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    Rémi Kauffer : Le Pen et l'Algérie

    Historien spécialiste de l'Algérie, Rémi Kauffer a lu les Mémoires de Jean-Marie Le Pen. Il nous décrypte les silences et les oublis de l'auteur…

    « J'aurai passé ma jeunesse à voir l'armée française foutre le camp. Et à foutre le camp avec elle. » C'est vrai pour l'Indochine, où Jean-Marie Le Pen arrive après Diên Biên Phu, et l'expédition de Suez, où il gagne le surnom de « lieutenant Borniol » pour le soin qu'il met à enterrer les morts musulmans déchaussés et tournés vers La Mecque. En revanche, il participe à la bataille d'Alger dès le lendemain de l'ordre donné à la 10e division parachutiste (DP), commandée par le général Massu, de mettre fin à la campagne d'attentats lancée par le FLN.

    Rémi Kauffer Historien

    © Jacques BENAROCH/SIPA Jacques BENAROCH/SIPA / Jacques BENAROCH/SIPA

     

    Ce 8 janvier 1957, le député et officier de renseignement Jean-Marie Le Pen débarque de Zéralda avec le 1er REP, régiment de la Légion étrangère, au sein duquel il a rempilé. C'est l'une des quatre unités en pointe pour démanteler les réseaux terroristes de la Ville blanche. Sur l'action de l'armée française en Algérie, longuement évoquée dans ses Mémoires, il faut d'abord noter que Jean-Marie Le Pen ne fait état, côté « rebelles », que de bilans très sous-estimés. « Concernant les émeutes de Sétif, qui débutent le 8 mai 1945, il évoque une répression qui aurait fait 1 200 morts parmi les musulmans alors qu'il y en a eu au moins dix fois plus, note l'historien Rémi Kauffer (1), auteur de OAS, histoire d'une guerre franco-française (Seuil). Et, sur la bataille d'Alger, 1 000 alors que c'est au moins le double. » Un bilan jugé « exceptionnel » par Jean-Marie Le Pen, au regard des résultats, l'activité terroriste étant « extirpée » de la capitale à l'automne 1957.

    Le Pen ne nie pas la pratique de la torture

    « Je ne vais pas raconter la bataille d'Alger, à laquelle je pris une part mineure du début janvier à fin mars », commence Jean-Marie Le Pen, plutôt décevant, avant d'entrer dans le vif du sujet : « Je vais régler pour commencer quatre questions : qu'est-ce que j'ai fait pendant la bataille d'Alger, qu'est-ce que la 10e DP a fait, ai-je torturé, a-t-elle torturé ? » Cantonné à la villa des Roses, il se livre avec son unité à des arrestations, des barrages, des perquisitions, mais, précise-t-il, s'il est officier de renseignement, il l'est au niveau de sa compagnie – « les interrogatoires que l'on va dire “spéciaux” n'étaient pas de mon ressort ». Ceux-ci se pratiquent au PC du régiment, villa Sésini, où Le Pen écrit n'être passé qu'une fois, pour se faire décorer de la croix de la valeur militaire par Massu et y boire une coupe de champagne, « pas dans les bureaux aux heures ouvrables ». Une précision apportée pour réfuter le témoignage du général Aussaresses, qui affirme l'y avoir vu plus actif. Dans la nuit du 16 au 17 janvier 1957, rentrant de mission, celui-ci écrit dans son terrible livre Services spéciaux : « C'était Borniol qui était de permanence. » Et d'en tracer un portrait cinglant, « d'une grande rigueur quand il était de service [...], mais qui passait pour être turbulent. On disait qu'il affectionnait de se défouler en déclenchant des bagarres dans les lieux les plus chics. » Ce détail des Mémoires d'Aussaresses sur sa présence, moins anecdotique qu'il ne l'écrit, à la villa Sésini, haut lieu de la torture à Alger, semble irriter Jean-Marie Le Pen. Il s'en débarrasse en le traitant d'« affabulateur alcoolique, pilier de bar désireux de se faire valoir ».

    Le mémorialiste Le Pen ne nie pas la pratique de la torture : « Alors oui, l'armée française a bien pratiqué la question pour obtenir des informations durant la bataille d'Alger, écrit-il, mais les moyens qu'elle y employa furent les moins violents possible. Y figuraient les coups, la gégène et la baignoire, mais nulle mutilation, rien qui touche à l'intégrité physique. » A-t-il lui-même torturé ? Sa défense est chantournée. Il reconnaît avoir déclaré au journal Combat le 9 novembre 1962 : « Je n'ai rien à cacher. Nous avons torturé en Algérie parce qu'il fallait le faire. » « Le nous, précise-t-il aujourd'hui, désigne l'armée française dont je suis solidaire, non pas moi et mes camarades, qui n'étions nullement chargés, je le répète, des interrogatoires spéciaux. » Il ne les fuit pas non plus. Quand le colonel Jeanpierre, chef du 1er REP, lui propose de le muter pour éviter « d'avoir à en connaître », le lieutenant Le Pen refuse en répliquant : « Mon colonel, ils vous couvrent de boue et la grande muette ne peut pas répondre. Moi, redevenu parlementaire, je serai libre de parler, je serai son porte-voix. » « Qu'il n'y ait pas participé est plausible, estime Rémi Kauffer. Il faut rappeler que, pour Massu, la position de député de Le Pen était une source d'ennuis, qu'il lui arrive quelque chose ou qu'il se laisse aller à des débordements. Le chef de la 10e DP ne lui a probablement pas confié de missions spéciales. Ce qui n'empêche pas les initiatives personnelles. »

    Jean-Marie Le Pen a obtenu la condamnation des différents journaux qui, au fil des années 1980, ­l'accusaient d'avoir torturé à Alger. Mais, en 2005, il échoue devant la Cour de cassation contre Le Monde et sa journaliste Florence Beaugé, qu'il poursuivait pour diffamation. Trois ans plus tôt, deux jours avant le second tour de l'élection présidentielle où il est le challenger de Jacques Chirac, le journal a publié le témoignage de Mohamed Chérif Moulay. Celui-ci raconte comment, dans la nuit du 2 mars 1957 (il avait alors 12 ans), un groupe de parachutistes commandé par le lieutenant Le Pen a fait irruption au 7, rue des Abencérages, ruelle de la casbah, frappé et torturé son père, Ahmed Moulay, 42 ans, qui meurt, foudroyé par une décharge électrique. Le jeune garçon n'a pas eu de peine à reconnaître le lieutenant Le Pen, dont la photo est publiée dans les journaux lorsqu'il est décoré. Mais, d'après lui, lors de cette visite nocturne, celui-ci a perdu son couteau, les parachutistes revenant à deux reprises pour tenter de le retrouver, en vain, la famille l'ayant caché. C'est cette arme qui sera produite lors de l'une des audiences du procès qui l'oppose au Monde. Il s'agit d'un couteau original « en acier trempé long de 25 centimètres et large de 2,5 centimètres ». Un poignard des Jeunesses hitlériennes sur le fourreau duquel sont gravés ces mots « JM Le Pen, 1er REP ». « C'est du bidon, du bidon évidemment bidon  », écrit Jean-Marie Le Pen, dénonçant dans ces accusions récurrentes « une machination politique contre un parti qui avait le vent en poupe ».

    1. Dernier ouvrage paru : « Les Maîtres de l'espionnage  » (Perrin, 2017).

    SOURCE : http://www.lepoint.fr/edition-abonnes/remi-kauffer-le-pen-et-l-algerie-23-02-2018-2197454_2913.php 

    Rémi Kauffer : Le Pen et l'Algérie

    Rémi Kauffer : Le Pen et l'Algérie

    Un poignard des Jeunesses hitlériennes sur le fourreau duquel sont gravés ces mots « JM Le Pen, 1er REP ».

    Le Pen est de l'"ancien-ancien" monde, celui de Pétain, Laval et de l"État français"
    Cette galaxie est bien décrite par René Monzat dans son livre de 1992 "Enquête sur la droite extrême". A l’occasion de la sortie de son « torchon » le 1er mars prochain je lui dédie cette chanson ainsi qu’à tous les collabos de la fachosphère…

    Ayons un souvenir pour ce jeune imitateur trop

    tôt disparu Thierry Le Luron :

     

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    Nos Justes à nous : Georges Arnaud, l’homme dont le procès se transforma en réquisitoire contre l’occupation française de l’Algérie    Par M.A. Boumendil

    Nos Justes à nous : Georges Arnaud, l’homme dont le procès se transforma en réquisitoire contre l’occupation française de l’Algérie

    De son vrai nom Henri Girard, Georges Arnaud est l’auteur du bestseller mondial, « Le salaire de la peur », et de nombreux autres ouvrages à succès. Homme des causes justes, alors qu’il exerçait comme journaliste à Paris, il a été traduit en justice en 1960, accusé de non dénonciation de Henri Jeanson, recherché pour haute trahison, son réseau participant activement au financement du FLN. Il sut transformer son procès, dont il fit un livre, en réquisitoire contre la guerre menée par la France en Algérie. 

    En 1960, Georges Arnaud assiste à une conférence de presse donnée par Henri Jeanson, à l’époque recherché pour haute trahison car son réseau finance le FLN avec ses porteurs de valises qui transmettent mensuellement quelque 400 millions de centimes à l’organisation indépendantiste algérienne, à travers la Fédération de France du FLN. (Lire aussi: Colonialisme et guerre d’Algérie: nos Justes à nous)

    Georges Arnaud est le seul journaliste français présent au milieu d’une quinzaine d’envoyés étrangers. Le pouvoir lui reproche de ne pas avoir dénoncé Jeanson, de protéger ses sources et au bout du compte d’être un irréductible opposant à la guerre menée en Algérie.

    Arrêté et jeté en prison, il transforma son procès en tribune politique, faisant de l’Etat français et de sa guerre d’Algérie les véritables accusés. Il reçoit le soutien de Joseph Kessel, Jean-Paul Sartre, Jacques Prévert, François Maspero, André Frossard, Pierre Lazareff et de nombreuses autres personnalités.

    Chacun s’élève à la fois contre la tentative de violation du secret professionnel, dont Arnaud bénéficie en tant que journaliste et, de plus en plus, contre la pratique de la torture en Algérie qui constitue le véritable enjeu de cette affaire.

    Georges Arnaud passera deux mois en prison. Il profitera du scandale occasionné pour demander non seulement son acquittement mais aussi des excuses de la part de l’armée. Son procès, qui se tient devant le tribunal permanent des forces armées de Paris, aboutira à une condamnation en sursis à deux années d’emprisonnement, verdict qui sera ensuite annulé par la Cour de cassation.

    Nos Justes à nous : Georges Arnaud, l’homme dont le procès se transforma en réquisitoire contre l’occupation française de l’Algérie

    Il en tirera un livre, « Mon procès », publié aux Editions de minuit, qui est la simple reproduction de tous les échanges verbaux de ce procès, depuis les interventions de la kyrielle de témoins de moralité jusqu’aux plaidoiries du bataillon d’avocats au premier rang desquels ferraillait le célèbre maître Vergès, lui aussi très impliqué dans cette lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

    On y reconnait en l’auteur un exemple probant d’intellectuel engagé et même activiste, un agitateur politique bien ancré à gauche et ayant permis notamment de mettre en exergue la notion déontologique de « secret professionnel » dans le journalisme.

    Henri Girard, alias George Arnaud, qui a échappé à l’échafaud au début des années 40 pour un triple meurtre dans sa propre famille et dont il sera finalement acquitté, a une solide réputation de flambeur.

    Souvent invité à Alger au temps du président Boumediène qui le recevait régulièrement, ce personnage pittoresque mourra d’une crise cardiaque à Barcelone, en 1987.

    Il aura passé sa vie à traquer les injustices, à dénoncer les erreurs judiciaires en parallèle à sa carrière d’écrivain, marqué sans doute par ses jeunes années, où lui-même avait failli perdre la vie dans une affaire scabreuse où il s’est retrouvé accusé.

    SOURCE : http://www.algeriemondeinfos.com/2018/02/23/nos-justes-a-georges-arnaud-lhomme-dont-proces-se-transforma-requisitoire-contre-loccupation-francaise-de-lalgerie-m-a-boumendil/

     

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    La question de la réparation

     est aujourd’hui primordiale

    La question de la réparation  est aujourd’hui primordiale

    L’intellectuel franco-algérien évoque comment ce nouveau livre s’est imposé à lui, et il explicite l’approche qu’il a choisie pour porter sous les projecteurs le Mieux vivre ensemble en France.

    La question post-coloniale et le déni de mémoire abordés dans le livre, ainsi que l’exigence de réparation trouvent toute leur pertinence et prennent d’autant plus de sens depuis la récente et inattendue décision du Conseil constitutionnel en faveur d’une réparation de toutes les victimes de la guerre d’Algérie.

    Voilà de quoi alimenter les débats sur des questions sensibles mais combien d’actualité de part et d’autre de la Méditerranée qui, dans le meilleur des cas de figure, devraient aboutir à la prise de mesures officielles pour enfin apaiser et réconcilier les mémoires et aussi construire ce «partenariat d’exception» formulé dans des discours circonstanciels. 

    Expliquez-nous ce que vous entendez par Le poison français, titre de votre dernier ouvrage** ? 

    Le poison, c’est le racisme dans une des sociétés les plus avancées au monde. Ce racisme a une double particularité. Il est omniprésent, sur le marché du travail, l’accès aux logements et aux loisirs, le contrôle au faciès, et il est surtout invisible. On n’a jamais voulu le mesurer de peur de révéler l’ampleur de son étendue, débouchant sur des dispositifs de lutte très peu efficients. 

    C’est pourquoi il est d’abord un ressenti qui s’exprime de manière insidieuse comme un poison qui s’infiltre et asphyxie toutes les strates de la société française. Un grand nombre de citoyens français vit au quotidien ce racisme malveillant ancré dans les préjugés et les stéréotypes. On ne peut plus le cacher, ces citoyens sont souvent musulmans, fils et petits-fils d’ex-colonisés.

    Quels en sont les origines et les fondements ? 

    Dans cet ouvrage, je démontre que ce poison s’appuie en fait sur quatre sphères. Tout d’abord, il y a un déni de la mémoire historique collective, avec une difficulté à assumer les conséquences de la colonisation française en Algérie.

    Ensuite, l’emprise d’une islamophobie millénaire qui s’enracine dans les écrits des principaux grands penseurs français. Ainsi que la question palestinienne qui gangrène la société, avec aujourd’hui un palier supplémentaire franchi en faisant porter aux musulmans la charge d’être les nouveaux porteurs de l’antisémitisme français. Enfin, l’échec du modèle assimilationniste proposé s’écroule dans ses fondements républicains en faisant subir un poison terrible à ses enfants.

    La reconnaissance officielle et solennelle par le plus haut représentant de l’Etat français des crimes coloniaux pourra-t-elle suffire pour répondre à cette exigence de réparation ? 

    Le processus de réconciliation doit se construire sur des bases solides et claires. Le premier pas consiste à travailler en amont sur la représentation de l’autre. La reconnaissance des crimes du passé est aussi une étape importante vers la réconciliation. Elle doit déboucher non pas sur une repentance stérile, mais sur une réparation politique et financière qui permettra ainsi d’ancrer définitivement la construction d’une société nouvelle, où le terreau du poison sera en grande partie neutralisé.

    La France ne doit plus être otage de ce passé. «Ce qui est important, c’est la reconnaissance de la souffrance, qui passe aussi par une réparation matérielle.» Ce n’est pas moi qui le dis, mais le président du CRIJF (Conseil représentatif des institutions des juifs de France), M. Kalifat, qui, à juste titre, explique pourquoi l’Allemagne vient récemment d’annoncer le versement d’indemnités à des juifs originaires d’Algérie victimes de mesures antisémites de la France de Vichy. Alors pourquoi ne pas le faire pour les Algériens sinon de continuer de les considérer comme inférieurs.

    L’ex-puissance coloniale, protégée par les lois d’amnistie promulguées au lendemain de la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, peut-elle être poursuivie pour crimes contre l’humanité, par exemple devant la Cour internationale de justice? 

    Les Accords d’Evian sont bien sûr pour l’instant un frein juridique à de telles poursuites. Mais les choses bougent et continueront de bouger alors qu’on pensait l’affaire close. Les amnisties successives ont malheureusement surtout servi, sous couvert de tourner une page du passé, à blanchir les tortionnaires de cette colonisation effroyable. C’est pourquoi, en l’état, la question de la réparation est aujourd’hui primordiale. Avec la décision du Conseil constitutionnel du 8 février 2018, un pas officiel semble avoir été fait vers cet apaisement, en l’élargissant aux victimes non-françaises.

