colonnes du Trône et surtout en face de l’autre côté du Cours de Vincennes.

    Ce drame confirme que dans la tête d’un certain nombre de nos contemporains et de certains policiers, un individu n’a pas la même humanité, la même valeur qu’un autre. Ce drame nous questionne sur notre rapport à l’autre, à celui qui n’est pas comme nous ou qui fait partie d’une minorité... Et hélas, cette question est toujours d’une brûlante actualité et nous oblige à réfléchir au rôle de la France coloniale et à la colonisation en général.

    Enfin, pour terminer, je dirai que cette histoire est importante, parce qu’elle s’est déroulée un 14 Juillet, jour de la fête nationale où la devise de notre République « Liberté, Égalité, Fraternité » a été tachée de sang. En effet, ce jourlà : il n’y a pas eu de liberté, car on a tué en plein jour et sans sommation. Il n’y a pas eu d’égalité, car la justice n’a pas été rendue mais remplacée par une manipulation de l’État ; Il n’y a pas eu non plus de fraternité, car il y eut peu d’entraide et aucune reconnaissance officielle du sort tragique des victimes avant cette première reconnaissance, 64 ans après les faits.

    Ces morts et ces blessés nous rappellent qu’il ne suffit pas de clamer les belles valeurs de notre République mais que nous devons les faire vivre dans notre quotidien et dans nos actes.

    Avant de vous lire un poème de Jean Sénac, écrit le soir même de ce drame, je voulais vous signaler que ce soir à 18H30 aura lieu une présentation de mon livre et de mon film à Nanterre à la Maison associative chemin de l’île au 57 B du Général Leclerc. Même chose demain à 18H, dans le 12ème à la librairie la terrasse de Gutenberg et à 20H projection du film à la commune libre d’Aligre.

     

    Jean Sénac, « Les massacres de juillet » 

    Pour la fête des hommes libres

    Ils ont massacré mes amis

    Peau brune sur les pavés gris

    Ô Paris comme tu es triste

    Triste et sévère pour ma race

     

    Voici l’arbre sans racine

    Voici l’écorce frappée

    La fleur fermée le fruit brûlé

    Et ton grand soleil humide

    Liberté

     

    Fallait-il fuir l’injustice

    La plaie ouverte dans le douar

    Le soleil et la faim d’Alger et de Tunis

    Pour la liberté de Rochechouart

     

    Ô mon peuple trompé

    Frustré jeté dans l’ombre

    Mon peuple saccagé dans son tranquille espoir

    Violent naïf mon peuple d’hommes

    Qui perd le cœur la mer et qui trouve le noir

     

    Il faut rester debout tandis qu’on te déchire

    Droit dans les néons puisque l’on t’avilit

    Ce goût de laurier-rose et ce sang qui sourit

    C’est la liberté froide de Paris

     

    Tu la ramèneras comme une pure abeille

    Elle fera le jour dans la chaux des maisons

    Elle écrira pour tous la paix sur les saisons

    Ô fraiche ô compagne joyeuse

     

    Cet été la mort est notre salaire

    Notre pain notre dignité

    Camarades la mort et sous vos paupières

    Le matin juste de Juillet

     

    Ils ont massacré mes amis

    Ils ont relevé leur Bastille

    Ils ont fusillé la flamme et le cri

     

    Ô Paris comme tu es triste

    Le sang cacté couvre la Seine

    Paris de la beauté de la Justice de la Peine

    Comme tu es triste et sévère pour les exilés 

     

    Une plaque en hommage à sept manifestants tués le 14 juillet 1953 à Paris

    Cliquez sur ce lien pour voir notre article complet :

    http://www.micheldandelot1.com/rappelez-vous-de-notre-article-les-balles-du-14-juillet-1953-un-film-s-a118821502

    Une plaque en hommage à sept manifestants tués le 14 juillet 1953 à Paris

    Pour Catherine Vieu-Charier, adjointe à la mairie de Paris chargée de la Mémoire. ce qui s'est passé là, c'est un crime. « C'est terrible... On a tué des gens qui manifestaient pour la paix et pour l'indépendance. C'était des hommes qui voulaient vivre libres et qui ont été assassinés par la police française... Il fallait tirer de l'oubli les hommes, faire revenir leurs noms pour qu'ils ne soient pas assassinés une deuxième fois ».

    Une minute de silence a complété l'hommage à Amar, Abdallah, Larbi, Abdelkader, Mouhoud, Tahar et Maurice.

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