• 8 février 2017 : 55ème commémoration de Charonne

    8 février 2017 : 55ème commémoration

    de Charonne

    Le 8 février prochain aura lieu la commémoration pour le 55ème anniversaire du massacre commis au métro Charonne. Elle aura lieu à 11h30 à l’entrée de la station, à l’initiative du Comité Vérité et Justice pour Charonne et l’URIF-CGT. 

    Pour le 55ème anniversaire :
    le Comité Vérité et Justice pour Charonne publie un livre, avec notamment de nombreux témoignages, qui retrace les évènements de cette période ; une soirée aura lieu à 18h à l’hôtel de ville de Paris avec la projection du film produit par le comité, suivie d’un débat sur la répression et la présentation du livre.

    8 février 2017 : 55ème commémoration  de Charonne

    Charonne : un massacre le 8 février 1962

    Une grande manifestations le 13 février 1962

    Il faut de temps à autre remonter le cours du temps, car le présent n’existe que par le passé... La mémoire est fugitive et la mémoire historique si souvent falsifiée...

    8 février 2017 : 55ème commémoration  de Charonne

    8 février 1962 : CHARONNE crime d’Etat

     crime pour mémoire

    Cinquante-cinq ans après, l’État n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans le crime du métro Charonne. Entretien avec Daniel Renard, président du Comité Charonne pour la vérité et la justice.

    Jean-Pierre Bernard, Fanny Dewerpe, Daniel Fery, Anne-Claude Godeau, Édouard Lemarchand, Suzanne Martorelle, Hippolyte Pina, Maurice Pochard, Raymond Wintgens. Il y a quarante-huit ans, le 8 février 1962, ces neuf syndicalistes de la CGT, dont huit étaient militants du Parti communiste, étaient assassinés, à la station de métro Charonne, par les brigades spéciales dirigées par Maurice Papon, à l’époque préfet de police de Paris.

    Ils venaient de participer à une manifestation contre l’OAS (1) et pour la paix en Algérie. Daniel Renard, aujourd’hui président du Comité Charonne pour la vérité et la justice, faisait partie des organisateurs de cette manifestation. Il témoigne.

    Pourquoi un comité Charonne et pourquoi ce nom :

     Vérité et Justice ? 

    DANIEL RENARD. Parce que nous voulons que l’État reconnaisse enfin sa responsabilité dans le crime du 8 février 1962 et que justice soit rendue aux familles des victimes. Nous voulons aussi faire connaître ce qui s’est passé. Beaucoup, surtout parmi les jeunes, ignorent tout de Charonne. On ne leur en parle pas à l’école.

    Quel était l’objectif de cette manifestation du 8 février ? 

    DANIEL RENARD. Elle avait deux objectifs : la riposte aux attentats de l’OAS et la paix en Algérie. Le 7 février, une charge de plastic au domicile du ministre André Malraux avait défiguré la petite Delphine Renard. D’autres attentats avaient visé notamment le député communiste Raymond Guyau et l’écrivain Vladimir Pozner qui avait été sérieusement blessé. Le soir même, les unions départementales CGT de la Seine et de la Seine-et-Oise provoquaient donc une réunion des organisations syndicales et politiques pour riposter. Et, le matin du 8 février, un tract appelait à manifester à 18 h 30 à la Bastille. Il était signé par les syndicats CGT de Seine et de Seine-et-Oise, les organisations parisiennes de la CFTC, de l’Unef, du SGEN, les sections de Seine-et-Oise de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) et du Syndicat des instituteurs. Les fédérations de Seine et de Seine-et-Oise du Parti communiste et du PSU, les Jeunesses communistes, les Jeunesses socialistes unifiées, le Mouvement de la paix de Seine et de Seine-et-Oise s‘associaient à l’appel.

