• Une Saint-Gironnaise raconte son histoire de l'Algérie à la France en 1962

    Une Saint-Gironnaise raconte son histoire de l'Algérie à la France en 1962

    © midinews 2014

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    Les raisons de la colère

    Jacques Soler d’origine espagnole, né à Oran le 30 janvier 1882, père de 5 enfants, qui n’est jamais sorti d’Algérie se retrouve mobilisé dans le 1er régiment de zouaves et meurt pour la France le 27 mai 1915 sur le canal de l’Yser en Belgique.

    Puis toute sa famille, son épouse et sa descendance partiront d’Algérie en juin 1962 pour aller vivre à Béthune et ne jamais revenir au pays.

    Voici le récit de Jeanne Quesada vivant aujourd’hui à Saint-Girons depuis 1962, petite-fille de Jacques, qui se souvient d’avoir quitté sa terre natale à 34 ans accompagnée de son époux, emportant avec elle une valise et un vase pour aller dans un pays qu’elle ne connaissait pas.

    Quand ils embarquent à Oran sur le bateau de nuit et jettent un dernier regard vers cette terre qui les a vus naître pour la plupart, beaucoup éprouveront le goût amer de la trahison, leur existence est détruite.

    Contre toute attente ni Jeanne ni sa famille ne manifesteront de colère. À Marseille et dans le train qui les emmène ensuite à Béthune, la famille se voit pourtant déjà reprochée d’être des étrangers.

    C’est un fait ils le sont comme presque tous, sur 1 million de français d’Algérie qui s’exilent pendant cette période seulement moins d’un quart « rentre » en France tandis que les autres découvrent l’hexagone pour la première fois.

    Les pieds noirs au pays noir

    Titrait «La Voix du Nord» dans son quotidien dimanche 17 février 1963.
    Il écrira «depuis le mois de juin dernier, par petits groupes ils sont arrivés à Béthune et dans la région avec de bien maigres bagages, une valise seulement parfois». Le journal rajoutera «ils, ce sont les pieds noirs et les repliés d’Algérie. Les seuls sourires ont été ceux d’enfants trop jeunes pour comprendre le drame au centre duquel ils se trouvaient».

    Comme le dit Enrico Macias dans sa chanson, «Les Gens du Nord ont dans leur cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors, les gens du nord ouvrent leurs portes à ceux qui ont souffert». Béthune, ville du Nord aux dégradés de noir et de gris marquera de sa chaleur humaine le cœur de ces réfugiés qui n’oublieront jamais la façon dont ils ont été accueillis par les services et organismes publics et privés de la ville.
    Certains d’entre eux, conscients de faire partie de ces pieds noirs favorisés, diront que la joie de vivre retrouvée à laquelle ils n’osaient espérer leur a permis de s’intégrer à un mode de vie loin du pays où ils sont nés et où ils n’envisagent pas de retourner un jour.
    Ce sentiment est bien loin d’être partagé par tous, jetés sur les routes de l’exil, beaucoup sont mal accueillis aux portes de la ville phocéenne, le gouvernement et l’administration sont pris au dépourvu face à ces arrivées massives.
    Les files d’attente grossissent, les dossiers s’accumulent et les solutions de fortune qui relèvent souvent de la charité n’ont pas grand-chose à voir avec l’application de plans réfléchis. Il faut loger, nourrir, scolariser les enfants, le climat du sud de la France qui fait penser à celui du pays fera que les départements concernés en forte expansion seront privilégiés. Mais afin d’éviter des concentrations trop importantes dans ces grandes villes du pourtour méditerranéen, des immigrants seront contraints de s’exiler un peu plus au nord de notre pays.

    Une intégration réussie

    L’intégration à Béthune se fera rapidement, chaque membre trouvera sa place dans une maison encore en construction, l’administration leur prêtera une «2 chevaux» pour aller travailler chez Firestone ou à l’hôpital et Jeanne Quésada qui résistera jusqu’au dernier moment à quitter Aïn Témouchent la «Perle d’Oranie» s’installera à Saint-Girons en septembre 1962.
    Le souvenir de Jacques parti pour mourir reste gravé dans leur mémoire. C’est seulement en 1965 que Marie-Madeleine la grand-mère de Jeanne se recueillera pour la première fois sur la tombe de son époux avec ses enfants et petits-enfants au cimetière militaire de Saint Charles de Potyze près d’Ypres, à seulement 181 km exactement de Béthune.
    Nous voici à la fin de ce récit et cependant une question nous tarabuste depuis le début qui est pourquoi Jeanne avez-vous emporté ce vase plutôt inutile et encombrant compte tenu des circonstances?
    Son mari ébéniste de métier lui avait fabriqué une salle à manger et offert un vase pour décorer la table qu’ils n’ont pas eu le temps d’apprécier. Elle emporta l’objet juste au moment de partir presque impulsivement comme si elle sauvait une partie d’elle-même encore inconnue.
    Ce vase constituera l’unique souvenir matériel de cet univers si familier à l’époque devenu un mirage depuis. L’eau qu’il contiendra par la suite et qui nourrira les fleurs sera le symbole de la vie qui ne meurt jamais vraiment.

     

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