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    Hapsatou Sy alias "Corinne" :

    Éric Zemmour mis en examen

    après ses propos

    Hapsatou Sy alias "Corinne" : Éric Zemmour mis en examen après ses propos ***

    À force, Éric Zemmour va connaître les palais de justice aussi bien que les plateaux télé sur lesquels il est régulièrement invité à déverser ses propos toujours plus clivants. Après son clash avec Hapsatou Sy autour de son prénom, il a été mis en examen.

    Avec Éric Zemmour, une affaire chasse l'autre. Récemment, c'est lui qui avait le statut de victime après la condamnation d'un homme qui l'avait harcelé dans la rue. Mais la vapeur se renverse déjà puisqu'il est désormais mis en examen pour injure à caractère racial. La conséquence de son clash avec la chroniqueuse Hapsatou Sy.

    Hapsatou Sy alias "Corinne" : Éric Zemmour mis en examen après ses propos ***

    David Perrotin, ex-membre de BuzzFeed aujourd'hui chez Loopsider, Éric Zemmour aura prochainement affaire à la justice après avoir fait polémique en septembre 2018 sur le plateau de l'émission Les Terriens du dimanche. "Après les propos tenus par Éric Zemmour contre la chroniqueuse Hapsatou Sy qui aurait dû s'appeler 'Corinne', une plainte a été déposée. Zemmour a été convoqué par le juge cet été et a été mis en examen cette semaine pour injure à caractère racial. C'est Éric Dupond-Moretti qui représentait Hapsatou Sy. Étant devenu ministre [nommé à la Justice en juillet 2020, NDLR], c'est Antoine Vey (son associé) qui défend l'animatrice", a précisé le journaliste.

    À l'époque, Éric Zemmour avait été invité à parler de son livre Destin français et, une fois encore, il était parti en roue libre. Il s'en était pris pendant l'émission à Rachida Dati, puis à Hapsatou Sy, alors chroniqueuse des Terriens du dimanche avant qu'elle ne soit poussée vers la sortie avec pertes et fracas. "Normalement, chez moi, en tout cas depuis une loi de Bonaparte qui a malheureusement été abolie en 1993 par les socialistes, on doit donner des prénoms dans ce que l'on appelle le calendrier, c'est-à-dire les saints chrétiens", avait-il dit, reprochant par là à l'ancienne ministre d'avoir appelé sa fille Zohra. Ces propos avaient choqué Hapsatou Sy, qui lui avait alors fait remarquer qu'en dépit de son prénom, elle était française. "Eh bien, votre mère a eu tort", lui avait-il rétorqué en lui lançant que Corinne aurait été un prénom idéal pour elle. Vive polémique, soutien des stars sur la Toile et menaces de mort contre la chroniqueuse avaient suivi.

    Après ce clash, Hapsatou Sy avait effectivement déposé plainte.

    SOURCE : https://www.purepeople.com/article/hapsatou-sy-alias-corinne-eric-zemmour-mis-en-examen-apres-ses-propos_a404120/1

    MAIS C’EST PAS TOUT

    CAR DANS 6 JOURS LE 25 SEPTEMBRE

    ZEMMOUR CONNAÎTRA LE SORS

    QUI LUI EST Réservé concernant

    Cette autre affaire :

    Procès Zemmour: les associations antiracistes demandent une sévérité exemplaire

    Hapsatou Sy alias "Corinne" : Éric Zemmour mis en examen après ses propos ***

    Éric Zemmour était jugé pour « injures publiques à caractère racial » et « provocations publiques à la haine raciale » par la 17e chambre correctionnelle de Paris, le 1er juillet. Neuf associations antiracistes, parties civiles, ont demandé une peine exemplaire contre le polémiste, habitué aux dérapages racistes. Compte rendu.

    La salle est comble. Au point que la présidente de la 17e chambre correctionnelle de Paris demande que le public debout soit évacué. Mais à quelques minutes de l’audience, Éric Zemmour n’est toujours pas là. Il ne viendra pas.

    « A-t-on reçu une lettre d’excuse de la part du prévenu pour expliquer son absence ? », s’enquiert la présidente auprès d’Olivier Pardo, l’avocat d’Éric Zemmour. « Non madame la présidente, mon client est victime d’agressions physiques et verbales quotidiennement, il choisit donc ses sorties. Et la loi l’autorise à être représenté. » « C’est dommage, le tribunal aurait aimé lui poser les questions directement », réplique la présidente.

    Le polémiste est jugé pour « injure publique à caractère racial » et « provocation publique à la haine raciale » après des propos contre l’islam et l’immigration tenus le 28 septembre 2019 lors de la « convention de la droite », un rassemblement organisé par des proches de l’ancienne députée frontiste, Marion Maréchal.

    À La Palmeraie, dans le XVe arrondissement de Paris, ce jour-là, une bonne partie de l’extrême droite est présente. Et LCI retransmet le tout en direct, à robinet ouvert. Éric Zemmour a été invité pour ouvrir la réunion. 32 minutes de discours. 32 minutes où cet adepte du grand remplacement se laisse aller à ses obsessions face à un auditoire conquis d’avance. La communauté musulmane est, comme à son habitude, sa cible favorite. « Il y a une continuité entre les vols, viols, trafics de drogue jusqu'aux attentats de 2015, en passant par les innombrables attaques au couteau dans les rues de France. Ce sont les mêmes qui le commettent, qui passent sans difficulté de l'un à l'autre pour punir les koufars, les infidèles. C'est le djihad partout, et le djihad pour tous et par tous. »

    Malgré les condamnations unanimes, Éric Zemmour avait maintenu ses propos, quelques jours plus tard. Pendant la semaine précédant le procès, son avocat a tenté d’expliquer dans les médias que le discours de son client était tenu dans un cadre privé, et que ces propos n’avaient pas vocation à être diffusés sur une chaîne de télévision publique. Sauf que les places pour cette convention étaient disponibles à l’achat sur Internet, et pas sur invitation. Les intervenants avaient été prévenus de la présence de 120 médias accrédités pour l’occasion.

    Dans la semaine qui a suivi ce discours, le CSA a reçu quelque 3 600 signalements. Des chiffres exceptionnels. La Licra, SOS Racisme, le MRAP, le CCIF… Neuf associations se sont constituées partie civile.

    « Éric Zemmour est le Dieudonné des chaînes d’info », déclare le président de SOS Racisme, Dominique Sopo. Ses propos sont des appels à passer à l’acte contre les immigrés et les musulmans. » « Et ce n’est pas un oncle aviné, c’est un journaliste qui connaît le sens des mots », rappelle-t-il.

    Un constat partagé par le représentant de la Fédération nationale de la maison des potes : l’attentat islamophobe de Christchurch a été inspiré par Renaud Camus et sa théorie du grand remplacement, théorie largement relayée par Zemmour à longueur d’antenne. Selon les chiffres du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), en 2019, les actes islamophobes ont augmenté de 77 % par rapport à 2018. Jawad Bachare, le directeur exécutif du CCIF, pointe la responsabilité de Zemmour dans cette augmentation « Zemmour est prévenu, il a déjà été condamné. Il récidive. Le boulevard que lui donnent certains médias l’encourage. On veut une justice ferme avec ce multi-récidiviste », insiste-t-il.

    Les neuf avocats représentant les parties civiles sont unanimes. Le tribunal doit condamner fermement Zemmour, déjà condamné pour provocation à la haine raciale. « La stratégie est de faire taire Éric Zemmour, qu’il ne parle plus, plus comme ça », explique Jérôme Karsenti, avocat de la Fédération nationale de la maison des potes.
    Patrick Klugman, conseiller de SOS Racisme, rappelle qu’en leur temps, Dieudonné et Alain Soral ont été condamnés à du sursis ou de faibles amendes. « Ça ne les a pas découragés ! », relève-t-il. Il pique ensuite : « Zemmour est implacable quand il parle de délinquance, sauf de la sienne. » Slim Ben Achour, spécialisé dans les questions de racisme et d’immigration, enchaîne : « Éric Zemmour développe un business florissant, celui de la haine. »

    Trois des neuf associations ont demandé 100 000 euros de dommages et intérêts. Dénonçant « la rhétorique insidieuse » d’Éric Zemmour, qui, selon elle, « détourne l’histoire, les dates, les citations, enchaîne les sophismes aux fins de son discours », la procureure a requis 10 000 euros d’amende et un an de prison en cas de non-paiement à l’encontre du polémiste.

    Après cinq heures d’audience, Olivier Pardo, l’avocat d’Éric Zemmour, joue la victimisation. « J’encaisse les attaques depuis des heures. Tout est permis, puisque c’est d’Éric Zemmour dont il est question », affirme-t-il. Pendant une bonne demi-heure, il tente de réhabiliter son client, victime selon lui d’idées reçues qui lui collent à la peau. « S’il était Dieudonné ou Alain Soral, est-ce que le président de la République l’aurait appelé pendant 45 minutes ? Je ne crois pas. » L’argument se veut sans appel…

    L'affaire a été mise en délibéré et le jugement sera rendu le 25 septembre.

    SOURCE : https://www.mediapart.fr/journal/france/020720/proces-zemmour-les-associations-antiracistes-demandent-une-severite-exemplaire 

     

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    La guerre des mémoires, la France face

    à son passé colonial, par Benjamin Stora

    La guerre des mémoires, la France face à son passé colonial, par Benjamin Stora

     

    Treize ans après la sortie de La guerre des mémoires, le dialogue entre l’historien Benjamin Stora et le journaliste Thierry Leclère vient d'être rééditée cet été 2020 en format poche. Une conversation toujours d’actualité « dans une France encore déchirée en profondeur par son passé colonial » selon les mots du journaliste, qui tient pour exemple les polémiques récurrentes visant les tenants des études postcoloniales qui se voient reprocher de « voir du colonial partout ». « Oui, la France, en 2020, est toujours malade de son passé colonial », constate Thierry Leclère dans l’avant-propos d’un livre dans laquelle Benjamin Stora livre une parole précieuse.

    Pour ce spécialiste reconnu de la guerre d’Algérie et de la question coloniale, « la guerre des mémoires n’a jamais cessé, mais elle vivait dans le secret des familles ». Une guerre longtemps restée « cloisonnée, non assumée » et « souterraine » jusque dans les années 2000. Un épisode en particulier va réveiller les blessures : la très contestée loi du 23 février 2005 consacrant « le rôle positif de la colonisation », qui finira par être abrogée par Jacques Chirac en janvier 2006 malgré les cris d’orfraie poussés dans les rangs de la droite. « Un révélateur très puissant » que « la France n’est toujours pas réconciliée autour de la décolonisation et de la perte de l’Algérie française », pour celui qui s’est vu confier en juillet 2020 une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » par Emmanuel Macron.

    Avec La guerre des mémoires, Benjamin Stora décode cette guerre des mémoires et revient pour cela sur ses sources mais aussi ses pièges. Car le débat sur la colonisation est loin d’être clos et il faut pouvoir l’affronter le plus sereinement possible - ce qui est loin d'être évident - pour envisager, dans un avenir plus ou moins proche, une réconciliation des mémoires qu'il importe de favoriser et pour laquelle l’historien oeuvre de longue date.

     

    Présentation de l'éditeur

    La guerre des mémoires, la France face à son passé colonial, par Benjamin Stora

    En ces temps tumultueux, il est utile de lire – ou de relire – ce petit livre de Benjamin Stora. Dans un dialogue limpide avec le journaliste Thierry Leclère, Benjamin Stora nous interroge : ­comment se vivre comme descendant ­d’esclaves, ou encore comme fils ou fille de colonisés ? Ce choc des mémoires est-il une rumination vaine du passé ou, au contraire, une relecture «  thérapeu­tique  » de l’histoire ? Qu’est-ce qu’être Français, aujourd’hui ?

    Des sujets au cœur de notre actualité, suivis d’un récit âpre et mélancolique, Algérie 1954, qui relate les dernières heures, cruciales, de ­l’Algérie française. Une réflexion toujours aussi ­percutante.

    L'auteur

    Historien et sociologue, Benjamin Stora est professeur d’histoire du Maghreb et de la colonisation française à l’Institut national des langues et des civilisations orientales.

    SOURCE : https://www.saphirnews.com/La-guerre-des-memoires-La-France-face-a-son-passe-colonial-par-Benjamin-Stora_a27394.html

     

     

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    Faïza Guène : la transmission silencieuse

     du trauma colonial

    Faïza Guène : la transmission silencieuse du trauma colonial

    Le dernier roman de Faiza Guène, "La discrétion", dresse le portrait d’une famille algérienne habitant à Aubervilliers. La romancière vient, avec justesse et subtilité, interroger le récit national français sur la guerre d’Algérie. Lu à la lumière des récentes études sur la transmission du trauma colonial, ce roman invite toute une génération d’enfants d’immigrés algériens à se saisir de leurs vérités.

    Si Faiza Guène nous semble figurer dans le paysage littéraire français depuis longtemps, c’est qu’elle n’était qu’une adolescente quand a été publié son premier succès, Kiffe kiffe demain (publié en 2004, alors qu’elle n’a que 19 ans), un roman traduit en 26 langues. 16 ans plus tard, c’est un face à face générationnel entre la discrète Yamina Taleb, Algérienne de 70 ans, et ses enfants nés en région parisienne, que son dernier roman, La discrétion, évoque sans jamais tomber dans le pathos, les douleurs et les errances partagées par de nombreuses familles algériennes.

    Le silence institutionnel sur les crimes coloniaux en toile

     de fond 

    Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, De Gaulle et ses successeurs ont orchestré une politique de l’oubli, enterrant, un quinquennat après l’autre, les récits des ex-colonisés algériens. Au fil du temps, ces récits subalternes ont formé une mémoire seconde, une histoire souvent orale, souvent racontée à travers des anecdotes familiales, souvent cantonnée aux marges de l’histoire, quand elle n’est pas tout simplement tue. Mais même dans le silence, il s’agit d’une histoire portée, par des millions de corps franco-algériens. « Mais personne n’a pris la peine de l’écrire, cette histoire » écrit Faiza Guène.

    Le silence au sujet du crime colonial entraîne un sentiment d’injustice et de colère partagé chez les enfants d’immigrés algériens, incarnés dans le roman à travers le personnage de la jeune Hannah. Ces enfants qui portent en eux une vérité qu’ils peinent à articuler, soupçonnés d’être des traitres à la nation dès qu’ils interrogent ce récit national que leur propre corps vient contredire.

