• "Algérie-France" au Mucem :  quand les objets racontent  l'histoire coloniale

    "Algérie-France" au Mucem :

     quand les objets racontent

     l'histoire coloniale

    Un musée dédié à l'histoire coloniale de la France en Algérie devait voir le jour à Montpellier mais le projet a été abandonné en 2014. Il en subsiste une riche collection d’œuvres et d'objets confiée au Mucem, à Marseille. Une partie de celle-ci est présentée au public jusqu'au 19 juin. L'exposition s'accompagne de tables rondes associant historiens, artistes, architectes et archéologues.


    MUCEM La Voix des Objets

    Le 5 juillet 1830, l'armée française s'empara de la ville d'Alger, mettant fin à trois siècles de domination turque sur l'Algérie. A cette occasion, le Dey d'Alger, gouverneur-sultan de la ville, remit sa selle, son sabre et les clés de la Casbah au Comte de Bourmont, le général en chef de l'expédition. Ces objets témoignant du début de la colonisation française en Algérie font partie de la collection exposée au Mucem.

    "Algérie-France" au Mucem :  quand les objets racontent  l'histoire coloniale

    Tableaux, cartes postales, affiches, tracts de propagande, poteries... 120 oeuvres et objets retracent cette histoire commune souvent douloureuse entre la France et l'Algérie.
    A l'occasion de cette exposition, le Mucem a souhaité inaugurer un dispositif inédit mêlant étroitement installations, tables rondes et concerts.  

    "Algérie-France" au Mucem :  quand les objets racontent  l'histoire coloniale

    Ces tables rondes sont organisées autour de plusieurs thématiques. Elles débutent toutes à 20h mais le public est convié au musée dès 19 h pour assister à un concert illustrant le thème de la soirée : musique arabo-andalouse, chaâbi algérois, chant kabyle, musique gnawa ou music-hall algérien.

     

    Programme des tables-rondes



    12 juin : La place de la guerre dans les mémoires
    Avec Alexis Jenni (écrivain) et Fouad Soufi (historien)

    19 juin
    : Dépasser 1962
    Avec Boris Cyrulnik (psychiatre), Ahmed Djebbar (historien, ex-membre du Conseil d’administration du Musée d’Histoire de la France et de l’Algérie) et Benjamin Stora (historien, ex-membre du Conseil d’administration du Musée d’Histoire de la France et de l’Algérie).

    SOURCE : http://culturebox.francetvinfo.fr/patrimoine/histoire/algerie-france-au-mucem-quand-les-objets-racontent-l-histoire-coloniale-255577

    Algérie-France : à Marseille, le Mucem lève

    les tabous de l'Histoire

    "Algérie-France" au Mucem :  quand les objets racontent  l'histoire coloniale

    Benjamin Stora et Boris Cyrulnik sont deux invités du cycle proposé par le Mucem : ils participent à la table-ronde "dépasser 1962", lundi 19 juin à 19h, en entrée libre. Photo DR et archives La Provence

    Ex-conservatrice du Musée d'Histoire de la France et de l'Algérie qui devait voir le jour à Montpellier, Florence Hudowicz présente un cycle de tables rondes et d'installations qui interrogent cette Histoire. Les soirées sont imaginées dans une ambiance conviviale : elles s'ouvrent avec un concert, une restauration est proposée, autour de la découverte d'une collection, qui est commentée, dans un deuxième temps, par des experts : historiens, architectes, écrivains.

    Le Mucem vient d'hériter d'un fonds d'objets et d'oeuvres d'un musée dédié à l'histoire coloniale de la France en Algérie qui n'a jamais vu le jour à Montpellier. Quels sont ces objets et ces oeuvres d'art ?
    Florence Hudowicz : Ce musée ne traitait pas seulement de l'histoire coloniale mais plus largement des relations entre l'Algérie et la France, des premières rencontres à nos jours. Les premiers contacts remontent à François 1er. Nous voulions montrer combien ces relations sont longues et profondes.

    Certains objets témoignent de l'Algérie ottomane. La grande majorité de la collection est constituée de tableaux et de dessins, mais aussi d'assiettes, de jouets, loto, figurines de guerre, qui permettent de représenter l'Histoire et de la diffuser au XIXe siècle.

    Le fonds est doté d'une centaine d'objets qui viennent d'être transférés au Mucem.

