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    Deux Appelés

    en Algérie

    Deux Appelés en Algérie

    Film-documentaire en deux épisodes sur la thématique des Mémoires de la Guerre d'Algérie (1954-1962). Réalisé à partir de témoignages d'Appelés du Contingent de l'Armée Française, ce documentaire personnel n'a aucune finalité politique, mais cherche à mettre en lumière des témoignages inédits ou méconnus. Je vous prie donc de rester courtois et respectueux en commentaires et de n'apporter aucune haine. Les mémoires sont clivantes, mais il est nécessaire de les respecter. L'Historien ne cherche pas à faire adhérer : il énonce des faits.

    Deux Appelés en Algérie - Épisode n°1 : Marcel Le Texier

     


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    Essais nucléaires français au Sahara : pour

    les habitants du sud-ouest libyen, les

    retombées radioactives continuent à tuer

      Essais nucléaires français au Sahara : pour  les habitants du sud-ouest libyen, les retombées radioactives continuent à tuer

    Le premier essai de la bombe atomique française, effectué près de Reggane, au cœur du Sahara algérien, le 13 février 1960 (Reuters)

    Entre 1960 et 1966, la France a fait exploser dix-sept bombes dans le Sahara algérien. Dans le désert voisin, les Libyens réclament des enquêtes pour estimer les préjudices subis jusqu’à aujourd’hui

    « Je cherche des mots qui n’existent pas. Mon père s’en alla le jour où le vent du désert pleura, et son absence est toujours présente, un cri strident et muet, tel un vide que les mots ne peuvent remplir. » 

    Abed Alfitory a aujourd’hui 64 ans. Mais il se souvient encore aujourd’hui de la mort de son père et des événements qui l’ont précédée.

    Abed Alfitory est originaire du Fezzan, la région majoritairement désertique du sud-ouest de la Libye. C’est ici, au cœur du Sahara, qu’il a passé vingt ans à rassembler des ressources pour son livre Desert Cry, encouragé par l’histoire de son père, qui perdit la vue en 1960 et la vie quelques années plus tard.

      Essais nucléaires français au Sahara : pour  les habitants du sud-ouest libyen, les retombées radioactives continuent à tuer

    S’adressant à Middle East Eye depuis son domicile à al-Zighan, ce professeur de philosophie à l’université de Sebha raconte une enfance lourde, entre les conditions de vie difficiles et la cécité de son père qui le tourmentait.

    Plus tard, il a découvert ce qui avait causé l’état de son père. Il a également appris qu’il n’était pas le seul.

    En 1960, de nombreux habitants du Fezzan furent victimes de maladies respiratoires et d’ophtalmie. Les infections oculaires aiguës étaient alors si répandues qu’on finit par parler de l’« année de l’ophtalmie ».

    Il y eut ensuite l’« année de la variole », l’« année du “vent jaune” » ou encore l’« année corrosive ». Les cancers parmi les habitants du Fezzan se multiplièrent. Des pluies acides s’abattirent sur une terre affligée. Que s’était-il passé ? 

    Des explosions dans le Sahara

    Le 13 février 1960, la France effectua son premier essai nucléaire à Reggane, une ville-oasis du sud de l’Algérie. La guerre d’Algérie sévissait depuis 1954 et le président français Charles de Gaulle tenait à montrer au monde entier que la France avait sa place à la table des puissances militaires.

    C’était pour servir cet objectif que la première bombe atomique française, baptisée « Gerboise bleue » en référence au bleu du drapeau tricolore et au nom d’un petit animal du Sahara, explosa dans le désert algérien. Elle libéra une quantité d’énergie quatre fois supérieure à celle de la bombe américaine larguée à Hiroshima.

    Quelques mois plus tard, alors que le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev était en France pour une visite officielle, une deuxième bombe française explosa dans le Sahara.

    Entre 1960 et 1966, soit quatre ans après l’indépendance de l’Algérie, la France a fait exploser dix-sept bombes dans le Sahara, dont quatre dans l’atmosphère près de Reggane. Les témoins de ces essais les ont décrits comme la chose la plus brutale qu’ils aient jamais vue de leur vie.

    Quatre essais souterrains dans le Sahara algérien « n’ont pas été totalement contenus ou confinés », souligne un rapport parlementaire français.

    Le plus célèbre de ces cas est l’accident Béryl, au cours duquel neuf soldats et plusieurs villageois touaregs furent lourdement irradiés.

    L’impact du programme d’essais nucléaires français en Algérie fut immédiat et est toujours d’actualité.

    Après la première explosion en 1960, des retombées radioactives arrivèrent jusqu’au Ghana, alors indépendant depuis peu, ainsi qu’au Nigeria, qui vivait ses derniers jours en tant que colonie britannique.

    Des documents secret-défense cités par Le Parisien en 2014 ont révélé que des zones beaucoup plus importantes que ce qui avait été avancé par le gouvernement avaient été touchées.

    En réalité, contrairement aux affirmations de Paris, les radiations de la première bombe avaient couvert à elles seules une région qui s’étendait de l’Algérie au Nigeria en passant par la Libye, la Mauritanie ou encore le Mali. L’impact toucha même l’Espagne et l’Italie.

    Selon une carte militaire française, le sud de la Libye – et le Fezzan en particulier – furent durement touchés, puisque des vents d’ouest transportèrent un nuage nucléaire depuis les sites d’essai d’In Ekker en Algérie jusqu’au Fezzan.

    Un grain de sable retient des radiations pendant une période estimée à 24 000 ans. Les habitants du désert affirment qu’une de leurs revendications majeures – que la zone soit débarrassée des résidus de surface restants et que les endroits où sont enterrés les déchets nucléaires soient dévoilés – est complètement ignorée par la France.

    Un ciel orangé

    Le 20 février 2021, des sables sahariens venus d’Algérie ont balayé la Méditerranée. Le ciel est devenu orange. Le sable a apporté des niveaux inhabituellement élevés de radiations.  

    En Algérie, des études menées au fil des ans à proximité des sites d’essais ont révélé que la population locale continue de subir les répercussions de ces expériences, avec des malformations congénitales et des maladies graves « transmises de génération en génération, outre de nombreux types de cancer ».

    Entre 27 000 et 60 000 Algériens ont été affectés par des niveaux inhabituels de radiations, selon Abdel-Kadhim al-Aboudi, un professeur algérien de physique nucléaire à l’université d’Oran décédé en 2021.

    Les chercheurs qui s’intéressent à l’impact des essais ont été confrontés à des obstructions de toutes sortes : les autorités françaises, libyennes et algériennes sont toutes soupçonnées de bloquer les enquêtes

    De l’autre côté de la frontière, dans le Sahara libyen, l’impact des essais nucléaires français est moins bien documenté. Les chercheurs qui s’intéressent à l’impact des essais ont été confrontés à des obstructions de toutes sortes : les autorités françaises, libyennes et algériennes sont toutes soupçonnées de bloquer les enquêtes.

    Les entretiens avec la population locale et les informations officielles confiées à MEE montrent cependant que des milliers de personnes dans le Fezzan subissent encore les répercussions des essais français effectués dans les années 1960.  

    « Il est nécessaire de faire des recherches et d’enquêter sur les préjudices subis par les habitants du Fezzan à la suite de ces tests », affirme à MEE Mohammed Salih, 55 ans, enseignant dans le village de Wadi Atba. Il raconte que l’année 1960 a également porté le nom d’« année de la surprise » et que des personnes et des maisons furent enfouis à la suite de ces essais.

    « La situation dure depuis longtemps et laisse encore des traces aujourd’hui, explique-t-il. Les gens souffrent. » 

    Saada Jibril, 70 ans, un agriculteur du village de Ghaddwah, raconte qu’en 1960, des pluies acides causèrent la mort de dromadaires et frappèrent la population « d’une fièvre qui a tué des familles entières ».

    L’une des victimes fut son grand-père, qui mourut deux jours après être entré dans un état fiévreux. « J’étais enfant, mais je me souviens encore de ces moments douloureux », confie-t-il à MEE.

    « La douleur est toujours présente », affirme à MEE Mohammed Nasr, originaire du Fezzan. « On voit encore apparaître dans le Fezzan des centaines de personnes atteintes d’un cancer dont la cause est inconnue. Il ne se passe pas un jour sans que l’on enterre des personnes mortes d’un cancer. »

    Mohammed Nasr évoque également les faibles taux de fécondité enregistrés chez les générations qui se succèdent depuis les essais nucléaires. Selon lui, cela est dû en partie au fait que « les fortes pluies constituent la seule source d’eau souterraine dans le Fezzan en raison de sa rareté. Et la source provient du désert algérien, ce qui renforce l’hypothèse de déchets nucléaires enfouis. »

    Les recherches montrent que les essais ont entraîné la contamination des eaux souterraines et la présence de radioactivité dans celles-ci.

    D’après l’Union libyenne contre le cancer, le nombre de cas dans le sud du pays est élevé, notamment pour le cancer du poumon.

    En dépit de l’absence de statistiques précises concernant le nombre de personnes atteintes de cancer en Libye, Omar Ali, consultant en oncologie, souligne que « le nombre est énorme ». « Cela s’explique par la pollution de l’eau et de l’air par les explosions nucléaires », explique-t-il à MEE.

    L’impact des explosions nucléaires se manifeste généralement en deux temps : en premier lieu surviennent les maladies de la peau et les allergies. On retrouve dans un deuxième temps des tumeurs cancéreuses qui touchent de nombreuses personnes dans le désert libyen.

    Un cruel coup du sort

    Dans le cadre de ses recherches pour son livre, Abed Alfitory a cherché à recueillir des témoignages oraux dans le Fezzan, en s’adressant notamment aux anciens et en échangeant avec le professeur al-Aboudi.

    Abdel-Kadhim al-Aboudi a écrit au sujet des effets à long terme des détonations nucléaires, notamment les tumeurs et les anomalies congénitales.

    Par un cruel coup du sort, Abed Alfitory, qui a tant œuvré à rendre compte de la douleur des habitants du Fezzan et qui a vu son père mourir à cause des essais nucléaires, souffre aujourd’hui d’une tumeur cancéreuse.

    Ses yeux se remplissent de tristesse lorsqu’il se confie à ce sujet à MEE.

    « Hier, mon père a perdu la vue, ce qui fut pour moi un grand malheur. Aujourd’hui, la même cause m’empêche de me déplacer. Combien de maux attendent les générations futures ? » 

    En fin de compte, il ne lui reste que les souvenirs durables du père qu’il aimait tant. « La lumière qui émane de la bonté de sa mémoire me réchauffe encore », confie-t-il à MEE.

    « Je suis encore comme j’étais avant de m’endormir. Entre l’aube et le crépuscule, je ferme les yeux et je lui parle. Il y a des choses que l’on ne peut voir que dans l’obscurité. J’entends encore le murmure de son souvenir : ses derniers mots alors qu’il était sur son lit de mort, le moment des adieux, la difficulté de perdre un père. »

    SOURCE : Essais nucléaires français au Sahara : pour les habitants du sud-ouest libyen, les retombées radioactives continuent à tuer | Middle East Eye édition française

    Patrice Bouveret : « Il y a un déni en France

    sur l’affaire des essais nucléaires dans le

    Sahara algérien »

    Le directeur de l’Observatoire des armements regrette l’absence de volonté politique en France pour régler le contentieux des expériences atomiques des années 60, et notamment le verrouillage des archives qui permettraient d’identifier les zones contaminées mettant en danger la santé des Algériens 

      Essais nucléaires français au Sahara : pour  les habitants du sud-ouest libyen, les retombées radioactives continuent à tuer

    Photo prise à Reggane, dans le Sahara algérien, en décembre 1960 : le général Jean Thiry décrit aux journalistes l’explosion, le 27 décembre 1960, de la troisième bombe atomique française lors de l’opération dite « Gerboise rouge » (AFP)

    Entre 1960 et 1966, l’armée française a conduit dix-sept expériences nucléaires, aériennes et souterraines, dans le Sahara algérien. Ces essais, réalisés d’abord sous la présidence du général Charles de Gaulle, ont permis à la France de devenir la quatrième puissance nucléaire mondiale. 

    Mais en même temps, ils ont entraîné une importante pollution radioactive, induite en partie par les tonnes de déchets laissés sur les lieux des explosions. 

    L’État français, qui n’a jamais reconnu sa responsabilité dans cette affaire, refuse toujours de publier les archives sur les essais. 

    En sa qualité d’expert dans le nucléaire, Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, membre de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) qui a reçu le prix Nobel de la paix 2017, milite depuis plusieurs années pour la mise en place d’une coopération étroite entre la France et l’Algérie afin de nettoyer et réhabiliter les zones irradiées. 

    Middle East Eye : Le ministre algérien des Moudjahidine (anciens combattants de la guerre d’indépendance) a révélé dernièrement que la France refusait encore de remettre à l’Algérie les relevés topographiques de ses essais nucléaires dans le Sahara entre 1960 et 1966 et qu’elle continuait à traiter ce dossier « dans le plus grand secret ». Ceci vous étonne-t-il ? 