    Comment les événements se sont-ils déroulés ? Vous étiez parmi les organisateurs… 

    DANIEL RENARD. J’étais secrétaire général de la FEN de Seine-et-Oise. Lorsque nous avons su que le gouvernement interdisait la manifestation, nous avons tenté en vain d’avoir un rendez- vous à la préfecture de police. Il faut rappeler que le préfet de police, Maurice Papon, venait de s’illustrer dans le massacre des Algériens lors de la manifestation du 17 octobre 1961 à l’appel du FLN – on connaît aussi son rôle, en Gironde, pendant l’Occupation. La Bastille n’étant pas accessible, nous avons constitué cinq cortèges différents. En tête de chacun il y avait des responsables des organisations qui appelaient. On a évalué à 60 000 le nombre total de manifestants. Je me trouvais dans le cortège qui, parti du boulevard Beaumarchais, est arrivé à l’angle de la rue des Écoles et du boulevard Saint-Michel où la dislocation s’est effectuée dans le calme. Je suis alors rentré chez moi, à Bezons. C’est dans la nuit que j’ai été informé de ce qui s’était passé au métro Charonne. Alors que des responsables de la CGT et de la CFTC venaient de s’adresser aux manifestants et avaient appelé à la dispersion, la police a chargé avec une violence inouïe. Il y a eu huit morts sur le champ, un neuvième est décédé huit semaines plus tard. Parmi les nombreux blessés, certains l’étaient très sérieusement. Selon la thèse que Papon et le gouvernement ont tenté d’accréditer, les manifestants se seraient rués dans l’escalier du métro dont les grilles étaient fermées et se seraient écrasés les uns sur les autres. Mais c’est faux, les grilles n’étaient pas fermées.

    Comment expliquez-vous une telle violence ? 

    DANIEL RENARD. Papon et le gouvernement cherchaient à en découdre. Les unités de police avaient été particulièrement choisies et comportaient des éléments qui revenaient d’Algérie. Or la volonté d’écraser la lutte du peuple algérien avait été mise à mal. Avec une certaine mauvaise volonté, le gouvernement français avait dû engager, le 20 mai 1961 à Évian, des pourparlers avec le gouvernement provisoire de la République algérienne. L’OAS, qui voulait y faire échec, multipliait les attentats. Mais la mobilisation contre la guerre s’élargissait. Le 16 janvier 1962, un appel à « agir au grand jour contre les factieux de l’OAS » avait été signé par cent anciens résistants, parmi lesquels des gaullistes comme le général Billotte. Évidemment, les militants communistes qui luttaient depuis des années contre la guerre d’Algérie étaient particulièrement motivés. Le 8 février ils constituaient le gros des cortèges, ce qui fait que sur les neuf victimes, huit étaient communistes.

    Quel a été l’impact de Charonne ? 

    DANIEL RENARD. Cela a déclenché un mouvement auquel le pouvoir ne s’attendait pas. Le lendemain, l’appel à un arrêt de travail d’une heure a été massivement suivi dans tout le pays. Les obsèques ont eu lieu le 13 février à l’appel de toute la gauche, de toutes les organisations syndicales. La foule était immense – on a parlé de 1 million de personnes. La pression pour que les négociations avec le FLN progressent est devenue telle que le 19 mars 1962 les accords d’Évian étaient signés.

    Quel enjeu représente aujourd’hui la reconnaissance

     de ce crime ? 

    DANIEL RENARD. Cette reconnaissance est très importante pour agir contre toutes les survivances du colonialisme. Nous associons le 8 février 1962 et le 17 octobre 1961 qui était aussi une manifestation pacifique. Faire reconnaître ces crimes par l’État français est aussi une façon de travailler à l’amitié franco-algérienne. Ces dates marquent l’histoire de France et font partie de l’identité populaire.

    CHARONNE 8 février 1962 : Anthropologie historique

    d’un massacre d’Etat

    Décidée en réaction aux dix attentats de l’OAS du 7 février 1962... la manifestation unitaire du 8... est avant tout un élan anti fasciste et pour la liberté de l’Algérie. Organisée dans l’urgence, elle doit être courte, localisée et surtout ne pas offrir aux forces de l’ordre d’invite à la violence : pas de banderoles, plusieurs petits cortèges pour ne pas faire masse, pas d’arme, pas d’affrontement délibéré, des mots d’ordre de calme et d’obéissance.

    Pourtant, elle est immédiatement condamnée comme illégale par le Préfet de Paris, le très courtois M. Maurice Papon dont il ne fallait pas attendre ici non plus un zeste d’humanité, et les forces de police reçoivent d’emblée le mot d’ordre de fermeté, que l’on peut comprendre comme un blanc seing à la violence permise pour disperser les foules. Ce sont d’ailleurs les Compagnies de Sécurité, formées à la violence urbaine et armées du « bidule » (manche d’un mètre de long) qui auront la charge d’être face aux manifestants... Car si la manifestation tourne finalement au « massacre », c’est avant tout de la faute de la police, qui charge les manifestants à l’heure de la dispersion annoncée et qui matraque à tour de bras, les passants aussi bien, femmes, enfants, vieillards, élus en écharpe tricolore, poursuivant les fuyards jusque dans les cages d’escalier, faisant finalement huit morts, dont femmes et enfants.