    La hantise de la disparition 

    Plus qu’une occupation et une spoliation des terres, la colonisation s’est érigée comme un arrachement du colonisé à sa langue, son identité, sa réalité. Dans son livre, L’an V de la révolution algérienne, Frantz Fanon insistait sur ce dépouillement de l’identité algérienne qu’il formulait en ces termes :

    « Le colonialisme français s’est installé au centre même de l’individu algérien, et y a entreprit un travail soutenu de ratissage, d’expulsion de soi-même, de mutilation rationnellement poursuivie. Il n’y a pas une occupation du terrain et une indépendance des personnes. C’est le pays global, son histoire, sa pulsation quotidienne, qui sont contestés, défigurés, dans l’espoir d’un définitif anéantissement. Dans ces conditions, la respiration de l’individu est une respiration de combat. » 

    C’est de cet arrachement que les enfants de colonisés sont les héritiers. Ainsi, la politique d’assimilation de la France, souvent traduite par une injonction à l’invisibilité, à la "discrétion", s’érige comme une étape supplémentaire dans le processus colonial qui souhaitait l’effacement des corps colonisés.

    Pour être des Français convenables, il faudrait se fondre et s’effacer, se taire, et accepter un discours officiel qui enterre les vérités de nos parents. Plus qu’un simple refoulement, la France se pare encore d’un discours officiel qui n’hésite pas à avancer les bienfaits de la colonisation.

    Toute recherche hors du discours officiel sur la guerre d’Algérie va être interprétée comme une ingratitude, une offense faite à la France

    Dans ce contexte, le corps franco-algérien devient dangereux pour la survie du déni national, la fracture semble irrémédiable, et toute recherche hors du discours officiel sur la guerre d’Algérie va être interprétée comme une ingratitude, une offense faite à la France. Il est alors compliqué, pour les enfants de Yamina comme pour tant d’autres, de trouver leur place dans la société. Il est compliqué d’admettre que ce qui de notre point de vue – et du point de vue de la communauté internationale à l’époque – a constitué une déchéance humaine et morale puisse avoir des « aspects positifs » pour d’autres, jusqu’aujourd’hui.

    Taire sa colère, sa vérité pour protéger ses enfants 

    Plus que de discrétion, le personnage de Yamina semble faire preuve d’abnégation vis-à-vis de ses enfants : taire sa colère, sa vérité, c’est les protéger. Et quant au racisme ordinaire, « elle a compris que si elle commençait à relever la moindre chose, ça n’en finirait plus ». Ne pas relever le racisme dans ses interactions quotidiennes, c’est un réflex de protection comme un autre, une sagesse, un aveu de fatigue parfois, mais surtout un refus d’accorder de l’importance à ce qui n’en a pas ou ne devrait pas en avoir. Mais ses enfants, eux, n’ont pas envie de laisser passer.

    Eux ils savent qui elle est, ce qu’elle a traversé, et ils exigent que le monde entier le sache aussi.

    Comme Yamina, née dans une Algérie coloniale, de nombreux parents se sont tus, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie, pour protéger leurs enfants d’une réalité trop brutale. De leur côté, les enfants peinent à poser des questions, de crainte de faire revivre par le souvenir des expériences traumatiques. Dans un pacte de protection mutuelle, implicite, comme entre Yamina et ses enfants, le silence fait foi.

    Mais les interactions quotidiennes, marquées de racisme ordinaire, viennent faire exploser ce pacte et raviver d’anciennes douleurs. « Hannah pourrait en pleurer. Chaque fois qu’on se montre condescendant avec sa mère, il lui semble qu’elle rétrécit sous ses yeux, comme un vêtement lavé à haute température. Il y a tellement de rage coincée dans sa gorge que ça lui laisse un goût aigre, une rage ancienne, de plus en plus difficile à contenir ».

    Du colonial à l’errance psychique postcoloniale :

     la transmission générationnelle 

    Les analyses des psychiatres et psychanalystes donnent quelques éléments de réponse quant aux effets subjectifs et conséquences psychiques des violences de l’histoire coloniale. La guerre d’Algérie a produit des traumatismes qui se sont transmis de génération en génération, et même quand ils sont tus, ils ne disparaissent pas. Ils planent, font leur chemin et se transmettent de parents à enfants, d’autant plus quand ces enfants vivent des violences qui font intimement écho à celles vécues par leurs parents, parfois dans une confusion des espaces et des temporalités.

    C’est la conclusion de Malika Mansouri, psychologue-psychanalyste, dont le travail se penche sur une vingtaine de jeunes hommes franco-algériens qui avaient participé aux révoltes de 2005 à Clichy-sous-Bois. Le constat est sans appel : si la majorité de ces jeunes n’a jamais abordé le sujet des souffrances subies pendant la colonisation avec leurs parents/grands parents, ils en portent l’héritage.

    « La souffrance exprimée individuellement, révèle une souffrance collective, liée à un passé d’indignité se télescopant à un présent en miroir » conclut la psychologue dans son ouvrage Révoltes postcoloniales au cœur de l’Hexagone, paru en 2013. Pour ces jeunes de quartiers populaires, chaque contrôle au faciès, chaque violence, chaque mort, chaque humiliation, chaque remarque condescendante, va venir réveiller une douleur ancestrale. « La colère, même réprimée, se transmet l’air de rien » nous rappelle Faiza Guène.

    De ce déni, naît une « pulsion de vie » 

    L’amnésie officielle et l’impossibilité de s’approprier son histoire familiale semblent constituer le terreau d’une fêlure qui n’attend que d’être comblée. De ce déni naît une colère sourde que Malika Mansouri qualifie de « pulsion de vie », dans un univers qui condamne à la disparition. En effet, qu’il s’agisse des révoltes de 2005, mais aussi dans une certaine mesure, des festivités suite aux matchs de l’Algérie, parfois jugées excessives, il semblerait qu’il soit dit collectivement : « nous sommes vivants, et vous allez nous entendre ».

    À chaque occasion, le drapeau algérien flotte, et le slogan « 1,2,3, viva l’Algérie » résonne comme un cri interdit depuis longtemps qui traduit une irrémédiable envie d’être fier, d’être visible, de ne plus être des fantômes.

    Avec les dernières générations d’enfants d’immigrés algériens, la France échoue encore à répondre à une demande de reconnaissance et de condamnation de ce que l’entreprise coloniale a produit d’indigne, de 1830 à nos jours. En 2001, la mission a été donnée à des footballeurs d’acter une réconciliation fictive, et précoce, à travers un match amical France-Algérie. Certains enfants d’immigrés algériens, dans un besoin irrépressible d’indiscrétion, ont répondu par un doigt d’honneur, en envahissant le stade alors que l’Algérie perdait 4-1. Ironique métaphore.

    Ce que la colère fait de meilleur, ou la création

     « d’espace de métaphores » 

    Si la France et l’Algérie sont indissolublement liées, ce n’est pas que par leurs fantômes, mais aussi par les vivants : les franco-algériens. Autant d’héritiers d’une histoire coloniale violente ; exclus du récit national, en proie à une sorte de faille narcissique potentiellement aggravée par un quotidien semé d’expériences d’altérisation et de racisme.

    Face à l’injonction à la discrétion, face à nos subjectivités étouffées par une prétendue neutralité, nos colères sont saines, et elles sont politiques. Tous les espaces littéraires, culturels, artistiques, politiques, militants, investis pour interroger ce silence meurtrier correspondent à ce que Malika Mansouri désigne comme des « espaces de métaphore ».

    Et il semblerait qu’ils soient réparateurs, car dire nos réalités historiques est un premier pas vers la connaissance, et vers la reconnaissance. C’est transformer « l’indicible en savoir » selon la psychologue-clinicienne. « La respiration de l’individu est une respiration de combat » disait Frantz Fanon. Faiza Guène, à travers son dernier roman, respire, et nous offre au passage une bouffée d’air. Pour ne pas enterrer nos parents en silence, dans un dernier refus de disparition.

    Haciba MEFTAH

    Crédit photo : Camille MILLERAND / Divergence

    SOURCE : https://www.bondyblog.fr/culture/faiza-guene-la-transmission-silencieuse-du-trauma-colonial/ 

     

     

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    Colonisation et guerre d'Algérie défi mémoriel du quinquennat ?

     

     

    Dans le numéro 588 de son journal  « L’Ancien d’Algérie » la FNACA donne sa position sur le travail de mémoire qui a été confié, côté français, à Benjamin Stora. C’est bien sûr un domaine qui correspond tout-à-fait à la nature de cette fédération de soldats qui ont participé à la guerre d’Algérie et aux combats du Maroc et de Tunisie.

    Le colonialisme ? C’est hors sujet, cette question est laissée au libre arbitre de chacun. Apparemment la FNACA ne fait pas le lien avec la nature de la guerre d’Algérie, et plus généralement les guerres coloniales qui, c’est pourtant patent, avaient pour objectif de perpétuer le système social qui était la norme dans les pays que nous avions soumis à notre domination.

    La conquête de l’Algérie et ses atrocités ? On ne va pas en parler puisque les adhérents de la FNACA n’y ont pas participé. Ces données historiques ne présentent pas d’intérêt !

    Sur l’un et l’autre de ces deux aspects chacun est libre d’avoir l’opinion de son choix. C’est que cette fédération de soldats ayant participé à la guerre d’Algérie ou aux combats du Maroc et de Tunisie ne saurait se prononcer sur une question éminemment politique. Il est cependant exact que son silence en la matière alimente l’idéologie de ceux qui sont attachés à une certaine idéologie.

    Une idéologie qui a conduit à la guerre d’Algérie qui concerne précisément les appelés du contingent qui ont eu le malheur d’avoir 20 ans en ces temps-là et qui ont nécessairement souffert du rôle qu’on leur a fait jouer. Mais si la FNACA déclare avoir le souci de la défense des intérêts matériels et moraux de ses adhérents cela ne va pas jusqu’à mettre en cause le mécanisme qui les a amenés à perdre de longs mois de leur jeunesse, et quelquefois plus, dans cette guerre anachronique, injuste et sans issue prévisible autre que l’indépendance de l’Algérie…

    La FNACA invite toutefois les anciens d’Algérie à apporter leurs témoignages sur ce qu’ils ont vécu. Ici les situations sont très diverses. Tout le monde n’a pas été confronté aux exactions commises. Mais chacun a pu prendre connaissance de la misère qui touchait la grande masse des autochtones et du racisme consubstantiel qui l’accompagnait.

    La domination militaire qui permettait au système de se maintenir était parfaitement perceptible et ce qu’on demandait aux conscrits s’inscrivait dans une telle logique. On relève à ce propos les carences d’une fédération dont ce serait la responsabilité de faire le point sur le but qui était assigné aux militaires engagés dans cette affaire…

    Jacques Cros 

     

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    Décolonisations, du sang et des larmes :

     soirée spéciale le 6 octobre sur France 2

    Décolonisations, du sang et des larmes : soirée spéciale le 6 octobre sur France 2

    À découvrir le mardi 6 octobre dès 21h05 sur France 2, « Décolonisations, du sang et des larmes ». Les deux volets de cette fresque historique s’inscrivent dans le cadre d’une grande soirée spéciale présentée par Julian Bugier, qui sera suivie d’un débat.

    La décolonisation française est le plus long conflit que la France aura connu au XXe siècle. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et durant trois décennies, la République s’est acharnée à conserver ses colonies par tous les moyens. Une histoire peu connue faite de sang et de larmes, d’espoirs et de renoncements qui a laissé des traces encore profondes aujourd’hui.

    Réalisés à partir d’images d’archives en grande partie inédites et mises en couleur, ces deux films en résonance avec les débats les plus brûlants de notre société actuelle donnent la parole aux témoins, acteurs et victimes de de cette page sombre de notre histoire ainsi qu’à leurs descendants. Trois générations qui des années après les faits sont les dépositaires d’une mémoire à vif et dont les récits constituent une histoire commune qui n’en finit pas de nous façonner et de faire débat. « Décolonisations, du sang et des larmes » nous rappelle que désormais le dernier grand tabou de l’Histoire de France doit se raconter à plusieurs voix.

    Cette grande soirée sera accompagnée d’un important dispositif éditorial sur les antennes, plateformes et réseaux sociaux de France Télévisions. La plateforme Lumni mettra en ligne une série de modules pédagogiques destinés au jeune public, réalisés à partir du documentaire. Les magazines de France 2 et France 5, ainsi que les éditions d’information et franceinfo, se feront le relais de cette soirée, au travers d’invités, de chroniques, d’extraits et de reportages. Les réseaux sociaux du Groupe seront également mobilisés, tout comme france.tv

    Partie 1 : La fracture (1931-1954) - Dès les années 30, alors que l’empire colonial français est à son apogée, les premières revendications d'indépendance se font entendre mais la France reste sourde à ces manifestations. La seconde guerre mondiale va rabattre les cartes et remettre en question un système de domination qui semblait jusque-là immuable. S'engage alors un cycle de répressions qui va durer un quart de siècle. Du Sénégal à l'Indochine et de Madagascar à l'Algérie en passant par le Maroc et la Côte d'Ivoire, la France va tenter coûte que coûte de conserver ses colonies. En vain.

    Partie 2 : La rupture (1954-2017) - Après huit années de conflits meurtriers, l’Empire colonial français craque de toute part. La défaite de Diên Biên Phu oblige la France à abandonner l'Indochine, puis ses comptoirs indiens. Pour tous les peuples colonisés, c’est une étincelle : la France, aussi puissante qu'elle soit, peut être vaincue. La Guerre d’Algérie éclate aussitôt. De l’Afrique aux Antilles en passant par l’océan Indien et la Polynésie, l’incendie se propage mais à rebours du vent de l'histoire, la République répond par la force quand elle n’use pas de la ruse pour tenter de préserver ses possessions.

    Un film écrit par Pascal Blanchard et David Korn-Brzoza. Réalisé par David Korn-Brzoza. Raconté par Lucien Jean-Baptiste.