    Il s'agit donc de la production du colonisateur plutôt que de la production locale. N'est-ce pas gênant de se baser uniquement sur ce point de vue ?
    La colonisation est caractérisée par la domination. Il s'agit donc surtout d'une production du Français plutôt que de l'Algérien, pour simplifier les choses. Mais pas seulement. Nous avons tout de même des objets d'autochtones, des bijoux berbères, poteries, buffets. Certains commerces se sont établis pour répondre au besoin de la nouvelle économie. La colonisation, c'est une domination, mais aussi une adaptation au contexte local.

    Pourquoi ce musée n'a-t-il jamais vu le jour à Montpellier ?
    Le projet était porté par Georges Frêche. Le nouveau maire l'a arrêté, en mettant en avant qu'il s'agissait d'un projet national, qu'une municipalité ne pouvait pas porter seule.

    Les projets de musées sont souvent difficiles. Cette histoire Algérie-France est peu montrée, elle n'est pas encore "stabilisée", les mémoires ne sont pas pacifiées, celles des pieds-noirs, des Algériens, des anciens combattants, des harkis... autant de groupes que la guerre a clivés.

    Le projet de musée était justement de dire l'Histoire, de telle sorte que les mémoires, même douloureuses, puissent s'y raccorder.

    Lorsque le candidat Emmanuel Macron a déclaré que la colonisation était "un crime contre l'Humanité", cela a provoqué un tollé à droite et à l'extrême droite. Pourquoi la question est-elle encore taboue ?
    On le voit, cette Histoire n'est pas pacifiée, dès qu'on l'aborde des groupes de mémoire font obstruction, en disant : "Ça n'est pas comme ça que ça s'est passé !" Parce qu'on ne parle pas de cette Histoire. Ou de façon politique, ce qui suscite donc des réactions politiques. En tant que conservatrice de musée, je souhaiterais aborder cette histoire avec des scientifiques. Les gens, y compris ceux qui sont concernés de près, immigrés, enfants d'immigrés, Français d'Algérie, savent très peu de chose de cette Histoire, occultée de part et d'autre de la Méditerranée.

    L'une des tables rondes, avec Benjamin Stora et Boris Cyrulnik, aborde d'ailleurs le thème : comment dépasser 1962 ?
    Nous voulions faire se rencontrer autour de la même table un historien, Benjamin Stora, lui-même issu de cette histoire, et un psychiatre, Boris Cyrulnik sur le sujet. Pour les uns, 1962, c'est l'Indépendance, pour les autres, la fin d'un paradis perdu.

    On s'est occupé du relogement des pieds-noirs, mais pas de leur souffrance psychologique ; cette souffrance s'est transmise de génération en génération. Et certains vivent encore en 1962 quelque part ! Boris Cyrulnik parlera de ce traumatisme qui n'a pas été pris en charge. Peut-on guérir la mémoire collective ? L'Histoire, le fait de raconter, peut-elle délivrer ? La parole est-elle libératrice ? Ils interviendront autour d'objets, tels que des bijoux kabyles, un T-shirt de l'équipe algérienne, un sac Tati aux couleurs de l'Algérie, une bouteille de limonade typiquement algérienne.

    Lors d'une autre table-ronde, Alexis Jenni, prix Goncourt pour L'Art français de la guerre, et Fouad Soufi, historien et conservateur des archives d'Oran, aborderont "la place de la guerre dans les mémoires".

    Une soirée aborde également l'architecture coloniale à Alger, qui pour le coup, ne fait pas débat : elle fait partie de l'identité algéroise...
    Cette architecture est en effet intégrée dans le paysage urbain et ne pose plus problème aujourd'hui, même si ça n'a pas toujours été le cas, loin de là ! Deux architectes, Nadir Tazdait et Pascale Langrand, parleront de cette architecture, en compagnie du photographe Bruno Boudjelal. Ils évoqueront notamment la Grande Poste d'Alger, dont la maquette est exposée

    Propos recueillis par Marie-Ève Barbier

    http://www.laprovence.com/article/sorties-loisirs/4470351/algerie-france-le-mucem-leve-les-tabous-de-lhistoire.html

     

     

     

     

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  • C’était le premier témoignage d’Henri POUILLOT paru dans la presse le 18 janvier 2001 : Guerre d'Algérie. Témoignage. Témoin de la torture, un ancien appelé, fiché comme " subversif ", raconte ce qu'il " n'avait jamais dévoilé jusqu'ici ", même à ses proches. 