    Que recouvre, selon vous cette exigence de réparation que vous présentez dans votre ouvrage ? 

    Tout d’abord, je voudrais signaler que la réparation des victimes algériennes de la guerre d’Algérie est un sujet qui a toujours été important pour moi et a constamment fait partie de mes écrits. L’actualité me donne aujourd’hui «un peu» raison. J’ai toujours interpellé à ce sujet d’autres auteurs et intellectuels qui se complaisaient à se limiter à la repentance du pays colonisateur. L’Algérie et les Algériens n’ont que faire de la repentance.

    La repentance ne permet pas clairement de circonscrire les crimes et les responsabilités sinon de dire que ce n’était pas bien sans véritable impact sur la mémoire des victimes et des ayants droit. L’Algérie n’est pas exempte de critiques. Elle agit comme si elle était anesthésiée ou plutôt qu’elle s’accommodait de ce déni de mémoire pour préserver une prétendue relation privilégiée avec la France.

    Cette posture est obsolète car elle fracture à sa manière sur le sol algérien la mémoire des victimes et sur le sol français une perpétuation de la stigmatisation des citoyens d’origine algérienne. Aujourd’hui plus que jamais, l’Etat algérien doit se réveiller un peu et mettre l’énergie nécessaire pour assumer ses responsabilités et faire bouger les lignes.

    Les pouvoirs politiques et le mouvement associatif algériens disposent de vrais patriotes qui peuvent relever le défi à condition de ne peut plus refouler leur mémoire et croire en une exigence de justice et de dignité retrouvée. L’enjeu est au niveau de la reconnaissance et de la réparation politique et financière des crimes et des souffrances injustes subies par les trop nombreuses victimes algériennes.

    L’Algérie ne peut plus passer à côté de cette revendication au risque qu’elle ne soit plus comprise. Tous les grands pays colonisateurs ont entamé cette démarche de réparation, tels que l’Italie, l’Allemagne, l’Australie. J’ajouterai aussi que dans cette guerre de Libération de l’Algérie, toutes les victimes ont pu prétendre à une indemnisation, Français d’Algérie, harkis, juifs d’Algérie victimes de Vichy…

    Toutes, sauf les Algériens, c’est-à-dire les principales victimes. C’est choquant ! Espérons que la décision du Conseil constitutionnel vienne mettre un terme à ce terrible déni.

    Des dirigeants et personnalités politiques français, et parmi eux avancent les «bienfaits» de la colonisation et les souffrances de Français d’Algérie. L’argument vous semble-t-il recevable ? 

    Absolument pas. Il suffit de lire les historiens spécialistes de cette période pour en convenir. De quels bienfaits parle-t-on ?

    D’infrastructures, d’écoles, de routes ? Elles étaient souvent interdites aux Algériens. Au temps où les Français étaient analphabètes en grand nombre, l’Algérie disposait d’un taux de scolarisation supérieur à la France grâce aux écoles coraniques. Il y avait plus d’écoles en Algérie qu’en France. Le paradoxe de cette mission civilisatrice est qu’en un peu plus d’un siècle, 90% de la population algérienne sont devenus analphabètes en arabe et bien sûr en français.

    Lorsque la France a quitté le territoire algérien, il y restait une poignée de médecins ou d’ingénieurs algériens. L’ethnologue Germaine Tillion a fait sa thèse dans les Aurès à la fin des années 1930. Elle a confirmé la clochardisation des Algériens par la colonisation qui avait détruit la culture paysanne traditionnelle, excluant cette population de l’instruction et surtout l’affamant dans sa grande majorité. Je ne nie pas les souffrances qu’ont pu connaître les victimes françaises, qui peuvent être évaluées à environ 30 000 personnes.

    Il s’agissait d’une réalité tragique, d’une guerre d’une rare violence avec un peuple dominé et exploité qui se rebellait, avec des moyens limités contre un ordre colonial qui exploitait et terrorisait toute une population, car il la considérait comme inférieure principalement parce que musulmane… On tente souvent, en France, de tromper la lecture de la réalité historique.

    C’est incontestable, le bilan des victimes est totalement asymétrique entre les Européens d’Algérie et les Algériens. Je refuse d’accepter cette idée que tout s’équivaut pour noyer la responsabilité principale de la France dans sa tragédie algérienne où l’ignominie de ses crimes est indiscutable.

    Celle d’avoir massacré, colonisé et martyrisé pendant cent-trente-deux années tout un peuple qu’elle a exploité et dominé en les considérant comme des sous-hommes. Selon les historiens français, les victimes algériennes ont été évaluées à près de 10% de la population totale, soit près d’un million de morts entre 1830 et 1962, sans compter les nombreuses victimes violées (200 000), torturées ou ayant péri par les enfûmades, sans oublier les 200 000 morts dus aux conditions de détention dans les camps de regroupement, il suffit de relire le rapport de Michel Rocard. A cela s’ajoutent les effets et les conséquences catastrophiques des essais nucléaires en Algérie sur les populations et les paysages.

    Comment expliquez-vous l’incapacité, voire le refus de la France de regarder son histoire en face, un demi-siècle après l’indépendance de l’Algérie ? 

    Parce que dans l’essence du poison, ses vecteurs de diffusion sont liés. C’est ce qui, pour la première fois, est démontré dans mon livre. Le déni de l’histoire coloniale est alimenté par l’islamophobie millénaire qui est renforcée elle-même par le traumatisme du conflit au Moyen- Orient avec la question de l’indépendance de la Palestine et le choix suicidaire du modèle assimilationniste. Tout est lié, ces quatre thèmes constituent un fil rouge qui alimente le poison dans une fracture qui «s’auto- nourrit» tout en écroulant les fondements républicains.

    D’après vous, pourquoi ce modèle «assimilationniste» s’est-il maintenu malgré tout en France ? 

    Parce que le modèle français d’intégration est construit d’une manière stratégique dans le sens où il nie vos spécificités, soi- disant pour une égalité, alors qu’en réalité, il vous renvoie d’une manière insidieuse vos différences pour mieux vous faire sentir que vous êtes toujours un peu étranger quand vous vous appelez Louisa, Malika, Hafidh, Nasser ou Mohamed.

    Ce modèle est d’autant plus pernicieux qu’il repose sur certains acteurs de la population maghrébine, que j’ai désignés dans l’ouvrage par le terme «les Bounty de la République». C’est l’un des moyens les plus sournois du processus d’assimilation : utiliser au sein de cette population maghrébine des individus capables de vanter à excès le modèle assimilationniste.

    La France a toujours utilisé ces porte-drapeaux, un peu comme avec les harkis qui savaient qu’ils étaient les faire-valoir de l’Algérie française. On comprend bien ce phénomène en relisant les conseils d’Alexis de Tocqueville qui, dans son rapport parlementaire sur l’Algérie (24 mai 1847), explique comment mieux dominer et exploiter ces colonisés. Il préconise l’utilisation des corps indigènes comme instrument de la domination. Les conseils de Tocqueville sont surprenants par leur acuité.

    Le système, hier comme aujourd’hui, accueille ces «Bounty» avec la même stratégie, celle de les utiliser pour mieux servir un système qui exploite leurs frères et sœurs. On voit bien que cette stratégie d’instrumentalisation n’est pas fortuite, elle est pensée et réfléchie depuis près de deux siècles.

    Le plus fâcheux peut-être c’est qu’en Algérie il reste quelques nostalgiques de l’Algérie française ou encore liés à la France par des liens matériels justifiant l’absence de demande de reconnaissance et de réparation pour tous les crimes commis à grande échelle par la France contre les indigènes algériens. J’ai foi dans le patriotisme qui existe dans le cœur des Algériens, en particulier chez les jeunes qui souhaitent ardemment mieux comprendre.

    Que pensez-vous de cette «invitation», comme l’a renouvelé le président Macron à Alger, à l’adresse des jeunes Algériens à tourner la page du passé (au motif qu’ils ne l’ont pas vécu), et à construire un avenir commun ? 

    Le président Macron devrait comprendre que la jeunesse en France et en Algérie ne peut s’inscrire dans l’avenir si elle ne sait pas d’où elle vient, ni ce qui s’est passé. Tout effacer pour ne pas assumer ses responsabilités, c’est embrouiller la clairvoyance de la jeunesse et non le contraire, comme il le prétend.

    Ce qui m’inquiète davantage aujourd’hui et complexifie encore l’équation d’intégration de ces citoyens français de confession musulmane est le glissement dangereux d’un engagement citoyen antisioniste, défendant l’autodétermination des peuples et notamment le peuple palestinien, à une qualification d’antisémite, interdisant ainsi toute condamnation des actions coloniales entreprises par Israël.

    Les musulmans de France, avec une majorité de citoyens d’origine algérienne, sont aujourd’hui plus que jamais dans le viseur comme porteurs du nouvel antisémitisme français, alors qu’ils sont sémites et simplement solidaires du peuple palestinien contre l’idéologie coloniale sioniste. Cette solidarité naturelle entre ces ex-colonisés algériens et les Palestiniens victimes du dernier Etat colonial de la planète est inévitable. C’est pourquoi l’Algérie est aussi un peu dans le viseur de certains qui auraient un intérêt à la déstabiliser.

    En quoi votre analyse offre-t-elle un nouvel éclairage sur ce «poison» ? 

    Pour la première fois, me semble-t-il, les questions sont posées de manière explicite pour envisager les vrais débats avec l’objectif principal de proposer de les résoudre. Ainsi, après le décryptage de la genèse du poison, la nouvelle approche de ce livre est de proposer des mesures concrètes, que l’on retrouve dans la lettre au président de la République française, qui je l’espère, saura y donner un peu d’attention, dans un dialogue franc, dépassionné et concret loin de l’idée de ni déni ni repentance, posture souvent édictée pour ne rien faire et espérer que le temps fera taire les revendications des victimes et des ayants droit.

    Ce livre ose aussi ouvrir des portes que l’ordre établi souhaite fermer à jamais pour faire taire les consciences. Le temps sera un facteur aggravant et non apaisant, comme on l’espère depuis près de soixante ans, car il imprimera au fond des mémoires des cicatrices profondes. C’est pourquoi il est urgent d’agir pour un apaisement franc et honnête.

    Conscience, ressenti, cri du cœur… C’est un ouvrage très personnel que vous nous livrez ? 

    Il me fallait écrire cet ouvrage pour moi et pour tous les autres. Ce poison français aurait pu me dévorer de l’intérieur. Accoucher de ce livre est une forme d’exigence d’un devoir de transmission mais aussi de thérapie. Sa source principale vient de l’accumulation, depuis près de cinquante années, de stigmates d’une société qui me renvoie souvent l’image d’un Français pas tout à fait comme les autres. Je suis conscient d’avoir eu beaucoup de chance dans mon parcours. Je suis certain que je dois beaucoup aussi à cette France qui a su m’adopter en me donnant des repères de rigueur, de générosité et d’envie. L’ingratitude n’est pas de mise.

    C’est pourquoi je suis allé chercher au fond de moi ce que j’ai vécu et ressenti depuis tant d’années comme un cri du cœur tout en privilégiant l’analyse en profondeur des constituants du poison, loin des approches partisanes, pour espérer un mieux vivre ensemble. Dans un esprit sans compromissions, j’ai proposé une grille de lecture exigeante ayant pour seul objectif de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le système français. J’ai aussi essayé de lutter contre cette autocensure pour ne pas me travestir afin de mieux révéler l’ancrage de ce poison, insidieux mais puissant dans les mémoires.

    Si aujourd’hui la France ne prend pas la mesure des enjeux présents, il existe un risque que la société française se fracture profondément, sans même exclure une explosion violente entre les composantes de la population. J’ai envie de croire que la France a les moyens de se ressaisir.

    Il faudra pour cela une volonté réelle et l’envie d’unir et de rassembler tous ses citoyens sous la bannière républicaine. Non plus dans le deux poids, deux mesures, mais dans un engagement total et vrai : dans le droit et les faits permettant de construire une mémoire commune.

    * Le poison français. Suivi de Lettre au Président de la République. Préface de Roland Dumas, ex-président du Conseil constitutionnel, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères. (Editions ENA, décembre 2017).

    Bio express :

    Le poison français. Suivi de Lettre au président de la République. Préface de Roland Dumas, ex-président du Conseil constitutionnel, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères. (Editions ENA, décembre 2017).

    Il est également l’auteur de Si Zeghar, l’iconoclaste, la véritable histoire de Rachid Casa (Editions ENA, octobre 2014) ; Risque Algérie et stratégie de développement, 1830 -2030 (Editions L’Harmattan, Paris, mars 2012) ; Epistémologie du Risque (Editions L’Harmattan, Paris, mars 2011), Risque pays et stratégies d’entreprises. Préface de B. Marois, HEC Paris (Editions Editions ENA, Paris, janvier 2005)...

    SOURCE :  http://www.elwatan.com/hebdo/france/la-question-de-la-reparation-est-aujourd-hui-primordiale-23-02-2018-363151_155.php 

     

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    Que de mystères… voilà mon copain Jacques Cros de Cessenon-sur-Orb qui me parle d’un matériau mystérieux pulvérisé dans le parc de sa cité… Voilà Jean-Claude Le Breton, un ancien d’Algérie qui parle de mystérieuses piqûres : « je ne sais pas ce que l’on nous donnait dit-il, je ne connais pas le contenu de certaines piqûres. Une chose est sûre, nous n’étions pas nous-mêmes ». C’est la première fois que j’entends parler de ces piqûres… Et vous les anciens d’Algérie, pouvez-vous me donner une explication… J’ai bien entendu parler du fameux bromure voici, à ce sujet une petite histoire…

    Vous vous souvenez du bromure ?

    Que de mystères…

    « Je viens d’une planète où les garçons faisaient leur service militaire et où on parlait encore du bromure !

    La première fois, j’avais dû entendre ce mot dans une blague ou une phrase quelconque, et c’était mon père qui m’avait expliqué ce que c’était. Lui qui avait fait la guerre d’Algérie et était coincé pour deux ans. Le bromure, perversité des perversités, était parait-il mélangé à la nourriture.

    Son but étant bien entendu d’empêcher les militaires d’aller courir le guilledou, ou d’avoir des pulsions bizarres, ou encore d’aller attraper des trucs bizarres chez les filles à soldat !

    Diantre ! C’est que les hommes devaient être de sacrés bestiaux à l’époque ! Regardez un peu la définition de Wiki :

    Le bromure est aussi un puissant anaphrodisiaque, c’est-à-dire qu’il ôte l’envie d’avoir des rapports sexuels ou même de se masturber. Il fut longtemps mis dans les plats des soldats. 

    Ah ben oui ! Même tous seuls ils n’avaient pas le droit de s’amuser !

    Moi je trouvais ça incroyable, d’autant que d’après ce que mon père me racontait, la plupart des soldats n’étaient pas des animaux en rut ! Et puis ces façons d’administrer des produits chimiques aux gens à leur insu !

    Puis vint le jour où j’ai eu un copain, comme il se doit à l’âge où il doit faire son service militaire, mais quelle horreur, et quel drame pour des tourtereaux qui se prennent déjà pour Roméo et Juliette et ne supportent pas la séparation !

    C’est donc là, durant une perm, que j’entends à nouveau parler du bromure ! Je trouvais ça scandaleux qu’on fasse des trucs comme ça à mon petit copain, non mais ! C’est quoi cette atteinte à la liberté sexuelle ?

    Pourtant mon papa m’avait dit que ces pratiques n’existaient plus depuis que les soldats avaient de nombreuses permissions !

    En réalité je n’ai jamais su si le bromure avait servi d’excuse pour justifier une panne !


     Mystère et boule de gomme

    Que de mystères…

    SOURCE : http://cessenon.centerblog.net/6572492-mystere-et-boule-de-gomme

     

    L’autre jour en traversant le parc de la cité où j’habite j’ai été intrigué par quelque chose de bleu répandu sur le sol devant le banc situé à l’avant du bâtiment 2. On dirait qu’on a pulvérisé un matériau friable ce qui a produit comme des gravats. Ce n’est pas très étendu, une cinquantaine de centimètres dans sa plus grande dimension. 

    Qu’est-ce ? Eh bien je l’ignore ! On trouve assez souvent dans le parc une bouteille vide ou une boîte ayant contenu de la boisson, le reste d’un paquet de cigarettes ou d’autres détritus, quelquefois apportés par le vent. 