    C’est dans le sang de ses victimes que la manifestation pacifiste du 8 février 1962, qui n’avait d’exceptionnelle ni la revendication ni l’organisation, ni le nombre de ses participants ni ses organisateurs, entre tragiquement dans l’Histoire.

    Car « Charonne », qui va du 8 (date du massacre) au 13 (date des funérailles), est bien plus qu’un fait ponctuel, très court aussi bien dans le temps que dans la géographie : c’est un stigmate des dérives d’un Etat qui est perdu, d’un état démocratique qui laisse une frange instable de son autorité sombrer dans la folie.

    Source : http://www.boojum-mag.net/f/index.p...

    8 février 2017 : 55ème commémoration  de Charonne

     

    De la violence policière légitime 

    « Je n’ai jamais assisté à un spectacle aussi horrible que le 8 février. Les coups de matraque ont plu à tort et à travers sur des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, des manifestants et des passants. Tout autour de moi des gens [...] très paisibles s’écroulaient sous les coups et continuaient d’être frappés tandis qu’ils étaient à terre et perdaient leur sang en abondance. »

    Formés à l’action et même, pour certains dont les « disciples » de l’OAS, les compagnies de sécurité sont une faction interne à la Police de Paris, moderne, faite pour être violente, armée en conséquence. Ces unités avaient reçu des instructions de « fermeté » à l’encontre des manifestants, tant en raison de l’époque (en plein crise d’Alger) que de l’opposition « rouge » qu’il faut mater. Cette fermeté s’illustrera oh combien et rappellera plus les premiers affrontements entre les syndicats naissants et les milices de patrons que la surveillance par les forces de l’ordre d’une manifestation pacifique et dont le mot d’ordre, clairement énoncé, était de ne pas faire de vague et de se disperser dès 18h30.

    Mais sans prévenir, la police charge, va à l’assaut et au combat, « bidule » à la main (la longue matraque d’un mètre...) et frappe sur tout ce qui est dehors, un élu en écharpe tricolore venu annoncer la fin du rassemblement aussi bien qu’un passant, que des femmes, des enfants... la violence policière est déchaînée et entraîne un certain nombre de débordements, de courses poursuites qui se finiront tragiquement par la mort de 8 personnes au métro Charonne, 8 personnes mortes étouffées pour échapper aux coups [2], aux plaques de fer ou au corps de blessés devenus projectiles... La police a perdu toute forme de raison et, mue par sa propre violence, s’avilit au rang des dictatures militaires.

    Les scènes de violences, longuement décrites et qui forment le cœur du mythe de Charonne, dépassent la raison. Et c’est cette violence qui a fait entrer « Charonne » comme symbole d’un état de droit qui dépasse ses propres limites et s’instaure punisseur : car les manifestants n’ont pas été arrêtés, ils ont été châtiés sur place, par le pouvoir supérieur du « bidule » et pour l’apaisement des consciences policières. Car les morts du 8 février 1962, dont un enfant de 16 ans, même s’ils auront le 13 février une procession funéraire digne et réunissant sans doute la plus grande manifestation populaire et indignée du XXe siècle (la préfecture, sans l’autoriser, n’a pas osé l’interdire ou, du moins, intervenir dans son déroulement...)

    Le déni 

    La raison d’état est de minimiser l’événement, de faire porter sur les manifestants - des communistes, donc des agitateurs dont les manigances sont connues pour destabiliser le gouvernement - la responsabilité des violences. Bien sûr, les manifestants ont réagi, ont riposté tant bien que mal parce qu’ils n’avaient rien prévu... mais c’est surtout la rue, comme entité vivante dont Alain Dewerpe dresse un portrait saisissant, qui se pose en contestataire des mensonges d’état.

    Tous les témoins seront unanimes (sauf un) à faire porter la responsabilité des échauffourées sur la Police. Si un responsable policier a pu oser prétendre que « les effectifs de la police municipale n’étaient pas animés d’intentions offensive », c’est aussi qu’il faut faire la différence entre plusieurs police. La municipale, chargée d’empêcher les rassemblements de se former, est là en appui des compagnies d’intervention, véritable milice formée à la violence urbaine et dont les actions d’éclats se retrouveront dans les horreurs de Mai 68 par exemple.