    Crédit photo © Cinétévé

    #France 2 

    SOURCE : http://www.leblogtvnews.com/2020/09/decolonisations-du-sang-et-des-larmes-soiree-speciale-le-6-octobre-sur-france-2.html

    Décolonisations, du sang et des larmes

    A découvrir le Mardi 6 octobre à 21h05 sur France 2 ! L'empire colonial français s'est effondré en l'espace d'un quart de siècle. A rebours du vent de l’histoire, la France s’est acharnée à conserver ses colonies par tous les moyens. L’aveuglement de la République a nourri des décennies de haine et de violences, laissant une fracture profonde dans les cœurs et dans les âmes. Le temps des colonies n’est plus, mais les mémoires sont encore en conflit tant ce passé ne passe pas.

     

     

     

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    La Saône-et-Loire c’est le département où j’habite… Chalon-sur-Saône c’est la ville où je serais demain 17 septembre dans une manifestation… Eh oui comme mon ami Jacques Cros à Béziers je représenterais les vieux retraités… Vous savez ces retraités qui ont participé à la sale guerre d'Algérie, ceux qui ne sont pas adhérents d'une association d'anciens combattants, ceux qui ont refusé toutes décorations...

     

    Pourquoi j’ai refusé la

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    Ma participation à cette guerre d’Algérie j'y étais opposé, je l’ai donc subie et je le regrette,  quant à mon statut de combattant, j'ai été contraint de l'accepter...

    Ceux qui ont participé à la seconde guerre mondiale, c'était leur devoir ou d'autres qui se sont engagés dans la Résistance ou ont rejoint l’armée de la France Libre pour combattre le nazisme. Ils choisirent, et firent là actes de citoyens libres et responsables. Si j’avais été dans ce cas-là j’aurai accepté la croix du combattant… mais en aucun cas pour la sale guerre coloniale d’Algérie…

    Je refuse de considérer les anciens des guerres coloniales de la France comme des combattants au même titre que ceux qui se sont engagés pour des causes justes ? (contre le nazisme par exemple).

    La croix du combattant je l'ai refusée parce qu'en Algérie on ne défendait pas la France mais l'Empire colonial.

    Et, enfin, je n'ai pas combattu, je ne me suis jamais servi d'une arme individuelle, je n'ai pas de sang sur les mains.

    Mon témoignage d'ancien appelé de la guerre d'Algérie "Pourquoi j'ai refusé la Croix du Combattant"

    A la place de la croix du combattant je suis fier de voir la colombe de la Paix

     

     

    FACE AU GOUVERNEMENT, ON NE LÂCHE RIEN ! Quatre manifestations en SAÔNE-ET-LOIRE le 17 septembre 2020 (à Autun, Mâcon, Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines)  

     

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  • L'OAS rincé par la République

     

    L'OAS rincée par la République : En particulier pour les anciens de l'OAS qui ont (presque) tout obtenu de la République… Ne nous étonnons pas si des stèles honorant des criminels et terroristes de l’OAS sont toujours en place à Béziers et Perpignan puisque la République n’a jamais rien fait pour les interdire… 

     

    Le 5 juillet est un jour de commémoration mais surtout un "jour de fête" pour les nostalgiques de l’Algérie française. En particulier pour les anciens de l’OAS qui ont (presque) tout obtenu de la République.
    Tant d'années après la loi du 23 février 2005, qui avait osé promulgué "le rôle positif de la colonisation", on aurait pu croire que c’en était fini des réminiscences. Malgré le retrait de l’alinéa polémique de l’article 4 par Chirac en 2006, on s’aperçoit qu’un arsenal législatif est finalement passé quasi incognito. Zoom sur l’article 13 où “Peuvent demander le bénéfice d’une indemnisation forfaitaire les personnes de nationalité française (..) en relation directe avec les événements d’Algérie pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d’expulsion, d’internement ou d’assignation à résidence, ayant de ce fait dû cesser leur activité professionnelle”. En clair, cette loi bénéficie aux anciens de l’OAS qui ont dû cesser de travailler pour s’être opposé aux forces régulières !! De Gaulle en mangerait sa casquette.
    Une association et un homme ont particulièrement oeuvré. Philippe de Massey, français de métropole, ancien engagé volontaire dans les parachutistes en Algérie. Il a, pour le compte de l’ADIMAD - Une association créée par le général Salan et défendant les anciens de l’OAS- battu le pavé pendant quatorze ans pour obtenir des allocations substancielles.
     

     

    Dans cette vidéo nous pourrons revoir le regretté François Nadiras qui est mort ça fera 3 ans le 27 octobre 2017... François nous ne t'oublions pas.

     

     

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    Débat. La gauche face au défi du pouvoir : comment imposer une alternative ?

    NOUS INFORME

     

    Débat. La gauche face au défi du pouvoir : comment imposer une alternative ?

    Au cœur d’une rentrée marquée par une crise sans précédent, Fabien Roussel (PCF), Olivier Faure (PS), Léa Balage El Mariky (EELV) et Adrien Quatennens (FI) ont débattu, ce samedi, à l’Agora de la Fête l’Humanité Autrement.
    Dans cette période de crise exceptionnelle et face à la nouvelle offensive libérale du gouvernement, que peuvent être les combats communs à gauche ?

    LÉA BALAGE El Mariky : La politique du gouvernement n’a pas changé alors que l’horizon est très court au regard des défis climatiques et sociaux. Il continue de soutenir les entreprises qui licencient avec nos impôts et d’approuver certaines thèses du RN jusque dans les actes. Dans le plan de relance, nous estimons à 12 milliards d’euros ce qui est véritablement destiné la transition écologique, loin des 30 milliards annoncés. Il faut aller plus loin, avec 4 milliards d’euros rien que pour la rénovation thermique des logements. Il faut aussi renouveler nos petites lignes, plutôt que d’investir dans les LGV. Avec la Convention citoyenne pour le climat, il y a tout pour faire un plan de relance vertueux. Ses 149 propositions vont dans le bon sens, il faut les reprendre sans filtre. Et nous avons besoin d’un travail entre toutes les forces de gauche. Nous l’avons fait pour la réforme des retraites, nous devons le faire sur la transition écologique pour préserver les emplois, sans maintenir toutes les activités puisque certaines sont néfastes pour la planète et l’humain.

    Fabien Roussel : Cette crise a révélé que, à l’inverse de ce que martèlent les libéraux, on a besoin d’État, de souveraineté économique, de services publics. Même Macron a dit gloire aux salariés en première ligne. Alors, réparons ce qui a été cassé. Quand eux parlent du « jour d’après », moi je veux parler du système d’après. Les 560 milliards d’euros mis sur la table – les 460 du plan de soutien et les 100 de la relance –, c’est notre argent. Nous voulons avoir notre mot à dire. Annoncer la suppression de plus d’un million d’emplois, c’est une manière de tétaniser le peuple, mais c’est aussi une réalité. Car des grands groupes profitent de la crise pour accélérer les délocalisations, diminuer la masse salariale et augmenter les dividendes comme à Verallia. Il faut sortir de ce modèle qui épuise l’humain et la planète, reprendre le contrôle de ce plan de relance pour imposer la réduction du temps de travail, l’égalité femmes-hommes… La rentrée doit se faire sous le signe de l’action. Après l’intersyndicale, le 17 septembre, nous appelons à la mobilisation le 10 octobre, devant les préfectures.

    Olivier Faure : Avec ces centaines de milliards, on se dit : « Génial, une relance keynésienne, les libéraux ont enfin compris quelque chose ! » Mais Macron a réussi à transformer l’or en plomb. Ces 100 milliards serviront non pas à la transition sociale et écologique, mais à l’avènement d’un projet préexistant : la baisse des impôts dits de production, sans aucune contrepartie. Comme je l’ai dit lors de l’inventaire du quinquennat précédent, le Cice ne pouvait pas être un cadeau non conditionné à une négociation sur son utilisation. Nous passons à côté d’une opportunité pour les services publics, les premiers de corvée oubliés, les plus précaires. Oui, il faut changer de modèle, de système, se réinventer. La question est aussi de savoir qui va payer. Les 40 milliards venant de l’Union européenne devront être remboursés sur trente ans avec intérêts, soit au total 77 milliards. Mais ce ne devrait pas être à nous de rembourser. Dans le monde d’après, ceux qui paient doivent être ceux qui peuvent payer. Je nous suggère de mener ensemble une grande campagne pour que, au prochain Conseil européen, s’impose une taxe sur les transactions financières digne de ce nom.

    Adrien Quatennens : Bien sûr des entreprises sont en difficulté, mais on voit aussi au grand jour les profiteurs de crise. Et on parle de sécurité, comme c’est l’usage à chaque controverse de ce type. Mais la première insécurité dans cette période, c’est l’insécurité sociale. La philosophie du plan de relance est anachronique, un nouveau catapultage sans contreparties. Souvenez-vous, au moment des 20 milliards du Cice, un petit pin’s mentionnait « 1 million d’emplois », dont nous n’avons pas vu la couleur. Il faut des conditions et les entreprises prises en flagrant délit de licenciements pour des motifs financiers devraient rembourser. Sur la dette, si nous admettons qu’il faudra rembourser, alors les générations futures seront prises à la gorge et ne pourront pas relever les défis qui nous font face. Il y a une solution technique, pacifique : il faut que la BCE rachète la dette des États et la classe en dette perpétuelle. En dix ans, en France, les dividendes ont augmenté de 70 %, le salaire minimum de 12 % et l’investissement productif a reculé de 5 %. On marche sur la tête. Refusons la sinistrose ambiante, nous avons des propositions sérieuses avec l’objectif du plein-emploi et celui d’une véritable planification écologique.

    L’année à venir sera celle de deux rendez-vous électoraux : les régionales et les départementales. La question qui se pose à gauche est de savoir comment être utile aux citoyens pour changer et améliorer leur vie. Mais les stratégies semblent différentes entre vous...

    Adrien Quatennens : le principal enseignement des municipales, c’est le caractère écrasant de l’abstention. C’est une grève civique. La FI propose donc un cadre national pour des programmes communs aux départementales et régionales. Le pire serait de se rendre illisibles avec une géométrie variable région par région. Alors, mettons sur la table nos convergences et nos différences. La question européenne fait débat, des propositions de la Convention citoyenne sont incompatibles avec les traités. Et des forces prônent une vision fédéraliste, quand d’autres pensent que c’est à l’État de planifier. Mais ces enjeux ne sont pas indépassables pour mars 2021. Nous avons donc écrit aux formations. Il n’est pas évident de s’adresser au PS. Mais s’il fait la clarté sur certains sujets, il est possible de discuter pour ces échéances. Enfin, cela ne peut pas être l’hégémonie pour un parti. Alexis Corbière a proposé de renommer EELV en « Europe Hégémonie Les Verts ». C’était une boutade. Mais, aux régionales, le PCF a vocation à mener des listes dans le cadre de rassemblements, et la FI aussi.

    Olivier Faure : La seule question qui nous est posée est de savoir comment gagner ensemble. Tout le reste, ce sont des babillages. Mais, je suis d’accord pour apporter des clarifications et en demander. Je souhaite que chacun soit respecté pour ce qu’il apporte. À partir de là, que fait-on sur les six ans des régions et sur les cinq ans d’un gouvernement ? Comment mettre en œuvre un programme commun ? Nous avons dix ans pour sauver le climat, mais vous pensez que l’on a dix ans pour savoir qui aura le leadership sur la gauche ? Si l’on joue à ça, ce ne sera pas le printemps de la gauche, mais son été meurtrier. Nous aurons encore Wauquiez, Pécresse et Bertrand, car les élections régionales se gagnent dès le premier tour. Tant nous rassemble… Faisons en sorte que les Français n’aient pas à choisir entre nous.

    Fabien Roussel : Notre devoir est de redonner envie aux Français de retourner aux urnes. Si la gauche ne gagne pas, ce n’est pas parce qu’elle est désunie, c’est parce qu’elle est faible. Additionnez l’ensemble des forces de gauche, ça fait 30 % ! Il faut regagner l’électorat, convaincre sur la base de nos idées et programmes. Dans les 13 grandes régions qui ont la taille et la population de certaines nations européennes, il y a de sacrés enjeux. La préoccupation du PCF est que la gauche l’emporte. Je ne veux plus avoir à voter contre. Je veux voter pour. Fixons comme objectif qu’il n’y ait pas l’extrême droite au second tour dans ma région des Hauts-de-France comme pour la présidentielle. Il faut aller chercher tous ceux que la gauche a déçus et leur redonner envie de s’engager pour l’humain et la planète. Sur le programme, il doit être construit « en commun », de la base au sommet. C’est comme ça qu’il aura le plus de force et que l’on pourra gagner.

    Léa Balage El Mariky : Bien malin serait le parti qui pourrait se lancer dans l’hégémonie quand on voit le niveau d’abstention et le désamour qui frappent les partis. Nous proposons un changement de paradigme avec un récit autour de l’écologie. Mais le social et l’écologie forment un même chemin. Donc, soit on se trouve des prétextes, soit on converge. Les prochaines élections sont structurantes pour mettre en place la transition que nous souhaitons tous les quatre. Mais ce n’est pas l’addition de nos partis qui créera la dynamique. Elle sera citoyenne et peut s’enclencher sur des réalités très locales, comme le triangle de Gonesse, le T4, ou l’artificialisation des sols à Saclay pour l’Île-de-France. À EELV, nous sommes fédéralistes. Nous devons respecter les électeurs en leur proposant un programme résolument régional. Et oui, nous sommes pro-européens, et pensons que l’on peut agir dans le cadre des traités. C’est ce que le plan de relance nous montre puisque la règle des 3 % de déficit a volé en éclats.

    Estimez-vous qu’il peut y avoir une voie commune à gauche pour 2022 ?

    Adrien Quatennens :  On peut le déplorer, mais beaucoup de citoyens ont intériorisé l’idée que la seule élection qui compte, c’est la présidentielle. C’est un rendez-vous que nous ne devons pas manquer. La règle que l’on se fixe est simple : pas de divisions superficielles et pas d’union artificielle. Si nous arrivons à traiter nos points de désaccord, alors c’est possible de gagner. Mais je note que, quand la gauche l’a fait par le passé, ce n’était à la faveur d’un candidat commun au premier tour. La priorité étant à la lutte contre l’abstention, il faut que l’incarnation soit appréciée des milieux populaires. Partons du programme. Avec le PCF, cela fait deux fois que l’on défend le même. Il est discutable, ce n’est pas à prendre ou à laisser. Mais nous voulons aussi être respectés, il a réuni 7 millions de voix. Quel chapitre, quelle ligne voulez-vous discuter ? Enfin, j’ai un problème avec le fait qu’un candidat qui a hissé notre famille politique à 12 % en 2012 et à près de 20 % en 2017 soit parfois traité comme il l’est. Quel est le problème avec Jean-Luc Mélenchon ? Je pose aussi la question.