    Là évidemment ce serait assez mystérieux et il n’est pas facile d’identifier la matière qui compose ces gravats ni bien sûr comment ils se sont formés et pourquoi à cet endroit !

    Que de mystères…

    Treffrin. « En Algérie, on nous a volé notre jeunesse »

     

    Que de mystères…

    Jean-Claude Le Breton, en Algérie, où il a été appelé à combattre en 1960. Cette année encore, il coordonnera la cérémonie de Treffrin. | Ouest-France

     

    Le 19 mars, la Fnaca commémorera la fin des hostilités au Maghreb et rendra hommage aux Poilus, à Tréffin (Côtes-d'Armor). Une cérémonie nécessaire pour Jean-Claude Le Breton.

    Les gens d’ici

    Jean-Claude Le Breton est un personnage dans la commune. Passionné de vie associative, on le retrouve un peu partout : au club de foot (qu’il va contribuer à relancer), au comité des fêtes, aux anciens d’Algérie, etc.

    Membre de la Fédération nationale des anciens combattants Algérie Maroc Tunisie (Fnaca) et maître de cérémonie des commémorations, le Treffrinois évoque la guerre d’Algérie sans langue de bois.

    « Nous n’étions pas nous-mêmes »

    Jean-Claude Le Breton est appelé à combattre en 1960. Il a alors 20 ans et est employé de l’imprimerie Troadec. Aujourd’hui, il n’hésite pas à l’affirmer : « On nous a volé notre jeunesse. » Il est incorporé à Dinan, pour ses classes, puis « ce sera Marseille, l’embarquement et l’arrivée en Algérie où je rejoins le 43e bataillon d’infanterie de Marine ».

    Là, il retrouve quelques Bretons, un de Lamballe, un autre de Plonévez-du-Faou et Pierrot Beller, du secteur de Carhaix. « Le régiment était basé à Philippeville, dans la baie de Colo. Comme nous bougions beaucoup, j’ai fait tout le Constantinois », au nord-est de l’Algérie.

    Sur les opérations, il ne fait pas de grands discours. En revanche, « je ne sais pas ce que l’on nous donnait, je ne connais pas le contenu de certaines piqûres. Une chose est sûre, nous n’étions pas nous-mêmes ». Les missions s’enchaînent, de nuit, à la recherche de renseignements… Puis, le 19 mars 1962 arrive. Jean-Claude Le Breton raconte : « J’étais là-bas, cela a été un soulagement, puis, presque tout de suite, mon régiment a été dissous. »

    Mais la guerre d’Algérie laisse des séquelles. Son plus mauvais souvenir : « J’ai vu une section décimée, dix-sept copains, j’y pense encore. » Il y a aussi des bons souvenirs, comme le couscous et l’amitié avec les harkis. « Je trouve déplorable, qu’à la fin de la guerre on les a laissés tomber. »

    De retour à Carhaix, il crée la section Fnaca. Puis il s’installe à Treffrin, où il adhère immédiatement à la section locale. « Cette année, le 19 mars sera particulier, car nous recevrons toutes les sections du secteur, de Plévin à Locarn. » Une cérémonie qui rendra hommage aux Poilus. Après les honneurs aux anciens d’Algérie, la chorale Chantaccord interprétera Verdun, ou encore La Madelon.

    SOURCE : https://www.ouest-france.fr/bretagne/treffrin-22340/treffrin-en-algerie-nous-vole-notre-jeunesse-5582851 

     

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    Hier je vous ai parlé des multiples condamnations de Jean-Marie Le Pen, car son « torchon » qui sort le 1er mars nous apprend rien on sait tout, visitez mon blog il n’y a pas moins de 30 articles concernant le tortionnaire de la bataille d’Alger, alors aujourd’hui je vous apporte (en vrac) toutes une série d’infos glanées sur le Web… (en rapport ou non). Bonne lecture…


    Jean-Marie Le Pen a déposé un livre consacré à ses mémoires qui paraîtra au mois de mars. De quoi s’agit-il ? Pas de mea culpa à délivrer, ni de remords, ni de regrets, rien de tout ça. Il bombe le torse, comme à son habitude, de rancœur, de haine qu’il éprouve envers tous les Algériens. «Fils de la nation» est le titre du premier tome, à paraître aux éditions Miller, dévoilé en exclusivité par le journal Le Parisien. Ce monsieur, dans la partie réservée à la colonisation, nie qu’il y a eu torture en Algérie : «On a parlé de torture. On a flétri ceux qui l’avaient pratiquée. Il serait bon de définir le mot. Qu’est-ce que la torture ? Où commence-t-elle ? Où finit-elle ? Tordre un bras, est-ce torturer ? Et mettre la tête dans un seau d’eau (…) Oui, l’armée française a bien pratiqué la question pour obtenir des informations durant la bataille d’Alger, mais les moyens qu’elle y employa furent les moins violents possible» (sic). Il ne s’embarrasse pas d’épithètes doucereux, ni de formulations bien enveloppées, un éléphant dans un magasin de porcelaine, il reprend les termes de ses responsables d’alors, pour justifier l’injustifiable et pour rendre humain l’inhumain. C’étaient les ordres et en bon soldat il fallait les exécuter, un point c’est tout. Questionnez Louisette Ighilahriz, Djamila Boupacha, sur ce qu’elles ont subi et ceux qui les ont torturées. Posez la question à bien des militants et militantes détenus dans les différents lieux de détention à Alger et ailleurs. Ils vous répondront : «Nous avons été traités comme des animaux». Par quel instrument Le Pen a-t-il fait du bien aux Algériens, en les accablant de sévices avilissants. Il les a tous utilisés. Tous pratiqués. Tous testés. Il s’avère que la torture, qui a été systématisée durant la guerre d’Algérie, n’a pas été celle qu’on croyait. Le Pen a été un bon samaritain qui recevait les ordres de ses supérieurs et les appliquait. Quant aux Algériens, ils se souviendront, tant que durera la vie, de Le Pen et des tortures qu’il leur a fait subir…

    Mais Jean-Marie Le Pen c’est aussi chaque 1er mai en France la fête de Jeanne d’Arc, alors l’info que je vais vous faire part ne lui fera pas forcément plaisir…

    Commémoration de la fête de Jeanne d'Arc le 1er mai 2017 Jean-Marie Le Pen apporte son soutien à sa fille, il faut dire que c’était avant son éviction du FN…

    Eh Jean-Marie !!!  tu l’aimes bien celle-ci

     de Jeanne d’Arc ?

    Aujourd’hui je vous apporte (en vrac) toutes une série d’infos glanées sur le Web… Bonne lecture !!!

    Jeanne d’Arc incarnée par une métisse. Enquête ouverte après des insultes racistes

    La jeune femme qui doit incarner Jeanne d’Arc lors des fêtes Johanniques en 2018 a été victime d’insultes racistes sur les réseaux sociaux dès l’annonce de sa participation. Le procureur de la République d’Orléans a ouvert une enquête préliminaire pour « incitation et provocation à la haine raciale ».

    La future Jeanne d’Arc des fêtes Johanniques d’Orléans, Mathilde Edey Gamassou, a été la cible d’injures racistes sur les réseaux sociaux dès que son identité a été révélée lundi 19 février. Face à ce déferlement de propos insultants, le procureur de la République d’Orléans a ouvert une enquête préliminaire pour « incitation et provocation à la haine raciale », révèle France Bleu ce vendredi 23 février.

    Deux comptes Twitter aux propos racistes sont visés par la procédure. L’identité des utilisateurs de ces comptes va devoir être trouvée par les enquêteurs pour que les poursuites aient lieu.

    La jeune femme avait reçu mercredi 21 février le soutien de Marlène Schiappa sur Twitter. « La haine raciste de la fachosphère n’a pas sa place dans la République française », a écrit la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

    Le maire d’Orléans Olivier Carré a lui aussi utilisé les réseaux sociaux pour venir à la défense de celle qui défilera dans les rues de la ville avec ses deux pages le 8 mai prochain. L’élu a en effet estimé que Mathilde Edey Gamassou avait tout pour endosser le costume de Jeanne d’Arc puisqu’elle « évoque son courage, sa foi et sa vision ».

    Dans le domaine des condamnations

    des membres de la fachosphère nous relevons

    celles-ci :

    Association anti-islam: condamnée en appel pour un discours islamophobe

    Photo : elle ne mérite qu'une capture d'écran la Tasin

    Aujourd’hui je vous apporte (en vrac) toutes une série d’infos glanées sur le Web… Bonne lecture !!!

    Christine Tasin, présidente de l'association anti-islam Résistance républicaine, le 16 septembre 2010 à Dijon

    afp.com - JEFF PACHOUD © 2018 AFP

    La cour d'appel de Paris a confirmé jeudi la condamnation de Christine Tasin, présidente de l'association anti-islam Résistance républicaine, à 1.500 euros d'amende pour des propos islamophobes tenus après l'assassinat d'un policier et de sa femme par un jihadiste à Magnanville.

    La cour a confirmé la condamnation prononcée par le tribunal correctionnel en mars 2017.

    Après l'attaque perpétrée en juin 2016 dans cette ville des Yvelines au nom du groupe jihadiste État islamique (EI), Mme Tasin avait tenu un discours lors d'une manifestation organisée au Trocadéro à Paris par le micro-parti identitaire SIEL (Souveraineté, Indépendance et Libertés), ensuite diffusé dans une vidéo sur internet.

    Cette enseignante à la retraite y répétait à plusieurs reprises "islam assassin", religion qui à ses yeux est "la soumission à la parole du Prophète, parole de mort, parole de haine", "assassin de notre civilisation, de nos modes de vie".

    Le tribunal correctionnel de Paris avait estimé que ces propos présentaient les musulmans comme une communauté qui "dans sa globalité" serait "toute entière dédiée à la conquête par les moyens les plus violents et les plus barbares des terres dites +de guerre+". De quoi susciter "nécessairement un vif sentiment de rejet, voire de haine, à l'encontre de cette communauté prise dans son ensemble", "sentiment attisé de surcroît par le contexte tragique" de l'attentat de Magnanville.

    Christine Tasin avait en outre été condamnée à verser 1.000 euros de dommages et intérêts à la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), qui avait signalé les faits au parquet, et à verser la même somme à la Ligue des droits de l'Homme (LDH).

    Christine Tasin avait déjà été condamnée pour provocation à la haine envers les musulmans.

    En 2010, son mouvement avait voulu organiser un apéritif "saucisson-pinard" républicain, dans le quartier populaire de la Goutte d'or à Paris, "contre l'offensive islamiste".

    AFP  © 2018 AFP

    SOURCE : http://information.tv5monde.com/en-continu/association-anti-islam-condamnee-en-appel-pour-un-discours-islamophobe-222157 

    France : Le Front National s’attaque

     à l’Algérie

    Aujourd’hui je vous apporte (en vrac) toutes une série d’infos glanées sur le Web… Bonne lecture !!!

    La décision du Conseil constitutionnel Français d’étendre le droit à des pensions aux victimes d’actes de violence pendant la guerre de libération algérienne à l’ensemble des personnes qui résidaient alors dans le pays, quelle que soit leur nationalité, a fait réagir le parti de l’extrême droite française, le Front National (FN). 

    En effet, le député, vice-président du FN et compagnon de sa présidente Marine Le Pen, M. Louis Aliot, dans une question écrite adressée au ministre français des armées Mardi le 20 février, a même accusé l’Algérie de détenir des otages français en citant une interview du défunt président algérien Houari Boumediène : « Le 26 janvier 1971, le président de la République algérienne reconnaît dans le journal L’Éclair que son État détient un grand nombre d’otages français. Il (Houari Boumediène, NDLR) indique en outre dans cette même interview : « pour obtenir la libération de ces otages, il faudra y mettre le prix » » a t-il écrit.

    M. Louis Aliot qualifie ladite décision du Conseil Constitutionnel d’une «nouvelle blessure sur des plaies encore béantes, puisqu’il s’agit pour eux d’indemniser leurs propres bourreaux.». Il revendique dans sa question écrite « le principe de réciprocité » et se demande si l’Etat Algérien va «indemniser les blessés et les ayants droits des disparus et des morts à compter du 5 juillet 1962 ?».

    Le vice-président du Front National a argumenté sa question sur les présumés disparus et victimes françaises de la guerre de libération algérienne :« À ce jour, selon certains experts et les services de l’État, les disparus civils peuvent être estimés jusqu’à près de 3 000 citoyens français dont près de 2 300 après la signature des accords d’Évian.».

    M. Louis Aliot souhaite savoir quels moyens le Gouvernement français compte mettre en œuvre pour qu’il en soit ainsi. Sachant que la décision du Conseil constitutionnel s’étend aux ayants droits des victimes et des blessés non français, il lui demande également d’indiquer à la représentation nationale, l’estimation du coût sur le budget de l’État de cette décision.

     

    Sonia Krimi députée LREM

    d'origine franco-tunisienne

    « Tous les étrangers ne sont pas

     des terroristes »

    Lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, la députée LREM Sonia Krimi a estimé que les conditions d'accueil des étrangers en France étaient "dans une impasse". Elle a par ailleurs regretté que "les centres de rétention soient indignes de notre République".

     

    Aujourd’hui je vous apporte (en vrac) toutes une série d’infos glanées sur le Web… Bonne lecture !!!

    Enfin je terminerai par ce petit communiqué :

    La visite officielle d’Emmanuel Macron

     en Algérie reportée au mois d’avril

    Aujourd’hui je vous apporte (en vrac) toutes une série d’infos glanées sur le Web… Bonne lecture !!!

    Bain de foule pour Emmanuel Macron lors de sa dernière visite en Algérie. D. R. 

    Par Karim B. – La visite officielle de trois jours que devait effectuer le président français dans notre pays ce mois de février a été reportée au mois d’avril pour un problème d’emploi du temps, a appris Algeriepatriotique de sources informées.

    Emmanuel Macron, qui avait fait un voyage éclair à Alger en décembre dernier, devrait revenir avec de nombreux projets dans ses bagages, selon des sources concordantes. Il n’est pas exclu qu’il annonce la restitution définitive des crânes des résistants algériens détenus au Musée de l’Homme à Paris. Ahmed Ouyahia avait évoqué cette question lors de son passage à Paris, à la même période.

    Sur le plan économique, le nouveau locataire de l’Elysée compte bien faire avancer les dossiers en suspens. Un premier dégel a eu lieu lors de sa rencontre avec les responsables algériens le 6 décembre dernier. D’importantes annonces devraient être faites lors de la prochaine visite de Macron, affirme-t-on. Il serait question notamment d’une revigoration du rôle des banques françaises implantées en Algérie, qui devront accompagner les investisseurs français dans les domaines du montage automobile, de l’industrie pharmaceutique et de l’agriculture, entre autres.

    La récente et courte visite d’Emmanuel Macron à Alger avait suscité de nombreux commentaires, suite à ses déclarations qui font fi du protocole et des convenances diplomatiques. Il avait rabroué des journalistes et des jeunes Algériens qui l’interrogeaient sur les crimes commis par la France coloniale en Algérie, appelant ses interlocuteurs algériens à ne pas «regarder dans le rétroviseur» et à plutôt se «concentrer sur l’avenir».

    K. B. 

    SOURCE : https://www.algeriepatriotique.com/2018/02/22/visite-officielle-demmanuel-macron-algerie-reportee-mois-davril/ 

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  • Ces anciens d'Algérie qui n'ont pas tout dit

     

     

    Ces anciens d'Algérie qui n'ont pas tout dit

    Louis Jeanneau souhaite aider le personnel des maisons de retraite à mieux soulager la souffrance des anciens appelés d'Algérie. | Ouest-France

     

    « J'étais un gamin. Je pensais voir des oranges, j'ai vu des alfas », ces plantes herbacées poussant sur les terres arides.