    Patrice Bouveret : Non. Cela ne m’étonne pas du tout. Le traitement de cette affaire est très lent et manque cruellement de transparence. 

    La dix-septième réunion du comité mixte franco-algérien sur la réhabilitation des anciens sites des essais nucléaires s’est tenue à la fin du mois de mai dernier, pendant deux jours. Mais on ne connaît toujours pas ce qui a été convenu. Après dix-sept réunions, les deux parties auraient dû théoriquement avancer. Or, ce n’est visiblement pas le cas. 

    Le traitement de cette affaire est très lent et manque

    cruellement de transparence

    La demande de l’Algérie est pourtant simple. Elle concerne l’ouverture et la transmission par la France des archives sur les zones où les déchets nucléaires ont été enfouis. Il s’agit aussi de procéder conjointement à l’identification des zones impactées par la radioactivité et au traitement des déchets. 

    Le blocage des pourparlers autour de ces questions techniques démontre l’absence de volonté politique en France sur la question des essais nucléaires en Algérie.  

    MEE : À quoi est due, selon vous, cette absence de volonté politique alors qu’officiellement, la France, par la voix de son président Emmanuel Macron, prône le règlement des questions de contentieux mémoriel avec l’Algérie ? 

    PB : La position de la France concernant l’Algérie est en effet très contradictoire. Elle l’est davantage concernant le dossier des essais nucléaires. On pourrait se demander par exemple pourquoi l’État français, sous la présidence de François Hollande [2012-2017] et maintenant avec Macron, s’engage à assumer les conséquences de ses expériences atomiques en Polynésie mais pas en Algérie. 

    Le seul discours dont on dispose est celui des autorités algériennes, qui ont indiqué à plusieurs occasions que la France bloquait les négociations. À aucun moment, les responsables français ne se sont exprimés. Il y a un déni en France sur l’affaire des expériences nucléaires dans le Sahara. 

    Le changement du personnel politique en France a pourtant vocation à faciliter le traitement du dossier. Les responsables d’aujourd’hui ne sont pas ceux qui avaient organisé les expériences. On peut comprendre qu’à l’époque, les personnes qui avaient pris les décisions avaient du mal à reconnaître leur responsabilité dans la mise en danger de la vie des populations. 

    Mais nous ne sommes plus dans ce cas de figure. Les générations au pouvoir se sont renouvelées et il n’y plus aucune raison justifiant les blocages de la part des autorités françaises. À moins qu’il y ait d’autres secrets que l’État français ne veut pas rendre publics ou tout simplement parce qu’il ne veut pas assumer sa responsabilité en tant qu’autorité politique dans la mise en danger de la vie d’autrui. 

    En tout cas, le blocage des négociations sur le dossier des essais nucléaires risque d’empoisonner les relations entre l’Algérie et la France alors que cette dernière ne cesse d’exprimer sa volonté de construire des rapports apaisés. 

    MEE : L’un des blocages les plus importants correspond à la difficulté d’accès aux archives militaires sur les essais.  

    PB : Les archives françaises sur le nucléaire font l’objet d’un double verrouillage. Le code du patrimoine de 2008 a créé une catégorie d’archives incommunicables dans la durée et qui concernent toutes les armes de destruction massive, dont les armes nucléaires. 

    Tout récemment, le Parlement a voté une loi sur l’anti-terrorisme et le renseignement qui confirme le verrouillage des archives classées secret défense. Cette loi octroie aux autorités militaires un droit de veto sur la communication des documents concernant par exemple les retombées des essais nucléaires dans le désert algérien, c’est-à-dire la quantité de radioactivité diffusée dans les sites des essais et sur les déchets enterrés sur place, comme les véhicules utilisés pour tester leur capacité de résistance à la radioactivité. 

    D’autres déchets de très haute activité se trouvent dans les galeries souterraines qui avaient été creusées dans la montagne de Tan Afella, dans le Hoggar. Ces derniers peuvent rester polluants pendant des dizaines de milliers d’années en contaminant la chaîne alimentaire et les nappes phréatiques.  

    MEE : La France est-elle dans l’obligation légale de nettoyer les sites contaminés? 

    PB : D’un point de vue juridique, la France n’est engagée par aucun traité l’obligeant à nettoyer les sites des expériences. Le traité d’interdiction des essais nucléaires qu’elle a signé et ratifié ne prévoyait pas, au moment de sa conclusion en 1996, le nettoyage des sites contaminés et la prise en charge des populations irradiées. 

    Ces clauses n’y ont été incluses qu’en 2017, après la renégociation du traité à la demande de certains États comme l’Algérie. Mais la France ne les a pas approuvées. 

    Il faut savoir par ailleurs que les accords d’Évian en 1962 [sur l’indépendance de l’Algérie], qui ont permis à la France de poursuivre ses essais nucléaires en Algérie jusqu’en 1966, ne prévoyaient pas d’engagement français sur la réhabilitation des sites utilisés pour les expériences.

    MEE : Les populations irradiées du Sahara ont-elles toutefois la possibilité de poursuivre l’État français en justice ? 

    PB : C’est possible sur le plan sanitaire puisque la loi Morin, entrée en vigueur en 2010, prévoit que toute personne victime peut demander une indemnisation si elle répond à trois critères : avoir séjourné dans les zones contaminées (1) pendant la période des essais (2) et avoir une maladie répertoriée comme radio-induite (3). 

    Or depuis 2010, 53 dossiers uniquement ont été déposés par des Algériens et un seul d’entre eux a été indemnisé. Le nombre réduit de demandes s’explique par un tas de raisons. 

    Les victimes ne connaissent pas nécessairement l’existence de la loi sur les indemnisations. Il n’y a pas eu de missions de sensibilisation et d’accompagnement des victimes sur le plan juridique.

    MEE : Pourquoi les autorités algériennes ne se sont-elles pas emparées de la loi Morin pour aider les populations irradiées à faire des demandes d’indemnisation ? 

    PB : Les autorités algériennes ont déclaré ne pas être en faveur d’indemnisations individuelles au cas par cas mais plutôt pour une prise en charge collective des problèmes de santé induits par les essais. 

    [Les autorités algériennes] avaient sans doute peur que les populations leur reprochent d’avoir autorisé la poursuite des essais même si elles y étaient obligées compte tenu du rapport de force encore largement favorable à la France

    Les demandes pourraient concerner, par exemple, la fourniture par la France de matériel médical et l’aide à la construction de services de santé spécifiques pour soigner les maladies radio-induites. 

    MEE : Depuis quelques années, l’affaire des essais nucléaires français dans le Sahara est mise en avant par les responsables politiques algériens. Ce qui n’était pas le cas auparavant. Quelle en est la raison ? 

    PB : Sur les dix-sept essais dans le Sahara, onze ont été réalisés après l’indépendance de l’Algérie avec l’accord des autorités algériennes. Leur implication explique un peu pourquoi elles ont gardé le silence pendant longtemps. 

    Elles avaient sans doute peur que les populations leur reprochent d’avoir autorisé la poursuite des essais même si elles y étaient obligées compte tenu du rapport de force encore largement favorable à la France, à l’époque de l’indépendance de l’Algérie.

    MEE : Des particules de radioactivité sont tombées en France après le passage d’un nuage de sable provenant du Sahara en février 2022. Malgré cela, le sujet sur les essais nucléaires en Algérie reste marginal. Qu’en pensez-vous? 

    PB : Des nuages de sable arrivent régulièrement en France. Mais c’est la première fois qu’un laboratoire indépendant a analysé les particules et communiqué sur leur contenu radioactif. 

      Essais nucléaires français au Sahara : pour  les habitants du sud-ouest libyen, les retombées radioactives continuent à tuer

    Tempête de sable du Sahara à Quiberon, dans l’est de la France, le 16 octobre 2017 : le cumul de ces éléments dans le corps humain peut à la longue entraîner des maladies (AFP/Loïc Venance)

    Sur le plan officiel, on a minimisé les risques en indiquant que les particules avaient une très faible radioactivité et ne représentaient aucun danger sur la santé. Or, le cumul de ces éléments dans le corps humain et celui des animaux peut à la longue entraîner des maladies. Que dire alors des populations qui vivent tous les jours au contact du sable radioactif ?

    MEE : Dans une étude intitulée « Sous le sable, la radioactivité », réalisée en 2020 avec Jean-Marie Collin, expert international dans le nucléaire, vous dressez un inventaire de tous les déchets radioactifs dans le Sahara. À quel point sont-ils dangereux pour les populations locales ? 

    PB : Ces déchets qu’on a pu recenser à partir de quelques archives déclassifiées et de documents conservés par des personnes ayant participé aux essais comportent une série d’objets et de matériels très nocifs. Cela va de tournevis à des morceaux d’avions et de véhicules, en passant par des boîtes à outils complètes et des kilomètres de fil de cuivre. 

    Le gros problème de ces matériaux est qu’ils ont été disséminés dans des zones non balisées et sans que la population ne soit informée du danger qu’ils représentent. Certains ont été récupérés et utilisés par des personnes inconscientes de leur nocivité.

    SOURCE : Patrice Bouveret : « Il y a un déni en France sur l’affaire des essais nucléaires dans le Sahara algérien » | Middle East Eye édition française 

     


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    date du 16 novembre 2013 :

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    « La tournée des popotes d’Eddy Mitchell » un article d’Agathe Logeart *** En mémoire en tant qu'appelé pendant la guerre d'Algérie, Eddy crée la chanson "Soixante-soixante-deux" 

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    « Sujet : "1962 tournée en Algérie EDDY MITCHEL" envoyé par Bulard Jacky

    (marie-claude.bulard@orange.fr) le vendredi 03 février 2023.

    Bonjour,

    En juillet 1962 je me suis retrouvé en Algérie dans les armes du train et j’ai, au niveau sécurité, accompagné EDDY MITCHEL DANS UN CAR POUR UN CONCERT PRES D’ALGER DE MéMOIRE A BOUIRA ET IL ME SEMBLE QU’IL Y AVAIT ANNIE PATISON. JE CHERCHE A LE CONTACTER ET LUI ECRIRE. J’AI TENTé DE LE VOIR EN TOURNéE à L’éPOQUE à TROYES MAIS J’AI ECHOUé. SI VOUS AVEZ L’INFORMATION POUR LE CONTACTER je vous dit « GRAND MERCI ».

    JACKY BULARD AVANT DE LE RETROUVER PEUT-ETRE LA-HAUT, LA 62 2 A 80 ANS ».

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    « La tournée des popotes d’Eddy Mitchell » un article d’Agathe Logeart *** En mémoire en tant qu'appelé pendant la guerre d'Algérie, Eddy crée la chanson "Soixante-soixante-deux" 

    16 Novembre 2013

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    En 1962, l’appelé Claude Moine (Eddy Mitchell) a lui aussi servi en Algérie : en chantant pour les appelés, qui avaient le moral dans les chaussettes.

    C’est toujours le même cauchemar. Quel que soit l’endroit du monde où il se trouve, on frappe à la porte. C’est un soldat. Il regarde un bout de papier. Il lit son nom. Et lui dit qu’il faut y retourner. Et là Eddy Mitchell devient fou. Il ne veut pas. Non, c’est non. Il se réveille. C’est un cauchemar. Son cauchemar.
    Il lui a fallu vingt-cinq ans pour, un jour dans un coin de studio, mettre enfin des mots sur la mélodie qui a su porter ses souvenirs. La chanson s’appelle

    «Soixante, soixante-deux» :

    Tous dans l'même bâteau
    Je préfère les naufrageurs
    L'Algérie c'est beau
    Oui mais vue du Sacré Coeur
    Soixante, soixante-deux
    Quelque part ça m'fait peur… (La chanson complète à la fin, avec la vidéo…)

    Oui, peur. L’Algérie, quand on a commencé à en parler, il savait à peine où c’était, lui le môme de Belleville qui habitait précisément boulevard d’Algérie, à la lisière des fortifs. Il était Chaussette Noire, lui. Banane et gomina. Twist à Saint-Tropez, bottes souples à bout carré et dactylo rock, s’il vous plaît.
    Quand l’armée l’a rattrapé, elle s’est dit qu’elle faisait une bonne affaire. D’accord, il a mis le chambard le temps de ses classes à Montlhéry. Incapable d’apprendre à conduire, il a bousillé une Jeep et un camion. Il a menacé de faire un procès si sa femme le quittait pour cause de boule à zéro. Mais Eddy était une star. Une idée loufoque a alors germé dans la tête d’un fonctionnaire du ministère : puisque Claude Moine, dit Eddy Mitchell, devait – comme tout le monde – partir en Algérie, autant que cela serve à quelque chose. Il irait donc chanter pour la troupe, histoire de remonter un moral passablement déclinant après huit ans de guerre. Pas de discussion: c’est ça ou la taule.
    Alors va pour le théâtre aux armées…
    Mais, attention ! M. Eddy n’aime pas qu’on lui force la main et il a une franche détestation de tout ce qui est militaire. Il voulait bien chanter mais à ses conditions: pas question de se couper les cheveux. Ni de manger à la table des officiers. Ni de dormir à la caserne. Ni de se priver de la présence de sa femme. Pour le reste, s’ils voulaient qu’il chante, eh bien il chanterait. L’armée s’est même offert une semaine de Chaussettes Noires à l’Olympia avant le départ. Et a encaissé la recette pour ses bonnes œuvres.
    L’Algérie, Eddy Mitchell connaissait déjà. Il y avait fait une tournée en 1961. Alger, Tiaret… Pas que de bons souvenirs. A Oran, le gala au théâtre de verdure avait dû être annulé : l’OAS menaçait de mettre une bombe ; il n’était pas question qu’Arabes et «Européens» puissent assister ensemble au spectacle. Dans une rue, un jour, il avait vu de jeunes «Européens» courser de jeunes Arabes avec une lanière de cuir et une pierre au bout. La veille, un pied-noir aurait été égorgé. En représailles, deux Arabes auraient été balancés dans le port.