    Henri Pouillot :

     " La guerre, cet enfer " 

    Jeune, comme la majorité de l'époque, je n'avais pas envie de " faire " cette guerre d'Algérie. Mon père ayant " fait " celle de 14-18, gravement blessé, gazé, il en avait gardé de lourdes séquelles. Gamin à la fin de la guerre 39-45, j'avais conservé les souvenirs des bombardements des ponts de la Loire avec ces bombes qui tombaient plus nombreuses à quelques kilomètres de l'objectif que sur le point prévu avec son lot de maisons détruites et même de morts, civils. J'avais également été marqué par le comportement des soldats allemands " occupants " lorsqu'ils passaient " réquisitionner " les pommes de terre, les fruits... J'avais été traumatisé en apprenant qu'un ami de la famille, fut exécuté comme otage en représailles contre des actes de la Résistance. Et puis les récits de personnes qui sont revenus par miracle des camps de la mort, commentant les tortures qu'elles avaient subies, m'avaient " vacciné " pour penser qu'il n'était pas admissible que cela puisse se reproduire.

    Alors, probablement à partir de cette expérience, simplement à partir de mon coeur, sans appartenance ni engagement politiques, j'ai participé à des manifestations pour dire non à la guerre d'Algérie, je me suis fait arrêter plusieurs fois : j'ai été fiché comme " subversif ". Comme beaucoup de jeunes j'ai tenté de prolonger mon sursis d'incorporation pour ne pas y aller. Malgré tout, j'ai fait presque 27 mois, dont presque 10 à Alger, pendant les derniers mois de cette guerre. Ce que je rends public aujourd'hui, par ce texte, je ne l'avais encore jamais dévoilé, même pas à mes plus proches : frères, soeurs, femme, enfants, amis. J'avais seulement évoqué, que j'avais vu des actes de torture, que mon séjour en Algérie avait été très dur, mais j'avais toujours fui les questions à ce sujet. C'est un miracle que j'en sois revenu, mais au fond de moi, j'avais une très profonde honte de ce qui s'était passé. Souvent, j'ai repensé à cette période et tenté d'analyser comment des actes aussi odieux pouvaient se dérouler.

    Ce qui est surprenant, c'est que mon " passé " de " subversif " (terme employé par l'officier me justifiant que je ne pouvais pas prétendre concourir aux EOR après mon action contre la guerre) ne m'a pas suivi en Algérie, et je me suis retrouvé affecté bizarrement dans le service d'officier de renseignement du 184e bataillon du train à la villa Susini d'Alger. Ce service était chargé de "collecter" toutes les informations possibles sur les activités du FLN en particulier à Alger.

    Mon " baptême ", si j'ose dire, c'est le surlendemain de mon arrivée : un appelé à quatre jours de la " quille " se fait tuer à Belcourt parce qu'il avait, seul, dans la rue, demandé ses papiers à un Algérien qu'il ne connaissait pas comme habitant le quartier. Cela a provoqué des représailles : les militaires de ce régiment sont partis, en commando " venger " le copain. Le bilan effectué au retour de cette " opération " punitive par les différents groupes y ayant participé était de plus de 400 personnes exécutées. Cela avait duré presque tout l'après-midi : tous les hommes trouvés dans les logements (c'est-à-dire de 14 à 80 ans) étaient abattus devant les femmes et les jeunes enfants. Nous écoutions bien évidemment Europe 1 (à l'époque c'était la radio " branchée " pour les jeunes que nous étions) et c'était un des liens essentiels pour savoir ce qui se passait en métropole. Au bulletin d'information du soir, le journaliste a évoqué ce fait, en gros de la façon suivante : un jeune appelé ayant été tué, une opération de bouclage a eu lieu, de nombreux tirs ont été entendus tout au long de l'après-midi et quatre Algériens ont été tués en tentant de fuir... Je cite ces faits pour tenter d'expliquer le climat vécu par le contingent à Alger à ce moment-là (fin juin, début juillet 1961). (...)