    Ces anciens d'Algérie qui n'ont pas tout dit

    Louis Jeanneau a 20 ans lorsqu'il débarque en Algérie en 1958, après un passage obligé de quatorze mois en Allemagne. Émotion pour ce Lavallois, qui n'a alors jamais quitté sa Mayenne natale. « À l'époque, on ne s'éloignait pas de nos campagnes. Notre rayon d'action s'étendait tout au plus à 50 km. »
    Aux soldats qui ont traversé la Méditerranée, on dit : « Ici, c'est la France. » Premier choc. Louis Jeanneau découvre la pauvreté et « le déséquilibre énorme » entre les deux territoires. Basé à la frontière marocaine, sur la ligne Morice, il est en zone interdite avec ses camarades. Le long de cette ligne électrique que les soldats surveillent, il y a aussi soixante-dix prisonniers dont « le plus jeune avait 16 ans ».
    Responsable d'un garage, Louis Jeanneau part un jour s'approvisionner en pièces détachées à 50 km de là. À la sortie d'un magasin, il est entraîné par un officier à l'arrière de baraquements. Le soldat découvre alors « un Algérien nu, sans vie, pendu par les bras retournés dans le dos. Derrière lui, sur une chaise, la gégène et une bassine d'eau ». C'était donc lui qui hurlait de douleur… « J'étais contre la torture mais c'était difficile de l'exprimer. J'avais tellement l'impression que c'était moi qui n'étais pas normal. C'était devenu banal, je ne supportais pas… » Deuxième choc.
    « Fallait pas en parler », résume un autre Mayennais. À 78 ans, Jacques Le Tallec reste bouleversé par ce qu'il a vu en Algérie. « Les morts, des deux côtés, les viols, la torture. » La misère aussi. Lorsqu'il rentre chez lui, le 1er mars 1960, après « trois Noël et trois Nouvel an », « c'est un autre homme » que sa fiancée, Denise, retrouve. Elle lui écrivait tous les jours. « J'étais très gâté par le courrier », sourit un instant son mari qui repense à ses camarades moins chanceux.
    Rapidement, il reprend son travail de vendeur en matériel électroménager. « J'étais exécrable avec les clients. Mon patron m'a dit de rentrer chez moi me reposer. Aigri, hargneux », il ne supportait plus le moindre regard des autres. Pour traverser la rue, « si une voiture arrivait, même à 200 m, il fallait me tenir la main. Ma femme a eu un courage fou de m'accepter. » Aujourd'hui encore, il dit avoir « oublié les combats, mais pas les regards », ni les cris qui ne le quittent pas.

    « Emmurés dans le silence »

    Après avoir été bâillonnée pendant des années, la parole de ces deux témoins, acteurs d'un conflit chargé d'émotions, se libère au fil du temps. À jamais marqué, Louis Jeanneau décide d'aller au-delà de son expérience personnelle. Depuis une vingtaine d'années, il se rend régulièrement dans les maisons de retraite où il côtoie pensionnaires et professionnels de l'animation auprès des personnes âgées dépendantes.
    Avec l'association lavalloise Lilavie créée en 2006, il y diffuse le journal Vite lu. Un concentré d'actualité nationale et internationale, rédigé avec des mots simples et des phrases courtes, pour permettre l'accès à l'information pour tous.
    De ces visites, il constate que les animateurs « ne connaissent strictement rien de la guerre d'Algérie. 95 % sont des femmes, âgées de 20 à 45 ans. Je me devais de leur expliquer », pour qu'elles puissent écouter et soigner les maux de « ces anciens soldats, souvent emmurés dans le silence ou en dépression ».
    Il y a cinq ans, Louis Jeanneau entreprend d'écrire un « recueil pédagogique » compilant des documents d'archives et des témoignages. Aujourd'hui, le livre a été édité au printemps 2016. Il retrace la France des années 1950, le départ des appelés pour l'Algérie, leurs missions, leur retour à la vie civile, leurs traumatismes…
    Sans oublier le vécu des épouses, veuves et sœurs de soldats à qui l'on pense moins. « Inconscientes du drame qui se jouait, elles ont dû faire face au deuil sans comprendre tout-à- fait pourquoi leur frère était parti. » Louis Jeanneau raconte, ému, le souvenir de cette femme devant le cercueil de son frère. « Elle avait 15 ans. » Pour son ouvrage, l'ancien appelé s'est associé à Bernard Hervy, référence nationale dans le domaine de la gérontologie. L'homme exerce depuis une trentaine d'années dans le secteur de l'animation auprès des personnes âgées. Coauteur, il consacre une partie du livre à la transmission : « Quand la fin de vie approche, les anciens ne veulent pas partir comme ça. »
    De l'initiative de Louis Jeanneau, le spécialiste reconnaît les vertus curatives. Mais pas seulement. « Aujourd'hui, la mort sociale arrive avant la mort biologique. Quel est le rôle d'une personne âgée dépendante et comment l'aider à tenir ce rôle dans la dernière phase de sa vie ? »
    Lui redonner la parole en est un moyen. Il y a un devoir de mémoire alors « que la pression sociale d'il y a 50 ans est passée ». Parler « restait difficile à l'époque », rappelle Bernard Hervy. La plupart de ces soldats se sont « rarement racontés à leurs enfants. Ils ont sauté une génération ». Aujourd'hui, ils commencent à s'ouvrir à leurs petits-enfants.

    SOURCE : http://www.ouest-france.fr/culture/histoire/ces-anciens-dalgerie-qui-nont-pas-tout-dit-4106669

    Ces anciens d'Algérie qui n'ont pas tout dit

    Bernard HERVY et Louis JEANNEAU ont publié en 2016 un livre important pour les animateurs en gérontologie : "Transmettre sur la guerre d'Algérie". A priori, certains penseront que le lien avec notre métier n'est pas évident et pourtant... Une proportion importante des hommes que nous allons accompagner, ou que nous accompagnons déjà dans le cadre de notre métier, sont marqués très profondément par cette période. Des douleurs souvent muettes ou profondément enfouies qui immanquablement vont avoir des conséquences sur les dernières années de leur vie. Comment parler, écouter, accueillir ou mettre en oeuvre cette transmission ? C'est l'objet de ce livre, qui s'articule autour un travail de collecte de témoignages poignants, réalisé par Louis Jeanneau, et un travail pédagogique sur les enjeux et les modalités de mise en oeuvre de la transmission, assuré par Bernard Hervy.

    Il semble en effet urgent de transmettre pour ne pas oublier. Parce que bientôt les témoins d'événements historiques disparaîtront, parce que la parole a besoin d'être libérée et l'expérience partagée. Il est encore possible de proposer aux anciens de témoigner de leurs années de vie sous l'occupation allemande ou pendant la guerre d'Algérie... Mais les animateurs sont-ils armés pour travailler ces questions en EHPAD ?

    En effet comme l'explique Bernard Hervy, fondateur et vice-président du GAG (Groupement des Animateurs en Gérontologie), dans " Transmettre sur la guerre d'Algérie ", " Les animateurs (...) confrontés à ces demandes se retrouvent démunis " : manque de connaissances sur cette guerre qu'ils n'ont pas étudiée à l'école et pour laquelle les lectures sont complexes, difficulté à monter un dispositif pédagogique sur un phénomène de transmission mal connu...

    Pourtant il reste formel. Il est impératif de travailler ces questions car " plus de 55 ans après cette guerre, (...) il est temps que les rancoeurs s'apaisent. " Des outils sont ainsi mis à disposition des animateurs sur la plateforme coopérative du GAG, CULTUREàVIE pour développer ce travail.

    Louis JEANNEAU, fondateur de l’association Lilavie (éditrice de Vite Lu), a sorti en novembre 2016 le livre « Transmettre sur la guerre d’Algérie », co-écrit avec Bernard HERVY. Louis a fait partie de ces jeunes appelés de la guerre d’Algérie. Ce vécu, il n’en avait jamais parlé, comme la plupart de ceux qui ont vécu cette guerre...

    En 2012, il lit le roman « Des hommes », ouvrage qui s’intéresse à ce vécu, passé sous silence. Pendant de nombreuses nuits, Louis a revécu cette guerre. Parfois, il se réveillait en pleurs. Ces souvenirs étaient si forts, si douloureux… Puis, la peur s’est estompée, mais Louis s’est questionné : que se passera-t-il quand il vivra en maison de retraite ? Ces cauchemars reviendront-ils le hanter ? Les animateurs sauront-ils l’écouter ? Pourront-ils comprendre cette guerre qu’ils n’ont pas connue ? Louis a alors contacté Bernard HERVY, fondateur du Groupement des Animateurs en Gérontologie. Il voulait savoir si des ouvrages d’animation existaient sur la guerre d’Algérie. Mais ce n’était pas le cas, alors Bernard a suggéré à Louis d’écrire ce livre…

    Louis a relevé ce défi. Tout d’abord, il lui semblait nécessaire de resituer le contexte des années 50. Puis, pendant 3 mois, il s’est isolé pour écrire ses souvenirs de guerre. Il a retrouvé un dossier dans lequel il avait, des années auparavant, classé des articles, des revues des Anciens de l’AFN (Afrique Française du Nord)… Ensuite, il a interviewé des gens, en contactant notamment des anciens appelés et rappelés de la sale guerre d'Algérie Louis a également lu de nombreux ouvrages qui lui étaient conseillés. Petit à petit, son livre prenait forme pour parler de ces anciens appelés ou engagés, de leur famille, des harkis, des pieds-noirs… Pour lui, il était essentiel de traiter de la souffrance vécue pendant et après cette guerre. Louis a envoyé son travail à Bernard HERVY qui l’a complété par des explications sur la transmission et le rôle des animateurs dans ce recueil de récits de vie. Après ce long travail, le livre « Transmettre sur la guerre d’Algérie » est né...

    pdfDétails sur le livre : CLIQUEZ SUR CE LIEN.


    Pour tous les anciens appelés et rappelés de la guerre d'Algérie et des combats de la Tunisie et du Maroc qui ont entre 76 et 86 ans, pour tous les autres témoins et victimes de cette sale guerre et du colonialisme, voici la magnifique chanson "Vieillir" du chanteur canadien Jean-Marie VIVIER. 

     

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    Terrenoire Marie-Odile

    Voyage intime au milieu de mémoires à vif

    Le 17 octobre 1961

    Voyage intime au milieu de mémoires à vif *** Le 17 octobre 1961

    Comprendre l’enchaînement des circonstances qui ont conduit au massacre d’octobre 1961 à Paris fut le projet de l’auteure, fille de Louis Terrenoire, ministre du général de Gaulle et porte-parole du gouvernement de février 1960 à avril 1962. Cinquante ans après le drame provoqué par la répression policière, elle cherche à déterminer les responsabilités gouvernementales tout en s’interrogeant sur l’utilité des commémorations répétitives des massacres passés pour conjurer l’avenir.

    Elle raconte le long cheminement de sa recherche. C’est au nom d’une lucidité personnelle et pour en avoir le cœur net qu’elle se nourrit des dossiers que son père a laissés aux Archives nationales : son journal et les notes qu’il a prises sur le vif au Conseil des ministres. Ce sont des documents inédits que Marie-Odile Terrenoire met en regard avec les recherches les plus connues sur la tuerie d’octobre 1961, celles de Jean-Luc Einaudi, de Jean-Paul Brunet et celle de Jim House et Neil MacMaster. Elle éclaire les rôles respectifs de Maurice Papon, Roger Frey, Michel Debré et du général de Gaulle. Elle décrit comment la ligne gouvernementale se traduit par altérations successives au niveau de l’exécution.

    Massacres d’octobre 1961

    Un livre qui apporte de nouveaux éléments sur cette répression

     

    La vérité complète n’est pas encore totalement dite sur la répression qui a visé des milliers de manifestants algériens en octobre 1961. Cinquante-sept ans après ces massacres qui ont fait, selon certains historiens, entre 200 et 400 morts, de nouveaux éléments liés à cette répression commencent à sortir des sombres archives françaises.

    Le livre témoignage de Marie-Odile Terrenoire, intitulé Voyage intime au milieu de mémoires à vif (les éditions Recherches) apporte de nouveaux éclaircissements à la fois sur le rôle joué par Michel Debré qui était à l’époque des faits Premier ministre, mais aussi sur l’état d’esprit et la position du président Charles de Gaulle vis-à-vis de ces massacres.

    Si ce livre possède donc un intérêt particulier, c’est parce qu’il est écrit par la fille de Louis Terrenoire qui était à l’époque des événements ministre de l’Information jusqu’au 24 août 1961, puis ministre délégué des relations avec le Parlement auprès du Premier ministre, Michel Debré, jusqu’au mois d’avril 1962. Marie-Odile Terrenoire avait 14 ans lorsque son père était devenu ministre de Charles de Gaulle.

    Après des années de tournoiements et de questionnements, elle a décidé d’exhumer les archives de son père pour, d’une part, apporter des éléments nouveaux concernant cette affaire et, d’autre part, soulager sa conscience. «Ce livre est né d’une douleur ancienne. J’avais 14 ans lorsque mon père était devenu ministre.

    En 2011, lorsque j’ai pris conscience de l’importance d’octobre 1961 dans la mémoire collective algéro-française et les crimes imputés à de Gaulle, j’ai alors pris la décision de l’écrire», a-t-elle expliqué lors d’un débat organisé par l’historien Gilles Manceron au café des Colonies à Paris. Elle ajoute : «J’ai compris en lisant des archives de mon père qu’il y avait à ce moment-là (octobre 1961) des discussions au sein du gouvernement français et que le pays (La France ndlr) était au bord d’une guerre civile.»

    Deux Algériens morts selon la police, entre 200 à 400, selon les historiens 

    Invitant à regarder la «répression sanglante» d’octobre 1961 sous l’angle d’un pays (la France ndlr) déchiré et qui craignait une autre guerre, les archives exhumées de Mme Marie-Odile Terrenoire montrent que le général de Gaulle ne maîtrisait pas la situation à cette époque-là, même s’il croyait profondément que «le FLN de l’époque était celui qui représentait les Algériens de France et d’ailleurs». Les notes de la fille du ministre français Louis Terrenoire montrent aussi que de Gaulle voyait l’OAS (Organisation de l’armée secrète) comme l’ennemi à abattre.

    Par ailleurs, il est relevé dans la note du 12 octobre 1961 exhumée des archives, c’est-à-dire cinq jours avant la grande répression parisienne, que la décision d’imposer le couvre-feu uniquement aux Algériens ne visait qu’à protéger ces derniers du paiement de l’impôt prélevé par la résistance algérienne, ce qui était évidemment faux puisque les Algériens de France étaient acquis au FLN et devaient sortir manifester à l’appel de ce dernier.

    D’autres notes montrent également que les services de Michel Debré avaient donné carte blanche à Maurice Papon, alors préfet de Paris, pour réprimer durement les manifestants et en arrêter un maximum.

    Côté chiffres, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Roger Frey, annoncera la participation de 30 000 manifestants algériens dans plusieurs quartiers de Paris, l’arrestation de plus de 11 500 en un jour, le renvoi de 1500 Algériens vers les prisons françaises d’Algérie et la mort de 18 policiers.

    Côté manifestants, les services du ministère de l’Intérieur ne dénombreront pas plus de deux morts. Ici encore, on peut voir que le nombre des Algériens tués lors des massacres de 1961 a été minoré au maximum, alors que des historiens sérieux parlent aujourd’hui de 200 à 400 personnes.

    «Michel Debré était partisan de l’Algérie française» 

    Une autre note a consigné l’exposé fait par Roger Frey, ministre de l’Intérieur lors du Conseil des ministres qui a eu lieu le  26 octobre 1961, c’est-à-dire dix jours après les massacres.

    Il disait : «L’état d’esprit des policiers est de venger leurs collègues tombés sous les balles du FLN dont le nombre était de six.» Quant à de Gaulle, il était convaincu qu’une partie de la police française était sous l’influence de l’OAS qui était à son tour très proche du Premier ministre, Michel Debré, connu pour être un partisan incorrigible de l’Algérie française.

    Et lorsqu’on posa la question pourquoi de Gaulle ne s’est pas séparé de Michel Debré, la réponse vient comme un couperet : il avait besoin de lui pour l’utiliser vis-à-vis de l’armée dont une grande partie refusait l’indépendance de l’Algérie.

    Le livre de Marie-Odile Terrenoire apporte certes de nouveaux éléments concernant octobre 1961, mais il est loin de révéler toute la vérité sur ces massacres qui ont disparu de la mémoire collective pendant trente années.

    Il y a eu des écrits sur cet épisode, mais ils ont été censurés et ce n’est que maintenant que les langues et les stylos commencent à se délier. Pour François Gèze, directeur des éditions La Découverte, il est clair qu’ «en octobre 1961, la police française avait un permis de tuer l’Algérien, le ‘‘bougnoule’’ dans une ambiance de racisme déchaîné». Il ajoute : «La question est de savoir si de Gaulle avait couvert Octobre 1961 ou non, et si l’appareil d’Etat français était au courant de ce qui se passait.»

    Le livre de Marie-Odile Terrenoire montre clairement que non seulement le gouvernement de Michel Debré était au courant de ce qui se tramait en octobre 1961, mais a soutenu la répression sauvage qui s’est abattue sur les Algériens dont le seul tort était de sortir dans la rue pour soutenir la Révolution algérienne.