    Olivier Faure : Quand François Mitterrand a été élu, c’était le temps de l’hégémonie, où on ratissait assez large avec plusieurs candidats au premier tour pour rassembler au second. Dans l’éclatement du monde politique actuel, s’il a beaucoup de dents au premier tour, le râteau n’est pas présent au second ; nous risquons de ne pas en être. Ce serait la troisième fois en vingt ans, ce n’est plus un accident. Le débat au PS n’est pas si simple ; ces temps-ci, quelques personnes sont là pour me rappeler que je ne suis pas le bon camarade auquel elles aspirent parce que, justement, j’essaie de répondre à ceux qui, à gauche, s’interrogent, de dire qu’on ne peut pas continuer comme avant. Il faut réaffirmer ce que nous sommes, nous, socialistes, mais en l’articulant à un rassemblement possible de la gauche. Il n’y a pas un problème Mélenchon, ni Hollande, ce n’est pas une question de personne. Aucun de nous n’a envie de se ranger derrière quiconque, personne n’acceptera de reddition. De ce point de vue, nous sommes tous des insoumis. Il s’agit de savoir comment se retrouver sur un projet, puis de chercher quelle en sera la meilleure incarnation.

    Léa Balage El Mariky : Nous avons commencé à construire la maison commune à laquelle a invité Julien Bayou avec la galaxie des partis écologistes et Génération.s. Nous avons lancé un appel pour les régionales en ce sens. Pour faire ensemble, nous devons être capables d’aller avec un peu d’humilité, de constance et de courage vers la société. La jeune génération lit très bien trois enjeux : la lutte pour le climat, pour l’égalité femmes- hommes et contre le racisme. Cette génération est extrêmement politisée. Il faut lui faire une place dans nos organisations, si on veut être crédibles quand on dit qu’on n’est pas là pour le casting et qu’on veut changer nos institutions.

    Fabien Roussel : Il n’y aura pas de programme en commun, de candidature commune – si c’est la voie pour gagner, car on peut en discuter –, si vous ne vous en mêlez pas. Ce débat-là doit se faire avec le mouvement social, avec les organisations syndicales, les associations du monde de la culture, du sport, les ONG… C’est ainsi que nous pourrons donner du poids et de la force à un programme derrière lequel nous saurons nous rassembler. Cette Ve République, avec cette présidentielle, pousse à se mettre d’accord sur un petit dénominateur commun, c’est mortifère. Cela pousse à ne pas remettre en cause le capitalisme, à ce que le PCF soit à chaque fois le porteur de voix de la force qui serait devant lui. Je dis non, ça va changer, ce n’est plus possible. Nous voulons sortir du capitalisme, dire aux citoyens que c’est possible et que nous ne reconstruirons pas une gauche forte, dynamique, ambitieuse sans un PCF fort et influent. En disant cela, je ne dis rien d’autre que discutons-en et créons toutes les conditions qu’au prochain second tour, ce ne soit ni Macron ni Le Pen.

    SOURCE : Débat. La gauche face au défi du pouvoir : comment imposer une alternative ? 

     

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    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil incarne une sorte d’héroïsme »

     

    Annick Cojean, grand reporter au journal Le Monde, a coécrit les mémoires de Gisèle Halimi, figure du féminisme, les mois précédant sa disparition. Elle nous raconte cette «insoumise éternelle».

     

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    L’avocate Gisèle Halimi et Annick Cojean, journaliste au Monde. | RICHARD DUMAS

     

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    Comment est né ce livre ? 

    Je connaissais Gisèle depuis une trentaine d’années. Elle m’avait appelée quand j’étais jeune journaliste parce qu’elle avait remarqué mon article sur les femmes de pêcheurs du Guilvinec. Au fil des années, il y a eu des déjeuners où l’on parlait des femmes, de son travail d’avocate, du mien… Je lui ai proposé un long entretien pour Le Monde en septembre 2019. On avait eu plaisir à parler, revenir sur certains épisodes, et se poser la question de ce qu’il se passe maintenant, de ce que vont faire les femmes, de ce qu’elle avait envie de leur dire. Je lui ai proposé le livre, mais le désir était commun de transmettre quelque chose, de passer le flambeau aux nouvelles générations.

    Ces mémoires révèlent une femme d’une grande force de caractère. Vous qui l’avez bien connue, que retenez-vous de Gisèle Halimi ? 

    Je retiens sa perplexité d’abord, d’où sont nées sa colère et son indignation. Perplexité devant les inégalités entre les hommes et les femmes dans sa famille, l’école, la société tunisienne. Ensuite, c’était une femme courageuse. Elle a fait des choix difficiles, elle s’y est tenue. Elle a toujours fait beaucoup plus que son métier. Quand elle allait en Algérie défendre des gens du FLN, elle était traitée de salope, elle était menacée… Quand elle a défendu les femmes qui avortaient, oui c’était son métier, mais elle choisissait des causes difficiles, et les défendait gratuitement ! Avec une générosité, une flamme, qui l’animait constamment, et jusqu’aux dernières semaines de sa vie. Elle avait toujours la même passion de changer le monde, en tout cas de s’y intéresser.

    Était-elle découragée après toutes ces années de voir qu’il y avait encore tant de choses à changer ? 

    Ça la navrait – elle le dit à la fin du livre d’ailleurs – de voir que la révolution des femmes ne s’est pas faite. Et de voir des femmes très consentantes, complices du système patriarcal. Elle s’en insurgeait mais se rassurait en se disant qu’elle avait fait tout ce qu’elle pouvait. Les féministes ont réussi à obtenir des choses, elles ont gagné du terrain, des lois ont été faites.

    Quel passage de sa vie résume pour vous la femme de combat qu’elle était ? 

    Plus qu’un passage précis, ce qui me frappe surtout c’est sa cohérence. Quand j’étais enfant à l’école et qu’on m’apprenait l’Histoire, je m’étonnais qu’il n’y ait pas de grands personnages de femmes.  C’est malheureux mais c’est comme ça  me répondait sœur Thérèse. Pour moi, Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme. Quand j’ai revu les images du procès de Bobigny, quand j’ai relu ce qu’elle a écrit sur la guerre d’Algérie, et les risques dingues qu’elle prenait alors qu’elle avait deux petits garçons à la maison, qu’elle faisait les navettes Paris-Alger… La cohérence de ses propos, de sa révolte, de ses batailles ! Qu’à 92 ans, on ait encore gardé cette foi, cette rébellion, cette dynamique, ça me fascine.

    Quels étaient ses derniers combats ? 

    L’égalité de salaire était extrêmement importante pour elle. C’est comme ça qu’on peut sortir d’un couple, d’une relation toxique, partir avec ses enfants. Quels que soient les métiers, les niveaux de rémunération, l’inégalité salariale reste ahurissante. Les lois existent, maintenant ce sont les mentalités que l’on doit changer. Dans l’organisation familiale, elle voulait un partage des tâches absolument égalitaire. Que les congés parentaux soient les mêmes pour les hommes et les femmes. Et dès 1979, elle a lancé le projet de clause de l’Européenne la plus favorisée, il s’agissait de faire appliquer partout ce qui se faisait de mieux en matière de législation pour les femmes.

    Comment rendre dignement hommage à cette héroïne ? Certains la verraient au Panthéon… 

    Pourquoi pas ! Des pétitions circulent, je m’en réjouis. Il y a des symboles forts, et c’en est un. Ce qu’elle a apporté à la cause des femmes, et donc à toute la société, mériterait bien une sorte d’hommage suprême. J’ai été stupéfaite, aux obsèques, de l’absence de membres du gouvernement. La chaise d’Éric Dupond-Moretti est restée vide, celle de la ministre de la Culture aussi, alors qu’elles avaient partagé plusieurs combats, de même pour la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    J’espère qu’ils se rattraperont. Nous avons besoin d’héroïnes, et nous en avons là une magnifique.

    « Une farouche liberté », Gisèle Halimi avec Annick Cojean, Grasset, 160 pages, 14,90 €.

    Les grandes dates d’une militante féministe

    27 juillet 1927. Gisèle Halimi vient au monde à Tunis (Tunisie) sous le nom de Zeiza Gisèle Élise Taïeb. Dès sa naissance, ses parents ne cachent pas leur déception d’avoir une fille. En grandissant, elle entretient une relation conflictuelle avec sa mère. Les inégalités de traitement qu’elle subit par rapport à ses deux frères fonderont sa détermination à défendre la cause des femmes.

    1949. Après des études de droit à Paris, elle devient avocate au barreau de Tunis. Politiquement engagée, elle défend très vite des causes difficiles. Entre la France et le Maghreb, Gisèle Halimi s’implique dans des affaires qui lui tiennent à cœur comme l’indépendance de l’Algérie. Elle défend des indépendantistes du FLN (Front de libération nationale) dans les années 1950.

    1971. La militante est signataire du Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir et publié dans Le Nouvel Observateur. Malgré les risques de poursuites et d’emprisonnement, toutes ces femmes déclarent avoir avorté et donc violé la loi de l’époque. Elles appellent à la libéralisation de l’avortement, une cause que ne cessera de défendre Gisèle Halimi. La même année elle crée, avec Simone de Beauvoir, le mouvement Choisir la cause des femmes, engagé dans le combat pour l’IVG.

    1972. L’avocate fait les gros titres en plaidant au procès de Bobigny. Sa cliente est une adolescente de 16 ans, violée, qui a été dénoncée à la police par son violeur pour avoir avorté avec l’aide de sa mère. Dans ce procès très médiatisé, qui ouvrira la voie à la criminalisation du viol, Gisèle Halimi sort victorieuse en obtenant la relaxe de la jeune adolescente.

    28 juillet 2020. Gisèle Halimi décède à Paris à l’âge de 93 ans. Au cours de sa vie, elle aura écrit une quinzaine d’ouvrages. De ses convictions sont nées des lois sur le viol, la torture ou l’avortement qui, aujourd’hui, paraissent naturelles, mais qui tout au long de sa vie, on fait l’objet de fervents combats

    SOURCE : https://www.ouest-france.fr/societe/droits/droits-des-femmes/rencontre-gisele-halimi-comme-simone-veil-incarne-une-sorte-d-heroisme-6971751 

    Mme Annick Cojean je me permets de rajouter à votre article ces paroles de Gisèle Halimi  :

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    "Quand j'ai défendu Djamila Boupacha, cela faisait six ans que je défendais des militants du FLN. Avec d'autres avocats, mais nous n'étions pas très nombreux, nous avions instauré un véritable pont aérien entre Paris et l'Algérie, là où il y avait des tribunaux militaires, des tribunaux d'exception. 

    C'était d'autant plus urgent de le faire que sans nous probablement, il n'y aurait pas eu de défense : tous les avocats algériens avaient été plus ou moins arrêtés, déportés, mis dans des camps. Je l'ai fait pendant huit ans de ma vie. 

    J'étais seule, j'avais deux enfants de cinq ans et deux ans, et je n'avais pas les moyens de les faire garder. Mais il y avait une urgence absolue, non seulement pour la cause mais pour ce qui s'y passait. 

    Djamila Boupacha, c'était en 1960. Cela faisait six ans que l'on parlait des tortures. Djamila Boupacha était au secret, torturée et détenue depuis plus de cinq ou six semaines. Militante du FLN, elle avait 21 ans, elle était musulmane, très croyante, elle n'avait pas commis d'attentat mais était sur le point d'en commettre un. Elle allait déposer une bombe, mais elle ne l'a pas fait. Et donc elle a été arrêtée puis abominablement torturée par des parachutistes, jour et nuit. Elle a été violée avec une bouteille d'abord, elle qui était vierge et musulmane ; elle m'écrivait des lettres : "Je ne sers plus à rien, je suis à jeter..." 

    J'ai pris l'avion pour aller la défendre. Son procès avait lieu le lendemain. On m'a donné une autorisation, car il fallait ça, pour y aller. Je suis arrivée à Alger et quand je l'ai vue, j'ai été absolument… enfin comme n'importe qui l'aurait été, bouleversée. Elle avait encore les seins brûlés, pleins de trous de cigarettes, les liens, ici (elle montre ses poignets), tellement forts qu'il y avait des sillons noirs. Elle avait des côtes cassées... 

    Elle ne voulait rien dire, et puis elle a commencé à sangloter et à raconter un petit peu. Je suis rentrée à l'hôtel pour préparer le procès du lendemain et le soir même, la police est venue m'arrêter et m'expulser. Je n'ai donc pas pu plaider le procès. Djamila a refusé de parler. 

    C'est en rentrant que j'ai déclenché un peu les choses, j'ai vu Simone de Beauvoir, on a créé un comité pour Djamila Boupacha qui a été le comité de défense le plus important pendant la guerre d'Algérie, Il comprenait Aragon, Sartre, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion qui a fait énormément pour Djamila (née en 1907, Germaine Tillion a été résistante, arrêtée et déportée à Ravensbrück. Elle a témoigné au procès de Nüremberg. Grande ethnographe, elle a beaucoup travaillé en Algérie). 

    Mais il ne comptait pas que des personnes favorables à l'indépendance algérienne. Il y avait par exemple Gabriel Marcel, le philosophe existentialiste chrétien, qui était plutôt pour l'Algérie française. 

    Au ministère de la justice, Simone Veil, une petite magistrate déléguée à l'époque, nous a aidés à la faire transférer car on voulait l'abattre, là-bas dans sa cellule, pour qu'elle ne parle pas. On l'a arrachée aux griffes de ses assassins probables, on a fait un grand procès contre les tortures et nous en sommes arrivés aussi loin qu'on pouvait arriver dans une affaire comme celle-ci pendant la guerre, car c'était encore la guerre. 

    Elle a identifié ses bourreaux en les reconnaissant parmi d'autres militaires sur des photos. Quand on a demandé leur nom, le ministre de la Défense, à l'époque M. Messmer a refusé de les donner en disant que ce serait mauvais pour le moral de l'Armée ! 