    Les interrogatoires qui se passaient dans la grande salle du sous-sol de la villa Susini étaient généralement horribles. Il y avait deux ou trois tables, l'une pour que celui qui conduisait les interrogatoires afin de pouvoir consigner quelques notes, quelques chaises. Généralement le détenu devait se mettre nu. L'état-major ayant expliqué que de cette façon, celui qui était interrogé ne pouvait que se sentir inférieur et plus facilement contraint à parler. Le traitement était identique pour les femmes. La plupart des interrogatoires qui se passaient en sous-sol étaient faits sur la table souvent trop courte pour que la personne soit complètement allongée, souvent attachée aux pieds de la table par les membres. Et là l'horreur pouvait durer des heures. Entre les coups en tout genre (poing, bâton, pistolet, ceinturon...) sur toutes les parties du corps, les cheveux arrachés, le jet d'eau, les viols par bâtons, pistolets dans l'anus. (...)

    Pendant cette période, j'ai fait ce que je pensais pouvoir faire pour limiter au maximum cette participation à ce qui me révoltait au plus fort de moi. Je ne pense pas avoir de trop lourdes responsabilités personnelles. Surtout dans ce service, il n'était pas possible, humainement, à quelqu'un, isolément, de pouvoir s'opposer directement à la torture, cela aurait été très certainement sa condamnation à coup sûr à la torture, à l'emprisonnement pour haute trahison et très plausible, à l'exécution, sans procès : parce qu'ayant eu accès à trop de dossiers de responsables FLN j'aurais été un individu trop dangereux, de ceux qui n'ont jamais été jugés, si possible. Mais c'est à titre collectif, que j'ai le sentiment, comme Français ancré dans l'idée de la liberté, et le combat nécessaire pour la défendre, de porter une part de culpabilité de torture dans cette période.

    Juste avant d'être libéré, le cessez-le-feu avait été signé depuis quelques jours, j'ai failli, à Sissonne, être sérieusement inquiété. J'avais dit aux appelés que maintenant j'allais pouvoir enfin diffuser à la presse mes notes consignées sur un cahier de ce que j'avais vécu : un officier de la sécurité militaire est venu demander au chef de poste que j'étais à ce moment-là le commandant de la caserne pour pouvoir effectuer une fouille afin de trouver des documents subversifs. J'ai réussi à les camoufler. Comme pour la majorité de mes camarades du contingent, l'enfer de ce séjour en Algérie a gravé des souvenirs tenaces qui ne s'estompent pas comme je l'avais espéré. Comme beaucoup de ceux qui ont fait cette sale guerre, mais il n'y a que des sales guerres, pendant des années, la nuit, les rêves se transformaient, se transforment encore (heureusement un peu moins souvent), en cauchemars, ramenant ces images de violence insoutenable. Si je suis un miraculé, puisque je suis revenu intact physiquement, malgré les cinq ou six occasions où j'ai eu la chance que les attentats (c'était le terme employé de ces actes de guerre du FLN) dans lesquels je me suis trouvé visé (individuellement ou collectivement) m'épargnent. Il me semble urgent que le gouvernement, le chef de l'État, prennent officiellement position pour condamner cette pratique de la torture. Ce témoignage peut être publié, s'il peut servir à éradiquer ces pratiques barbares de la torture, à servir pour la paix en respect de la vérité historique.

    Henri POUILLOT

     

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  • Fête des mères : 14 enfants   et 31 petits-enfants   une centenaire bien entourée

    Fête des mères : 14 enfants

     et 31 petits-enfants

     une centenaire bien entourée

    Charlotte est centenaire. Cette maman de 14 enfants et grand-mère de 31 petits-enfants a été mise à l'honneur avant la fête des mères le dimanche 29 mai 2016. Rencontre avec sa grande famille à Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône.

     

    Aujourd'hui dimanche 28 mai

    2017 : BONNE FÊTE A TOUTES

    LES MAMANS DU MONDE ENTIER

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  • Journée nationale de la Résistance : retour sur l'été 44 en Limousin

    © France 3 Limousin

    Ce samedi 27 mai 2017, c'est la 4e journée nationale de la Résistance. Retour sur l'été 1944, période où le Limousin s'est progressivement libéré du joug de l'occupant nazi grâce à la résistance Limousine, l'une des plus puissantes de France, menée par Georges Guingouin.