    Pour tourner la page sombre du passé entre l’Algérie et la France, plutôt que d’ouvrir les archives au compte-gouttes, Emmanuel Macron s’illustrerait en rendant toutes les archives de cette guerre consultables. Toutes, sans exception.

    Yacine Farah

    SOURCE : http://www.elwatan.com/hebdo/france/un-livre-qui-apporte-de-nouveaux-elements-sur-cette-repression-20-02-2018-362945_155.php 

     

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    3 commentaires
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    Pétain, la guerre d’Algérie, Marine... Les extraits exclusifs des Mémoires de Jean-Marie Le Pen un vieillard de près de 90 ans… mais ses mémoires ne nous apprennent rien on sait tout… Il occulte toutefois les multiples condamnations qu’il a dû « avaler » et « recracher » puisqu’il a sans cesse recommencé, milliardaire qu’il est… son livre qui va sortir début mars en est la preuve… Cet ignoble personnage ne fait que confirmer ses propos et actes orduriers...

     

    Le Parisien résume

    La Saga Le Pen : Pourquoi avoir attendu des décennies pour dénoncer ses paroles de haines... ses dérapages répétés, confirmés et jamais regrettés ? 

    C'était en 2016

    « Détail » de l'histoire : 30 000 euros d'amende requis contre Le Pen

     

      Le parquet a requis au moins 30 000 euros d'amende contre l'ex-président du FN Jean-Marie Le Pen, poursuivi pour contestation de crime contre l'Humanité. | AFP

    Jean-Marie Le Pen avait réitéré ses propos sur les chambres à gaz, « détail » selon lui de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. 

    Invoquant son immunité parlementaire d'eurodéputé, il ne s'est pas présenté à son procès devant le tribunal correctionnel de Paris, qui rendra son jugement le 6 avril 2016. 

    « Des millions de morts »

    Condamnés par sa fille Marine qui lui a succédé à la tête du FN, ces propos, entre autres, avaient entraîné la suspension - ensuite annulée par la justice - de Jean-Marie Le Pen du parti qu'il a cofondé et longtemps incarné, puis son exclusion. 

    Le 2 avril, au journaliste Jean-Jacques Bourdin qui lui demandait s'il regrettait d'avoir qualifié les chambres à gaz de « détail », ce qui lui a valu d'être déjà condamné, Jean-Marie Le Pen avait répondu : « Pas du tout. Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la guerre, à moins d'admettre que ce soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz ». 

    Le journaliste l'avait alors relancé, demandant si « des millions de morts » pouvaient être qualifiés de « point de détail ».

    « C'est pas un million de morts, c'est les chambres à gaz », « moi je parle de choses précises. Je n'ai pas parlé de nombre de morts. J'ai parlé d'un système. J'ai dit que c'était un détail de l'histoire de la guerre », avait insisté l'ancien leader frontiste.

     Jean-Marie Le Pen a été condamné deux fois mercredi 6 avril 2016. (Reuters)

    Le président d'honneur du FN a été condamné deux fois mercredi 6 avril 2016 à des amendes de 30.000 et 5.000 euros. Par le tribunal de Paris d'abord, pour avoir de nouveau qualifié les chambres à gaz de "détail" de l'histoire ; par le tribunal de Nice ensuite pour ses propos tenus à l'égard des Roms. 

    Deux condamnations de plus pour Jean-Marie Le Pen, la même journée. L'élu de 87 ans a été reconnu coupable de contestation de crime contre l'humanité, par le tribunal correctionnel de Paris, pour avoir de nouveau qualifié l'an dernier les chambres à gaz de "détail" de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Celui qui a été exclu du FN mais qui en reste le président d'honneur écope de 30.000 euros d'amende. Et il doit verser au total 10.001 euros de dommages et intérêts à trois associations parties civiles auxquels s'ajoutent 4.500 euros de frais de justice.

    Dans le même temps, le tribunal correctionnel de Nice l'a condamné à 5.000 euros d'amende pour "provocation à la haine et à la discrimination ethniques", en raison des propos discriminatoires à l'égard des Roms, tenus en 2013. Dans cette affaire, la justice l'a aussi condamné à verser 1.000 euros à chacune des parties civiles représentées par les associations SOS Racisme, Ligue des droits de l'homme et Prales (pour la défense des droits des Roms). Une peine de 25.000 euros d'amende avait été requise à l'audience le 18 février. Jean-Marie Le Pen, qui n'était pas présent au délibéré, pas plus que son avocat, a dix jours pour faire appel. 

    Lire aussi : Le crépuscule de Jean-Marie Le Pen 

    Condamné déjà deux fois pour les chambres à gaz

    Les propos reprochés au co-fondateur du Front national ont été tenus à l'occasion d'une réunion publique à Nice. "Vous avez quelques soucis, paraît-il, avec quelques centaines de Roms qui ont dans la ville une présence urticante et disons odorante. Ceci n'est que le petit morceau de l'iceberg", avait-il déclaré. L'avocate de SOS Racisme, Patricia Suid, s'est félicitée mercredi du jugement "parce qu'on ne doit pas laisser de tels propos impunis", tout en regrettant que la sanction financière et les dommages et intérêts n'aient pas été plus lourds.

    Jean-Marie Le Pen avait déjà été condamné à 5.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris le 14 novembre 2013, pour d'autres propos visant les Roms. Le jugement avait été confirmé par la cour d'appel de Paris le 24 novembre 2014 puis était devenu définitif le 1er mars 2016 après le rejet de son pourvoi en cassation.

    S'agissant des propos sur les chambres à gaz, Jean-Marie Le Pen les a tenus pour la première fois en 1987 et avait déjà été condamné à deux reprises, au civil. Le 2 avril 2015 sur BFMTV, il s'exprimait en tant que président d'honneur du FN, a estimé le tribunal, et le sujet "ne faisait pas partie des sphères de compétence ou de discussion du Parlement européen" et ne présente aucun lien avec "l'exercice de ses fonctions parlementaires", selon la justice. Des propos qui avaient provoqué la colère de Marine Le Pen et lui avaient valu une suspension du FN - ensuite annulée par la justice -, puis son exclusion.

    Source: le JDD.fr

    Nous jetterons dans la poubelle de l'Histoire "le torchon" de Le Pen qui va sortir le 1er mars 2018... cela veut dire qu'en aucun cas nous l'achèterons...

     

    Alors chantons avec nos amis

    du Pas-de-Calais et bien sûr vomissons

    sur le « torchon » du tortionnaire

    Le Pen dans l'algérie française

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    1 commentaire

  • Simone et Antoine Veil entreront

     au Panthéon le 1er juillet 2018

    Une note du Centre des monuments nationaux dévoile quelques détails sur la cérémonie qui aura lieu le 1er juillet prochain.

    Antoine et Simone Veil en 1974.

    © Jean-Pierre BONNOTTE/GAMMA / GAMMA-RAPHO

    Emmanuel Macron s'y était engagé lors de l'hommage national rendu à l'ancienne ministre : « J'ai décidé, en accord avec sa famille, que Simone Veil reposerait avec son époux au Panthéon », avait déclaré le chef de l'État à l'issue de la cérémonie. Certains détails du transfert du couple dans le monument où reposent les gloires nationales sont désormais connus, selon Ouest-France qui a eu accès à une note du Centre des monuments nationaux.

    La cérémonie aura lieu 1er juillet prochain, elle sera également retransmise en direct à la télévision, explique le quotidien. «  Simone Veil entrera au Panthéon accompagnée de son époux Antoine Veil. Le cortège remontera la rue Soufflot et les cercueils seront déposés au centre du parvis du Panthéon  », détaille la note. «  Le lendemain de la cérémonie, au matin, après avoir passé la nuit dans la nef du Panthéon, veillés par la garde républicaine, ils seront inhumés dans le caveau dédié situé dans la crypte du Panthéon  ».

    SOURCE : http://www.lepoint.fr/societe/simone-et-antoine-veil-entreront-au-pantheon-en-juin-19-02-2018-2196210_23.php 

    SIMONE VEIL SAUVA DE NOMBREUX PATRIOTES ALGéRIENS 

    Ce que les Médias français ont occulté : 

     Simone Veil, cette rescapée 

     d’un camp de concentration 

      qui sauva les condamnés à mort  

     algériens. 

    Femme très engagées en France et en Europe, Simone Veil rescapée d’un des plus horribles camps de concentration nazi, Auschwitz en l’occurrence, alors qu’elle n’avait que 16 ans lorsqu’elle a été déportée avec sa mère et sa sœur aînée, Simone s’en sort avec force de caractère.  

    Sa relation avec l’Algérie, Simone Veil l’a marquée durant la Guerre de libération 1954/1962. Une époque où elle était haut fonctionnaire au ministère français de la justice, s’occupant des établissements pénitenciers.  

    Assurément très marquée par les atrocités qu’elle avait subies au camp d’Auschwitz, Simone prend une part importante dans le sauvetage des prisonniers algériens.  

    Affectée, en sa qualité de magistrat chargée des prisons, à s’occuper du très délicat dossier des prisonniers en Algérie, Simone Veil marque par son passage dans les prisons algériens sous le colonialisme français, une emprunte qui lui reste gratifiante.  

    Se rendant dans les prisons, elle fut très mal accueillie par les responsables pénitenciers. Simone Veil doit résoudre un problème très compliqué, puisque tous les condamnés à mort devraient y passer à la guillotine. Bien que le général De Gaulle ait décidé de suspendre leur exécution en 1958 pour pouvoir mener sa politique de « la Paix des braves », une farouche résistance des militaires français présents sur le sol algérien s’est mise en place. Les colons étaient galvanisés par « le sans pitié » de François Mitterrand, alors ministre de la justice depuis 1955 qui en exécuta une quarantaine sur les 150 algériens condamnés à mort.  

    Pour Simone Veil qui débarque alors en 1959, devrait trancher sur un dossier très complexe, celui de savoir s’il faut garder prisonniers des centaines de personnes condamnées à mort alors que le général De Gaulle a suspendu leur exécution.  

    Elle finit par trouver un compromis, celui de les transférer en métropole pour leur éviter le couperet. Pour ce qui concerne les femmes algériennes prisonnières, elle avait demandé qu’elles soient regroupées dans le même centre pénitencier et qu’elles puissent bénéficier de cours. 

    L’Algérie, par la voix de Bouteflika, rend  

    hommage à Simone Veil qui sauva 

     de la mort 110 prisonniers algériens 

    Dans une émouvante lettre de condoléances, le président algérien s’adresse à la famille Veil :  «  le peuple algérien (…) n’oublie pas aussi la proximité et la solidarité que cette grande dame lui a témoignées » 

    Les hommages suite au décès de Simone Veil, en voie de panthéonisation, ont afflué de toutes parts. Et c’est un hommage vibrant, venu d’Algérie, qui rappelle une nouvelle fois qui était Simone Veil, cette femme qui avant de prendre à bras le corps le dossier brûlant de l’avortement, avait croisé le fer avec François Mitterrand, alors impitoyable ministre de la Justice pour sauver des condamnés à mort algériens.  

    “C’est avec une immense tristesse que j’ai appris la nouvelle du décès de Simone Veil dont la vie passionnante aura été marquée autant par ses propres souffrances de la barbarie nazie, que par son engagement personnel admirable et inlassable contre toutes formes de déni de justice“ a écrit le président algérien Abdelazziz Bouteflika dans son message.  

    “Le peuple algérien a compté Simone Veil parmi les amis de ses justes causes. Il n’oublie pas aussi la proximité et la solidarité que cette grande dame lui a témoignées durant la terrible tragédie nationale qu’il a vécue“ a-t-il ajouté. 

    Bouteflika fait ici référence au sort des prisonniers algériens durant la sanglante guerre de Libération ou d’Indépendance algérienne (1952/1962). Condamnés à la guillotine, leur sort est suspendu depuis le processus entamé par le général de Gaulle, appelé la « Paix des braves ». 

    Mais les militaires et directeurs d’établissement pénitentiaires français présents en Algérie n’entendent pas faire preuve de clémence à l’égard de ceux qu’ils considèrent comme de farouches ennemis coupables de tortures et de terrorisme. François Mitterrand, alors ministre de la Justice, abonde en leur sens, et leur refuse sa clémence. Il en fait exécuter une quarantaine sur les 150 condamnés à mort. 

    Simone Veil est alors magistrate chargée des prisons, se souvient La Voix de l’Algérie. 

    « Se rendant dans les prisons [en 1959], elle fut très mal accueillie par les responsables pénitenciers, explique le journal algérien. Simone Veil doit résoudre un problème très compliqué, puisque tous les condamnés à mort devraient passer à la guillotine ». 

    « Elle finit par trouver un compromis, celui de les transférer en métropole pour leur éviter le couperet. » 

    Une action qui scellera une amitié éternelle entre Simone Veil et l’Algérie. 

    Source : http://fr.timesofisrael.com/lalgerie-par-la-voix-de-bouteflika-rend-hommage-a-simone-veil-qui-sauva-de-la-mort-110-prisonniers-algeriens/ 

     

    Pourquoi l’Algérie rend, elle aussi, hommage

    à Simone Veil

    Pourquoi l’Algérie rend, elle aussi, hommage à Simone Veil

    La députée Khalida Messaoudi (debout) s'entretient avec les anciennes ministres Simone Veil (à gauche) et Yvette Roudy, le 9 mars 2000 à Alger, lors d'une réunion publique organisée par les féministes algériennes sous le thème «Alger, capitale-symbole de la résistance des femmes». © HZ / AFP 

    «C’est avec une immense tristesse que j’ai appris la nouvelle du décès de Simone Veil». Au-delà des convenances internationales, en Algérie, le président Bouteflika a adressé un message de condoléances très chaleureux à l’occasion de la mort de Simone Veil. Il est vrai que celle-ci a eu un rôle non négligeable pendant la guerre d’Algérie, en s’investissant dans le sort des prisonniers du FLN.

    «Le peuple algérien a compté Simone Veil parmi les amis de ses justes causes. Il n’oublie pas aussi la proximité et la solidarité que cette grande dame lui a témoignées durant la terrible tragédie nationale qu’il a vécue», a souligné le président Bouteflika. Le numéro Un algérien faisait ici référence à l’action menée par Simone Veil pour les prisonniers algériens durant la guerre d’Algérie (1954-1962). 

    Cet épisode, peu souligné en France, de la vie fort riche de Simone Veil a visiblement laissé des souvenirs positifs en Algérie. «Sa relation avec l’Algérie, Simone Veil l’a marquée durant la Guerre de libération 1954-1962. Une époque où elle était haut fonctionnaire au ministère français de la Justice, s’occupant des établissements pénitenciers», écrit ainsi le journal
    La Voix de l’Algérie. 

    Pourquoi l’Algérie rend, elle aussi, hommage à Simone Veil

    Titre de la Voix d'Algérie du 30 juin 2017 sur la mort de Simone Veil © DR


    Simone Veil ne fut pas «porteur de valises» ou militante engagée dans le combat du peuple algérien. Mais assurément très marquée par les atrocités qu’elle avait subies au camp d’Auschwitz, Simone Veil prend une part importante dans le sauvetage de prisonniers algériens. Simone Veil connaissait bien le dossier algérien grâce à ses contacts avec Germaine Tillon. «Elle m’ouvrait les yeux sur la réalité du fait colonial» et «les légitimes revendications des Algériens», raconte Simone Veil dans ses mémoire (Une Vie, Editions Stock d'où sont tirées les citations de Simone Veil dans cet article).
    Au moment de la Guerre d'Algérie, Simone Veil n'est pas encore connue. Avant d’être une femme politique, elle fut d’abord une magistrate.  A ce titre, elle fut affectée à la pénitentiaire. Sa personnalité est repérée par le cabinet du ministre de la Justice de de Gaulle, Edmond Michelet, qui entend surveiller l'application des règles de droit sur le sol algérien dans un climat où l'armée fait régner l'ordre. «Il y a une jeune femme qui a été déportée qui est magistrat à l’administration pénitentiaire (…), vous avez qu’à l’envoyer là-bas. Je suis donc partie seule pour l’Algérie.»

    « Des militaires extrémistes projetaient

    de pénétrer en force dans les prisons »


    Simone Veil est donc envoyée visiter les prisons où sont enfermés les détenus algériens du FLN. «Je mentirais en disant que j’ai été accueillie à bras ouverts. Partout, j'ai été si mal reçue par les responsables que j'ai préféré rédiger moi-même mes rapports plutôt que de faire dactylographier par un agent local de la pénitentiaire», raconte-t-elle. On imagine la méfiance qui régnait contre l’envoyée de Paris. Rapidement, Simone Veil se retrouve face à un problème concret. «Fallait-il maintenir dans les prisons algériennes les cinq ou six cents personnes condamnées à mort mais dont le Général avait suspendu l'exécution en 1958? Le bruit courait que des militaires extrémistes projetaient de pénétrer en force dans les prisons pour y "faire justice", comme on dit. Je pris cela très au sérieux.» Les prisonniers furent donc transférer en métropole «et les inquiétudes sur leur sort purent être levées».