    Eddy a commencé à comprendre pourquoi son copain Michel, revenu de vingt-huit mois de service militaire, se jetait par terre chaque fois qu’un pot d’échappement faisait trop de bruit. Maintenant, ça le faisait moins rigoler.
    Il savait bien qu’en Algérie les gens ne s’embrassaient pas sur la bouche. Mais il pensait que ça se passait loin. Dans le bled. Alors il y est retourné chanter. En emmerdant les officiers le plus possible. Il les traitait de cons, leur disait que s’ils n’étaient pas contents il ne chanterait pas. Il jouait au sale gosse. Comme pour se venger des récits hargneux de ceux qui, à leur vingtième bière, se vantaient d’avoir massacré les Arabes qui leur étaient tombés entre les mains. Il tentait de chasser les vilaines images. Il se disait que, comme tous les mômes, il ne comprenait rien. Qu’il y avait des gens formidables des deux côtés et qu’ils devraient arriver à s’entendre.
    Il a chanté donc. Et puis il est rentré en France. Et son cauchemar a commencé. Soixante, soixante-deux, y’avait pas que des rockers…


    Avant-première/Eddy Mitchell : "La France doit des excuses à l'Algérie" - Regardez :

    15 Novembre 2013

    Demain 16 novembre 2013, à 12h10, Canal + diffusera "Clique". Mouloud Achour recevra la chanteuse Christine&The Queens, Snoop Dogg et Dam Funk en interview exclusive depuis Amsterdam, et Eddy Mitchell.

    Ce dernier est revenu sur la guerre d'Algérie. "J'ai vu des choses en tant que civil quand j'ai été chanté là-bas. J'ai vu des choses absolument sordides. A Oran, il y avait une grande promenade. Des Européens jetaient des Arabes comme ça par-dessus la jetée. On se demandait pourquoi ? La veille, il y avait eu deux petits Européens qui avaient été égorgés par des Arabes".

    Et d'ajouter : "La France doit des excuses à l'Algérie. La France a été un pays colonial. Qui dit colonisé, dit esclavage".

    Enfant de la guerre d’Algérie, il avoue être « antigaulliste total et convaincu », lui reproche d’avoir été « ramené au pouvoir par les partisans de l’Algérie française qu’il va trahir au nom de la raison d’État… » Et ces quelques tristes considérations, modestes et distanciées, comme toujours chez lui : « Cette guerre d’Algérie, dont nous n’avons toujours pas achevé le droit d’inventaire, a été terriblement marquante pour moi. Parce que probablement j’y ai échappé de peu et que nous regardions des mômes partir se faire tuer au nom de l’Algérie française, alors même que nous savions qu’elle ne pouvait plus l’être. » 

     

     

     

    Non Eddy !!!

    La France ne doit pas s’excuser…

    Elle doit reconnaître officiellement

    tous ses crimes d’Etat

    Ses crimes de guerre

    Son crime contre l’humanité

     

     


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    Obsèques de notre camarade Pierre Escande

     

    Obsèques de notre camarade Pierre Escande

    Pierre Escande en 2017

     

    Obsèques de notre camarade Pierre Escande

     

    Une vue de l’assistance

    Photo Marianne Perrot

     

    Elles se sont déroulées comme prévu mercredi 1er février dans le cimetière de Murviel-les-Béziers. Une foule très nombreuse y a participé. Dans un espace central de la nécropole, le cercueil de Pierre, recouvert du drapeau de la fédération départementale du PCF et d’un drapeau occitan, reposait sur des tréteaux.

    De nombreux intervenants, famille ou associations diverses ont été entendus. Elles retraçaient la vie de notre camarade qui, c’était perceptible, jouissait d’une grande popularité dans ce village viticole occitan.

    Avec Pierre disparait sans doute tout un monde rural tel que nous l’avons connu. Cela a dû renforcer de manière peut-être inconsciente toute l’émotion qui a pu e dégager de la cérémonie.

    Pierre était en effet un viticulteur qui avait réussi une belle carrière professionnelle. C’est qu’il était vaillant et particulièrement efficace. Il était aussi pleinement intégré à la vie de Murviel ayant pris des responsabilités dans diverses organisation

    Paul Barbazange, secrétaire de la section de Béziers du parti communiste, a fort justement noté que notre camarade nous quitte dans un contexte caractérisé par un mouvement social d’une ampleur inégalée. Le parti politique dont il a été membre toute son existence a certainement un rôle irremplaçable à jouer pour proposer une rupture franche et décisive afin que notre société trouve une logique de fonctionnement qui permette de satisfaire les revendications de notre temps.

    Et c’est bien vrai que la réponse aux problèmes actuels se heurte aux limites historiques d’un système en fin de vie.

    Pierre aurait certainement été satisfait du déroulement de cette cérémonie et de l’intervention qui l’a clôturée. Une autre page s’ouvre pour ceux qui sont encore sur la brèche.

    Jacques CROS

    Obsèques de notre camarade Pierre Escande

    Vous l'aurez compris Pierre Escande était un proche de notre camarade Jacques Cros, à ses obsèques hier, Jacques a fait un malaise et il est tombé, il écrit "Je sentais mes jambes qui ne pouvaient plus me porter et quand je suis tombé j'ai eu un sentiment de soulagement ! Sans doute avais-je trop présumé de mes forces après la manifestation de la veille". Mais enfin si les jambes flanchent la tête continue pour l'heure à fonctionner. 

    Merci Jacques de nous avoir rassuré.

    Michel Dandelot

    Voici l’allocution que Jacques Cros avait prévu de lire

    mais il en a été empêché

    Obsèques de notre camarade Pierre Escande

    Allocution pour Pierre Escande

    Il était dans sa 88ème année et depuis le mois d’août dernier il était résident de la maison de retraite Les Tilleuls à Murviel-les-Béziers. C’était une figure du village où ses parents étaient arrivés après avoir quitté le hameau d’Escande situé sur la commune de Lacaune.

    Lui-même était resté à La Salvetat-sur-Agout élevé jusqu’à une dizaine d’années par un oncle et une tante qui géraient la ferme de Caumézelles qui était celle de ses grands-parents maternels. Il avait une maison de famille au Chazel, plus exactement à Bonneval où il en avait fait construire une seconde.

    C’était là haut qu’étaient ses origines même s’il s’était investi pleinement à Murviel où il avait réussi une belle carrière de viticulteur. J’avais avec lui des relations privilégiées qui tenaient à nos origines sociales assez semblables au fait que nous étions tous les deux des anciens d’Algérie et que nous avions le même engagement au servie de la paix de la démocratie et du progrès social.

    De ce point de vue Pierre a été l’archétype du militant en milieu rural. Il était membre de diverses associations, coopérative, sportive, musicale… Il était adhérent de la société de chasse, responsable de la FCPE, membre de la FNACA… Il a été élu conseiller municipal effectuant deux mandats. On l’a connu au MODEF, ce syndicat agricole des exploitants familiaux. Le tout couronné par le fait qu’il était au Parti Communiste.

    J’ai eu l’occasion de participer avec lui à diverses actions, celle concernant l’ouverture d’une classe à l’école de Murviel, contre l’extension des gravières Castille ou du changement de nom de la rue du 19 mars 1962 à Béziers. Je le retrouvais aux réunions du bureau de la section du PCF de l’Ouest Biterrois.

    Il avait réussi une opération remarquable avec la réalisation de son livre autobiographique « Pierretou, enfant de la terre ». Une initiative qui avait connu un franc succès auprès des Murviellois ou des habitants de La Salvetat ainsi que de diverses connaissances.

    J’ai le souvenir aussi d’avoir rendu compte de la démonstration du conditionnement des olives qu’il avait faite à la Maison des Tilleuls. Il avait une passion pour les olives, comme d’ailleurs pour son muscat ou les asperges sauvages.

    Il était d’un naturel généreux et serviable. Des qualités qui je pense lui étaient unanimement reconnues.

    N’oublions pas de mentionner l’activité qu’il avait eue pour restaurer l’église et le cimetière de Bonneval. C’est tout un chapitre de sa période de retraité qui faisait déjà partie de ses vacances qu’il passait systématiquement là haut.

    Il avait survécu une dizaine d’années à la disparition de son épouse. Il avait surmonté cette épreuve qui avait commencé avec la maladie de celle-ci. Cet été un AVC avait eu raison de sa robustesse. Il en était resté très dépendant mais quand je lui avais rendu visite au mois d’août il m’avait paru s’adapter à la situation que l’âge er son état de santé lui imposaient.

    Et puis ayant des difficultés à l’entendre j’avais renoncé à l’appeler mais je m’attendais au dénouement.

    A tous ceux que ce deuil afflige nous présentons nos condoléances. Nous restons sereins, sa vie ayant été bien remplie, pratiquement jusqu’à la fin. Oui Pierre, ainsi que tu l’avais annoncé sur un ton moqueur ton dernier voyage t’aura conduit des Tilleuls aux cyprès.

    Tu nous quittes alors que le parti dont tu as été membre jusqu’à la fin de ton existence est en ordre de marche avec son 39ème congrès pour affronter cette rupture nécessaire, franche et décisive avec une logique de fonctionnement de notre société à bout de souffle. Une situation que met en évidence le mouvement social de grande ampleur auquel nous assistons.

    Sois tranquille, nous ferons ce qui est en notre pouvoir pour mener à bien la tâche qui nous incombe faite de modestie et visant au rassemblement de toutes les victimes d’un système qui se heurte à ses limites historiques.

    Un simple mot pour terminer. Je suis en effet chargé par une camarade de Villeurbanne que nous avions accueillie il y a trois ans de te transmettre son message : « Mireille te dit adieu, elle t’aimait bien. ». Voilà, ma mission est accomplie.

    Jacques Cros 

     

    Nous étions en 2017 et j'avais mis en ligne cet article concernant Pierre Escande

    Pierre Escande a présenté son livre

    à la médiathèque de Murviel-lès-Béziers

    Le 15 novembre, Pierre Escande était invité par les Amis de la médiathèque à présenter son livre.

    Un ouvrage autobiographique intitulé Pierretou, enfant de la terre, qui évoque son enfance, la guerre d'Algérie, son combat de vigneron syndicalisé, son engagement citoyen entre autres. Avec beaucoup d'humilité, face à une assistance venue nombreuse pour l'écouter, plus de 50 personnes, il a expliqué le pourquoi de ce livre : "La nécessité de raconter à sa descendance son parcours afin qu'elle connaisse son histoire".

    Une tranche de vie qui traverse également l'histoire avec un grand H, car comme il le dit, en une génération, l'évolution technologique a fait un bond immense. Ses nombreux écrits étaient consignés dans un cahier d'écolier et c'est Delphine Laurent, qui travaille à la médiathèque de Béziers et pratique des ateliers écriture, qui l'a accompagné pour la structuration de son récit, et André Pons, en a réalisé la préface. Pierre Escande, figure locale incontournable, unanimement appréciée, livre ainsi son amour de la terre et des autres, un témoignage d'une époque, en résumé une mémoire vivante qui fait du bien.

    SOURCE : http://www.midilibre.fr/2017/11/29/pierre-escande-a-presente-son-livre-a-la-mediatheque,1595729.php 

     

     

    Le témoignage de Jacques Cros

    « Pierretou, enfant de la terre »

    SOURCE : http://cessenon.centerblog.net/6572083-Pierretou--enfant-de-la-terre 

    Il s’agit du livre écrit par Pierre Escande. Je viens d’en achever la lecture. Pierretou c’est le diminutif que lui donnait sa grand-mère maternelle quand il était enfant. Je connais bien Pierre et je savais à peu près tout ce qu’il a écrit dans ce livre qui est un peu sa biographie.

    Nous avons des points communs et en même temps des différences. Pierre a cinq ans de plus que moi et il a passé son enfance à La Salvetat sur Agout. Il a ensuite vécu à Murviel-les-Béziers, un village viticole du Biterrois qui ressemble davantage à celui de Cessenon.