    Instaurée par l'Assemblée nationale en 2017, la journée nationale de la Résistance se tient tous les 27 mai. Une journée de réflexion et d'hommage aux hommes et aux femmes qui ont, pendant la Seconde guerre mondiale, résisté à l'oppression, à l'occupant nazi et au régime collaborationniste de Vichy. L'occasion de (re)-découvrir le rôle qu'à jouer le Limousin dans ce mouvement de courage, de défense, de justice et de solidarité.  
    Les forces de la Résistance en Limousin sont massives et organisées dans la région. A l'été 44, l'état-major allemand positionne ses troupes de défense avec sur le terrain et le déploiement de divisions d'élite. La répression de l'occupant
    entraîne à Tulle l'exécution de 99 habitants, tous pendus. Des combats auront lieu à Ussel et Elgetons. A Guéret, la division Das Reich tue 31 jeunes résistants puis se dirige vers Oradour-sur-Glane pour y commettre un massacre sans précédent, le 10 juin 1944. 
    En juillet 44, au Mont-Gargan,
    c'est la bataille décisive menée par les hommes de Georges Guingouin. Brive puis Limoges sont libérées du joug allemand.

     

      Un été 44 en Limousin

    Au début de l'été 1944, les forces de la résistance sont importantes, équipées et structurées en Limousin. Elles mènent depuis des mois des actions de plus en plus audacieuses contre l'occupant et la milice... •Intervenant : Pascal Plas, historien - Reportage : Pascal Coussy, Karl Constable, Chantal Cogne.

    Un webdocumentaire sur les Résistances est en ligne sur les sites de France Télévisions. Vous pouvez le consulter sur cette page.

     

     

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  • Affaire Maurice Audin : des personnalités écrivent

    à   Emmanuel Macron pour réclamer "la vérité

    historique"

    Affaire Maurice Audin : des personnalités écrivent  à  Emmanuel Macron pour réclamer "la vérité historique"

     Photo non datée de Maurice Audin, assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du parti communiste algérien disparu après son arrestation, effectuée probablement par des parachutistes du général Jacques Massu,...

    ©AFP, AFP

    Une quarantaine de personnalités ont appelé à faire "la vérité historique" sur l'"assassinat" de Maurice Audin, dans une lettre à Emmanuel Macron à l'occasion des 60 ans de la mort du jeune mathématicien communiste disparu à Alger en juin 1957.

    Après l'"Appel des douze" en 2000, condamnant la torture commise durant la guerre d'Algérie, et l'"Appel des 171" en 2014, cette lettre, datée de vendredi 26 mai 2017 et rendue publique samedi, est signée notamment par le sociologue Edgar Morin, les écrivains Mathias Enard et Jérôme Ferrari, l'ancien ministre Pierre Joxe, l'avocat Jean-Pierre Mignard, les historiens Gilles Manceron et Benjamin Stora et le mathématicien Cédric Villani, candidat REM dans l'Essonne.

    "Jusqu'en 2014, la version officielle, à laquelle personne ne portait crédit, était qu'il s'était évadé", soulignent les signataires.

    "Le 18 juin 2014, M. François Hollande, votre prédécesseur", avait affirmé que "M. Audin ne s'(était) pas évadé" mais était "mort durant sa détention", rappellent-ils.

    Mais ni les documents ni les témoignages permettant d'"infirmer la thèse de l'évasion" et évoqués par l'ex-chef de l'Etat "n'ont été révélés", regrettent ces personnalités.

    "A l'occasion de ce triste soixantième anniversaire, la vérité historique relative à cet assassinat doit enfin être connue", écrivent-ils au président de la République, lui rappelant sa promesse de prendre "des actes forts sur cette période de notre histoire".

    Arrêté à son domicile à Alger le 11 juin 1957 en présence de sa femme par des parachutistes, Maurice Audin, 25 ans, est soupçonné d'héberger des membres de la cellule armée du Parti communiste algérien. Il est torturé à plusieurs reprises dans une villa d'El Biar, un des quartiers d'Alger, en compagnie d'Henri Alleg, futur auteur de "La Question", livre dénonçant la torture.

    Dix jours plus tard, Josette Audin apprend officiellement que son mari s'est évadé lors d'un transfert.