     Pourquoi l’Algérie rend, elle aussi, hommage à Simone Veil

    Titre d'«El Watan» sur Simone Veil, le 1er juillet 2017. © DR


    «Des conditions ignobles et non justifiées»

    Elle s’intéresse aussi aux conditions de détention. «Autres souvenirs pénibles, la rencontre de jeunes terroristes à juste titre détenus mais dans des conditions ignobles et non justifiées», note-t-elle avant d’obtenir le transfert de certains d’entre eux vers la France. Dans le même état d’esprit, «à mon retour, je me suis investie dans la situation de ces Algériens transférés en métropole et plus particulièrement dans celle des femmes. La tâche était difficile. Je m'en suis acquittée de mon mieux, améliorant ce qui pouvait l’être, sensibilisant les directeurs et les gardiens. En particulier j'ai obtenu qu’elles soient regroupées au sein d'un même établissement et puissent y poursuivre des études.»
    En Algérie, ces épisodes n'ont pas été oubliés. Le journal
    El Watan, qui revient sur les rapports entre l'Algérie et Simone Veil, rappelle ce que Gisèle Halimi, avocate pendant la Guerre d'Algérie, disait d'elle: «Au ministère de la Justice, Simone Veil, une petite magistrate déléguée à l'époque, nous a aidés à faire transférer Djamila Boupacha car on voulait l'abattre, là-bas dans sa cellule, pour qu'elle ne parle pas. On l'a arrachée aux griffes de ses assassins.» Du cas de Djamila Boupacha, Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir firent des sévices subies par la militante un cas retentissant.

    SOURCE : http://geopolis.francetvinfo.fr/pourquoi-l-algerie-rend-elle-aussi-hommage-a-simone-veil-148739

    ELLE VA ENTRER AU PANTHEON LE 1ER JUILLET 2018  SIMONE VEIL SAUVA DE NOMBREUX PATRIOTES  ALGéRIENS

    Hommage d’un ancien prisonnier politique FLN

    à Madame Simone Veil

    Hommage d’un ancien prisonnier politique FLN à Madame Simone Veil


      Madame Simone Veil

    Les deux fils, Jean et Pierre-François Veil, de Mme Simone Veil qui vient de disparaître, ont parlé des activités de leur mère en ces termes : «Elle passe sept ans à l’administration pénitentiaire (AP) où elle se passionne pour le sort des prisonniers algériens et l’amélioration de la santé des détenus» (Le Monde du 20 mars 2010).

    Cette phrase émanant de ses deux fils m’a incité à vous écrire pour vous exposer succinctement ce que cela évoque pour moi, ancien militant FLN et prisonnier à Fresnes et à Loos les Lille de 1957 à 1962. J’ai découvert précisément l’ampleur de l’activité débordante et bienveillante de Mme Veil à l’égard des prisonniers politiques que nous étions, pendant les deux grèves de la faim, les plus longues et les plus dures de juin (12 jours) et juillet (18 jours) 1959 déclenchées par l’ensemble des prisonniers FLN à Fresnes et à La Santé pour faire reconnaître enfin de manière définitive le régime politique que nous demandions depuis déjà plus de deux ans.

    Non seulement nous refusions d’être assimilés aux détenus de droit commun, mais nous refusions en même temps les motifs juridiques invoqués dans nos inculpations, tels que celui de «rebelles», de «fellagas», de «hors-la-loi», de «racketteurs» ou encore de «banditisme», le tout accompagné de l’inculpation infamante d’«association de malfaiteurs».

    La grève de la faim devait en particulier nous permettre de sortir de ce régime dégradant que nous n’avions jamais reconnu au demeurant. Dans nos têtes, nous étions avant tout des prisonniers politiques, ce qui non seulement nous singularisait des «droits communs», mais aussi nous incitait à refuser toutes les mesures vexatoires, répressives ou à visée dégradante focalisées sur nous en permanence pour nous soumettre.

     

    Solidarité efficace de la directrice de l’Administration pénitentiaire 

    C’est lors de ces deux grèves de la faim illimitées que nous avons découvert avec nos délégués, MM. Bachir Boumaza et Moussa Kebaïli, la bienveillance du ministre de la Justice nommé depuis janvier 1959, M. Edmond Michelet dans le gouvernement du général de Gaulle, et la solidarité efficace de Mme Simone Veil, en tant que directrice de l’administration pénitentiaire au ministère de la Justice. Elle assumait un rôle prépondérant avec un esprit de justice affirmé et concret.

    Tous les deux étaient d’anciens déportés pendant la deuxième guerre mondiale dans les camps de concentration de l’Allemagne nazie. Nous savions, pendant la détention et les grèves de la faim, grâce à la médiation de nos avocats conduite par Me Mourad Oussedik, responsable du collectif des avocats du FLN, que le ministre E. Michelet et Mme Veil étaient proches de nos points de vue et étaient ouverts à l’organisation de négociations en présence de nos avocats et de nos délégués de prison.

    Les discussions avec les envoyés du ministère aboutirent seulement au 12e jour de la grève, car du côté du cabinet du Premier ministre, Michel Debré, s’exprimait une position dure, anti-négociations, répressive à l’égard des grévistes. D’ailleurs, sur ordre du cabinet du Premier ministre, l’eau fut coupée au robinet de chaque cellule, totalement à partir du 8e jour de la grève de la faim. De manière pernicieuse, une distribution de lait fut substituée à l’eau ostensiblement de manière provocatrice dans le but de casser le mouvement de grève qui était illimité et massif.

    Là encore, au bout de quelques jours, et grâce aux bonnes volontés et à l’efficacité de certains journalistes, les retombées médiatiques et politiques de cette grève finirent par faire bouger le rapport des forces en faveur du ministère de la Justice, et donc au détriment des visées répressives et jusqu’au-boutistes du Premier ministre. Des discussions furent ouvertes par l’équipe du ministère de la Justice où Mme Veil jouait un rôle incitatif positif, pour faire aboutir les négociations avec les délégués des prisonniers.

    Régime politique «A» pour 5000 détenus algériens 

    Pour la première fois, nous obtenions un régime politique dit «A» pour plus de 5000 détenus algériens FLN en France qui nous permettait : 1- de pouvoir organiser dans des salles, des cours d’alphabétisation en arabe et en français ; 2- de nous abonner aux journaux de notre choix ; 3- de recevoir des livres sans censure et sans être sanctionnés pour la lecture de livres comme ceux de Victor Hugo, Jean-Jacques Rousseau, Emile Zola, etc.

    Encore une fois, les remises en cause incessantes au stade de la mise en pratique des accords conclus émanaient toujours du cabinet du Premier ministre, ce qui d’ailleurs donna lieu à une deuxième grève de la faim de 18 jours, dès le mois suivant, avec cette fois-ci, une nouvelle répression, plus vicieuse encore puisqu’il s’est agi de procéder à un transfert de nuit de l’ensemble des grévistes sous bonne garde, vers une quarantaine de prisons autour de Paris. Cette dissémination par petits groupes de l’ensemble des grévistes devait entretenir l’isolement pour chacun afin de fragiliser et diviser les grévistes.

    A l’issue de cette deuxième grève de 18 jours, les négociations réussirent à imposer la volonté du ministère de la Justice qui était décidé à respecter les résultats des accords conclus à l’issue de la première grève. Là encore, le ministre de la justice Edmond Michelet et Mme Simone Veil, directrice de l’administration pénitentiaire, ont assumé un rôle positif pour mettre fin au calvaire des grévistes et entériner le principe d’un canal de contact permanent entre le ministère de la Justice et nos deux délégués, Bachir Boumaza et Moussa Kebaïli, qui avaient par ailleurs le soutien des chefs historiques emprisonnés dans le secteur de l’infirmerie de Fresnes.

    Sauvegarde de la dignité des militantes FLN emprisonnées en France 

    Les avocats des militantes emprisonnées en Algérie, notamment Me Nicole Dreyfus et Me Gisèle Halimi, avaient entrepris une vaste campagne de presse, d’information et de sensibilisation pour extraire les dizaines de militantes FLN des dures conditions d’incarcération dans les prisons en Algérie où elles étaient exposées davantage aux maladies et à l’insécurité.

    Il était de notoriété publique que la torture était pratiquée massivement en Algérie, ainsi que les exécutions extralégales à la suite de simulacres d’évasion et de «corvées de bois», le viol et le chantage sur les familles, etc. Seul le transfert de ces femmes vers les prisons en France pouvait leur garantir des conditions décentes de détention, préservant le respect de leurs droits et leur intégrité physique et morale.

    Mme Veil, en tant que directrice de l’AP, déploya avec ténacité une activité inlassable en invoquant toute une série d’arguments, allant des plus juridiques aux plus subtils, pour convaincre le ministre E. Michelet et le cabinet du général de Gaulle d’obtenir le plus rapidement possible le transfert de ces prisonnières afin de les soustraire aux dangers multiples auxquels elles étaient exposées dans les prisons en Algérie. Toutes furent transférées en France, notamment vers les prisons de Rennes, Pau, la Roquette, etc. Mme Veil poursuivit alors son action humanitaire pour assurer la sauvegarde de la dignité et des droits de ces femmes même pendant leur emprisonnement en France.

    Me Nicole Dreyfus me raconta que Mme Veil interrompait souvent ses vacances en famille pour visiter à l’improviste ces prisonnières, aussi bien celles de Rennes que celles qui étaient détenues dans différentes prisons en France. Elle allait donc au-delà des rapports périodiques et des enquêtes diligentées par le ministère pour se rendre compte elle-même de l’état sanitaire et de salubrité de la détention de ces militantes.

    Elle agissait aussi pour favoriser l’envoi de livres en prison et permettre à celles qui le désiraient de suivre un cursus d’études universitaires, ce qui permit à plusieurs d’entre elles de devenir avocates après leur libération. D’ailleurs, plusieurs années après, ces ex-prisonnières lui manifestèrent leur immense reconnaissance par un accueil enthousiaste lors de sa visite à Alger en tant que présidente du Parlement européen, suivi d’une fête chaleureuse et très amicale le lendemain.

    Plusieurs condamnés à mort sauvés grâce à Simone Veil 

    Pendant la Guerre d’Algérie, il fallait différer au maximum les exécutions des condamnés à mort, dont plusieurs centaines attendaient avec angoisse le jour fatal. A partir de 1959, pour gagner toujours et encore du temps et repousser au maximum l’exécution, le ministère de la Justice, avec E. Michelet à sa tête et Mme Veil, freinaient avec détermination, par tous les moyens possibles, et souvent avec succès, les décisions d’exécution.

    Ils étaient toujours disponibles pour accueillir tous les recours déposés par les avocats, donner suite autant qu’ils le pouvaient à tous les moyens de procédure, en retardant les délais de transmission des dossiers et du recours en grâce pour gagner du temps. Ils donnaient suite aux efforts des avocats pour surseoir à la fixation de la date d’exécution de leurs clients respectifs.

    A l’époque, l’attitude ferme et la bienveillance de Mme Veil devenaient, avec celle du ministre de la Justice, une des clefs de l’espoir pour sauver le maximum de vies, dans l’attente des négociations qui se profilaient à l’horizon. Pour nous, prisonniers, et nos avocats dévoués et courageux, malgré la terreur de l’OAS, je peux le dire aujourd’hui : «Le temps gagné, grâce à ces stratagèmes, c’est assurément une vie sauvée». La dernière exécution fut celle de Salah Dehil, à Lyon, le 31 janvier 1961.

    Ensuite, toute exécution fut suspendue grâce aux efforts du ministère de la Justice auprès du général de Gaulle pour faire prévaloir, sans annonce publique ni officielle, le gel de fait de toute exécution de condamné à mort. Cette décision de fait renforça les perspectives ouvertes par l’exigence politique de la négociation avec le GPRA qui aboutit aux Accords d’Evian et au Cessez-le-feu le 19 mars 1962, et, finalement, à l’Indépendance.

    Pour toutes ces raisons, je pense que c’est un devoir de vérité historique que de rendre un vibrant hommage à cette grande dame, amie de l’Algérie, pour son action silencieuse, inlassable, en faveur du respect de la dignité et du triomphe des droits des prisonniers FLN pendant les dures années de la Guerre de Libération.

    Sa haute fonction officielle à la tête de l’administration pénitentiaire n’a nullement freiné sa volonté d’être du côté de la justice et de la dignité humaine dont elle avait été privée pendant son horrible déportation à l’adolescence dans les camps de l’Allemagne nazie. Elle était au contraire plus motivée et tenace dans sa participation particulièrement efficace menée avec une grande discrétion pour atténuer les souffrances des prisonniers politiques algériens.

    C’est ainsi que, à l’écoute de nos avocats en lutte, elle prenait avec la plus grande modestie une part invisible pour le grand public, dans la lutte des intellectuels, des journalistes, des scientifiques, comme Jean-Paul Sartre, Pierre Vidal-Naquet, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud, Jean Daniel, Michel Rocard, Laurent Schwartz et tant d’autres militants anticolonialistes français qui rejoignaient la lutte pour l’indépendance et la liberté du peuple algérien. Ils ont sauvé l’honneur de la France et de la République pendant la Guerre d’Indépendance et rendu possible l’espoir d’un rapprochement futur des peuples algérien et français.

    SOURCE : http://www.elwatan.com/contributions/hommage-d-un-ancien-prisonnier-politique-fln-a-madame-simone-veil-11-07-2017-348810_120.php

     

    Mais Simone Veil est plus connue 

     pour avoir défendu et fait adopter la loi 

     sur l’IVG. 

    Insultée, calomniée par une partie de la droite et toute l’extrême-droite, Simone Veil, contre vents et marées a gagné son combat en faveur de l’IVG grâce à la gauche et les centristes unanimes. 

    Insultée, elle dit avoir ressenti 

    "un immense mépris" 

    Dans les tribunes du public, à l'inverse de l'hémicycle, ce sont les femmes qui dominent, venues en masse écouter la ministre. Suivent plus de 25 heures de débats durant lesquelles Simone Veil affronte insultes et propos de "soudards", racontera-t-elle, pendant qu'à l'extérieur, des militants anti-avortement égrènent leurs chapelets. Trois jours et deux nuits de combat contre les tenants de sa propre majorité. Michel Debré, ancien Premier ministre du général de Gaulle, voit dans ce texte "une monstrueuse erreur historique". Les députés de droite René Feït et Emmanuel Hamel diffusent dans l'hémicycle, à tour de rôle, les battements d'un cœur de fœtus de quelques semaines. Le premier affirme que si le projet était adopté "il ferait chaque année deux fois plus de victimes que la bombe d'Hiroshima". Jean Foyer, ancien garde des Sceaux du général de Gaulle, lance : "Le temps n'est pas loin où nous connaîtrons en France ces avortoirs, ces abattoirs où s'entassent des cadavres de petits hommes." 

    Le pire reste à venir. Hector Rolland reproche à Simone Veil, rescapée des camps de la mort, "le choix d'un génocide". Jean-Marie Daillet évoque les embryons "jetés au four crématoire". Jacques Médecin parle de "barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis".

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    1 commentaire
  • Voici la vidéo qu’il nous manquait

    remercions Gilles Manceron

     de nous l’avoir signalée

    Montage réalisé pour ce site à partir de l’enregistrement fait sur son smartphone par Pierre Mansat, président de l’Association Maurice Audin, de la conférence de presse donnée le le 14 février à l’Assemblée nationale par les députés Sébastien Jumel, PCF, et Cédric Villani, LREM, avec Josette Audin.

    Affaire Maurice Audin

     Conférence de presse du 14 février 2018.

    Deux députés, Cédric Villani (LREM) et Sébastien Jumel (PCF), ont uni leurs forces le mercredi 14 février pour demander à Emmanuel Macron "la reconnaissance officielle de l'assassinat de Maurice Audin par l'armée française" à l'occasion du 86e anniversaire mercredi de la naissance du mathématicien communiste, disparu à Alger en juin 1957.