    Ce qui nous a je pense rapprochés c’est que nous sommes l’un et l’autre des anciens d’Algérie. Ceci étant nous n’avons pas vécu les mêmes choses. Nous n’étions ni au même endroit, ni au même moment. De plus Pierre était sous-officier ce qui lui a conféré des possibilités d’action que je n’ai jamais eues. Par exemple la fois où il a refusé de hisser les couleurs en réponse aux exactions dont il avait été témoin !

    Pierre a eu un itinéraire singulier. Ses parents étaient descendus au pays bas, à Murviel plus précisément, il a été élevé pendant ses premières années par une sœur et un frère de sa mère. Le descriptif de son environnement, la ferme de Caumezelles, l’église de Bonneval, l’école d’Escande… ne manque pas de saveur.

    J’ai assez bien connu son épouse. C’était une belle femme mais la maladie l’avait diminuée dans ses dernières années. Pierre avait dû s’organiser pour gérer le quotidien puis sa situation de veuf. On ne choisit pas !

    J’ai retrouvé dans le livre sa passion pour la viticulture, activité économique dans laquelle il avait réussi. Je le savais impliqué dans les activités sociales de Murviel, que ce soit au Réveil murviellois, à la société de chasse, au rugby, aux parents d’élèves ou dans le registre coopératif, notamment à la cave de vinification ou à la distillerie. Il était engagé dans le syndicalisme agricole, au sein du MODEF plus précisément. Il a complété cet engagement par son adhésion, au parti communiste.

    Cela ne l’a pas empêché de s’occuper de la remise en état de l’église de Bonneval ainsi que du cimetière attenant. J’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de voir Pierre dans l’univers qui a été le sien jusqu’à ce qu’il rejoigne ses parents à Murviel.

    La préface d’André Pons, comme le livre d’ailleurs, rend compte d’un trait de caractère de Pierre unanimement reconnu. Il est serviable, généreux et jouit d’une forte popularité dans son village. C’est bien que sa vie nous ait ainsi été racontée, avec l’évolution des mentalités et des techniques qui l’ont accompagnée, mettant en cause les équilibres  écologiques dont il a fait état.

    Jacques CROS 

     

     

    A l’approche du 5 décembre 2017

    La date des partisans de l'empire

    des partisans du colonialisme

    des partisans de l'ancien temps

    des nostalgiques de l'oas

    des nostalgiques des putschistes

    du 21 avril 1961

    des nostalgiques de l'algérie

    française

     

    Pierre Escande a présenté son livre  à la médiathèque de Murviel-lès-Béziers

    Un témoignage de Pierre Escande

     

    imagerespect.jpg

     

    Pour le respect de la légalité

    républicaine  

     

    Non sans mal les anciens combattants d’Afrique du Nord  ont obtenu que la commémoration de la fin de cette guerre anachronique qu’a été la guerre d’Algérie ait lieu le 19 mars, jour d’application du cessez-le-feu convenu la veille avec la signature des Accords d’Evian. 

    Ce jour-là c’était une phase de paix qui succédait à une période de guerre qui ne voulait pas encore dire son nom. Ceux qui avaient subi cette guerre ne pouvaient que se réjouir de cette évolution des choses. Il faut ajouter que c’est à la fin d’un système, le colonialisme, qu’on assistait. 

    Résultat de différents facteurs, et en particulier de l’évolution des consciences, le Parlement a par la loi du 6 décembre 2012 ratifié le 19 mars comme date de la journée commémorative de la fin des combats en Afrique du Nord. 

    Cette décision n’a pas plu à tout le monde et certains, partisans de l’Algérie française, ont exprimé leur désaccord pour célébrer ce jour-là la fin de la guerre. On a même vu des élus, cela a été le cas à Béziers et à Sète, des élus refuser de participer à des obligations qui résultaient de leurs fonctions et de la législation en vigueur. Ils ne participent pas aux cérémonies du 19 mars et mettent les drapeaux en berne. 

    Ils se sont abrités derrière le maintien de la journée du 5 décembre que la loi du 6 décembre 2012 rend caduque. Il faut dire que le législateur a laissé les choses en suspens à ce niveau et n’a pas supprimé comme cela allait de soi, cette autre journée commémorative. 

    Il reste deux exigences : la première c’est l’annulation pure et simple des dispositions concernant la date du 5 décembre, la seconde c’est le rappel à l’ordre des élus qui n’ont pas respecté les lois de la République en refusant de participer aux cérémonies du 19 mars. 

    Pierre Escande


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  • L’affaire du métro Charonne

    Le 8 février 1962, la police tue à la station de métro Charonne à Paris. Une manifestation contre l’OAS et la guerre d’Algérie vire à l’horreur, neuf personnes trouvent la mort.

    L’affaire du métro Charonne

    Début des années 60, en France. Que s’est-il passé ? 

    Porté par le contexte économique des Trente Glorieuses, le pays, en pleine croissance, favorise l’immigration de travailleurs venus -entre autres- des colonies. Dès 1945 l’ONI (l’Office National d’Immigration) voit le jour et est chargé de contrôler l’importation de main-d’œuvre. Les ouvriers étaient providentiels : non seulement car en nombre massif pour répondre aux besoins imposés par la politique de développement, mais aussi car assignés aux tâches les plus pénibles, et peu coûteux a bien des égards. Ils sont mis au ban de la société : leurs droits obéissent à une législation différente de celle du reste de la population, ils sont entassés dans des taudis, s’implantent dans des bidonvilles et sont victimes d’un racisme anti-Arabe grandissant durant la Guerre d’Algérie.

    C’est durant cette période que se forme l’OAS (l’Organisation Armée Secrète), une organisation menant des actions terroristes en Métropole et outre Méditerranée, dans l’objectif de raffermir le contrôle français sur l’Algérie et de la garder sous domination française. C’est en effet la volonté affichée par l’Etat français de se retirer de l’Algérie qui suscite de vives réactions : En 1961, lors d’un référendum conduit en Métropole et en Algérie, 25% des répondants se sont déclarés opposés à la cession du droit d’autodétermination aux Algériens ! (C’est-à-dire du droit au peuple d’organiser son propre pouvoir et Etat). A leur tête et dans leurs rangs, principalement des hommes politiques et des militaires. Leurs méthodes sont froides : assassinats, putschs et attentats. C’est lors d’un de ceux-ci à Paris, que l’OAS fera exploser dix charges de plastic le même jour et blessera grièvement une fillette de 4 ans, Delphine Renard.

    L’affaire du métro Charonne

    Delphine Renard :

    « Les apologistes de l’OAS

    continuent de brandir

    des idéaux racistes

    et fascisants » 

     

     

     

    Et maintenant

    nous attendons

    les reconnaissances

    officielles

    d’Emmanuel Macron

    au nom de la France

     

     

     

    Après des années d’exactions, c’est l’évènement de trop qui étend le sentiment d’insécurité à une partie élargie de la population. En effet, si même les enfants sont touchés, qui peut se prétendre à l’abri ? A l’époque seule une portion d’intellectuels et de militants, pour la plupart d’extrême gauche, soutiennent des positions anticolonialistes. Même lors du massacre du 17 octobre 1961, seuls les milieux déjà sensibilisés aux problématiques liés à la colonisation et aux rapports de pouvoir ont réagi. Néanmoins, le 8 février 1962, au lendemain de l’attentat, on comprendra que la réprobation a cette fois-ci trouvé écho au sein de l’opinion publique.

    Un rassemblement pacifiste et pacifique 

    Ce sont 60.000 individus – soit plus de 2% de la population parisienne de l’époque – qui sortiront investir les rues de la capitale pour protester. La manifestation est lancée sous l’impulsion des grands syndicats historiques, incluant la CGT, et l’UNEF ainsi que des partis de gauche ; bien qu’interdite ils prennent en charge l’organisation et l’encadrement de l’évènement. Différentes processions qui connaissent globalement peu de heurts sont tenues « contre le fascisme et l’OAS » et « pour la paix en Algérie » dans plusieurs quartiers parisiens. Des cortèges fusionnent et la foule se masse au carrefour Voltaire-Charonne dans le 11ème ; les organisateurs s’apprêtent à prononcer le mot de la fin et annoncer la dissolution du rassemblement. Il est 19h30.

    Un barrage des forces de l’ordre, à proximité du carrefour se meut. Une masse s’en détache. Des silhouettes aux long bras s’en distinguent et approchent. Il s’agit en fait de policiers en marche en direction de la foule, armés de leurs longues matraques – « les bidules » comme on les appelle –. Des dignitaires parmi les organisateurs ainsi que des élus vont à leur rencontre pour annoncer que la dislocation vient d’être prononcée, tenant pour signe évident la foule qui est calme, non-organisée en cortège et qui fait même dos aux policiers. C’est alors qu’à quelques dizaines de mètres des manifestants, un homme en civil, accompagnant les forces de l’ordre crie « Ca ne fait rien. On s’en fout, cognez ! ». La police charge les contestataires, bâtons levés.

    L’affaire du métro Charonne


    Le massacre 

    Sans sommation, par surprise, le choc est décuplé dans sa violence. Personne ne les a vu arriver, et les premiers malheureux reçoivent les coups avec stupeur. Une stupeur qui se mue en une panique, et se répand de proche en proche dans les rangs. La foule prise d’assaut s’agite et cherche à fuir, plongés dans l’urgence des cris de leurs camarades. Ils comprennent rapidement que ce n’est pas une habituelle escarmouche avec les forces de l’ordre, qui n’ont de toutes façons pas de raisons de s’en prendre à eux. Alors rapidement, il faut pour chacun trouver un abri, une voie de salut. Craignant peut-être de rencontrer plus de policiers via les rues avoisinantes (certaines étant barrées), et pensant pouvoir échapper au saccage, d’instinct une partie du cortège cherche à se terrer dans les bouches du métro Charonne. 

    A la surface, la furie ne se désamorce pas. Ceux ayant pu se cacher témoignent « J’ai pu trouver refuge derrière une porte cochère, et là, j’ai entendu pendant une demi-heure des cris déchirants, des coups de sifflet, des chocs et des bruits divers ». Au métro, la panique est telle qu’une bousculade prend place. Les personnes chutent les unes sur les autres dans les escaliers, et s’entassent dans une masse grouillante dont nul ne peut se tirer. La dizaine de personnes ayant pu arriver indemnes dans la station Charonne ne trouveront aucune voie de sortie : toutes sont verrouillées. Ils tenteront alors d’aider ceux qui, sous le poids des leurs et de leurs convictions, étouffent, brisés au bas de l’escalier.

    C’est dans ces circonstances que la maréchaussée achèvera de détruire le contrat social qui les lie à la population qu’ils doivent protéger. Ils vont s’en prendre aux gens piégés du métro. Ils s’emparent d’abord des personnes qu’ils ont battu pour les lancer par-dessus les rambardes donnant sur l’escalier et les quais. D’autres s’occupent de frapper -jusqu’à briser leurs bâtons- ceux qui en haut de l’escalier cherchent malgré tout à s’engouffrer dans la masse compacte, pour s’abriter des coups. La manifestation contre le terrorisme a tourné au massacre. Perpétré par les garants de la sécurité publique.

    Une quinzaine de minutes durant, ils s’acharneront sur les manifestants. Impossible en bas de pouvoir efficacement dégager qui que ce soit sous la pression de la pluie d’insultes, de coups, de projections en tout genre. La police ira jusqu’à vandaliser le mobilier urbain pour le jeter sur les entassés : table de café, pièces en fonte, grilles d’aération. Certains iront même poursuivre dans les couloirs et sur les quais, les personnes qui ont pu les atteindre pour s’y réfugier. Pour finir, ils lanceront des grenades de gaz lacrymogène dans l’espace confiné de la station.

    Des corps meurtris et des personnes inconscientes sont extraites. Fractures du crâne, des membres, plaies, asphyxies, traumatismes. 9 personnes décèdent : 3 femmes, 5 hommes, et un adolescent de 15 ans. Tous âges, tous sexes, tous protestants pour la paix. On dénombrera 126 blessés, affluant vers les cliniques parisiennes, dont un tiers resteront plus de 5 jours hospitalisés. Quelles conséquences, pour un bilan si lourd ?

     

    Suites 

    Tout d’abord à court-terme : un mouvement de solidarité sociale nait spontanément et rassemble (les estimations à ce sujet sont très dispersées) autour de 400 000 personnes aux obsèques des victimes, 5 jours après le drame. L’émotion est retentissante et beaucoup n’hésiteront pas à poser leurs congés pour y participer. Du côté des pouvoir publics, la veille des obsèques le Premier Ministre Michel Debré visitait la police de Paris pour leur « apporter le témoignage de sa confiance et de son admiration ». En outre, il signifiera également au Préfet de police de l’époque, Maurice Papon on dont il a su exécuter une mission souvent délicate et difficile ». Aucun doute possible, la répression a été exécutée sous l’égide bienveillante des plus hautes sphères républicaines.