    Et plus encore... 

    Au delà d’un exposé magistral sur les tenants et les aboutissants de cet événement monstrueux, parfaitement délimité dans l’espace et le temps et, pour ainsi dire, assez rapide, Alain Dewerpe établit une anthropologie précise et d’une grande utilité pour lire notre monde agité de la rue, de la police, de la manifestation comme corps constitué, de la ville enfin, de tout ce qui contribue en amont ou en aval à la vie d’un défilé. Alain Dewerpe dresse des nomenclatures, des règles universelles et précises qui trouvent aujourd’hui encore application, parce qu’il a compris la vérité au fond des choses : que le cortège est un corps qui se meut et qui saigne, qui proteste, se défend et se venge, qui fuit ou se cache, mais dont chaque membre est un homme.

    La lecture de cet énorme travail de fonds conduit à rien moins qu’à l’effarement : loin du mythe des « massacreurs de Charonne » dont plusieurs idées reçues perdurent encore aujourd’hui (notamment les grilles fermées du métro, qui étaient ouvertes), Alain Dewerte restitue des faits, des idéologies et des habitus de part et d’autre de la rue (manifestants, police) qui forment un tableau dont la réalité dépasse l’entendement. Rien d’exceptionnel dans une dictature, mais dans une République ! La somme des archives et documents qui se posent devant nous, par le travail salutaire et titanesque d’Alain Dewerpe, ne peut que forcer l’admiration et demander à ce que l’Etat, qui en a reconnu d’autres et des moindres, reconsidère ses mensonges et s’implique dans le travail de mémoire. Alain Dewerpe nous donne ici, outre une leçon magistrale d’Histoire, un sursaut d’humanité. Que son travail fasse école !

    Loïc Di Stefano

    [1] Plusieurs témoins attestent avoir entendu, émaner des forces de l’ordre, ces cris : « Allez-y, tuez-les tous » ; « Maintenant vous pouvez y aller. Il ne reste plus que les cocos et le PSU. »

    [2] Dont la mère de l’auteur, qui préviendra : « Le lecteur ne doit enfin pas ignorer que ce projet de piété filiale relève aussi de la commémoration savante. Si être le fils d’une martyre de Charonne ne donne aucune lucidité, il n’interdit pas de faire son métier d’historien. »

    Alain Dewerpe

     

    La grande manifestation du 13 février 1962

     

    Le 13 février une manifestation monstre est organisée pour les obsèques des pauvres malheureux, un million de personnes défilent en silence jusqu’au Père Lachaise (1 million d’après l’Huma et Libé, 500000 d’après le Monde et le Times, 150000 selon la Préfecture de police et son journal officiel : le Figaro). Qui est responsable de cette tragédie ? le Gouvernement ? le Préfet de Police ? l’O.A.S ? la Police ? le Parti communiste ?, à cette question je répondrai comme Jean Daniel dans l’Express ; « Le gouvernement voulait donner des gages aux partisans de l’Algérie française, à la droite conservatrice et à l’armée, car tous redoutait le communisme (la pieuvre rouge comme ils disaient...peu de gens à l’époque voyait venir la véritable pieuvre qui allait étouffer et terroriser l’Algérie : « la pieuvre verte »).

    Le Général de Gaulle et son gouvernement voulait frapper fort pour rétablir la confiance du pays avant la grande « braderie algérienne ». Certes des provocateurs de l’O.A.S ont sûrement infiltrés les Forces de l’ordre, mais ce serait trop facile de les disculper par cet argument.

    Suite à ces évènements, j’ai demandé ma démission, et j’ai quitté la G.R.P deux mois après.

    L’Enquête officielle se terminera par une série de non-lieux et en 1966 un loi d’amnistie lava tous les soupçons. La Ligue des Droits de l’Homme soulignera cependant l’écrasante responsabilité de Maurice PAPON (ordinateur des basses oeuvres) qui déclara avec son aplomb habituel : « La Police a été attaquée par des émeutiers avec une extraordinaire violence, les décès sont dû à une malheureuse bousculade. »

    Si l’on veut trouver, non pas des excuses, ce serait difficile, mais des circonstances atténuantes, replaçons nous dans le contexte de cette époque troublée.