    Par ailleurs, un mouvement international est né, avec des manifestations devant les ambassades de France à Washington, à Tokyo, partout, pour elle. Là-dessus, les accords d'Evian ont été signés, c'est-à-dire la fin de la guerre, avec une amnistie pour tous ceux qui, de près ou de loin, étaient poursuivis pour des événements en relation avec la guerre d'Algérie. 

    Alors, la chose amusante, c'est que, bien entendu, Djamila a été amnistiée pour ce pourquoi on la poursuivait mais en même temps, moi, j'avais fait inculper le général Ailleret pour forfaiture et pour recel de malfaiteurs, et le ministre de la Défense, Messmer, puisqu'il refusait de nous donner les noms de ces soldats. Ils ont "bénéficié", si je puis dire, de la loi d'amnistie. L'instruction pénale a été close. 

    J'ai aussi écrit un livre. J'ai rendu public tout le dossier d'instruction, ce que je n'avais pas le droit de faire. Il y avait des lettres d'elle et de son père de soixante-dix ans, qu'on avait torturé et qui criait : "Vive la France ! Pourquoi vous me faites ça ?" Sa sœur, qui était enceinte, torturée, qui a fait une fausse couche ! 

    Djamila Boupacha représente un peu symboliquement ce qui est important pour moi : la défense de l'intégrité physique et morale des individus, les droits de l'Homme, la lutte contre la torture, la lutte contre la colonisation. Mais en plus, c'était une jeune fille vierge de vingt ans qui avait été violée abominablement. Elle était un peu devenue le symbole de la lutte contre la torture et de la lutte du peuple algérien. Mais pour moi, si vous voulez, d'avantage, elle était devenue ce pour quoi je m'étais engagée comme avocate depuis toujours". 

    Gisèle HALIMI

     

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    Ma revue de presse celle que vous ne verrez jamais dans les médias français 

     

    Le militarisme, une « passion française »

    Le militarisme, une « passion française »

    Quand Ronald Reagan lance son offensive néolibérale aux États-Unis en 1980, il fait trois choses : exonérer massivement d’impôts les plus riches, mater le mouvement syndical et relancer la course aux armements. Quarante ans plus tard, Emmanuel Macron tente de faire exactement la même chose. Comme les États-Unis, la France est une puissance impérialiste où le militaire est étroitement lié à l’économique. Un lien qui n’a cessé de se renforcer depuis 2008, estime l’économiste Claude Serfati, membre du Conseil scientifique d’Attac et auteur de l’essai Le militaire, une passion française (éd. Amsterdam, 2017). Entretien.

    Qu’appelez-vous le « moment 2008 » ? En quoi représente-t-il un changement dans l’interventionnisme militaire français ? 

    « À partir de 2008, la France a modifié son comportement sous l’influence d’une série d’évènements : crise financière, récession économique, aggravation de la crise environnementale, crise géopolitique marquée par l’enlisement généralisé des États-Unis et l’émergence d’insurrections populaires contrariant le maintien des régimes despotiques en Afrique et au Moyen-Orient. Bref, c’est la fin de la “mondialisation heureuse” dans laquelle nous serions entrés après l’effondrement de l’URSS en décembre 1991 et qui aurait été caractérisée par l’extension du format “PDF” (Peace, Democracy, Free market) à l’ensemble du globe.

    Ce moment 2008 a eu des répercussions très importantes sur la France. Économiquement, elle perd du terrain sur les marchés mondiaux, y compris dans certains secteurs fleurons tels que l’automobile et l’agroalimentaire. Ses échanges commerciaux avec l’Union européenne sont fortement déficitaires. Et elle perd de l’influence dans les prises de décisions communautaires au profit de l’Allemagne.

    Par contraste, le dynamisme des groupes aéronautiques et de l’armement, porté par la conjoncture mondiale et la diplomatie française de ventes d’armes à tout prix (1), ont permis à la France de se maintenir dans le top 5 mondial des ventes de matériels militaires. Par ailleurs, le moindre interventionnisme des États-Unis conjugué à l’implosion de plusieurs États “relais” de la France en Afrique l’ont obligée à monter en première ligne pour défendre l’ordre mondial. Il est néanmoins très difficile de recenser le nombre exact d’interventions militaires françaises (2) car aucun décompte officiel n’est disponible ; d’ailleurs, le Parlement n’exerce aucun pouvoir de contrôle dans ce domaine, qui demeure le pré carré du Président dans la Constitution de la Ve République. On sait juste que ce nombre est très élevé, à tel point qu’un rapport du Sénat s’était sérieusement demandé en juillet 2016 si l’intervention militaire était une “passion française”. Ce qui l’est beaucoup moins en revanche, c’est le montant de l’aide publique au développement social. Pour le Mali, il est cinq fois inférieur au coût des opérations Serval-Barkhane. »

    Ce dynamisme de l’industrie d’armement, dont les produits sont testés lors des interventions militaires, sert de cache-misère au délitement continu du tissu industriel français ? 

    « L’industrie d’armement a des effets pervers sur l’économie. Un système productif est constitué de toutes sortes d’interdépendances, et on peut identifier des secteurs moteurs en termes de commandes, d’emplois, de retombées technologiques – notamment les machines-outils, la chimie, l’automobile ou les technologies de l’information. L’armement, lui, n’en est pas un. Les promoteurs de cette industrie affirment que si on y investit un milliard d’euros, cela crée des emplois. C’est une tautologie ! Il faut plutôt comparer ce qui passe dans l’armement avec la valeur ajoutée qui serait créée avec ce même milliard dans d’autres activités. Sans surprise, comme le montrent des chercheurs américains, c’est dans le développement durable, l’éducation ou la santé que vous obtiendrez les retours sur investissements les plus significatifs en termes d’emplois.

    L’autre argument, avancé par les ministres de la Défense Florence Parly et Jean-Yves Le Drian, est celui de l’effet d’entraînement technologique des innovations militaires sur l’industrie civile. Ce discours n’est même plus tenu par la Direction générale de l’armement, consciente que le socle déterminant de la recherche et des innovations se trouve dans le monde civil. En effet, les exigences des militaires en termes de technologies sont très spécifiques, très coûteuses et elles mettent des dizaines d’années à être satisfaites. Les principaux transferts de technologies du militaire au civil ont concerné l’aéronautique et aujourd’hui le sécuritaire. Quelles puissances à peu près comparables à la France ont réussi à bâtir un tissu industriel diversifié et robuste dans la seconde moitié du XXe siècle ? L’Allemagne et le Japon ! Deux pays qui à la suite de la Seconde Guerre mondiale, ont abandonné le militarisme et cessé de faire de l’industrie d’armement le vecteur de leur politique technologique. »

    Malgré de nombreuses critiques, un consensus semble perdurer en France autour de l’interventionnisme militaire et plus généralement sur la place de l’institution militaire dans la société. Comment l’expliquer ? 

    « Les dernières manifestations antimilitaristes de grande ampleur en France datent de la guerre du Rif en 1925. Certes, des ONG contre la guerre se font entendre – comme avec la campagne contre les ventes d’armes aux pays impliqués dans la guerre au Yémen – et on assiste à des actions sporadiques comme, en mai 2019, le refus de dockers marseillais de charger des armes à destination de l’Arabie saoudite, conformément à une tradition pacifiste remontant à la guerre d’Indochine. Mais dans ce domaine, la France reste pour le moment en deçà d’autres pays occidentaux.

    Ces difficultés ont des causes multiples. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a cherché à se placer dans le camp des vainqueurs disposant de responsabilités internationales avec son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Plus tard, dans les années 1960, la maîtrise de l’arme atomique a participé à l’enracinement profond du militaire dans les institutions et la société française. Et il ne faut pas oublier le rôle majeur joué par le général de Gaulle qui parvint, au moment de la fondation de la Ve République en 1958, à régler son compte à la faction colonialiste et raciste de l’armée, redonnant ainsi à l’institution militaire une légitimité et un solide ancrage économique, tout en la mettant au service d’un récit sur l’indépendance voire la grandeur de la France.

    De plus, au sein de la plupart des grandes entreprises d’armement, il y a une habitude de négociations sociales qui tend vers l’obtention d’un large consensus. Ainsi, entre 2001 et 2013, la liquidation progressive de la Société nationale des poudres et explosifs et son absorption par le groupe Nexter (3) a été accompagnée de plans sociaux s’élevant à des centaines de millions d’euros afin que les salariés soient tous reclassés. Ces éléments permettent de mieux comprendre pourquoi la France n’a pas connu de mouvements anti-guerre de la force de ceux qui ont agité la Grande-Bretagne, comme encore récemment à propos du Yémen avec des millions de manifestants dans la rue. »

    Alors que la IIIe République avait transformé l’armée en « Grande Muette », on voit des bataillons d’officiers de réserve ou en retraite envahir les plateaux de télévision et les librairies tandis que plusieurs militaires d’active figurent sur des listes aux prochaines élections municipales. Cela peut-il révéler une velléité d’émancipation de l’armée par rapport au contrôle politique ? 

    « Il faut distinguer ce qui est de l’ordre de la bulle médiatique et ce qui relève d’une implication plus forte du militaire. Compte tenu de l’obsession militaro-sécuritaire qui semble avoir gagné les sociétés occidentales, il est logique que l’armée cherche à avoir de plus en plus voix au chapitre et qu’elle se sente particulièrement chez elle dans la Ve République française. Dans l’épisode général de Villiers (4) versus président Macron en juillet 2017 autour du budget de la Défense, il ne faut pas voir un quelconque antagonisme. Les deux sont favorables à l’augmentation de ce budget jusqu’à 2 % du Produit intérieur brut (PIB), comme recommandé par l’Otan [Organisation du traité de l’Atlantique nord] et réclamé par Donald Trump. Peut-être le général de Villiers se voyait – ou se voit encore – un destin politique national une fois l’intermède macroniste dissipé.

    Mais il y a quelques éléments plus inquiétants, comme l’insistance du ministère des Armées pour que soient financées des recherches académiques dans divers domaines intéressant la Défense. Le phénomène est ancien mais pourrait rencontrer moins d’hostilité de la part de présidents d’université ou de directeurs de laboratoires désespérément en quête d’argent. Concernant les 15-25 ans, on trouve l’affaire de l’épreuve d’histoire-géographie du brevet des collèges 2017 dans laquelle on demandait aux élèves de “montrer que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne”. Ou encore le fait qu’en 2015, l’armée s’est présentée dans une campagne de communication comme le premier recruteur de contrats longs du pays. Ce qui dresse un constat accablant sur l’état du marché du travail et les perspectives offertes à la jeunesse. »

    Vous montrez que faire la guerre à l’extérieur nécessite une union nationale solide obtenue par le recours à un régime parfois attentatoire aux libertés individuelles. Comment sortir de ce triptyque « interventionnisme militaire-attentats-état d’urgence » ? 

    « Si je me place du côté du citoyen, du salarié ou de l’individu lambda, plutôt attaché à la paix et à des relations sociales apaisées, je ne peux que constater depuis 2015 un renforcement de l’option militaro-sécuritaire et un renouvellement de la figure de l’ennemi intérieur qui prend fréquemment les traits du jeune des quartiers populaires. À tel point que la France sera peut-être le deuxième pays au monde après la Chine à se doter d’un vaste système de surveillance de sa population à base de reconnaissance faciale.

    L’importance du militaire en France se vérifie sous de nombreuses formes, par exemple les nombreuses interventions extérieures, les ventes d’armes sans réserve à des pays belligérants, ou encore les bassins d’emploi de l’industrie d’armement où la perspective d’activités alternatives est nécessaire. Beaucoup de mouvements citoyens s’auto-organisent pour lutter contre tel ou tel aspect des choses, mais la centralité du militaire appelle, autant que les enjeux environnementaux, à une réflexion sur les choix de société. »

    Notes

    (1) La vente d’armes, en particulier des produits hors de prix comme le Rafale, se pratique largement à crédit et inclut des commissions et rétrocommissions aux montants parfois faramineux.

    (2) D’après le recensement effectué par Claude Serfati : environ 110 dans le monde entre 1991 et 2015, 70 sur le seul continent africain depuis 1978.

    (3) Leader français de l’armement terrestre, il fabrique le char Leclerc et le canon automoteur Caesar utilisés au Yémen.

    (4) Frère cadet de Philippe, le plus chouan de tous les Vendéens, le général Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon a été chef d’état-major de l’armée de 2014 à 2017. Après sa démission, il commet deux livres sur sa carrière militaire puis intègre le Boston Consulting Group qui se présente comme le leader mondial du conseil en stratégie d’entreprise.

    SOURCE : http://cqfd-journal.org/Le-militarisme-une-passion 

    « Foutez-nous la paix », un festival pour la paix à Saint-Junien, en Haute-Vienne. Avec un hommage à J. de Bollardière

    Le militarisme, une « passion française »

    Du 5 au 11 octobre, Saint-Junien, en Haute-Vienne, se déroulera la première édition d’un nouveau festival, consacré à la paix. Sept jours de réflexion, d’échanges, de coopération, d’hommages, de spectacles, de fête et d’imaginaire… 

    Cette année, l’Algérie sera particulièrement à l’honneur. Une projection débat éclairera la soirée d’ouverture, autour du film récent de Abdel Raouf Dafri, Qu’un sang impur, en présence du réalisateur.

    Le mardi 6 octobre, c’est un grand classique du cinéma algérien qui sera présenté. Réalisé en 1975 par Mohammed Lakhdar-Hamina, Chronique des années de braise a décroché cette même année la Palme d’or au Festival de Cannes. Le film évoque en six tableaux distincts l’histoire du peuple algérien de puis les débuts de la colonisation jusqu’à l’insurrection de 1954.

    Le 5 octobre, un hommage particulier sera rendu au général Jacques Pâris de Bollardière, avec projection du documentaire tourné en 1974 par André Gazut, rappelant les grandes étapes de la vie de cet officier supérieur qui a osé dire non à la torture en pleine guerre d’Algérie pour ensuite militer inlassablement pour la paix.
    Le 10 octobre une cérémonie sera organisée en son honneur avec apposition d’une plaque commémorative à la Maison Bellevue de Saint-Junien.
     