    La tendance à moyen et long terme confirmera ceci. Jusqu’aujourd’hui, les seuls liens entre l’affaire et la justice sont la dépense de l’argent public en procédures engagées qui aboutiront sur des non-lieux, les renvois entre instances juridiques et dédouanements successifs. La pierre majeure venant sceller tout espoir de justice vis-à-vis des actes terroristes commis est également placée par l’Etat, et renforcée par les pouvoirs en place successifs : il s’agit des lois d’amnistie. Celles-ci consistent à couvrir de manière rétroactive les actes passibles de décision de justice d’un groupe d’individus, souvent, suite à un contexte de conflit à implications politiques. C’est en quelques sortes, une grâce présidentielle étendue à plusieurs personnes.

    L’affaire du métro Charonne

    De gauche à droite : Maurice Papon, Michel Debré et Charles de Gaulle. Les têtes du pouvoir en place à l’époque de la répression.

    Amnistie, amnésie 

    Pensées en amont même de l’indépendance algérienne, celles-ci feront l’objet d’une rare diligence dans leur mise en place et promulgation. En 1962, en premier lieu, seront prononcés décrets et ordonnances concernant les militants algériens, pour les couvrir vis-à-vis de toute poursuite judiciaire portant sur leurs actes de résistance, actes ayant par ailleurs été reconnus comme légitimes lors des accords d’Evian. S’agirait-il en un sens d’admettre qu’il n’y avait pas de motif valable donnant lieu à la domination de générations d’algériens ? Car curieusement, l’autre pendant des mesures adoptées concerne cette fois les « faits commis dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre ». Exonérant ainsi de fait tout militaire coupable de torture, massacre de civils ou de transgression des droits humains élémentaires. Le texte de loi ne sera pas absolu dans son application, et ne concernera pas, par exemple, les français engagés auprès du FLN ou les déserteurs.

    Les lois d’amnisties seront alors complétées et étendues sur plusieurs années pour tenir compte d’un maximum de cas, sous diverses influences.  On relèvera en particulier des lois visant à blanchir les membres de l’OAS et affiliés, spécifiquement. Un des faits les plus marquants est lié à François Mitterrand : alors président, il impose en 1982 le passage d’une loi -via le célèbre 49.3- visant à réhabiliter les militaires, policiers et fonctionnaires impliqués dans les actions pour menées pour le primat de l’Algérie Française. En clair, déjà absous par la justice française, le Président leur permettra en plus, pour la plupart, de réintégrer leur corps de métiers, de retrouver leurs décorations militaires, et également de toucher une pension. Les faits ont de quoi étonner. D’autant plus pour un gouvernement de Gauche. Serait-ce un us républicain, d’instrumentaliser les pouvoirs pour tempérer sa relation aux milieux d’extrême droite, comme à Charonne ?

    Début des années 2020 en France. Qu’est-ce qui a changé ? 

    Le sujet reste ouvert et commenté par les historiens étant donné que les pouvoirs publics n’ont jamais pu (ou voulu) faire la lumière sur cette affaire. Diverses lectures sont proposées, mais celles incluant la maitrise des relations entre l’Etat et les partisans de droite conservatrice, qui sont plus nombreux en proportion parmi les forces de maintien de l’ordre que dans le reste de la population semble tenir le mieux en cohérence la trame des évènements sus-cités.

    La désinformation de concert du ministre de l’Intérieur et de la Droite au sujet des circonstances de la manifestation. L’approbation ouverte du Premier Ministre quant à la bonne gestion faite par le Préfet de Police de ses troupes. L’acharnement d’une section spéciale d’officiers sur des manifestants ouvertement liés au communisme. Les amnisties en faveur des terroristes et autres violents, y compris au nom de l’Etat. Leur réhabilitation opérée par François Mitterrand, qui exécute ainsi sa promesse de campagne. (Il ira même jusqu’à convaincre sur cette base l’ex-chef de l’OAS d’appeler à son vote).

    Chacune de ces actions, perpétrées à dessein, pour afficher un soutien et ainsi transiger avec une extrême droite trop présente et trop influente parmi les sphères de pouvoir françaises. Chacune d’entre elles, sont autant de relais qui ont contribué à faire tomber le silence sur les tombes de Charonne.

    SOURCE : L'affaire du métro Charonne - Récits d'Algérie (recitsdalgerie.com) 


    3 commentaires
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    « Mon cher Pascal Boniface ce que vous nous expliquez concernant la relation entre la France et l’Algérie je le sais déjà et vous ne m’apprenez rien. Par contre après avoir lu l’analyse critique du rapport de Benjamin Stora par Jean-Jacques Jordi et Guy Pervillé (2021), je suis très surpris que Jordi face partie de la Commission mixte paritaire franco-algérienne. Alors je pose cette question : Qui a désigné cette Commission ? Le président Macron ou Benjamin Stora ! Et j’en tire cette conclusion (mais je peux me tromper, je ne suis pas Madame Soleil) cette Commission échouera en raison de la présence de Jordi, si je me trompe, ce que je souhaite, c'est que Jordi se sera fait ridiculiser et ses contre-vérités auront été officiellement démenties».

    Michel Dandelot

    Expliquez-moi... La relation entre la France

    et l'Algérie

     

    Pascal Boniface 

    La relation entre la France et l’Algérie est étroite, entretenue par de solides liens humains, économiques et culturels. La crispation en novembre 2021 autour de la question mémorielle et de la crise des visas reflète toutefois son caractère instable, alternant phases de rapprochement et de tensions. Récemment, le climat semble être à la réconciliation : le déplacement d’Emmanuel Macron à Alger en août 2022 a confirmé le renforcement de la coopération entre les deux pays dans le domaine énergétique et souligné une volonté commune d'avancer sur la question mémorielle. Mais, alors que l’Algérie s'est imposée comme un acteur stratégique et diplomatique au Sahel, qu'elle diversifie ses partenaires et convoite une place au sein des BRICS, quelle place pour la relation franco-algérienne ?

     Analyse critique du rapport

    de Benjamin Stora

    par Jean-Jacques Jordi

    et Guy Pervillé (2021) 

     

    Expliquez-moi... La relation entre la France et l'Algérie *** Analyse critique du rapport de Benjamin Stora par Jean-Jacques Jordi et Guy Pervillé (2021)

    Ce texte a été mis au point par Jean-Jacques Jordi et par Guy Pervillé avec la coopération de plusieurs autres historiens, et il est ouvert à d’autres signatures.

    Comme d'autres historiens, nous avons reçu soit directement par Benjamin Stora, soit indirectement le rapport demandé par le Président de la République, Emmanuel Macron, sur l'état des lieux concernant l'histoire et les mémoires de la guerre d'Algérie. Après l'avoir lu, nous l’avons longuement étudié et nous en avons débattu, sans doute parce que nous en attendions beaucoup. Mais au final, nous sommes restés sur notre faim. A une première partie générale sur l'état d'esprit de ce rapport, puis aux grandes lignes d'explicitation de ce que peut être un travail de mémoire et de réconciliation entre la France et l’Algérie, succède une série de préconisations relativement décevantes. Comme si la réconciliation n'était pas à chercher avec l'Algérie mais avec les mémoires qui s'affrontent sur le seul sol français. Pourtant, la science historique n'est pas une opinion. Les historiens ne peuvent pas se satisfaire d'un rapport qui relève davantage d'un texte politique que d'une réflexion historique. Nous en voulons pour preuve le choix des interlocuteurs choisis par Benjamin Stora, et les préconisations qui ne s'adressent qu'à la France.

    Le choix des interlocuteurs 

    Effectivement l'Algérie d'aujourd'hui ou à tout le moins le gouvernement algérien semble absent du rapport sauf à deux reprises où Benjamin Stora souligne l'accord préalable des autorités algériennes ou un « reste encore à discuter ». On connaît la position constante de ce gouvernement concernant les Archives, les faits d'histoire subordonnés à une version officielle, la surévaluation massive des nombres de morts, et en conséquence on comprend que les mots excuses, repentance, crime contre l'humanité et réparations financières ponctuent les discours algériens.

    Il s'agit là de postures sans doute, mais qui excluent toute réconciliation. Pour se réconcilier, il faut être au moins deux et chacun doit être capable d'avancer vers l'autre. Or, l'Algérie s'est muée depuis longtemps en statue du Commandeur avec soit les bras croisés (fermés à toute initiative), soit avec un doigt accusateur et vengeur. Jusqu’à aujourd'hui, les autorités algériennes soufflent le chaud et le froid en espérant remplacer les Accords d'Evian par un aveu de défaite morale de la France. De son côté, la France avec le président Chirac avait tenté une réconciliation qui n'a reçu aucun véritable écho en Algérie. Et les présidents suivants ont eux aussi tenté cette réconciliation, en vain. Il était donc normal que le Président Macron essaie lui aussi. Mais à chaque fois, la repentance, l'accusation de génocide, les excuses officielles de la France, voire une réparation financière évaluée aujourd’hui par certains auteurs à 100 milliards, sont pour les gouvernements algériens un préalable avant toute discussion. Or les Autorités algériennes ne sont nullement intéressées par la conclusion, soixante ans après les Accords d'Evian, d'un traité de paix ou d’amitié. On comprend alors que la marge de manoeuvre de Benjamin Stora ait été des plus étroites.

    Si l’Algérie n’est pas la destinataire officielle de ce rapport, il s’efforce de prendre en compte les points de vue divergents des groupes porteurs de mémoires coexistant sur le territoire français. D’un côté, des Franco-Algériens influencés consciemment ou non par la politique mémorielle algérienne, et des Français de gauche qui tendent à partager leur point de vue. De l’autre, des victimes françaises de la décolonisation (Pieds-noirs, harkis, militaires de carrière et de vocation) qui se sentent très minoritaires et incompris. Entre les deux, une majorité favorable à l’indépendance de l’Algérie pour mettre fin à la guerre, qui n’a pas cessé de se renforcer depuis 1962. Benjamin Stora leur accorde-t-il la même attention ? L’impression domine à lire son rapport qu’il penche davantage vers les premiers. Mais en Algérie, le reproche contraire lui est très souvent adressé.

    En réalité, Benjamin Stora propose des satisfactions mémorielles à tous les groupes porteurs de mémoires, en espérant les satisfaire sans céder à la revendication de repentance que l’Algérie présente à la France depuis un quart de siècle. Mais il le fait sans donner les raisons les plus solides à l’appui de ce refus. Le regretté Gilbert Meynier avait rédigé en 2007 (avec Eric Savarese et Sylvie Thénault) une pétition franco-algérienne, dans laquelle il déclarait nettement : « dépasser le contentieux franco-algérien implique une décision politique, qui ne peut relever du terme religieux de ‘repentance’. Et des ‘excuses officielles’ seraient dérisoires ». Il aurait fallu aller encore plus loin en récusant formellement cette revendication, récurrente depuis mai 1995, et en expliquant qu’elle est incompatible avec les clauses d’amnistie réciproque sur lesquelles étaient fondés les accords d’Evian du 18 mars 1962.

    Les préconisations 

    La longue liste des préconisations contenues dans la conclusion du rapport, même si elle peut contenir quelques idées utiles, nous inspire une réaction d’incompréhension : elles sont pour le moins décousues et ne sont pas à même de favoriser une quelconque réconciliation, moins encore un apaisement.

    Par exemple, pourquoi panthéoniser Gisèle Halimi ? Excellente avocate et pionnière de la cause féministe, s'il faut la reconnaître, ce n'est pas au titre de la défense de membres du FLN, mais de son combat pour le droit des femmes. Ne faut-il pas lui préférer William Lévy, secrétaire de la fédération SFIO d'Alger assassiné par l'OAS et dont le fils avait été assassiné peu de temps avant par le FLN ?

    Pourquoi vouloir faire reconnaître Emilie Busquant (épouse de Messali Hadj) par la France ? Elle n'a pas connu la guerre d'Algérie puisqu'elle est morte en 1953. Le fait qu'elle ait « confectionné » le drapeau algérien entre 1934 et 1937 suffit-il à ce que la France lui rende hommage alors que l'Algérie ne l'a pas reconnue comme militante de la cause nationale pour l'indépendance de l'Algérie ? Il y a tant de femmes que la France devrait reconnaître : celles qui composaient les EMSI (les équipes médicales), Mademoiselle Nafissa Sid Cara, professeur de lettres, députée d'Alger et membre du gouvernement Debré jusqu'en 1962, par exemple.

    Pourquoi honorer les époux Chaulet, alors qu'ils ont pris la nationalité algérienne, sont reconnus comme moudjahids et honorés par l’Algérie ? Pourquoi ne pas leur préférer les époux Vallat, elle institutrice, lui maire de Thiersville, assassinés par le FLN ? Pourquoi la France devrait-elle reconnaître l'assassinat de Maître Ali Boumendjel (reconnu lui-aussi en Algérie comme martyr) plus que d'autres commis à la même époque ? Ne revient-il pas à la France de reconnaître en premier lieu les siens avant de reconnaître ses adversaires ?