    Dans "La vérité sur la mort de Maurice Audin" (Equateurs), paru en janvier 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau concluait que Maurice Audin avait été tué par un sous-officier français sur ordre du général Jacques Massu, patron de la 10e division parachutiste (DP) pendant la bataille d'Alger. Un ordre répercuté par Paul Aussaresses, alors officier de renseignements au 1er régiment de chasseurs parachutistes (RCP), l'un des quatre régiments de la 10e DP.

    http://actu.orange.fr/france/affaire-maurice-audin-des-personnalites-ecrivent-a-macron-pour-reclamer-la-verite-historique-CNT000000IReEh.html

    Affaire Maurice Audin : des personnalités écrivent  à  Emmanuel Macron pour réclamer "la vérité historique"

    Nous demandons la vérité sur l’affaire Audin : lettre ouverte au Président de la République

    Il y aura bientôt soixante ans, dans la nuit du 11 au 12 juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien membre du Parti communiste algérien, était arrêté à Alger par une unité de parachutistes, avant de disparaître à jamais. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, plusieurs personnalités demandent au nouveau Président de la République de se saisir de ce triste anniversaire pour illustrer son engagement à « prendre des actes forts sur cette période de notre histoire », en faisant en sorte que la vérité historique sur cet assassinat soit enfin connue. 

    En juin 1957, le jeune et brillant mathématicien qu’était Maurice Audin, engagé pour l’indépendance de l’Algérie, a été assassiné à l’âge de 25 ans par les parachutistes du général Massu chargés officiellement du maintien de l’ordre à Alger. Cet assassinat est intervenu au plus fort de la guerre d’Algérie, en plein cœur de la « Bataille d’Alger », ouverte, le 7 janvier 1957, par la décision des autorités françaises de la IVe République de charger la 10e division parachutiste commandée par le général Massu de maintenir l’ordre dans la ville. Pendant six mois, ces hommes ont pratiqué massivement la torture et les exécutions sommaires. Quelque trois mille Algériens, arrêtés par eux, ont disparu. Le secrétaire général de la police d’Alger, Paul Teitgen, ancien résistant déporté, attaché au refus de la torture, écrivait le 29 mars 1957 dans sa lettre de démission : « Depuis trois mois nous sommes engagés […] dans l’anonymat et l’irresponsabilité qui ne peuvent conduire qu’aux crimes de guerre ».

    Maurice Audin n’est jamais réapparu. Pendant cinquante-sept ans, les autorités françaises ont affirmé qu’il s’était évadé. Le 18 juin 2014, après la publication quelques mois plus tôt d’un livre relatant les confidences tardives du général Aussaresses disant que l’ordre de l’assassiner avait été donné par le général Massu, le président François Hollande a publié un message avouant que « Maurice Audin ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention ». Le mensonge d’Etat ainsi reconnu par le président de la République est le plus long de notre histoire contemporaine. Dans le cas de l’affaire Dreyfus, le mensonge d’Etat a duré douze ans. Dans le cas de l’affaire Audin, il a duré cinquante-sept ans, jusqu’à cette reconnaissance. Mais cette reconnaissance d’un mensonge n’a pas encore fait place à l’aveu de la vérité.

    Comment Maurice Audin est-il mort ? Si un ordre a été donné de le tuer, qui a donné ou partagé cet ordre ? Dans quel but a-t-il été donné ? Soixante ans après les faits, il est temps que sa veuve, Josette Audin, à qui les pouvoirs politiques français successifs ont menti tout en entravant délibérément le travail de la Justice, connaisse enfin la vérité.

    C’est ce que demandent les signataires de cette lettre adressée le 26 mai 2017 au nouveau Président de la République :

    Monsieur le Président,

    Dans la nuit du 11 au 12 juin 1957, il y aura juste soixante ans dans quelques jours, Maurice Audin, jeune mathématicien membre du Parti communiste algérien, était arrêté à Alger par une unité de parachutistes. Il disparaîtra à jamais. Jusqu’en 2014, la version officielle, à laquelle personne ne portait crédit, était qu’il s’était évadé.

    Le 18 juin 2014, M. François Hollande, votre prédécesseur, a publié un communiqué déclarant : « Mais les documents et les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sont suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque. M. Audin ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention. » Depuis cette déclaration (évoquée la veille devant son épouse Josette Audin, reçue à l’Élysée), ni ces documents ni ces témoignages ainsi évoqués, pourtant concordants et nombreux selon ce communiqué, n’ont été révélés.

    En mars 2014, un appel signé de 171 personnalités et publié par les quotidiens L’Humanité et Mediapart, que nous vous joignons, a demandé qu’il soit enfin dit la vérité sur cette affaire.

    De nombreuses questions se posent. Un livre paru en janvier 2014 a fait état de confidences tardives du général Paul Aussaresses peu avant sa mort évoquant un ordre d’assassinat donné par le général Jacques Massu. Qu’en est-il ? Dans ce cas, y a-t-il eu des échanges à ce sujet avec le ministre résidant Robert Lacoste, le commandant en chef de l’armée en Algérie Raoul Salan et certains autres ministres ?