    "L'initiative vise à obtenir une reconnaissance officielle devant l'opinion et, je me permets de le dire, l'engagement de la responsabilité de l'Etat dans la disparition et l'assassinat de Maurice Audin", a déclaré l'élu communiste de Seine-Maritime, lors de cette conférence presse à laquelle participaient également la veuve du mathématicien, Josette Audin, et son fils Pierre.
     


     

     

    Affaire Audin :

     

     

    le témoignage

     

     

     qui relance l’exigence

     

     

    de vérité

    Affaire Audin : le témoignage qui relance l'exigence de vérité.

    Parcours "Maurice Audin" d'Ernest Pignon Ernest, d'Alger 2003.

    Affaire Audin : le témoignage qui relance l'exigence de vérité.

     

    Une conférence de presse a eu lieu le mercredi 14 février 2018 à l’Assemblée pour réclamer la reconnaissance du crime d’État.

    Affaire Audin : le témoignage qui relance l'exigence de vérité.

     

    « Je crois que c’est moi qui ai enterré le corps de Maurice Audin. » Jacques Jubier (1) à la voix un peu tremblante. Il hésite, regarde autour de lui. Mais il veut témoigner. Comme près de deux millions d’appelés, il avait préféré oublier, se taire « pour protéger (sa) famille ». Et puis, le temps a fait son œuvre. Et la peur de « représailles » de la Grande Muette s’est dissipée. C’est l’entretien publié dans nos colonnes, le 28 janvier, avec le mathématicien Cédric Villani qui l’a convaincu. Si un député de la majorité est déterminé à faire reconnaître la responsabilité de l’État français dans l’assassinat, en juin 1957, du jeune mathématicien communiste Maurice Audin, c’est que les langues peuvent commencer à se délier… Et l’exigence d’une reconnaissance de ce crime d’État, bientôt aboutir. Avec « l’affaire » Maurice Audin, c’est la pratique généralisée de la torture pendant la guerre d’Algérie qui refait surface. Une sauvagerie institutionnalisée, dont le refoulement a rongé comme une gangrène la société française. Mais les mécanismes de fabrication de l’oubli finissent toujours par céder. Ce nouveau témoignage en est la preuve. 

    SOURCE : https://www.humanite.fr/affaire-audin-le-temoignage-qui-relance-lexigence-de-verite-650504 

    Témoignage. « Une saloperie

     de communiste, il faut le faire disparaître »

    Affaire Audin : le témoignage qui relance l'exigence de vérité.

    Affaire Audin : le témoignage qui relance l'exigence de vérité.

    Une cabane du camp perché sur les hauteurs de Fondouk : « C’est ici qu’ils torturaient les Algériens. » 1957, à Fondouk, défilé du 14 Juillet devant les anciens combattants algériens de 14-18 et 39-45. Collection personnelle

     

    Le témoignage d’un ancien appelé, qui pense avoir « enterré » le corps de Maurice Audin, torturé par l’armée française en juin 1957, relance l’exigence de vérité et ravive les horreurs d’une guerre dont l’État français n’a toujours pas assumé sa responsabilité.

    Alors que la capitale est engourdie par la neige, Jacques Jubier, 82 ans, a fait le voyage depuis Lyon pour soulager sa conscience et « se rendre utile pour la famille Audin », assure-t-il. Son histoire est d’abord celle du destin de toute une génération de jeunes appelés dont la vie a basculé du jour au lendemain. En 1955, après le vote « des pouvoirs spéciaux », le contingent est envoyé massivement en Algérie. Jacques n’a que 21 ans. Fils d’un ouvrier communiste, résistant sous l’occupation nazie en Isère, il est tourneur-aléseur dans un atelier d’entretien avant d’être incorporé, le 15 décembre 1955. Un mois plus tard, le jeune caporal prendra le bateau pour l’Algérie, afin d’assurer des « opérations de pacification », lui assure l’armée française. Sur l’autre rive de la Méditerranée, il découvre la guerre. Les patrouilles, les embuscades, les accrochages avec les « fels », la solitude, et surtout, la peur, permanente. Cette « guerre sans nom », il y participe en intégrant une section dans un camp perché sur les collines, sur les hauteurs de Fondouk, devenue aujourd’hui Khemis El Khechna, une petite ville située à 30 kilomètres à l’est d’Alger. Jacques Jubier nous tend son livret militaire, puis les photographies que l’armée française n’a pas censurées : d’abord, des paysages sublimes de montagnes et vallées, où on aperçoit le barrage du Hamiz, qui draine l’extrémité orientale de la grande plaine algéroise.

    « Il y avait des volontaires pour la torture

     qui ne se faisaient pas prier »

    Quelques clichés de ce camp isolé ont échappé à la censure. Sur l’un d’entre eux, un Algérien tient à peine sur ses jambes aux côtés de cinq jeunes soldats, une pelle à la main, qui sourient. Jacques est l’un d’eux. En arrière-plan, on distingue une cabane en troncs et ciment. « C’est ici qu’ils torturaient les Algériens, explique-t-il. Moi, au début, je les appelais “les partisans”, et puis j’ai vite compris qu’il fallait que j’arrête. » Pendant des mois, la bière est le seul « divertissement » de jeunes soldats qui s’interrogent encore sur ces étranges opérations de « pacification ». « On a vite compris de quoi il s’agissait. Il y avait des volontaires pour la torture. Certains ne se faisaient pas prier. Moi, j’ai refusé. Mon capitaine n’a pas insisté », assure-t-il. Mais il a vu, aux premières loges, le conditionnement, puis l’engrenage de la violence, individuelle et collective.

    « Un trou était creusé dans le sol du camp, où les prisonniers étaient détenus entre deux séances de torture, raconte-t-il. Ils ne repartaient jamais vivants. C’était le principe. Les soldats ne se rendaient pas compte de l’horreur de ces exactions. On était conditionnés, mais nous ne réagissions pas tous de la même manière. J’ai vu des choses horribles que je n’ai jamais oubliées : la gégène, mais bien pire encore. » Dans cette guerre de renseignements, les appelés ont très vite été encouragés à commettre des exécutions sommaires et des actes de torture, avec le sentiment d’obéir à des ordres et donc de servir leur pays. Dès le début, non seulement les gouvernements savaient, mais couvraient et légiféraient.

    « Une scène m’a longtemps hanté, confie-t-il avec émotion. Un petit Kabyle de 14-15 ans n’avait pas été jeté dans la fosse avec les autres Algériens. Les soldats français pensaient que ce gamin allait les aider à faire parler les autres. Mais il était devenu trop encombrant. Un jour, on part en patrouille et le capitaine l’emmène avec nous. Il s’arrête au milieu de la route et lui dit qu’il peut partir. Le petit refuse d’abord, comme s’il sentait quelque chose… et puis, il s’est enfui en courant. Ils lui ont tiré dessus avec un fusil-mitrailleur. Il a pris des rafales, est tombé à terre. Il n’était pas mort. Je revois cette scène comme si c’était hier. Le capitaine a dit aux gars : achevez-le ! Et là, j’ai vu des sauvages, ils s’y sont mis à plusieurs. Et encore, c’étaient des gars du contingent, donc vous imaginez les paras… Ils lui ont éclaté la cervelle. C’était une scène d’horreur. Je me souviens de ses grands yeux clairs qui regardaient vers le ciel… Des sauvages… »

    « Là-bas, les gars devenaient comme des animaux »

    Déserter ? « C’était impossible ! Chaque soir, j’appréhendais ce qu’on allait me demander de faire le lendemain. Comme les Algériens ne sortaient jamais vivants du camp, il fallait, pour l’armée, se débarrasser des corps. On m’a donc demandé de les charger dans un GMC (véhicule de l’armée), bâché, et on devait les abandonner devant les fermes. Je ne sais pas ce que les habitants en faisaient, une fois qu’ils les trouvaient, ils devaient les enterrer sur place. Moi, je voulais du respect pour les morts. Certains osaient même fouiller les corps pour trouver trois pièces. Là-bas, les gars devenaient comme des animaux. »

    Si Jacques ne songe pas à la désertion, il fait valoir une blessure au genou et finit par être muté à la compagnie de commandement pour l’entretien des véhicules dans la ville de Fondouk. C’est ici que, un après-midi du mois d’août, un adjudant de la compagnie lui demande de bâcher un camion : « Un lieutenant va venir et tu te mettras à son service. Et tu feras TOUT ce qu’il te dira. » Le lendemain matin, le temps est brumeux et le ciel bas quand un homme « au physique athlétique » s’avance vers lui, habillé d’un pantalon de civil mais arborant un blouson militaire et un béret vissé sur la tête. C’était un parachutiste. « On va accomplir une mission secret-défense, me dit le gars. Il me demande si je suis habile pour faire des marches arrière. Puis, si j’ai déjà vu des morts. Puis, si j’en ai touché, etc. » « Malheureusement oui », relate l’ancien appelé. « C’est bien », lui répond le para, qui le guide pour sortir de Fondouk et lui demande de s’arrêter devant une ferme. « Est-ce que tu as des gants ? Tu en auras besoin… » Jacques s’arrête à sa demande devant l’immense portail d’une ferme assez cossue qui semble abandonnée. Il plisse les yeux pour en décrire le moindre détail qui permettrait aujourd’hui de l’identifier. « Descends et viens m’aider ! » lui lance le para, dont il apprendra l’identité bien plus tard : il s’agirait de Gérard Garcet, choisi par le sinistre général Aussaresses pour recruter les parachutistes chargés des basses besognes. Le même qui fut, plus tard, désigné par ses supérieurs comme l’assassin de Maurice Audin…

    « On les a passés à la lampe à souder

     pour qu’ils ne soient pas identifiés »

    Le tortionnaire ouvre une cabane fermée à clé, dans laquelle deux cadavres enroulés dans des draps sont cachés sous la paille. « J’ai d’abord l’impression de loin que ce sont des Africains. Ils sont tout noirs, comme du charbon », se souvient Jacques, à qui Gérard Garcet raconte, fièrement, les détails sordides : « On les a passés à la lampe à souder. On a insisté sur les pieds et les mains pour éviter qu’on puisse les identifier. Ces gars qu’on tient au chaud depuis un bout de temps, il faut maintenant qu’on s’en débarrasse. C’est une grosse prise. Il ne faut jamais que leurs corps soient retrouvés. » « C’est des gens importants ? » lui demande le jeune appelé. « Oui, c’est le frère de Ben Bella et l’autre, une saloperie de communiste. Il faut les faire disparaître. » Un sinistre dialogue que Jacques relate des sanglots dans la voix. C’est qu’il est aujourd’hui certain qu’il s’agissait bien de Maurice Audin. Quant à l’autre corps, il est impossible qu’il s’agisse d’un membre de la famille d’Ahmed Ben Bella, l’un des chefs historiques et initiateurs du Front de libération nationale (FLN). Sans doute un dirigeant du FLN, proche de Ben Bella… À moins que Garcet n’ait affabulé ? « Je ne crois vraiment pas. Vous savez, ces hommes-là, ils se croyaient dans leur bon droit. »

    « Après les avoir enterrés, on a repris la route au nord du barrage du Hamid, poursuit-il. Je ne disais pas un mot. Après vingt minutes de trajet environ, on s’est arrêtés devant un portail. Il n’était pas cadenassé, celui-là. Ça m’a étonné. Au milieu de la ferme, il y avait une sorte de cabane sans toit avec des paravents, comme un enclos entouré de bâches. Il m’a demandé d’attendre. Quand il a ouvert la bâche : quatre civils algériens avaient les yeux bandés et les mains attachées dans le dos. Ils leur avaient fait creuser un énorme trou, qui faisait au moins 4 mètres de profondeur. Dans le fond, j’ai aperçu des seaux, des pioches et une échelle. Il m’a demandé de recouvrir les deux cadavres. Ce que j’ai fait. D’abord il m’a félicité. Puis, me dit de n’en parler à personne, que j’aurais de gros ennuis si je parle. Et ma famille aussi. Il me menace. On est rentrés à Fondouk et il me demande de le déposer devant les halles du marché. »

    Inciter les derniers témoins à parler

    Et puis, Jacques a oublié, pour continuer à vivre. Comme toute une génération marquée à vie, murée dans le silence et la honte, il n’a pas parlé. Ni de cette nuit-là, ni du reste. Dans la Question, Henri Alleg relate un dialogue avec ses bourreaux à qu’il dit, épuisé par la torture : « On saura comment je suis mort. » Le tortionnaire lui réplique : « Non, personne n’en saura rien. » « Si, répondit Henri Alleg, tout se sait toujours… »

    La recherche de la vérité, entamée à Alger par Josette Audin et relayée en France, n’est toujours pas terminée, plus de soixante ans après les faits. Le récit de Jacques permettra-t-il de recoller certains morceaux du puzzle ? Et d’inciter les derniers témoins à parler ? Si son témoignage, qui a été transmis à la famille Audin, ne fait pas de doute sur sa sincérité et que le faisceau de coïncidences est troublant, il n’existe qu’une chance infime pour qu’il s’agisse bien de Maurice Audin. « Comme dans toutes les disparitions, l’absence du corps de la victime empêche d’y mettre un point final et rend impossible la cicatrisation des plaies de ceux que la disparition a fait souffrir », explique Sylvie Thénault. Pour l’historienne (2), qui a travaillé avec la famille Audin, ce témoignage, comme les révélations qui ont émergé dans les années 2011-2014, ont des fragilités inhérentes à leur caractère tardif. « Mais il est possible d’imaginer qu’un jour un document émerge, contenant un élément nouveau qui, telle une pièce manquante à un puzzle, viendrait conforter l’une ou l’autre des hypothèses envisageables, voire en prouver une au détriment des autres. » Peut-être que, comme l’affirmait Benjamin Stora dans la Gangrène et l’oubli, l’écriture de l’histoire de la guerre d’Algérie ne fait que re-commencer.

    (1) Le témoin a souhaité garder l’anonymat mais « se tient à la disposition de la famille Audin ». (2) « La disparition de Maurice Audin. Les historiens à l’épreuve d’une enquête impossible (1957-2004) », Histoire@Politique. Sylvie Thénault. Lire aussi de la même auteure, Histoire de la guerre d’indépendance algérienne, Flammarion. 2005

    Affaire Audin : le témoignage qui relance l'exigence de vérité.

    Maud Vergnol 

    Chef de la rubrique Politique

    SOURCE : https://www.humanite.fr/temoignage-une-saloperie-de-communiste-il-faut-le-faire-disparaitre-650503 

     

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    3 commentaires
  • Une députée française qualifie

    d’ « ignominie » la décision d’indemniser

    les victimes algériennes 

    Une députée française du parti Les Républicains (droite), Valérie Boyer, a qualifié la décision du Conseil constitutionnel français d’indemniser les civils algériens ayant subi des dommages physique durant la Guerre d’Algérie d’”ignominie”.

    Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, la députée des Bouches-du-Rhône se dit “particulièrement choquée” par une telle décision qui, selon elle, “rouvre non seulement les cicatrices du passé mais qui ouvre également la boîte de Pandore”.

    Mais c’est pas tout, Valérie, c’est pas tout

    ne vous en déplaise... vous n'en n'avez pas fini d'écrire

    au président de la République

     il faudra aussi indemniser toutes les victimes

    algériennes et françaises

     des essais nucléaires

    c’est cela les aspects positifs du colonialisme

    maintenant on indemnise !!!

    Une députée française qualifie d’ « ignominie » la décision d’indemniser les victimes algériennes *** Il faudra aussi indemniser les victimes des essais nucléaires *** ELLE N'A PAS FINI D'ECRIRE...

    GÉRARD AÏSSA RUOT TÉMOIGNE DES DéGÂTS DES ESSAIS NUCLÉAIRES EN ALGÉRIE

    “Je suis un cobaye-rescapé des explosions de Reggane”

    Une députée française qualifie d’ « ignominie » la décision d’indemniser les victimes algériennes *** Il faudra aussi indemniser les victimes des essais nucléaires *** ELLE N'A PAS FINI D'ECRIRE...

    © D.R.

    Dans cet entretien, M. Ruot revient sur les “essais nucléaires de Reggane”, une appellation, selon lui, euphémistique, utilisée intentionnellement par la France coloniale pour occulter l’ampleur des dégâts. Cobaye-rescapé, comme il se fait appeler à chaque fois qu’il évoque la guerre d’Algérie, il témoigne de l’horreur de cet abominable crime, interpelle l’État français à reconnaître ces explosions et à indemniser toutes les victimes. Témoin vivant, M. Ruot promet de tout dire dans ses mémoires qu’il s’attelle à écrire.

    Liberté : M. Ruot, vous aviez quel âge quand vous aviez été mobilisé dans votre contingent pour rejoindre le grand Sud algérien ?  