    Peut-on être héros et martyr algérien et en même temps héros français ? Non bien évidemment. Face au Manifeste des 121 de septembre 1960 intitulé Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, à l'initiative de Dionys Mascolo et de Maurice Blanchot, signé par Sartre et par tous ceux qui soutiennent le réseau Jeanson, un autre manifeste, le Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandon, paru en octobre 1960, dénonçait l'appui que certains Français apportent au FLN, les traitant de « professeurs de trahison ». Ceux qui signèrent ce manifeste étaient plus nombreux et portaient des noms prestigieux. Nombre d'entre eux étaient de grands résistants. Que disaient-ils ? : « Considérant que l'action de la France consiste, en fait comme en principe, à sauvegarder en Algérie les libertés - et à y protéger la totalité de la population, qu'elle soit de souche française, européenne, arabe, kabyle ou juive, contre l'installation par la terreur d'un régime de dictature, prodigue en persécutions, spoliations et vengeances de tous ordres dont le monde actuel ne nous offre ailleurs que trop d'exemples, contre l'installation par la terreur d'un régime de dictature», ils taxaient le FLN de « minorité de rebelles fanatiques, terroristes et racistes » et déniaient « aux apologistes de la désertion le droit de se poser en représentants de l'intelligence française ». Soixante ans après, la proposition de Benjamin Stora d'un colloque international dédié au refus de la guerre d'Algérie est donc un choix idéologique.

    Pourquoi considérer le 17 octobre 1961 comme date à commémorer officiellement ? Que les historiens étudient cette manifestation, cela va de soi. Mais nous pouvons nous étonner qu'on préfère les approximations du livre du journaliste Jean-Luc Einaudi aux éléments sérieux de celui de l'historien Jean-Paul Brunet. Qu'on en fasse une commémoration «nationale», cela dépasse l'entendement à moins de donner des gages au FLN. Ou alors, dans ces conditions, comment ne pas accepter une commémoration nationale pour la fusillade du 26 mars 1962 à Alger, une autre pour le massacre du 5 juillet 1962 à Oran, et demander que nul ne porte atteinte aux plaques et stèles érigées à la mémoire de l'OAS ? Cette préconisation est donc de nature à souffler davantage sur les braises qu’à apporter un apaisement. Les mémoires engagées ne sont pas l'histoire.

    Sur les Disparus, même si « la mise en place d’une commission mixte d’historiens français et algériens pour faire la lumière sur les enlèvements et assassinats d’Européens à̀ Oran en juillet 1962, pour entendre la parole des témoins de cette tragédie » ( p 127) est une bonne proposition, il y a néanmoins un manque de discernement historique : le rapport parle de dizaines de milliers de disparus algériens, mais omet le nombre pourtant bien connu maintenant des 1700 disparus européens, des 5 à 600 militaires français disparus, inscrits d'ailleurs sur le Mémorial du quai Branly. Dans le même état d'esprit, si les disparus d'Oran sont évoqués, rien n'est dit sur ceux d'Alger pourtant en nombre plus important. En revanche, un travail sur la localisation des sépultures des « disparus » est à faire. Sera-t-il rendu possible par l'Algérie ? Nous en doutons. Enfin, il y a sous la direction des Archives de France (dont le Service des Archives du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et le SHD) et l'ONACVG une commission qui a travaillé sur l'élaboration d'un guide sur les Disparus en Algérie qu'ils soient le fait de l'armée française, du FLN et de l'ALN. Préconiser une recherche qui existe déjà est problématique.

    Concernant les ex-supplétifs et Harkis, le rapport les réduit à la portion congrue : il aurait fallu dire que même si la France les a abandonnés, c'est bien l'Algérie indépendante qui en a massacré ou laissé massacrer un trop grand nombre, en violation de clauses fondamentales des accords d’Evian. Il faudrait donc faciliter les déplacements des harkis et de leurs enfants en Algérie, mais cela reste à « voir avec les autorités algériennes » ! On comprend le mécontentement exprimé par des représentants de harkis sur ces propositions. « Faire des quatre camps d’internement situés sur le territoire un lieu de mémoire » (p 127) (Larzac, Saint-Maurice-l’Ardoise, Thol et Vadenay) rend hommage aux internés algériens tout en faisant de l’hébergement des réfugiés harkis, plus tard, dans les deux premiers un simple épiphénomène. Rappelons toutefois qu'existe déjà le Mémorial de Rivesaltes qui fait un excellent travail. Et d'autre part, à l'initiative d'associations de harkis ou de l'ONACVG, des plaques ont été posées sur les lieux des camps, des hameaux forestiers. Pourquoi ne pas proposer un guide de recherches sur les harkis piloté par la Direction des Archives de France ?

    Sur les archives (p 128), il faut dire ce qui est : leur rétrocession serait une catastrophe pour la recherche, car, d'une part, l'Algérie n'a pas les moyens humains et financiers de les accueillir (reconnu par l’archiviste algérien Fouad Soufi lors de la journée consacrée au Guide sur les Disparus du 4 décembre 2020), et d'autre part, si les gouvernements algériens ont réclamé ces archives, c'est pour que les historiens français ne puissent pas y trouver des éléments compromettant la doxa algérienne. Le maintien de la conservation et de l’accessibilité des archives doit être pour la France un impératif prioritaire par rapport aux revendications politiques de souveraineté exprimées par Abdelmadjid Chikhi.

    Bien sûr, des pas ont été accomplis en France depuis 1999 par les Présidents de la République française. Quels sont les pas accomplis par les gouvernants algériens ? Une réconciliation suppose que l'on soit au moins deux et qu'on soit disposé à avancer l'un vers l'autre. Nous craignons que cela ne soit pas le cas et qu'une nouvelle fois, nous soyons aveuglés par notre désir de réconciliation. On ne peut plus considérer que la France reste encore coupable et surtout comptable de la situation de l'Algérie d'aujourd'hui.

    Dans ces conditions, l’idée d’un « nouveau traité d’Alliance et de Vérités » à signer en 2022 nous paraît utopique. Au contraire, la proposition d’une commission « Vérité et réconciliation » à la française nous semble pouvoir être une très bonne idée, à condition que sa composition soit clairement définie en fonction de son programme et celui-ci clairement exposé. Il ne peut s’agir en effet de réconcilier l’Algérie et la France (au risque de soumettre la seconde à la première), ni de réconcilier toutes les mémoires qui s’expriment sur notre sol entre elles, car leur seul point commun est leur mécontentement de ne pas être assez entendues. L’objectif d’une telle commission ne pourrait être que de faire évoluer les mémoires conflictuelles vers un dialogue constructif, et vers la reconnaissance de l’autorité de l’histoire au-dessus des mémoires.

    En revanche, il convient de réaliser un travail de recherche sur les conséquences des essais nucléaires français au Sahara (p 127), dont les premières victimes ont été des soldats français exposés en première ligne, ainsi que sur l’achèvement du déminage des frontières.

    Donner à des rues, places et autres boulevards des noms de personnes issues de l'immigration et de l'outre-mer, de médecins, enseignants artistes d'origine européenne, pourquoi pas, mais lesquels ? Ceux qui sont déjà inscrits sur le monument aux Martyrs d'Alger ne peuvent pas légitimement trouver leur place en France. Pour les autres, qui ont prouvé leurs talents en Algérie ou après leur retour en métropole, il n’y a que l’embarras du choix.

    Quant à « l'OFAJ » (Office franco-algérien de la jeunesse) calqué sur le modèle de l'OFAJ (Office franco-allemand de la jeunesse), cette proposition nous semble contrefactuelle et passéiste. L'OFAJ « allemand » a été créé en 1963 et il se trouvait des jeunes gens de moins de vingt ans qui avaient connu la Seconde guerre mondiale. Créé en 1970, l'OFAJ « Algérien » aurait pu marcher mais aujourd'hui, il faut être naïf pour le croire.

    La « création d’une ‘collection franco-algérienne’ dans une grande maison d’édition » (p 129) ne relève pas du rôle de l’Etat.

    En revanche, et plus que symboliquement, pourquoi ne pas proposer aux grandes villes de France comme aux grandes villes d'Algérie une action commune qui reviendrait en Algérie à nommer une rue Albert Camus débouchant sur une place Mouloud Feraoun, et en France une rue Mouloud Feraoun qui arriverait à une place Albert Camus ?

    Même sur des périodes plus reculées, la commémoration ne garantit pas l’apaisement. Par exemple, Benjamin Stora propose : « La création d’une commission franco-algérienne d’historiens chargée d’établir l’historique du canon Baba Merzoug - ou « La Consulaire » - et de formuler des propositions partagées quant à son avenir, respectueuses de la charge mémorielle qu’il porte des deux côtés de la Méditerranée » (- p 130). Mais ce prudent euphémismes camoufle un enjeu de discorde majeur, puisque ce canon qui a servi à riposter aux bombardements d’Alger par les flottes françaises dans les années 1680 a également servi à pulvériser de nombreux otages attachés à sa gueule (dont le père Levacher, religieux lazariste et consul de France en 1683).

    Autre exemple encore plus frappant : « La construction d’une stèle, à Amboise, montrant le portrait de l’émir Abd el-Kader, au moment du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022 » (p 126). Cette proposition qui semblait pouvoir recueillir une très large approbation a été repoussée avec indignation en Algérie par une pétition soutenue par son arrière-petit-neveu et président de la Fondation Emir Abdelkader : « Nous nous opposons à cette tentative de nouveau détournement de notre symbole et notre patrimoine par un État français dont les actions envers l’Algérie ont toujours des relents coloniaux. Nous, signataires de cette pétition, nous nous élevons de la façon la plus ferme et la plus déterminée pour dénier à cet Etat de jouer encore avec la haute figure de notre Émir. Nous demandons de la façon la plus énergique à notre propre Etat de se positionner clairement contre cette manœuvre néocoloniale et de peser de tout son poids pour refuser ce crime supplémentaire contre notre mémoire nationale».

    Ce rapport n'est donc pas à même d'apporter une réconciliation des mémoires ni avec l'Algérie, ni entre les « communautés » coexistant en France. Laissons donc travailler les historiens et non les « mémoriens ». Mais agissons pour que le public puisse enfin comprendre la différence entre les mémoires et l’histoire, et préférer celle-ci à celles-là. Telle nous paraît être la seule orientation réaliste, puisque les acteurs et les témoins de la guerre d’Algérie auront tous disparu d’ici vingt ou trente ans.

    Conclusion 

    Près de quatre semaines après la remise du rapport Stora, ses conséquences commencent à apparaître. Si son accueil a été plutôt favorable en France, il l’a été beaucoup moins en Algérie. L’association des Anciens moudjahidin puis celle des enfants de Chouhada l’ont fermement condamné, et une pétition a été lancée par des députés algériens pour réclamer une nouvelle fois la criminalisation de la colonisation française. Après que le directeur des archives nationales algériennes, Abdelmadjid Chikhi, ait réclamé à la fin décembre 2020 la restitution de presque toutes les archives emportées par la France, le porte-parole du gouvernement algérien, Ammar Belhimer, a déclaré le 8 février 2021 regretter le refus de la France de reconnaître ses «crimes coloniaux». Selon lui, l’épais dossier de 150 pages vient camoufler la vérité historique de la colonisation et de la guerre d’Algérie, rapporte le journal algérien TSA : « le criminel fait tout pour éviter de reconnaître ses crimes. Mais cette fuite en avant ne pourra pas durer » (cité par l’AFP le 9 février et dans Courrier international du 10-2-2021). Les dirigeants algériens qui n’ont pas cessé depuis 1995 de relancer cette revendication de repentance oublient simplement que les accords d’Evian du 18 mars 1962, qui ont - trop lentement - mis fin à la guerre, étaient fondés sur l’amnistie générale et réciproque des deux belligérants. Refuser cette amnistie pour une seule des parties en cause, c’est relancer la guerre sous la forme d’une guerre des mémoires.

    Ainsi, des conclusions se dégagent nettement :

    1.  Le rêve d’un traité d’amitié franco-algérien analogue au traité franco-allemand de 1963 a été une nouvelle fois démenti.

    2.  Les diverses mémoires qui s’expriment concurremment en territoire français ne sont pas spontanément portées à la réconciliation, comme l’a prouvé la condamnation de la proposition de panthéonisation de Gisèle Halimi par 51 femmes et filles de harkis.

    3.  La seule proposition réaliste, bien que difficile à réaliser, est la création d’une commission « Vérité et réconciliation » à la française, visant à accélérer le passage des mémoires à l’histoire. A condition qu’elle soit entreprise avec une volonté d’impartialité inébranlable, le rapport Stora aura été utile.