    Enfin, toujours le samedi 10 octobre, l’écrivain algérien Abdelkader Djemaï animera une soirée dédiée au grand mouvement qui secoue l’Algérie : le Hirak. Il y sera évidemment question des atteintes à la liberté perpétrées aujourd’hui par le gouvernement algérien à l’égard notamment des animateurs du Hirak et des journalistes condamnés et emprisonnés pour avoir couvert ces événements.

    Un programme tout aussi intéressant concernera la guerre en Bosnie, avec là encore des projections de films des débats, des rencontres, expositions, lectures, à destination de tous les publics.
    Hors ces thèmes, une rencontre-débat est prévue sur la « drôle de guerre de Macron contre le coronavirus ».

     SOURCE :  http://www.4acg.org/Foutez-nous-la-paix-un-festival-pour-la-paix-a-Saint-Junien-en-Haute-Vienne

     

    DANS “UNE FAROUCHE LIBERTÉ” GISÈLE HALIMI RACONTE SON ENGAGEMENT ALGÉRIEN

    “Rien ne pouvait m’arrêter”

    Le militarisme, une « passion française »

     

    © D.R

     Pour l’avocate décédée le 28 juillet dernier, la lutte des Algériens pour leur émancipation est une cause qu’elle a défendue non par héroïsme mais par souci de cohérence avec ses idéaux de justice et de liberté. 

    Le soutien à l’indépendance de l’Algérie est l’un des combats qui ont marqué la vie professionnelle et militante de Gisèle Halimi. Dans un livre autobiographique, Une farouche liberté, qui vient de paraître aux éditions Grasset et qu’elle a signé avec Annick Cojean, journaliste au Monde, l’avocate franco-tunisienne décédée le 28 juillet dernier à Paris consacre un chapitre à cet engagement obstiné qui lui avait valu une condamnation à mort de la part de l’OAS. 

    “Ce qui se passait en Algérie pendant la guerre d’Algérie était fou. Je ne pouvais refuser de m’y engager. D’abord, il était question d’un peuple qui réclamait sa liberté. Et il n’y a pas de sujet auquel je sois plus sensible. C’était mon idéal. Rien ne pouvait m’arrêter. Je suis née comme ça. Ce n’était pas de l’héroïsme mais de la cohérence”, explique-t-elle.

    En arrivant à Alger en 1956, Gisèle Halimi dit avoir découvert abasourdie l’étendue des pouvoirs spéciaux qui avaient rendu possibles les pires abominations comme la torture, les exécutions sommaires, les condamnations sur aveux extorqués, les disparitions et les viols des militantes du FLN. “La justice, qui était mon métier, n’était plus qu’un simulacre au service d’une logique de guerre.

    Soldats et magistrats travaillaient main dans la main pour rétablir l’ordre répressif français : les premiers tuaient, les seconds condamnaient”, relate l’avocate. Jusqu’aux accords d’Évian, elle ne cessera de faire la navette entre Alger et Paris pour défendre ceux qu’on surnommait alors des fellagas. Gisèle Halimi assure avoir rempli son rôle sans avoir eu peur, sauf une nuit, dans un centre de torture sur les hauteurs d’Alger où les militaires français l’avaient enfermée. Elle pensait qu’elle allait être exécutée. 

    Courageuse et déterminée, l’avocate tient tête aux juges du tribunal militaire et débarque un jour dans le bureau du général Massu pour lui demander des comptes concernant le sort de l’un de ses clients, disparu de la prison de Barberousse où il avait subi la gégène. 

    Le général lui fait alors un plaidoyer en faveur de la torture qui la révulse. “Je n’arrive pas à croire qu’il tente sur moi son prosélytisme abject. Je suis écœurée. Je ne veux même pas entrer dans cette discussion”, raconte Gisèle Halimi. 

    L’affaire Djamila Boupacha va lui permettre de briser le silence autour de la torture, et plus exactement de la torture par le viol. “Djamila Boupacha représentait tout ce que je voulais défendre. Son dossier était même, dirais-je un parfait condensé de combats qui m’emportaient : la lutte contre la torture, la dénonciation du viol, le soutien à l’indépendance et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la solidarité avec les femmes engagées dans l’action publique et l’avenir de leurs pays, la défense d’une certaine conception de la justice et enfin le féminisme. Tout était réuni. Le cas était exemplaire !”, souligne l’avocate. 

    Elle rencontre Djamila Boupacha une première fois à la prison de Barberousse et découvre une jeune fille de 22 ans très abîmée physiquement et qui risquait la peine de mort pour avoir refusé de livrer ses camarades de combat. “Il fallait dénoncer les sévices qu’elle a subis et porter plainte en tortures pour que ses bourreaux soient punis. Il fallait en faire un symbole aux yeux du monde entier, des ignominies commises par la France”, explique Gisèle Halimi. 

    Pour ameuter l’opinion, l’avocate compte sur ses amis journalistes. Elle écrit aussi au général de Gaulle et à son ministre de la Culture, l’écrivain André Malraux. Simone De Beauvoir à qui elle raconte les détails de l’affaire rédige un article explosif dans Le Monde et prend la direction d’un comité “Pour Djamila Boupacha” auquel adhèrent d’illustres personnalités comme le poète Louis Aragon, le philosophe Jean-Paul Sartre, l’écrivain antillais Aimé Césaire et l’ethnologue Germaine Tillion. 

    “J’ai trahi le secret professionnel en divulguant devant l’opinion publique les détails du dossier Boupacha, mais je lui avais peut-être évité la peine de mort et attiré l’attention sur un sujet crucial : ces viols commis par les troupes françaises et dont personne ne voulait entendre parler”, fait savoir Gisèle Halimi. 

    À l’intérieur et à l’extérieur des salles d’audience, l’avocate a réussi tout au long de sa carrière à faire triompher des causes perdues d’avance. Sa bataille en faveur de l’émancipation des femmes et de l’égalité fait écho d’un combat plus personnel. 

    Née et élevée à Tunis dans une modeste famille juive, elle s’est insurgée dès son jeune âge contre le destin assigné par son genre. En dépit d’un environnement socioculturel hostile, elle est parvenue à lever toutes les entraves. En 1949, Gisèle Halimi devient avocate. Elle avait 22 ans. 

    SOURCE : https://www.liberte-algerie.com/culture/rien-ne-pouvait-marreter-345371 

     

     

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    Le racisme collé à la peau

    de l’énervé de droite…

     

    Le racisme collé à la peau  de l’énervé de droite…

     

    Rien à ajouter d’autre. Il en a fait la démonstration lui-même, comme on peut le voir dans cette video. Et à part un hochement de tête gentil, aucune réaction sur le plateau… Si, des rires… Barthes l’a poussé à se vautrer dans sa fange, et il a bien fait.

    On savait qu’il n’aurait jamais dû être ministre et encore moins président de la République. Ce type est mis en examen dans de multiples affaires graves. Il écrit des bouquins pour être invité sur les plateaux télé pour faire sa propagande alors que sa place est derrière les barreaux, non même pas digne de la taule. Assigné à résidence pour le restant de ses pauvres jours pour qu'il ne puisse plus contaminer personne.

    « Cette volonté des élites, qui se pincent le nez, qui sont comme les singes qui n’écoutent personne... Je ne sais plus, on a le droit de dire singe ? » s’interrompt soudain Nicolas Sarkozy, lancé dans une diatribe contre les « élites qui se regardent dans une glace », avec un rire sarcastique.

    « Parce que... On n’a plus le droit de dire les... On dit quoi, “Les dix petits soldats” maintenant ? C’est ça ? Ouais... Elle progresse la société ! »

    La société il l’a bien pourrie lui, pendant dix ans et pour longtemps.

    Et les télés les plus regardées en invite à la pelle des extrémistes pour faire de l’audience.

    C’est lui faire de la pub que de parler de lui ? Peut-être. Pas de la bonne en tous les cas.  Dès qu’il apparaît j’ai envie de vomir. C’est comme ça. Je n’ai rien oublié, et je ne comprends toujours pas comment on peut traiter ses successeurs pire que lui alors que lui a pu tout faire pendant qu’il avait le pouvoir, il n’y avait pas grand monde dans la rue pour protester. Et tout le monde fait semblant d’oublier… Rien vu, rien entendu, rien dit... 

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/gabrielle-teissier-k/blog/110920/le-racisme-colle-la-peau 

     

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    Sécurité : le séparatisme des médias

    Sécurité : le séparatisme des médias

    « Ensauvagement », « séparatisme », « barbares »… le tube médiatique de l’été s’est transformé en sujet numéro un de cette rentrée politique. Alors même que 800 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi, que des milliers d’emplois sont supprimés à travers le pays, que les masques ne sont toujours pas gratuits, qu’on apprend que 68 % des espèces vertébrés ont disparu, que la crise économique va frapper de plein fouet des millions de Français, qu’il y a urgence sur le front de l’emploi, de la bifurcation écologique… on assiste à une surenchère sécuritaire sur tous les plateaux, qui oblitèrent tant d’autres sujets vitaux. Oui, bien sûr que la sécurité est un problème. Mais il n’est pas traité. Depuis des semaines, on assiste à un concert de démagogues. Sans jamais rentrer dans le fond du problème. Ne surtout pas tenter d’analyser ses causes, ni apporter des réponses de long terme.

     

    « L’ensauvagement » et « le séparatisme » :

     tubes d’été et de rentrée

    La tactique n’est pas nouvelle. Et elle est particulièrement grossière en cette rentrée. Faire monter le Rassemblement National sur ses sujets de prédilections, pour ensuite se poser en seul et unique rempart lors de l’élection présidentielle. Le gouvernement dans le rôle du pompier pyromane, les médias traditionnels dans le rôle de l’apprenti sorcier. La zemmourisation des médias en cours est alarmante. En témoigne la nomination ce 10 septembre de Louis de Raguenel comme adjoint au service politique d’Europe 1. On parle ici de l’ancien rédacteur en chef de Valeurs Actuelles, flashé sur l’autoroute du racisme contre Danièle Obono. En témoigne, aussi, la folle association entre « singes » et « nègres » de Nicolas Sarkozy sur le plateau de quotidien ce même jeudi 10 septembre. Un ancien président de la République déclarant en 2020, en direct sur un plateau télé : “On a peut-être encore le droit de dire singe, sans insulter personne?” Cette zemmourisation médiatique est d’autant plus dommageable que le débat sécuritaire est nécessaire, et que, loin des fantasmes, des solutions existent.

    « L’ensauvagement ». Gérald Darmanin a trouvé le gimmick de l’été, repris sur toutes les ondes. Emmanuel Macron avait déjà annoncé la couleur juste avant la pause estivale : « le séparatisme ». Le gouvernement planche d’ailleurs sur une proposition de loi sur le séparatisme pour 2021. Peu importe qu’on ne sache pas exactement de quoi on parle. « On s’en fiche des chiffres. Il y a un sentiment dans le pays… » a même résumé Julien Pasquet, présentateur sur Cnews, le 31 août. Quand bien même les chiffres de l’INSEE montrent que depuis 30 ans le niveau de violences interpersonnelles est stable. Mais ce n’est pas un débat. C’est une comédie.

    Oui c’est une farce qui dure depuis des années. Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, aujourd’hui Gérald Darmanin, sortent à chaque fois la partition sécuritaire pour faire monter l’extrême droite, faire oublier des bilans économiques et sociaux catastrophiques, et se poser ensuite comme barrage d’une cascade qu’ils ont eux même alimentée. Et ça fonctionne. Il faut donc changer de tactique et apporter du fond au « débat ». Oui les chiffres sont en stagnation voire en baisse, mais les violences sont insupportables pour toutes celles et tous ceux d’entre nous qui les subissent. « Oui, il y a un problème ». Cela fait 20 ans que médias et politiques parlent d’insécurité, comment se fait-il que rien ne change ? Comment en est-on arrivé là ? Parce que la police est mal employée, mal formée, et qu’elle a été détruite de l’intérieur.

    L’ensauvagement est à Darmanin

    ce que le Karcher était à Sarkozy

    L’ensauvagement est à Darmanin ce que le Karcher était à Sarkozy : une arme de communication massive. Parlons-en, justement, du bilan sécuritaire du mentor de Gérald Darmanin. Revenons en arrière : 2007-2012, quinquennat Sarkozy. « Les policiers ne sont pas là pour jouer au rugby » : la police de proximité est supprimée. La brigade anti criminalité (BAC) est déployée dans les quartiers populaires. 10 000 postes de policiers sont supprimés. La source des maux actuels de la police est bien à chercher du côté de l’affaiblissement de l’État et du démantèlement progressif de ses services publics. La police n’échappe pas à la logique austéritaire. Faire du lien social dans les quartiers ? Plus le temps. C’est la politique du chiffre qui prime.

    Aux policiers de proximité, connus dans le quartier, succèdent les cow-boys de la BAC. Claquement de portière, tête dans le caniveau. Les contrôles abusifs et les bavures se multiplient. Les contrôles au faciès sont documentés depuis plus d’une décennie. Des sociologues du CNRS ont démontré dès 2009, par une retentissante enquête de terrain gare du Nord à Paris, les discriminations systémiques que dénoncent aujourd’hui Jacques Toubon. Difficile de soupçonner l’ancien défenseur des droits de gauchisme. Pourtant, l’ancien fidèle de Jacques Chirac cite aujourd’hui Pierre Bourdieu et parle bien de discriminations systémiques dans la police.

    Refonder l’institution policière de fond en comble

    Les rassemblements récents en hommage à George Floyd et/ou à l’appel du collectif Vérité pour Adama, qui regroupaient plusieurs centaines de milliers de personnes à travers le pays, ont témoigné de ce ras de bol du racisme et des violences policières. Les témoignages issus des rangs de la police se sont multipliés. La presse a révélé l’existence de groupes Facebook rassemblant plusieurs milliers de policiers et où ces derniers échangent des propos racistes. Flic, un journaliste a infiltré la police est un ouvrage qui fait du bruit en cette rentrée. La force de l’ordre, une anthropologie de la police des quartiers, enquête en immersion mené 10 ans plus tôt par le sociologue Didier Fassin, révélait déjà la même réalité : la violence et le racisme quotidien dans la police. Cela ne veut pas dire que tous les policiers sont racistes et violents. Ces témoignages mettent simplement en lumière des dérives policières systémiques. Si on veut agir efficacement pour la sécurité, il faut donc refonder de fond en comble l’institution policière. De sa formation à son utilisation.