    Gérard Aïssa Ruot : J’avais 20 ans. Seulement 20 ans quand j’ai passé six mois de classe à Grenoble. Ensuite, on a été acheminés vers Marseille avant d’être expédiés en Algérie, plus exactement à Oran. J’avais refusé de porter des armes dès le départ. Mais mes supérieurs m’avaient signifié que je n’avais pas besoin d’armes là où j’allais être expédié. On était débarqués sur une belle plage, à savoir Port-aux-poules. On était restés 24 heures seulement avant d’être envoyés à Reggane. Je garde en mémoire cette tour de contrôle et les petites palmeraies. C’est alors qu’on nous a donné des paquetages et envoyés à Hamoudia, à 50 km de Reggane.

    Vous étiez au courant que l’armée française avait opéré des essais nucléaires ?
    Pas du tout ! On a été expédiés sans connaissance et sans protection particulières. On avait des chemisettes et des shorts. Donc, on est arrivés en juillet 1961, c’est-à-dire après les cinq essais explosions. Je précise que c’étaient des explosions nucléaires et non des essais nucléaires. Autrement dit, on avait débarqué dans une zone complètement contaminée et on avait passés 13 longs mois. C’est pour cela que je dis que je suis un cobaye-rescapé, parce que des jeunes du contingent sont décédés à cause des émanations qui avaient infectés toute la région de Reggane et de Hamoudia. Cobaye-rescapé, c’est l’appellation que je défends aujourd’hui. 

    Est-ce que vous aviez eu à rencontrer des Algériens rescapés dans la région après ces explosions ?
    Oui. Regardez cette photo (il exhibe une image d’un jeune algérien qui avait subi des déformations après les explosions). Il était considéré par l’armée française comme un PLBT (population laborieuse du bas Touat). C’est un terme qui m’a traumatisé à jamais et que je retiens toujours dans ma tête. Je trouvais ignoble que d’appeler une population ou un individu PLBT.

    Voudriez-vous dire à travers votre témoignage qu’il ne s’agissait pas d’essais nucléaires, mais de crimes nucléaires ?
    Appelez-le comme vous voulez, mais moi, je dirai toujours qu’il s’agissait d’explosions nucléaires. Car un essai pouvait se dérouler dans un laboratoire ou dans n’importe quelle ville française. Un essai pouvait se dérouler à Paris sans incidences sur les populations. Mais ils l’avaient fait à Reggane et il y avait bel et bien des explosions nucléaires, avec autant d’horreur, de dégâts et de séquelles. Appelons un chat, un chat ! Il y avait des populations dans la palmeraie, comme il y avait des animaux dans toute la région et un écosystème détruits. Les conséquences sont là. Moi-même, j’avais construit des cuves du plutonium. J’étais responsable de la construction et j’avais découvert le point zéro. Quand j’ai appris qu’une des cuves avait éclaté, j’ai immédiatement arrêté la construction. Et comme on savait qu’on allait partir après les accords d’Evian, l’armée française m’avait construit la fameuse piscine de Hamoudia entre mars et septembre 1962, alors qu’on savait qu’on allait définitivement partir !

    Quel est le message que vous voudriez lancer tant aux autorités algériennes que françaises ?
    Mon message est clair. Ils doivent reconnaître qu’ils avaient fait éclater des bombes nucléaires et qu’ils avaient semé l’horreur. On a fait sciemment ce crime à Reggane, comme on a fait des expériences souterraines à In-Ikker où l’atome est là pour 40 millions d’années au moins ! À Reggane, l’atome disparaîtra, mais cela prendra beaucoup de temps. On a bien reconstruit Hiroshima au Japon. Donc, le site est très contaminé à jamais. Il suffit de prendre des relevés.

    Êtes-vous revenu sur les lieux après 1962 ?
    Oui, c’était au début des années 1980, soit 40 ans sur autorisation de l’État algérien. Là, j’ai constaté que tout ce qui a été construit à l’époque a été démoli, y compris ma piscine. On a démoli le site et on a tout recouvert de sable, alors que, pour l’histoire, cela devait faire office de traces. Ils ont enterré même les avions et les engins utilisés dans les explosions nucléaires. Il suffirait de creuser pour retrouver les matériaux. Mais l’armée française a opté pour la démolition.

    Quel était votre premier sentiment en arrivant à Reggane 40 ans après ?
    Le dépaysement absolu. Après ma mobilisation au contingent, je me souviens avoir rendu visite à un habitant d’une palmeraie à Reggane. J’ai visité sa maison et son jardin. Il était heureux. Il y avait tout, y compris l’eau. Il m’avait donné ma première leçon de ma vie. Une leçon qui m’a marqué à vie. Avec le peu qu’il avait, il était suffisant et heureux, alors que moi, je lui suggérais de prendre plus d’espace. Et 40 ans après mon retour, tout cet écosystème a disparu. Que d’émotions. Je me souviens également des nomades qui passaient par Reggane et qui m’avaient appris à rouler le couscous et le cuire avec de la viande séchée. On se servait aussi du café au poivre. Tout ça a également disparu de cet écosystème. Les explosions nucléaires avaient tout rasé !

    Que ressentez-vous 58 ans après et pourquoi avez-vous choisi de revenir et de rester définitivement en Algérie aux côtés des enfants du village SOS Draria ?
    C’est la seule façon pour moi de me dédouaner. J’essaye, depuis 20 ans, d’apporter de la joie et du réconfort à ces enfants privés de famille. C’est également ma façon d’apporter ma contribution, à travers ce témoignage, sur les exactions faites par la France avec ses bombes atomiques que je ne digère toujours pas. À l’époque, j’avais fait le reproche à un militaire français d’avoir raconté dans un livre les atrocités qu’il avait faites en Algérie. Aujourd’hui, il faut que je parle de ma guerre d’Algérie, car on garde ça dans nos mémoires. C’est un traumatisme.

    Une députée française qualifie d’ « ignominie » la décision d’indemniser les victimes algériennes *** Il faudra aussi indemniser les victimes des essais nucléaires *** ELLE N'A PAS FINI D'

    GéRARD AISSA RUOT à DROITE

    Que diriez-vous en priorité si vous parliez, M. Ruot ?
    D’abord reconnaître les explosions nucléaires et non les essais nucléaires, ensuite pour dire à la France qu’elle devait indemniser tant les victimes algériennes que les militaires mobilisés dans un site contaminé. Moi-même, j’ai fait deux cancers et les médecins n’ont jamais détecté à quoi cela était dû. En fait, c’était des séquelles. La plupart des militaires du même contingent sont décédés dans les années 1970 et 1980. J’ai d’ailleurs témoigné dans deux films, Gerboise bleue et Grain de sable, où j’ai évoqué ces atrocités, notamment celles faites sur les cobayes animaux enfermés dans des cages lors des explosions. Car, au fait, il n’y avait pas de cobayes humains, mais des maquettes habillées avec des vêtements de l’armée pour voir les effets des explosions.

    Vous comptez tout dire un jour ?
    Effectivement. Je m’attelle à écrire mes mémoires et je compte les intituler Né français, devenir canadien et mourir algérien. Je raconterai tout, car je garde tout en mémoire. Si j’ai choisi de revenir en Algérie, c’est pour bien y finir mes jours tranquillement.

    SOURCE : https://www.liberte-algerie.com/entretien/je-suis-un-cobaye-rescape-des-explosions-de-reggane-287413 

     

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    Il y a soixante ans paraissait

     «La Question» d'Henri Alleg

    Il y a soixante ans paraissait La Question. 

    À la mémoire d’Henri Alleg, Gilberte Alleg, Léo Matarasso et Jérôme Lindon. 

    « Dans cette immense prison surpeuplée, dont chaque cellule abrite une souffrance, parler de soi est comme une indécence. Au rez-de-chaussée, c’est la « division » des condamnés à mort. Ils sont là quatre-vingts, les chevilles enchaînées, qui attendent leur grâce ou leur fin. Et c’est à leur rythme que nous vivons tous. Pas un détenu qui ne se retourne le soir sur la paillasse à l’idée que l’aube peut être sinistre, qui ne s’endort sans souhaiter de toute sa force qu’il ne se passe rien. Mais c’est pourtant de leur quartier que montent chaque jour les chants interdits, les chants magnifiques qui jaillissent toujours du cœur des peuples en lutte pour leur liberté. » Ainsi commence La Question.

    Henri Alleg est, depuis 1951, le directeur d’Alger républicain, en septembre 1955 le journal est interdit, décision reconnue illégale par le Tribunal administratif d’Alger, mais l’interdiction n’est pas levée. Henri Alleg poursuit son activité militante ; en novembre 1956, pour échapper aux mesures d’internement administratif prises contre les collaborateurs d’Alger républicain, il passe dans la clandestinité. Le 7 janvier 1957, Robert Lacoste, ministre résident, en vertu des pouvoirs spéciaux adoptés par l’Assemblée nationale, transfert les pouvoirs de police à l’armée, le 8 janvier, Massu entre dans Alger avec 8000 parachutistes et proclame la loi martiale. C’est le début de la bataille d’Alger ; la torture, de moyen de terreur devient méthode de guerre en application des thèses de la guerre contre-révolutionnaire du colonel Lacheroy.

    D’El Biar à Barberousse 

    Le 12 juin 1957, Henri Alleg veut contacter Maurice Audin, il a été arrêté la veille, ce sont des policiers qui lui ouvrent la porte, transféré à El Biar, lieu de torture, Henri Alleg y est supplicié et soumis à un interrogatoire au pentothal. Il résiste à ses tortionnaires. Après un mois, il est transféré au camp de Lodi, lieu où l’on n’a plus d’existence ; il parvient à faire parvenir en France une copie de sa plainte pour torture remise au Procureur général d’Alger, sa femme Gilberte Alleg, alerte la presse et la Ligue des droits de l’homme. Les risques de « disparition lors d’une évasion » sont alors grands, Gilberte publie dans L’Humanité et L’Express une lettre ouverte « Si mon mari est encore vivant, il est en danger de mort ! » Son engagement et sa ténacité vont permettre le transfert d’Henri Alleg, fin août 1957, à la prison de Barberousse.

    Là commence l’histoire de La Question. Léo Matarasso, l’un de ses avocats lui demande de témoigner sur les tortures subies. « Tous ici peuvent en témoigner » répond Henri Alleg, oui, mais tous ne savent et ne peuvent écrire rétorque Léo Matarasso qui le convainc de l’importance qu’il décrive les supplices infligés à de milliers d’Algériens. Des précautions doivent être prises ; la première, mettre au courant ses deux frères de cellules qui acceptent de protéger les temps où il écrit et aident à cacher les pages de papier de toilette sur lesquelles, d’une fine écriture, Henri relate la barbarie.

    Sortir les « feuilles » de la prison va être le rôle du collectif des avocats communistes : Léo Matarasso, Roland Rappaport, Pierre Braun… En France, Gilberte Alleg déchiffre les petites lettres et tape le manuscrit, commence la recherche d’un éditeur - le témoin est incontestable, le texte de qualité, les faits avérés, les noms des tortionnaires désignés - mais Gilberte Alleg et Léo Matarasso reçoivent une succession de refus bien intentionnés. Il est envisagé de publier le texte sous la forme d’un cahier du Secours populaire, Léo Matarasso s’obstine, il faut trouver un éditeur ; le manuscrit est remis à Jérôme Lindon qui dirige les Éditions de Minuit. Jérôme Lindon a publié en octobre 1957 Pour Djamila Bouhired. Dans ce livre, Georges Arnaud et Jacques Vergès, dénoncent les tortures subies par une militante algérienne. Ce document ouvre le front éditorial contre la guerre d’Algérie, les saisies asphyxiant les quotidiens, les hebdomadaires et les revues s’opposant à la guerre, le livre va dès lors jouer un rôle d’information sur les « événements d’Algérie normalement dévolu aux médias. »

    De l’édition à la saisie 

    Jérôme Lindon accepte de publier « avec empressement » le témoignage d’Henri Alleg, « Interrogatoire sous la torture », qu’adepte des titres courts, il intitule La Question. Soulignons que sans Jérôme Lindon aucun éditeur n’aurait alors publié le livre qui fut à la guerre d’Algérie ce que fut la photo de Nick Up d’enfants brûlés au napalm lors de la guerre du Vietnam. Longtemps après, Jérôme Lindon me dira : « Les éditeurs français engagés lors de la guerre d’Algérie se comptent sur les doigts de la main ».

    Le livre paraît le 18 février 1958 ; désignant des tortionnaires, des poursuites judiciaires sont certaines, Jérôme Lindon engage là le sort de sa maison d’édition encore fragile. Ayant connaissance du dossier de Djamila Bouhired, travaillant dans ce moment avec Pierre Vidal-Naquet sur « l’affaire Maurice Audin », un Français assassiné par ses tortionnaires, avec La Question, écrit Anne Simonin,  « Jérôme Lindon va déployer toute son efficace pour donner une forme politique à la dénonciation de la torture ». Dès sa parution, une diffusion militante est organisée au travers du Comité Audin déjà en activité, du Centre du Landy qui publie Témoignages et documents, publication semi-clandestine, de la Ligue des droits de l’homme, du MRAP, de syndicats et de réseaux anticolonialistes.

    Le 20 février, dans France Observateur, Edgar Morin écrit : « Ce n’est pas seulement la relation terrifiante de la torture, c’est aussi l’épopée vécue de la résistance à la torture ». Le 21 février, dans L’Humanité, André Wurmser appel à lire La Question, le 27 février, France Observateur publie des extraits, l’hebdomadaire et saisi. Le 6 mars, Jean-Paul Sartre publie dans L’Express « Une victoire », celle du torturé contre le tortionnaire, dans lequel il écrit : « Une seule chose nous paraissait impossible, qu’on pût faire crier un jour des hommes en notre nom. Impossible n’est pas français...

    Alleg vient d’arracher la torture à la nuit qui la couvre ; approchons-nous pour la regarder en plein jour. » La presse de la « contre-propagande française », pour reprendre les termes de Jacques Soustelle, dénonce et commente. Le 15 mars ; 66 000 exemplaires ont été vendu, le 19 mars, le tirage global de La Question est de 73 000 exemplaires. Des traductions anglaise, italienne, suédoise et néerlandaise sont déjà parues. Le 20 mars, Jérôme Lindon fait afficher dans Paris des affiches grand format (5 m2), montrant le visage d’Henri Alleg, en noir la couverture du livre barrée avec la phrase de Sartre : « Henri Alleg a payé le prix le plus élevé pour avoir le droit de rester un homme ». Le 27 mars, le commandant Giraud, juge d’instruction au Tribunal des Forces armées fait saisir La Question « pour participation à une entreprise de démoralisation de l’armée, ayant pour objet de nuire à la défense nationale ». La police judiciaire procède aux éditions, chez l’imprimeur, le brocheur, le diffuseur et dans les librairies, à la saisie d’environ 8000 exemplaires.

    L’impossible silence 

    André Malraux, Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre rendent publique une Adresse solennelle à M. le Président de la République dans laquelle les soussignés : « Protestent contre la saisie de l’ouvrage d’Henri Alleg La Question, et contre toutes les saisies et atteintes à la liberté d’opinion et d’expression qui l’ont récemment précédée ; Demandent que la lumière soit faite, dans des conditions d’impartialité et de publicité absolue, sur les faits rapportés par Henri Alleg ;

    Somment les pouvoirs publics, au nom de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de condamner sans équivoque l’usage de la torture, qui déshonore la cause qu’il prétend servir. » Absurde mesure du gouvernement pour faire taire la vérité, l’impossible silence sur La Question sera la seconde victoire d’Henri Alleg, mais aussi celle de Léo Matarasso, Gilberte Alleg et Jérôme Lindon.

    La saisie de La Question ouvre un autre chapitre, malgré, la saisie et l’interdiction de plus de trente livres, malgré les poursuites, les condamnations, les pressions, les attentats, le front éditorial, notamment les Éditions de Minuit et les Éditions François Maspero, mettra la censure en échec. Demeure aujourd’hui encore l’interrogation de Pierre Vidal-Naquet dans La Raison d’État : « Comment fixer le rôle, dans l’État futur, de la magistrature ou de l’armée ou de la police si nous ne savons pas d’abord comment l’État, en tant que tel, s’est comporté devant les problèmes posés par la répression de l’insurrection algérienne, comment il a été informé par ceux dont c’était la mission de l’informer, comment il a réagi en présence de ces informations, comment il a informé à son tour les citoyens ?  »

    • Dernier ouvrage N.A. : Mémoire