    Le terrorisme algérien du F.L.N avait fait des morts et des blessés chez les policiers attaqués par surprise au hasard des rues de Paris. Le racisme montait de part et d’autre, tout le monde était nerveux. Les rapatriés « les Pieds-Noirs comme on les appelait » arrivaient par trains entiers, mal accueillis, ils vivaient une tragédie terrible, victimes d’une situation politique qu’ils ne comprenaient pas et qu’ils n’avaient pas vu venir à temps.

    Le colonialisme n’en finissait pas d’agoniser dans les larmes et dans le sang. Les policiers étaient traumatisés, ils rêvaient de revanche sachant très bien que la hiérarchie couvrirait toutes les bavures. Déjà le 17 octobre 1961, 150 à 200 algériens furent jetés dans la Seine, on les a appelés les N.P.B « noyés par balles ».

    A l’instar du Général MASSU qui avait gagné la bataille d’ALGER, PAPON dira plus tard qu’il avait gagné la bataille de PARIS... Il faut dire qu’il avait de l’expérience, car 20 ans plus tôt il avait déjà gagné une autre sale bataille, celle de BORDEAUX (rafle des enfant juifs).

    Au PANTHEON fasciste il mérite un grand sarcophage de plomb !

    8 février 2017 : 55ème commémoration  de Charonne

    55 ans plus tard... : Papon et Charonne

    Il y a comme ça des dimanches qui commencent plutôt bien. Une fois n’est pas coutume... Aux aurores, entendre annoncer la mort de Papon, ça donne un autre goût au thé, pas de doute.

    Papon, pour ceux qui n’y pensaient plus, c’était quand même le seul haut fonctionnaire français à avoir été condamné pour complicité de crime contre l’humanité. Le seul... Eh oui... Pour avoir envoyé en camp des petits enfants, des vieillards, et même des adultes, après tout, qu’importe l’âge, c’est la déportation qui compte. Que tu aies eu 10 ans ou 50, une fois là-bas, ça changeait quoi ?

    Papon, lui, il n’y avait pas vu malice, dis donc. Il y a des types comme ça, être commissaire « aux affaires juives », ça ne leur pose pas problème. Les « affaires juives », qu’est-ce que ça pouvait bien recouvrir ces mots-là ? Il y aurait donc eu des particularités juives ? Va savoir. Avec tout ce temps qui a passé, on ne sait plus bien, à vrai dire.

    Ce qu’on sait, par contre, c’est que le bonhomme, il a continué sa belle carrière, tout enrubanné d’honneurs et de dorures, dans les palais de la République (la vôtre, la mienne, la nôtre...), nommé par de Gaulle, par Pompidou, par Giscard aussi, tous des gens éminemment fréquentables. Faut dire, la République, bonne fille, elle te l’avait nettoyé vite fait de ses turpitudes. Du coup, il a pu continuer son sale boulot.

    Il a été le chef de ceux qui ont flanqué à la Seine des manifestants algériens en octobre 61. Jamais on ne saura le nombre exact de morts, pour cette fois-là. Jamais. La honte. La honte sur notre belle démocratie, qu’on en est si fier, qu’on se permet même de donner des leçons aux autres. La honte devant ces petits enfants venus réclamer avec leurs parents le droit simplement normal de se balader le soir dans les rues. La honte...

    Et puis, Papon, ça a aussi été le Préfet de police de Charonne... Vous vous souvenez, de Charonne ? Chez moi, fatalement, on était un peu rougeâtre dans les opinions, alors, Charonne, on en parlait à table. C’était le 8 février 62. Les communistes avaient appelé à manifester contre l’OAS. La police a chargé.

    Les manifestants ont essayé de se réfugier dans le métro, à Charonne, mais voilà, va comprendre, les grilles étaient fermées. Piégés, ils ont été. On a relevé 8 corps. Huit, plus un neuvième qui est mort 3 mois plus tard. Le plus jeune n’avait pas 16 ans. Et 250 blessés.

    Parmi ces morts, il y avait une jeune femme : Fanny. La petite trentaine. Elle avait échappé aux rafles des années 40, déjà Papon. Manque de chance, 20 ans plus tard, il était encore là. Et Fanny, cette fois, elle a fait partie de la liste. Comme son beau-frère fusillé en 44.