    Depuis des années est réclamé le recrutement de 10 000 policiers et de 5 000 agents administratifs, plus instruits, mieux formés, ce qui signifie, une fois n’est pas coutume, de mettre fin à la logique austéritaire qui détruit nos services publics. Empiler des policiers ne changera rien, la réponse ne peut être que sécuritaire. Il faut un retour de l’État, de l’ensemble de ses services publics, et notamment de la police de proximité. Utiliser la police non plus pour réprimer violemment les mouvements sociaux, non plus pour crever des yeux et arracher des mains de manifestants, non plus pour des contrôles au faciès à répétition, non plus pour faire du chiffre, mais pour assurer sa mission républicaine : protéger la population dans son ensemble. La BAC compte 7000 policiers. Elle ne fait pourtant que du flagrant délit pour faire du chiffre. Avec les bavures que l’on connait. La police judiciaire ne compte quant à elle que 5000 policiers pour enquêter sur les milliards d’euros détourné par la délinquance financière, la criminalité organisée, la drogue, le trafic d’êtres humains, le trafic de monnaies, etc. Suppression de la BAC, retour de la police de proximité dans les quartiers, formation renforcée et recrutements massifs dans la police judiciaire pour en finir avec la politique du chiffre et mener des enquêtes de long termes pour démanteler des réseaux en remontant jusqu’à la source : voici des mesures utiles, pourtant rarement évoquées sur les plateaux télé, mais qui pourraient permettre d’augmenter la sécurité collective.

    « L’urgence pour garantir le droit à la tranquillité publique de tous n’est donc pas dans les opérations de communication façon cow-boy de Darmanin. Il serait bien plus utile de redéployer les moyens à l’intérieur de la police. Moins de policiers pour gazer les manifestations et faire du contrôle d’identité et plus pour traquer les réseaux de trafic d’armes et de drogues.» Cela semble évident et pourtant ce n’est toujours pas fait. Il est urgent de revenir à la raison sur les questions de sécurité. 

    SOURCE : https://linsoumission.fr/2020/09/11/securite-le-separatisme-des-medias/ 


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  • Suivez en direct de Cannes l'hommage rendu

    à Annie Cordy ce samedi 12 septembre 2020

     

    France 3 Provence-Alpes Côte d’Azur vous permettra de suivre en direct dès 15h10 l'hommage à Annie Cordy, dont les obsèques se déroulent samedi 12 septembre à Cannes. Un documentaire inédit sera aussi à voir sur notre antenne et sur notre site.

     

     

    Un dernier salut à Annie Cordy est organisé ce samedi 12 septembre à Cannes
    Un dernier salut à Annie Cordy est organisé ce samedi 12 septembre à Cannes © Olivier Corsan Maxppp

     

    France 3 Provence-Alpes Côte d’Azur bouleverse ses programmes et rend hommage à Annie Cordy, dont les obsèques se déroulent samedi 12 septembre à Cannes. 

    A 15h10 - Suivez la cérémonie d'adieu en direct

    Emission spéciale dès 15h10 sur nos antennes pour suivre en direct la cérémonie d’adieu, avec ses proches, ses amis, le public et nos reporters sur place à la butte de Saint Cassien à Cannes :
     
    C’est en plein air, sur cette butte Saint-Cassien à Cannes, que se déroulera la cérémonie d’adieu, ouverte à tous comme le souhaitait l'artiste qui aimait tant son public. 
    Hommage en chansons, prises de parole de proches et de personnalités ponctueront ce moment fort que vous pourrez suivre en direct sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur et sur paca.france3.fr

    Nos reporters Hélène Maman et Coralie Chaillan seront au cœur de la cérémonie pour cette émission spéciale commentée par Eric Charay et le consultant Adrien Mangano. Des images d’archives et des reportages viendront appuyer la retransmission.  

    L’occasion de revenir sur la carrière, la personnalité et l’attachement à notre région de cette immense artiste populaire qui a marqué plusieurs générations de Français.
     

    Annie Cordy chez elle, sur la Côte d'Azur.
     
    Annie Cordy chez elle, sur la Côte d'Azur. © Cyrille Gallais

     

    A 17 heures - "Annie", un documentaire exclusif de Cyrille Gallais

    A partir de 17 heures, nous vous proposons un documentaire inédit de Cyrille Gallais.

    Enfant, Cyrille Gallais ne ratait aucun passage d’Annie Cordy à la télévision. A 15 ans, il rencontre l'artiste pour la première fois et lui remet une maquette de ses chansons. Elle deviendra son amie et pendant 20 ans l’encouragera et l’accompagnera avec beaucoup de tendresse et une grande exigence.
    Pour l'anniversaire de celle qu'il admirait tant, Cyrille avait décidé de lui offrir un documentaire qu'il allait lui-même réaliser. Dans sa villa sur les hauteurs de Cannes, Annie s’est donc laissée filmer au long cours par son ami.
     
    L'artiste s’est éteinte alors que ce film de 52 minutes était encore en montage mais ce portrait magnifique, sensible et intimiste, la fera revivre dans le cœur de chacun.

    Un film coproduit par la RTBF, France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, Triangle 7 et Les Films du Tambour de Soie.

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    L’histoire franco-algérienne de grandes ambitions pour des résultats incertains

     

    Malgré les promesses et les déclarations d'intention, la levée du secret-défense des fonds d'archives français de la guerre d'Algérie reste, dans les faits, un véritable casse-tête administratif. Mais ce bâillonnement archivistique est-il l'unique mur du silence de notre mémoire ?

    L’histoire franco-algérienne de grandes ambitions pour des résultats incertains

    Portrait de Maurice Audin (1932_1957) peint sur le mur, rue 19 mai 1956 à Alger (Algérie)• Crédits : Saber68

     

    Les signes de rapprochements entre les Etats algérien et français se multiplient dans un contexte géopolitique tendu en Méditerranée. Si la conjoncture accélère le mouvement, ce rapprochement passe par l’administration d’un certain nombre de dossiers inscrits dans l’histoire des deux pays. Une histoire commune encore difficile à écrire. Le gouvernement algérien, les historiennes et les historiens de la guerre d’Algérie avaient salué une décision importante en septembre 2018, celle de la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans la mort sous la torture et la disparition de Maurice Audin en 1957.

    Cette déclaration très officielle avait fait grincer quelques dents du côté de l’Armée française mais le pas était franchi. On allait pouvoir s’atteler à cette histoire réputée silencieuse et complexe, et dans son élan Emmanuel Macron avait assuré qu’une dérogation allait ouvrir largement les fonds archives pour faire le jour sur l’histoire des milliers d’autres disparus de la guerre d’Algérie, dont Maurice Audin n’était qu’un exemple. Promesse non tenue puisque dans un climat de défiance lié aux attentats, la consultation des archives secret-défense s’est transformé en casse-tête sans fin après la stricte mise en application d’une directive du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) qui n’a pas fait d’exception à la règle  sur le dossier des disparus, malgré la recommandation présidentielle initiale.  

    Mais en admettant que cet écueil soit dépassé prochainement, grâce à une autre directive en préparation, le parcours reste semé d’embûches, comme le soulignait le ministre algérien Tayeb Zitouni, en 2018. 

    Vingt-quatre crânes, c’est-à-dire vingt-quatre têtes de combattants algériens contre la conquête française au XIXe siècle, rapportés à l’époque en France comme trophées, ont été restitués à l’Etat algérien au début de cet été mais les dossiers franco-algériens sur la reconnaissance des crimes commis pendant la colonisation restent nombreux. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’a été définie la mission de la commission dirigée par Benjamin Stora sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » qui devrait rendre ses recommandations le 20 septembre Si le moment est opportun les enjeux stratégiques du moment pourraient peser sur le contenu, la lecture et l’utilisation de ce rapport. Les déclarations d’intention sont bien là mais les moyens tardent à venir. 

    Cent cinquante années d’histoire commune à travailler  grâce aux archives mais pas seulement, comme le montre l’ouvrage très récent de Raphaëlle Branche Papa qu’as-tu fait pendant la guerre d’Algérie ?  L’historienne y rappelle que le drame de la guerre s’est aussi déroulé dans l’intimité des familles, du fait du silence des anciens combattants mais aussi et peut-être surtout des questions qu’on ne leur posait pas. Quelles sont celles que nous sommes prêts à poser à notre passé franco-algérien ?

    SOURCE : https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-lhistoire/le-journal-de-lhistoire-du-mercredi-09-septembre-2020

     

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    Georges Azenstarck, le photographe qui a témoigné contre Maurice Papon vient de mourir

    Georges Azenstarck vient de mourir. Photo-reporter engagé, il avait documenté la vie des pauvres et des ouvriers, mais aussi la nuit du 17 octobre 1961, quand sous les ordres de Maurice Papon, la police parisienne a tué plusieurs centaines d'Algériens, dont beaucoup furent jetés à la Seine.

    Georges Azenstarck, le photographe qui a témoigné contre Maurice Papon vient de mourir

    Au fil de la soirée du 17 au 18 octobre 1961, même les photos floues précisent la chronologie du drame et laissent deviner des cadavres qui s'amoncellent dans la capitale.• Crédits : KeystoneGetty

     

    On a appris avec quelques jours de décalage la mort de Georges Azenstarck, le 2 septembre. Le photographe, qui avait été salarié du journal L’Humanité entre 1956 et 1968, est mort à l’âge de 85 ans, à Marseille. Son nom ne vous dit peut être rien : entré à l’agence Rapho en 1979, il était moins connu que Robert Doisneau ou Willy Ronis, dont il était proche. Bien qu'il ait été photo-reporter, ses images circulent peu : on ne les trouve pas dans les grandes banques d'images auxquelles les médias sont abonnés, et où ils puisent pour illustrer leurs articles. On les retrouve plutôt à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, la bibliothèque Roger Viollet. Archivé (et visionnable en ligne par ici), le travail d'Azenstarck représente une mémoire photographique considérable pour l’histoire de France, qu’il avait documentée avec assiduité. Plutôt du côté des pauvres et des ateliers à l’usine, pour celui qui a couvert le Mai 68 ouvrier et aussi collaboré à la presse syndicale, et en particulier un journal comme La Vie ouvrière.

    Georges Azenstarck, le photographe qui a témoigné contre Maurice Papon vient de mourir

    Ici au centre, moustachu, Georges Azenstarck était né à Paris, en 1934. Il avait 45 ans quand il entrera chez Rapho en 1979, après plus de quinze années à L"Humanité.• Crédits : Pierre Trovel via Archives départementales de Seine-Saint-Denis

    Azenstarck, ce fut aussi un regard rare sur les bidonvilles qui essaimaient en lisière de Paris après la Seconde guerre mondiale. Comme Monique Hervo, qui, elle, vivait au bidonville de Nanterre, et comme peu d’autres photographes, il a beaucoup photographié les baraquements de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne. Ses photos des familles portugaises qui vivaient là sont restées importantes pour dire autre chose des Trente glorieuses.

    C'était Dallas

    Si vous avez déjà croisé la couverture d’un livre co-écrit avec Gérard Mordillat, Les Rudiments du monde, paru en 2002 chez Eden, vous n’avez sans doute pas pu passer à côté de la photo de couverture : un portrait, en noir et blanc, et assez de grain pour qu’on ait l’impression que la femme à l’image va sortir sa main de la manche de son col noir. Puissante, la photo voyage, et elle servira encore à l'occasion d’un roman social du même Mordillat, Les Vivants et les morts dans son édition de poche de 2006. Une histoire d'usine qui ferme, et de ce couple dont la fille se fait appeler “Dallas”. C’est une fiction mais dans la vraie vie, Azenstarck a couvert les piquets de grève chez Citroën en 1984 en plein tournant de la rigueur, et aussi la sortie des ouvrières de la Lainière à Roubaix. A la CGT, on rappelle que le Parisien né en 1934 était un photographe de terrain : en 1965, il était là pour photographier l’enterrement de vingt-et-un mineurs marocains tués dans un coup de grisou dans le Pas-de-Calais. Georges Azenstarck était un reporter, et à la veille de l’an 2000, l’un de ses reportages avait été sélectionné par l’agence Associated Press comme des cent meilleurs du XXe siècle.

    Georges Azenstarck, le photographe qui a témoigné contre Maurice Papon vient de mourir

    Dans les années 1980, le 17 octobre 1961 était loin d'être un objet légitime dans les facs d'histoire.• Crédits : Gamma Keystone - Getty

     

    En reporter, il a documenté aussi ce qui restera tardivement un angle mort de l’histoire de France : le 17 octobre 1961. Son travail ce soir-là dans les rues de Paris fut même si considérable que si on connaît mieux l’épisode tragique aujourd’hui, c’est notamment grâce à Georges Azenstarck. Ses clichés pris avec vue sur le bitume, tandis qu’un cortège d’Algériens manifestait pour protester contre le couvre-feu à 20 heures que le préfet Maurice Papon venait de leur imposer douze jours plus tôt, ont aidé à accoucher à la fois de l’histoire et d’une mémoire. En 1961, les locaux de L'Humanité donnaient encore du côté des grands boulevards à Paris. C’est-à-dire que depuis les balcons du journal au troisième étage, on avait ce soir-là une vue plongeante sur la répression en train de s’abattre sur le cortège, sur les femmes et les enfants qu’on écarte presque tous alors que se poursuit le bruit du pas de hommes qui continuent de marcher tandis qu'ils se font tirer dessus. C’est ce soir-là que plusieurs dizaines d’Algériens seront jetés à la Seine - un saut d’échelle lugubre pour une pratique dont les réseaux anticolonialistes savaient alors qu’elle existait déjà, ici ou là, ponctuellement.

    Aujourd'hui, on peut dire tout ça, et on sait un peu mieux ce qu’il s’est passé ce soir-là dans la capitale, alors que la Guerre d’Algérie s’étirait depuis sept ans. Mais longtemps, on n’a pu dire que très peu de cet épisode au premier bilan officiel cinglant : deux morts, écrivait Le Figaro en Une de son édition du 18 octobre 1961. Le bilan officiel grimpera à trois morts, et bien des années plus tard, du côté du Front national, on continue d’entendre dire que sept Algériens en tout et pour tout on perdu la vie - et qu’ils se seraient tout bonnement entre-tués. 