    Jean-Jacques Jordi et Guy Pervillé 

    SOURCE : https://www.cdha.fr/etiquettes/centre-documentation-historique-

    sur-lalgerie-cdha-rapport-stora-jean-jacques-jordi 

     

     


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    Commission mixte sur la mémoire

    Les historiens français

    en majorité pieds-noirs

     

    Commission mixte sur la mémoire Les  historiens français  en majorité pieds-noirs

    La question de la mémoire demeure le maillon faible des relations algéro-françaises. Les visions sont différentes et s'opposent sur plusieurs points. L'Algérie et la France ont vécu une guerre sanglante. Chaque partie tente de tirer la couverture vers elle-même. Les historiens des deux pays divergent sur le fonds et la forme. Pour rapprocher les points de vues, les deux pays ont décidé de mettre en place une commission mixte. Cette décision a été  annoncée au lendemain de la visite du président français Emmanuel Macron en Algérie, en août 2022. La composante de ladite commission est désormais connue des deux rives.  

    Du côté français, cette composante a été rendue publique non par les instances officielles françaises, mais plutôt par l'historien Benjamin Stora, un des conseillers du président français sur ce dossier et auteur d'un rapport sur la mémoire, remis en janvier 2021. Elle est composée en plus de Benjamin Stora, de Tramor Quemeneur, auteur de nombreux ouvrages sur la guerre d’Algérie, qui officiera comme secrétaire général de la partie française de la commission. Jacques Frémeaux, spécialiste de l'invasion française de l’Algérie, Florence Hudowicz, conservatrice en chef du patrimoine et co-commissaire de l’exposition sur l’émir Abdelkader au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille en 2022. Jean-Jacques Jordi, historien et auteur d’ouvrages sur les Européens d’Algérie, figure lui aussi parmi les historiens désignés au sein de cette commission.

    Cependant, cette composition, qui a pour principal objectif de rapprocher les points de vues entre les deux parties, est déjà remise en cause. Pour les observateurs, elle ne pourra aller dans le sens de la réconciliation des mémoires étant donné que la majorité des membres de la commission sont des pieds noirs, dont certains sont nostalgiques de l'Algérie française. Donc, ce travail est à priori handicapé par une vision que l'Algérie rejette.

    Les historiens français vont-ils défendre

    une vision française de l'histoire de la guerre d'Algérie ?

    En effet, parmi les cinq historiens membres du comité côté français, trois sont pieds-noirs. Ils sont nés, en Algérie sous l’Occupation. Il s'agit de : Benjamin Stora, né à Constantine, Jacques Frémaux, né en Algérie et qui l’a quittée en 1962 alors qu’il avait 13 ans, Jean-Jacques Jordi, qui est né à Bordj El Kiffan en Algérie. Ces historiens dans leurs écrits étaient surtout proches des thèses des nostalgiques de l'Algérie française.

    Jacques Frémaux a écrit « Algérie 1830-1914 : naissance et destin d'une colonie ». Dans cet ouvrage l'historien met dos à dos les Algériens qui se sont battus pour leur indépendance et les Français qui étaient les colonisateurs. Dans ce livre l'historien a analysé « la mentalité des hommes qui ont déclenché la conquête et de ceux qui ont résisté, la violence qui se déchaine des deux côtés, les erreurs manifestes et les bonnes intentions parfois funestes ». Pour cet historien, la fracture entre l'Algérie et la France est seulement due au choix de l'Algérie après l'indépendance.

    De son côté, Jean-Jacques Jordi a écrit, entre autres, « Les harkis, une mémoire enfouie ». Dans ce livre, qui est devenu une référence pour les harkis, l'auteur a défendu leur cause, alors que pour les Algériens le choix de ces hommes de se battre pour la France n'est qu'une trahison.

    Pour conclure, il faut dire que le choix de Benjamin Stora et de son équipe répond à une volonté de défendre une vision française de l'histoire de la guerre d'Algérie. Une version que l'Algérie n'accepte pas. Reste à savoir si cette commission pourra faire ce travail de réconciliation, alors que certaines versions de l'histoire sont irréconciliables.

    SOURCE : https://observalgerie.com/2023/01/29/politique/commission-mixte-memoire-historiens-francais-majorite-pieds-noirs/ 

     

     

     

     

    Commentaire de Jacques Pradel

    Et voilà maintenant Benjamin Stora résumé à un vague historien juif, pied-noir, proche des nostalgiques de l'Algérie française ! Aux yeux des amis Algériens, de ceux que nous rencontrons ici ou là-bas, de ceux qui connaissent ne serait-ce qu’un peu ses travaux, c’est évidemment absurde.

    De telles sorties racistes, haineuses et mensongères alimentent la méfiance et le sentiment nationaliste chauvin qui existe qu’on le veuille ou non en Algérie.

    Comme l'alimente la nomination dans la commission mixte de Jordi, cet historien négationniste caution des pires nostalgériques. Nomination qui fait tache, et n’est pas de bonne augure pour le devenir de ladite commission... 

     

    Jacques Pradel, un Pied-Noir progressiste révolté

    Jacques Pradel, un Pied-Noir progressiste révolté

     

    Un Pied-Noir révolté. Alors qu'il était lycéen à Oran, Jacques Pradel a été profondément marqué par les violences de l'OAS en 1962. Il raconte ici son parcours et son refus de la récupération des Pieds-Noirs par l'extrême droite, en juin 2022 à Perpignan, peu avant l'anniversaire de l'indépendance algérienne, et par la déclaration le 29 juin 2022 à l'Assemblée Nationale de son doyen, le député Rassemblement National José Gonzalez.

     

     


    2 commentaires
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    Un historien révisionniste

    dans la commission mixte

    sur la guerre d’Algérie risque

    de faire polémique (Vidéo)

    Un historien révisionniste  dans la commission mixte sur la guerre d’Algérie risque de faire polémique (Vidéo)

    DIA-27 janvier 2023 : Cinq mois après avoir été annoncée, la mise en place d’une commission mixte d’historiens, mesure phare du dialogue mémoriel esquissé entre Paris et Alger, Benjamin Stora a annoncé la nomination de cinq historiens français ce jeudi 26 janvier. Ils seront appelés à travailler conjointement avec leurs homologues algériens, déjà nommés par Alger. M. Stora coprésidera la commission mixte au côté de Mohamed Lahcen Zeghidi, ancien directeur du Musée national du moudjahid. La liste proposée par Paris comprend, outre M. Stora, Tramor Quemeneur, auteur de nombreux ouvrages sur la guerre d’Algérie, qui officiera comme secrétaire général de la partie française de la commission, Jacques Frémeaux, spécialiste de la conquête française de l’Algérie, Florence Hudowicz, conservatrice en chef du patrimoine et co-commissaire de l’exposition sur l’émir Abdelkader, au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), à Marseille, en 2022, et surtout Jean-Jacques Jordi, historien français d’origine pied-noire et auteur d’ouvrages sur les Européens d’Algérie. Ce  dernier risque de faire débat puisqu’il est partisan d’une campagne contre le FLN qu’il accuse d’avoir fait disparaitre plusieurs milliers d’Européens.

    Jean-Jacques Jordi est l’historien des pieds noirs et adulé par les nostalgiques de l’Algérie française. Dans son livre :  « Un silence d’État » (Éditions Soteca, octobre 2011) où il fournit des listes de personnes disparues présumées décédées entre le 1er novembre 1954 et le 31 décembre 1962, soit 1.583 personnes, dont 1.438 Européens et 145 Français musulmans ». Ce livre qui alimente l’esprit revanchard des nostalgiques de l’Algérie française et autres anciens partisans ou sympathisants de l’OAS.

    Dans une vidéo, il accuse ouvertement le FLN d’avoir exécuté les européens après le 5 juillet 1962, d’avoir enlevé plus de 4000 européens et d’avoir créé des camps d’internements et de pratiquer la torture. Des faits en réalité qui ont été effectués par l’armée coloniale et par l’OAS entre 1961 et 1962.    

    Les prises de position anti-algérienne de cet historien révisionniste risquent de créer des tensions au sein de cette commission qui est déjà compliquée.

    D’autant que Benjamin Stora a écarté de cette commission plusieurs historiens français connus pour leur bonne connaissance du dossier de la guerre d’Algérie et leur étroite collaboration avec l’Algérie dans le dossier commun. C’est le cas notamment de l’historien Fabrice Riceputi, qui travaille sur les disparus de la bataille d’Alger, d’Emmanuel Blanchard, directeur adjoint de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et auteur d’une Histoire de l’immigration algérienne en France ainsi  et surtout d’Olivier Le Cour Grandmaison.

    La tâche de la commission est semée d’embûches et s’annonce délicate. Elle est exposée à bien des critiques, dont la principale tient dans la commande gouvernementale associée à cette commission, et donc sa vulnérabilité aux aléas d’une relation diplomatique volatile. Sans compter l’hypersensibilité que conserve dans les opinions publiques, des deux côtés de la Méditerranée, la mémoire de la guerre d’Algérie, avec ses blessures toujours à vif et ses zones d’ombre en quête d’éclaircissements. Si le caractère officiel d’une telle commission mixte est inédit, il reste à évaluer ce qu’elle apportera de plus par rapport à d’autres formats conjoints – et non officiels – qui l’avaient précédée.

    Amir Hani

    SOURCE : DIA | Un historien révisionniste dans la commission mixte sur la guerre d’Algérie risque de faire polémique (Vidéo) (dia-algerie.com)

     

    Un historien révisionniste  dans la commission mixte sur la guerre d’Algérie risque de faire polémique (Vidéo)

     

    Tous ces historiens seront appelés à travailler de concert avec les cinq historiens algériens nommés en novembre par Alger : Mohamed El Korso, Idir Hachi, Abdelaziz Fillali, Mohamed Lahcen Zighidi donc et Djamel Yahiaoui. Selon la déclaration signée en août dernier par les présidents Macron et Tebboune, le travail scientifique mené par la commission aura vocation à aborder « toutes les questions y compris celles concernant l'ouverture et la restitution des archives, des biens et des restes mortuaires des résistants algériens, ainsi que celles des essais nucléaires et des disparus, dans le respect de toutes les mémoires ». Le défi paraît immense tant le sujet est sensible.

    La question est déjà de savoir si les historiens des deux pays parviendront réellement à travailler ensemble. D’un point de vue logistique, c’est encore le grand flou. Aucun calendrier n’a été arrêté. Le budget de fonctionnement de la commission n’a pas non plus été communiqué. Et pour ne rien arranger, le contexte s’est tendu ces dernières semaines en Algérie. Alors que le pouvoir s'en prend toujours plus durement aux médias et aux défenseurs des droits de l’homme, Benjamin Stora, auteur d'un rapport sur la colonisation en Algérie et la guerre d'indépendance, a été la cible le mois dernier d’attaques antisémites diffusés par un site nationaliste…

    Communiqué de Dominique Sopo 

    Il y a quelques semaines, un site internet dénommé "Algérie patriotique" tenait des propos antisémites d'une particulière virulence à l'endroit de Benjamin Stora et plus généralement à l'endroit de l'ensemble des Juifs. En effet, voici ce qu'écrivait notamment ce site : "le peuple algérien refuse d'emprunter ce même chemin tracé par Benjamin Stora, ses semblables et ses aïeux. Ceux-là mêmes qui furent à l'origine de la prise d'Alger, les Bacri et les Busnach - commerçants véreux convoitant l'immense trésor de la régence pour leurs maîtres, les Rothschild, les Seillière et les Schneider."

    Evidemment, ces phrases sont une bouillie. Elles semblent ainsi judéiser la très catholique famille Sellière (parce qu'elle est une famille de banquiers ?) ainsi que la famille Schneider. Quant à l'évocation des "Bacri" et des "Busnach", elle dénote une méconnaissance crasse des relations entre ces familles et la Régence d'Alger.

    Mais, au-delà de cette bouillie, une chose est sûre : les propos sont inacceptables, d'autant plus sur un support en relation avec des cercles proches d'un pouvoir algérien dont on a pu apprécier ces derniers mois la capacité à contrôler et à faire taire les expressions qu'il ne souhaitait pas entendre.

    Face à cette sortie antisémite, SOS Racisme exprime à Benjamin Stora toute sa sympathie et son soutien indéfectible. Eminent spécialiste de l'Histoire de l'Algérie, promoteur infatigable du rapprochement entre nos deux pays, militant contre le racisme et compagnon de route de l'association, Benjamin Stora a manifestement le tort, pour les rédacteurs de cette diatribe antisémite, d'être un Juif. Lesdits rédacteurs n'auront pas de mal à trouver quelques appuis à leur entreprise antisémite: l'extrême-droite française regorge de tels spécimens, eux qui brocardent avec virulence Benjamin Stora qui a le double inconvénient à leurs yeux d'être un Juif de Constantine et un artisan du dialogue entre les sociétés française et algérienne. Si bien que s'il n'existe pas d'"Internationale juive", nous avons une fois de plus la démonstration qu'il semble bien exister une "Internationale antisémite".

    Je salue la pétition publiée ce jour par des intellectuels et militants algériens et franco-algériens. Un texte que je vous invite à lire car il a le mérite de remettre les pendules à l'heure.