    5 jours après, ils ont été 500 000 à suivre les cercueils jusqu’au Père Lachaise. Le fils de Fanny, Alain, a écrit une histoire de cette journée sinistre « Anthropologie historique d’un massacre d’Etat » Ca m’étonnerait qu’il ait fêté l’événement Alain Dewerpe, ce matin, mais il a dû se dire, sûrement : « Les salopards font de vieux os, ces derniers temps, les bourreaux meurent centenaires, ou quasi »

    Si d’aventure, ces jours-ci, vous traînez du côté du Père Lachaise, allez-y, saluez les morts de Charonne. En n’oubliant pas Papon... Parce que c’est vrai, même si c’est un peu tard, les bourreaux meurent aussi.

    Témoignage d’un garde républicain ayant participé de loin à la tragédie du métro Charonne 

    " La paix en Algérie était imminente, les accords d’Evian (bâclés à la va vite) signés le 16 Février ne seront jamais hélas ! respectés par le gouvernement F.L.N ; la fin des hostilités est proclamée le 19 mars 1962.

    L’O.A.S et tous les extrémistes de droite anti-gaullistes font régner la terreur en Algérie et en Métropole.

    8 février 2017 : 55ème commémoration  de Charonne

    Le 7 février une petite fille de quatre ans et demi Delphine Renard est aveuglée par une bombe qui visait André Malraux ministre des Affaires Culturelles. Cette bombe artisanale avait été placée sur le palier de son appartement à Boulogne Billancourt par les tueurs de l’O.A.S. Le lendemain 8 Février un cortège se forme à la gare de Lyon (manif initiée par le P.C, le P.S.U, les syndicats et plusieurs associations, malgré l’interdiction du Préfet de police Papon)

    Les manifestants scandaient les slogans entendus dans toutes les manifs de l’époque : « Paix en Algérie, O.A.S assassins ».

    Au moment où l’ordre de dispersion fut donné, la tragédie eut lieu vers 19 heures. La gendarmerie mobile plus deux compagnies de G.R.P dont la mienne, crosse en avant et grenades lacrymogènes d’un côté, C.R.S et policiers des forces spéciales avec bidules et matraques de l’autre chargent les manifestants.

    Les manifestants sont paniqués, ils cherchent à se réfugier n’importe où, quelques-uns s’enfuient dans les immeubles, d’autres dans l’entrée du métro Charonne, mais les grilles sont fermées (l’enquête dira que ce n’est pas sûr). Un escalier donnant sur les toilettes désaffectées, apparaît comme un lieu sûr, c’est alors que des éléments des forces de l’ordre jettent sur eux les lourdes plaques de métal qui se trouvent au pied des arbres du bld Voltaire, ainsi que des tables de brasserie pesant entre 20 et 40 kgs. C’est un spectacle ignoble, et lorsque les gradés parviennent à mettre fin à l’assaut, le bilan est terrible : 8 morts dont 3 femmes et un jeune de 16 ans Daniel Ferry, tous militants ou sympathisants communistes, ce qui fera dire à Roger FREY ministre de l’Intérieur qu’il s’agissait d’une insurrection fomentée par le P.C. Le lendemain un 9e homme membre du P.S.U. meurt de ses blessures. Il y a eu une centaine de blessés dont certains handicapés à vie. On saura plus tard que des éléments de l’O.A.S déguisés en policiers ont infiltré les forces de l’ordre. La plupart des victimes sont mortes étouffées, mais il y a eu aussi des crânes fracassés."

    Simon GARRIGUE, Extrait de Respublica n°575

    SOURCE : http://www.gauchemip.org/spip.php?article12238

     

    CHARONNE, N'OUBLIONS JAMAIS.

     

    "Charonne" après le "17 Octobre 1961", fut le dernier massacre d’État avant la signature des accords d'Évian, le 19 mars 1962, accords qui mettaient fin aux combats et traçaient, pour l'Algérie, le chemin de l'indépendance.
    Depuis l'insurrection du 1er Novembre 1954, violences, haines, tortures, assassinats, attentats... jalonnent 8 années de conflit.
    Ce film est un hommage à toutes celles et ceux qui étaient à Charonne, les victimes, les blessés, dont certains garderont des séquelles lourdes et définitives, à tous les démocrates qui se sont levés pour défendre les libertés.
    Pour comprendre "Charonne", nous devions inscrire cette tragédie dans l'Histoire: l'histoire de la guerre d'Algérie, de la colonisation, plus largement l'histoire du colonialisme.

     

    CHARONNE, N'OUBLIONS JAMAIS.

     

     

     

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