    Quand François Hollande reconnaîtra la responsabilité de la République dans ce massacre, cinquante-et-un ans après les faits, les historiens convenaient que la répression sanglante avait fait a minima au-delà de deux cents morts, et peut-être plus de trois cents. Longtemps, dans les réseaux militants à l’extrême-gauche, on a dit que le massacre des Algériens avait été le deuxième massacre le plus sanglant depuis la Commune de Paris. C’est aussi ce qu’affirmait Georges Azenstarck dans un documentaire de Faiza Guène et Bernard Richard, produit en 2002 et accessible via YouTube. 

    Le panier à salades et ces morts

    comme des "sacs à patates"

    Dans cette vidéo, le photographe décrit sa soirée passée avec son collègue photographe à "L’Huma", les cadavres qu’il voit depuis le balcon du journal, qui s’entassent en contrebas dans la rue, du côté du Rex, “comme des sacs à patates”. Il décrit aussi les Algériens que la police traine par le col, vifs ou morts, et ce camion qu’on appelait encore “panier à salade”, qui stationne une grosse dizaine de minutes sous sa fenêtre et lui masque la vue. Lorsque le camion remettra le moteur, les cadavres entassés auront disparu. Les tirs se sont tus, Azenstarck descend en trombe, il tente de photographier ce policier qui, seau d’eau à la main, tente en vain de nettoyer le sang sur le trottoir. On l’empêche assez vite de mitrailler. Mais ses pellicules de la soirée du 17 octobre 1961 serviront a posteriori à étayer la réalité : on a bien massacré des Algériens dans les rues de Paris ce soir-là. Son travail est à la hauteur de celui d’Elie Kagan et d’ailleurs des sites pro-Algérie française continuent, presque soixante ans après l’événement, à brocarder “Azenstarck le menteur”, “Azenstarck le communiste” pour ce qu’il a montré, et dit.

    Mais en réalité, Azenstarck n’a pas fait que nous donner de quoi mieux connaître l’épisode. Il a aussi aidé à ce qu’on nomme le massacre, et à ce qu’on le regarde de face. Il a témoigné au milieu du brouillard.  Car le 17 octobre 1961 est longtemps resté un angle mort dans l’histoire de France. Devenu aujourd’hui un chapitre de la Guerre d’Algérie, ce massacre n’est toujours qu’à peine considéré comme une page de l’histoire du maintien de l’ordre à la française. C’est le prix d’un enfouissement durable de ce que l’historien Pierre Vidal-Naquet avait appelé “pogrom” dès novembre 1961, à l'occasion d'un article dans Les Temps modernes.

    Des historiens ont nommé cet enfouissement “la triple occultation” et en 2011, dans un ouvrage paru à La Découverte, Gilles Manceron détaillait ce mécanisme :

    Le silence qui a entouré le 17 octobre 1961 pendant près de trois décennies n'a rien d'énigmatique . Trois facteurs ont contribué à la "dissimulation du massacre" : la négation et la dénaturation immédiates des faits de la part de l'État français, prolongées par son désir de les cacher ; la volonté de la gauche institutionnelle que la mémoire de la manifestation de Charonne contre l'OAS en février 1962 recouvre celle de ce drame ; et le souhait des premiers gouvernants de l'Algérie indépendante qu'on ne parle plus d'une mobilisation organisée par des responsables du FLN qui étaient, pour la plupart, devenus des opposants. Trois désirs d'oubli ont convergé. Ils ont additionné leurs effets pour fabriquer ce long silence.

    Dans les années 80, alors que l’épisode paraît expurgé de l’histoire de la guerre d’Algérie telle qu’on l’enseigne pourtant timidement, tout le monde n’a pas oublié le 17 octobre 1961. Et quelques uns œuvrent à le faire savoir. Les clichés de Georges Azenstarck aident pour porter cette mémoire qui se fraye mal un chemin dans le savoir encore fragile sur l’événement. Faute d’accès aux archives de la police, ces images semblent a posteriori comme des points de suspension. Mais quand Jean-Luc Einaudi entreprendra de déconstruire le mensonge, et d’installer un récit historien de l’épisode, il glane des ressources considérables à force de passer l’angle mort au peigne fin. Il étaye une histoire orale du 17 octobre, et contrecarre l’absence d’archives par une enquête dense auprès de policiers, de journalistes, de militants, et bien sûr d’Algériens présents ce soir-là.  Il épluche aussi les registres des cimetières parisiens, et livre une chronologie précise de la soirée. 

    A la fois déconstruction d’une occultation et récit de l’événement, l’enquête est inédite, et le Seuil accepte de la publier : ce sera La Bataille de Paris, sorti en 1991, et désormais disponible en format poche - et toujours aussi précieux, six ans après la mort d’Einaudi, en 2014. Jean-Luc Einaudi, qui n’est pas universitaire de métier mais éducateur et écrivain dans la vie avant d’être historien, vient de combler un trou béant. Le filet de l’oubli soigneusement tissé se dilate, et au procès de Maurice Papon, qui s’ouvre en février 1997 devant la Cour d’assises de Gironde, le 17 octobre 1961 resurgit. Einaudi est cité à comparaître à Bordeaux à la demande des parties civiles, alors que la carrière de Maurice Papon est examinée dans son ensemble. Il y livre ce qu’il sait du 17 octobre pour l'avoir mis au jour ; il rappelle surtout que le Papon de Vichy a aussi été le Papon, préfet de police de Paris, en pleine guerre d’Algérie. Placide, Maurice Papon dit à la barre : 

    Je veux bien me repentir, mais de quoi? De quelle faute?

    La morgue, les non-lieux et les homicides volontaires

    Dans les mois qui suivent, c’est l’emballement : alors que les archives sont si difficiles d’accès, un rapport de police se fraye un chemin entre les verrous, il est glaçant et incontestable : il s’agit d’un registre qui liste plusieurs dizaines de “FMA” (pour “Français musulmans d’Algérie”) et les départage : ceux de la morgue, avec leur numéro de dossier à l’Institut médico-légal, ceux pour qui est inscrit “homicide volontaire” et les autres, “non lieu”. Du côté de la classe politique, la ministre de la Culture de l’époque, Catherine Trautmann promet une ouverture des archives classifiées, et Jean-Pierre Chevènement missionne un rapport sur la nuit de ratonnade, qui pointe les archives volatilisées montrant bien l’occultation. Le chiffre officiel passe de 3 à 32 morts, c’est-à-dire un bilan très en-deça de ce qu’estimait déjà Jean-Luc Einaudi (et de ce qu’admettent aujourd’hui les historiens). 

    Les compte-rendus de ce passage devant la Cour d’assises sont précis, mais le climat est tendu et la place d’Einaudi trop périphérique sans doute pour ne pas être seul : des journalistes et des intellectuels lui font par exemple le procès de mettre sur le même plan les rafles survenues à Bordeaux en 1942 et les massacres d’Algériens en 1961 (ou De Gaulle et Pétain dans le même sac). L’auteur de La Bataille de Paris décide de publier une tribune dans le journal Le Monde. Noir sur blanc, il écrit cette phrase qui n’avait jamais été écrite : "Il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Papon." Lui, l'ancien lycéen qui fit mai 68 à Fougères et dont l'historien Fabrice Riceputi a raconté une trajectoire de "citoyen-chercheur" en rupture d'avec le PCF, est encore très seul avec cet objet de recherche marginal. Depuis le savoir qu’il a accumulé, il écrit : “Pour le moment, je persiste et je signe”. 

    La tribune paraît dans Le Monde dans l’édition du 20 mai 1998 sous le titre “Octobre 1961 : pour la vérité, enfin” et est toujours accessible dans les archives du quotidien. Papon, qui n’avait pas porté plainte à la publication de La Bataille de Paris sept ans plus tôt, porte plainte. Condamné le  2 avril 1998 à dix ans de prison et à verser l’équivalent de 700 000 euros aux parties civiles, l’ancien préfet attaque Jean-Luc Einaudi. Ce sera un nouveau procès dans le procès, et une étape décisive pour stabiliser la connaissance qu’on a du 17 octobre 1961. A la barre, défileront une trentaine de témoins dont Pierre Messmer, qui était ministère des Armées à l’époque, ou encore l’historien Pierre Vidal-Naquet qui, le premier, avait nommé le “pogrom”. Des Algériens qui ont vécu l’événement témoignent aussi, ainsi que Brigitte Lainé et Philippe Gros, deux archivistes qui apportent, depuis leur accès au secret des archives, leur crédit empirique à la démonstration de Jean-Luc Einaudi - et qui le paieront d’une mise à l’écart durable, et profondément injuste. Au procès, Brigitte Lainé, qui a minutieusement épluché les archives judiciaires de septembre à décembre 1961, décrit par exemple : “Dès le mois de septembre, il y a une constante dans la mise en scène de la mort : une majorité de noyés, retrouvés dans la Seine ou les canaux parisiens, les mains liées ou avec des traces de strangulation ou de balles.” 

    Au cœur des débats, le nombre de morts, mais aussi, et au-delà, la volonté de calfeutrer le tout. De dissimuler. Or les images de Georges Azenstarck montrent justement qu’on réprime une foule sans arme, et qu’on traîne des Algériens sur le sol. Sur une autre photo, Azenstarck a compté jusqu’à douze cadavres devant le 5, boulevard Poissonnière. Venu témoigner au procès que Papon intente à l’historien, le photographe utilise des mots comme “sauvagerie” et “déchaînement” pour raconter à son tour. Il dit : 

    J’étais dans le labo photo avec Serge Gautier, ce soir du 17 octobre 1961. Je développais, pour le journal du lendemain, mes clichés de la manifestation de milliers d’Algériens entre République et Opéra », explique le photographe Georges Azenstarck, alors salarié du service photo de l’Humanité. « J’étais frappé par la dignité des manifestants qui défilaient pacifiquement, dignement, sans banderole, avec femmes et enfants. Ils avaient mis leurs plus beaux costumes. Ils étaient fiers de défendre leurs droits de Français du département d’Algérie. Soudain, on nous appelle. Il se passe des choses très graves sur le boulevard Poissonnière, juste devant le journal.

    Et aussi :

    L’horreur fut à son comble quand nous vîmes des policiers traîner sur le sol des corps d’Algériens inertes. Ils les traînaient par les bras, par les vêtements, par le col, puis ils les entassaient les uns sur les autres à même le sol, devant le portail du n° 5 du boulevard Poissonnière, à l’enseigne d’un journal qui s’appelait Noir et Blanc et qui faisait partie de l’immeuble du cinéma le Rex.

    Jean-Luc Einaudi sera relaxé au terme de ce procès. Même survenu trente-huit ans plus tard, le témoignage du photographe, ainsi que ses tirages, sont d’autant plus précieux qu’il s’est d’abord agi de planches contact : ni le 18 octobre 1961 ni les jours qui suivront, L’Humanité ne publiera les images de Georges Azenstarck. Bien des années plus tard, en 2011, le journal publiera un petit entrefilet rétrospectif pour s'interroger : 

    Pourquoi ? Les saisies, dont l’Humanité a maintes fois payé le prix, sont-elles, en cette période complexe, hyper violente, l’une des raisons de cette non-parution ?

    Cette année-là, une nouvelle version du livre de Georges Azenstarck sur le 17 octobre 1961 venait de paraître. Le massacre s’écrivait désormais noir sur blanc, mais se regardait aussi sur papier glacé. Glaçant. 

     

    SOURCE : https://www.franceculture.fr/histoire/azenstarck-le-photographe-dont-les-images-ont-sorti-le-massacre-du-17-octobre-1961-de-lobscurite

     

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    Nous savions que le chanteur "pieds-noirs" Enrico Macias ne pouvait pas retourner en Algérie et qu’il le regretterait ?…

    Maurice Papon, Enrico Macias et le 17 octobre 1961 et il faut ajouter le 8 février 1962

    Le 17 octobre 1961 a été l'œuvre de l'Etat français, porteur du système colonial.

    Un homme s'y était illustré : Maurice Papon.

    Le même Maurice Papon avait officié auparavant à Constantine, où il avait été préfet.

    Maurice Papon a donc doublement sévi contre les Algériens. D'abord sur les berges du Rhummel, à Constantine, où il était le représentant de l'Etat français ; puis sur les berges de la Seine, à Paris, où il occupait les mêmes fonctions.

    A la fin de sa vie, Maurice Papon a été rattrapé par l'histoire. Il a été jugé, mais pour d'autres faits, pas pour ses crimes contre les Algériens. Pourtant, ce qu'il a commis contre les algériens pouvait juridiquement être qualifié de crime de guerre. On retrouve dans ses décisions les éléments constitutifs du "crime de guerre" tel que défini par les conventions les plus connues.

    A Constantine, Maurice Papon, avait entres autres, un complice, un homme devenu tout aussi célèbre : Enrico Macias. Celui-ci, natif de Constantine, a toujours clamé un amour inconsidéré pour l'Algérie et pour "sa" ville Constantine.

    Pourtant, Enrico Macias était, durant la guerre d'Algérie, membre d'une milice locale, les "Unités territoriales". C'était une milice composée d'Européens, des supplétifs de l'armée française, un peu comme les harka. Mais dans le système de ségrégation de l'époque, on ne mélangeait pas "harki de souche" et harki indigène.

    Au sein des unités territoriales, Enrico Macias, pourchassait de l'arabe, aux côtés de l'armée coloniale, des harkis et de différents services de sécurité.

    Enrico Macias est un homme particulièrement passionné. On peut imaginer qu'il a fait preuve de beaucoup de zèle dans la chasse à l'arabe.

    Ce volet de sa carrière n'a jamais été évoqué. Lui-même n'en a jamais parlé.

    Plus troublant encore : à part de très rares témoins, la partie algérienne n'a jamais su exploiter ce côté trouble de la jeunesse d'Enrico Macias.

    Source : http://www.huffpostmaghreb.com/abed-charef/maurice-papon-enrico-maci_b_12522442.html 

    Abed Charef, écrivain et journaliste de renom, aborde ici la question douloureuse de la guerre d’Algérie et rappelle qu’à Constantine par exemple, des milices avaient été constituées sous la houlette de Maurice Papon, alors préfet de cette ville. Au sein de cette milice, il cite Enrico Macias qui en faisait partie et il en veut pour preuve les nombreux témoignages de personnages encore vivants, des Constantinois l’ayant connu et vu portant l’uniforme et l’arme.