    Antisémitisme : pétition pour Benjamin Stora

    Un historien révisionniste  dans la commission mixte sur la guerre d’Algérie risque de faire polémique (Vidéo)

    Victime récurrente d’attaques antisémites en France de la part de l’extrême droite et des nostalgiques de l’OAS, qui ne lui pardonnent pas son travail intellectuel de compréhension du combat de libération des Algériennes et des Algériens, Benjamin Stora vient de subir, comme en écho, une charge méprisable sur le média électronique « Algérie patriotique »  une charge qui, débordant sa personne, vise explicitement toute la communauté algérienne de confession juive dans sa longue histoire.

    Oublieux de la part prise dans le combat libérateur du peuple algérien par certain.e.s compatriotes appartenant à cette communauté, ce texte abject cultive l’ignorance historique pour leur dénier tant leur engagement patriotique que leur algérianité, et, dans le plus pur style antisémite, use d’amalgames pour jeter l’opprobre sur toute une communauté au motif de sa confession.

    On ne peut que s’interroger sur le silence des autorités politiques et judiciaires, pourtant toujours promptes à exercer leur contrôle tatillon sur la moindre des expressions des médias.

    Au-delà de la personne de Benjamin Stora et de la diversité d’appréciations sur ses différents positionnements politiques, nous ne pouvons tolérer qu’un tel discours puisse être tenu et avalisé en Algérie. Un discours qui trahit tous ceux qui ont permis que l’Algérie soit une nation indépendante, dans la diversité de leurs confessions qui, toutes, ont offert des noms illustres à ce combat.

    Mais on ne peut occulter que ces propos ont été tenus dans un contexte de promotion d’un nationalisme haineux, stigmatisant la diversité et l’ouverture au monde, et qui voudrait isoler l’Algérie pour mieux enfermer les Algériennes et les Algériens.

    Premiers signataires 

    Lhaouari Addi, sociologue

    Arezki Aït-Larbi, journaliste free lance, éditeur

    Sanhadja Akhrouf, féministe, militante associative

    Tewfik Allal, correcteur, militant associatif de l’émigration

    Malika Bakhti, ingénieure d’études

    Anouar Benmalek, écrivain

    Malek Bensmaïl, réalisateur

    Ali Bensaad, professeur des universités

    Marie Colonna, réalisatrice

    Ahmed Dahmani, universitaire, défenseur des droits de l’Homme

    Karima Dirèche, historienne

    Louisa Fernane, avocate

    Ali Guenoun, historien

    Myriam Kendsi, artiste peintre

    Tahar Khalfoune, universitaire

    Jaffar Lakhdari, consultant

    Ahmed Mahiou, ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger

    Samia Messaoudi, journaliste, cofondatrice de l’association « Au nom de la mémoire »

    Hacen Ouali, jounaliste

    Tassadit Yacine, anthropologue

    Youcef Zirem, écrivain

    Hamid Arab, directeur du site lematindalgerie.com

    Faris Lounis, journaliste indépendant.

     

    Le billet de Thomas Legrand

    Algérie : diatribe antisémite contre

    Benjamin Stora

    au vu et au su du pouvoir

    L’historien n’a eu de cesse d’œuvrer à la réconciliation franco-algérienne en amenant par ses travaux Paris à faire son devoir de mémoire. Un site nationaliste proche des militaires au pouvoir à Alger s’en est pris à lui en tant que Juif, sans susciter d’indignation dans le pays.

    Un historien révisionniste  dans la commission mixte sur la guerre d’Algérie risque de faire polémique (Vidéo)

    Benjamin Stora, chez lui à Sceaux, le 8 octobre 2021. (Roberto Frankenberg/Libération)

    L’Algérie ne cesse de se refermer. La dégradation du débat général que l’on constate avec cette mécanique infernale, maintenant bien connue, de l’info en silo, par laquelle chacun voit le monde au prisme de sa communauté numérique, alimentée via les algorithmes, est démultipliée en Algérie. S’informer via les seuls réseaux sociaux n’équivaut plus à se documenter, à s’interroger sur le monde mais, le plus souvent, à nourrir d’arguments son avis préétabli.

    Dans les sociétés ouvertes et pluralistes comme les nôtres, la presse, le monde universitaire et le personnel politique continuent, tant bien que mal, à s’échanger des arguments et à proposer une diversité d’angles de vue. Mais dans les sociétés fermées, comme l’est de plus en plus l’Algérie, l’effet polarisant d’une vision du monde paranoïaque joue à plein. Les médias qui tentent de faire vivre un peu de débat rationnel sont en ce moment systématiquement empêchés ou détruits en Algérie. Le grand quotidien Liberté, celui où officiait le formidable dessinateur Dilem, a dû fermer ses portes il y a quelques mois, étranglé économiquement. Ces derniers jours, c’est le directeur de Radio M et de Maghreb-Emergent qui s’est fait arrêter et a vu ses médias ciblés par des mesures de fermeture administrative.

    Pendant ce temps, les sites d’officines de propagandes diverses continuent leur travail de sape et de mensonge. Par exemple cette insupportable diatribe antisémite déversée par le site nationaliste Algérie Patriotique, proche de certains militaires au pouvoir, à l’encontre de Benjamin Stora, s’agissant du travail de «mémoire partagée» effectué par l’historien à la demande d’Emmanuel Macron. Voilà ce que dit ce site : «La pauvre France est en droit de se faire conduire comme bon lui semble dans l’écriture de son histoire, mais le peuple algérien refuse d’emprunter ce même chemin tracé par Benjamin Stora, ses semblables et ses aïeux. Ceux-là mêmes qui furent à l’origine de la prise d’Alger, les Bacri et les Busnach – commerçants véreux convoitant l’immense trésor de la Régence pour leurs maîtres, les Rothschild, les Seillière et les Schneider.»

    Symptôme d’une société verrouillée

    Aucune réponse, aucun texte publié dans al Watan ou le Quotidien d’Oran, les deux derniers grands journaux du pays, pour soutenir Stora, pourtant célèbre et d’ordinaire respecté en Algérie. Aucune défense publique pour celui qui a tant œuvré, ces quarante dernières années, pour déconstruire la vision française romancée de la colonisation. Emmanuel Macron, ces dernières années, en reconnaissant les crimes de la colonisation, ainsi que les tortures et les assassinats de l’armée française, en Algérie, entre 1956 et 1962, a fait enfin le travail de mémoire que l’on peut attendre d’un pays démocratique, soixante ans après les faits ! L’Algérie, de son côté, après s’être libérée, n’a pas su ou voulu construire une société démocratique. Pour ces dirigeants et nombre de responsables politiques de tous bords l’histoire, comme pour Eric Zemmour chez nous, est toujours un atelier de customisation de la réalité passée.

    La résurgence d’un antisémitisme banalisé comme ce texte abject sur Benjamin Stora, resté sans réponses des figures du débat algérien, n’est qu’un signe de plus des dégâts qu’engendre une société corsetée par ses militaires et ses islamistes. En France les historiens – dont Benjamin Stora – documentent la réalité du crime colonial. La «mémoire officielle», sous l’impulsion du président, rejoint enfin la réalité historique. En Algérie, en revanche, ceux qui voudraient emboîter le pas au travail salutaire de Benjamin Stora sont réduits au silence par une frange de militaires et de nationalistes qui ne sait pas, depuis soixante ans, trouver d’autres sources de légitimité que dans le ressassement d’un passé de victime.

    SOURCE : Algérie : diatribe antisémite contre Benjamin Stora au vu et au su du pouvoir – Libération (liberation.fr) 

     



    Commentaire d’Hubert Rouaud

    Membre de l’Association 4ACG

    Et " sa guerre d'Algérie en vidéo "

    Hubert Rouaud, militant contre la guerre d’Algérie de 1957 à 1961, y a été appelé du début de 1961 jusqu’au 19 mars 1962 ; réalisateur de films de témoignages sur divers engagements anticolonialistes, il a été, au début des années 2000, l’un des premiers adhérents de l’Association Maurice Audin et de celle des Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG). 

    Un historien révisionniste  dans la commission mixte sur la guerre d’Algérie risque de faire polémique (Vidéo)

    " Je crois que tu n'as pas donné les références de l'article abjecte d'Algérie patriotique, c'est :

    https://www.algeriepatriotique.com/2022/12/26/les-magiciens-de-lhistoire-a-lassaut-de-la-memoire-nationale-algerienne/ 

    Après cet article Thomas Legrand l'a fustigé dans Libération et Algérie patriotique a répondu par un article aussi abominable que le précédent:

    https://www.algeriepatriotique.com/2023/01/05/reponse-au-journal-de-liberation-qui-accuse-algeriepatriotique-dantisemitisme/ 

    où T. Legrand est traité  de "petit journaleux au service de l'internationale sioniste" et qui est signé par un "lecteur" courageusement anonyme !

    Lire des propos d'extrême-droite sur un site algérien qui se prétend un des héritiers de la lutte pour l'indépendance, c'est consternant". 


    7 commentaires
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    Entre la France et l’Algérie

    une commission mixte d’historiens pour

    relever l’épineux défi du dialogue mémoriel

    Entre la France et l’Algérie une commission mixte d’historiens pour relever l’épineux défi du dialogue mémoriel

    Entre la France et l’Algérie une commission mixte d’historiens pour relever l’épineux défi du dialogue mémoriel

     

    " Rappelez-vous c'était le 2 septembre 2022 et je vous écrivais cet article en "devinant, comme Madame Soleil que le nostalgérique JORDI ferait partie de la Commission mixte paritaire franco-algérienne, j'aurai préféré ne pas être Mme Soleil, car le mal est fait, voir, ci-dessous l'article partiel du quotidien Le Monde Afrique ".

    Michel Dandelot

    Emmanuel Macron aura du mal à trouver des historiens français dignes de cette valeur alors il lui restera quand même Jean-Jacques Jordi...

     

    Les chefs d’État algérien et français ont récemment annoncé la création d’une commission d’historiens pour étudier la période coloniale.

    Après avoir lu le point de vue de l’historien  Fabrice Riceputi (cliquez sur son nom) vous pourrez, aujourd’hui prendre connaissance du point de vue de Pascal Blanchard (Lire plus bas) directeur adjoint de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et auteur dune Histoire de l’immigration algérienne en France.

     

    Emmanuel Macron aura du mal à trouver des historiens français dignes de cette valeur alors il lui restera quand même Jean-Jacques Jordi :

    Rappelons-nous c’était en 2010-2011-2012

    Emmanuel Macron aura du mal à trouver des historiens français dignes de cette valeur alors il lui restera quand même Jean-Jacques Jordi...

    JEAN-JACQUES JORDI L’HISTORIEN DES PIEDS-NOIRS, ADULÉ PAR LES "NOSTALGERIQUES" *** SOUVENONS-NOUS DES 1585 NOMS AJOUTéS SUR LE MéMORIAL QUAI BRANLY !!!

    Dans la catégorie de la NOSTALGÉRIE 

    La nostalgie coloniale et le révisionnisme ne se sont jamais aussi bien portés qu’au moment où l’on s’apprête à célébrer le cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie.

    La présence du maire de Perpignan, représentant de l’État, aux rencontres du Cercle algérianiste pour l’inauguration d’un centre de documentation des Français d’Algérie, véritable musée de l’OAS, auréolé du logo officiel tricolore, l’érection de stèles à la mémoire de l’OAS, la remise de la Légion d’Honneur au putschiste de l’OAS de 1961, Hélie Denoix de Saint Marc, la Légion d’Honneur à l’ancien responsable OAS Jean-François Collin (qui a dit "De Gaulle le plus grand traître de l'Histoire" : autant d’insultes à toutes les victimes de la guerre d’Algérie et dans le sens que voulait donner le pouvoir en place à l’histoire de cette sale guerre jusqu’à aujourd’hui.

    JEAN-JACQUES JORDI 

    C’est dans ce contexte d’offensive revancharde que l’hebdo de droite plutôt extrême Valeurs Actuelles fait en Novembre 2011, la promotion d’un livre dont la thèse centrale semble être : C’est lui qui a commencé ! Commis par l’historien Jean-Jacques Jordi, « Un silence d’État », les disparus civils Européens de la Guerre d’Algérie, ce livre exempte de tout crime l’OAS, qui n’aurait fait que répondre à la barbarie du FLN. Aidé dans cette mission par l’État qui a ouvert à Jordi des archives pourtant encore interdites au public. Absence totale de contextualisation dans le cadre d’une guerre d’indépendance et de libération nationale, qualifiant de « terrorisme » le combat d’un peuple pour se libérer de l’occupant. Jordi soutient que le FLN n’a fait preuve que de violence aveugle, usant et abusant de torture systématique perdurant longtemps après l’Indépendance, afin de légitimer, voire d’excuser les crimes de l’OAS et de l’armée coloniale française. Le tout à base de conditionnel, d’approximations et de témoignages pour le moins flous, des renseignements d’origine civile et privée. Il avance même l’hypothèse de collusion entre la Mission Choc, envoyée par De Gaulle et FLN, après les accords d’Evian, contre les Européens. La réécriture de l’Histoire est en marche, à moins que cette année électorale ne lui soit moins propice…