    Nous pensons qu’à l’occasion de ce triste soixantième anniversaire, la vérité historique relative à cet assassinat doit enfin être connue. Le 5 mai, devant la rédaction de Mediapart, vous avez déclaré : « De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire… » Nous pensons donc qu’à cette occasion, en recevant Josette Audin ou en vous exprimant lors des commémorations qui auront lieu à cette occasion, vous pourriez ainsi concrétiser cet engagement.

    Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

    Les signataires

    Alban Liechti, Agir contre le colonialisme aujourd’hui (ACCA),
    Charles Silvestre, Société des Amis de l’Humanité, coordinateur de l’Appel des douze — Henri Alleg, Josette Audin, Simone de Bollardière, Nicole Dreyfus, Noël Favrelière, Gisèle Halimi, Alban Liechti, Madeleine Rebérioux, Laurent Schwartz, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet — du 31 octobre 2000,
    Gérard Tronel, Association Maurice Audin,
    Nils Anderson, éditeur,
    Francis Arzalier, Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (AFASPA),
    Raphaëlle Branche, historienne,
    Patrick Chamoiseau, écrivain,
    Didier Daeninckx, écrivain,
    Pierre Daum, journaliste au Monde diplomatique,
    Michel Broué, mathématicien,
    Laurence De Cock, historienne,
    Alain Desjardin, Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG),
    Mathias Enard, écrivain,
    Jérôme Ferrari, écrivain,
    François Gèze, éditeur, La Découverte,
    Pierre Joxe, avocat, ancien parlementaire, ancien ministre, membre honoraire du Conseil constitutionnel,
    Mehdi Lallaoui, Au Nom de la Mémoire,
    Jean-Pierre Mignard, avocat,
    Renée Le Mignot, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP),
    Gilles Manceron, historien, Ligue des droits de l’Homme,
    Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit,
    Edgar Morin, sociologue et philosophe,
    Michel Parfenov, éditeur, Actes Sud,
    Claude Pennetier, chercheur CNRS, directeur du Maitron,
    Edwy Plenel, directeur de Mediapart,
    Henri Pouillot, Sortir du colonialisme,
    Jacques Pradel, Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA),
    Alain Ruscio, historien,
    Bernard Stephan, directeur de la rédaction de Témoignage Chrétien,
    Benjamin Stora, historien,
    Raphaël Vahé, Association républicaine des anciens combattants (ARAC),
    Françoise Vergès, politologue et historienne,
    Cédric Villani, mathématicien, président du jury du Prix Maurice Audin.


    • Le mardi 6 juin, à la Mairie du 2e arrondissement, 8, rue de la Banque, une projection du film documentaire Maurice Audin, la Disparition, de François Dermerliac, aura lieu, à 19h, suivie d’un débat.
    • Le samedi 10 juin, à 11h, un dépôt de gerbes aura lieu à la Place Maurice Audin, dans le 5e arrondissement.

     

    C'était en 2014 :

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  • J’ai souvent lu cette phrase : « Les Français qui n’ont pas voulu de l’Algérie française auront un jour la France algérienne » a écrit dans son livre, « d’une Résistance à l’autre », Georges Bidault, l’ancien chef du Conseil National de la Résistance. Il reprenait là, en quelque sorte, cette déclaration du redoutable chef du FLN qu’était Larbi ben M’Hidi, déclaration lancée à la face des parachutistes français venus l’arrêter en 1957 lors de la « bataille d’Alger » : « Vous voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset ? Je vous prédis, moi, que vous aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque ». Il se trouve que raymond aron avait un avis different *** qui dit la verite ?

    J’ai souvent lu cette phrase : « Les Français qui n’ont pas voulu de l’Algérie française auront un jour la France algérienne » *** Il se trouve que Raymond Aron avait un avis différent

    Georges Bidault était aussi cela :

    En 1958, il vote l’investiture du gouvernement du général de Gaulle. Il se sépare du MRP et crée la Démocratie chrétienne de France qui n’aura qu’un succès électoral limité.

    Par la suite, il constate que le général de Gaulle s'oriente vers le retrait de la France en Algérie et se rallie aux extrémistes de l'OAS. Après le cessez-le-feu (18 mars), avec Jacques Soustelle, Antoine Argoud et Pierre Sergent, il constitue le 20 mai 1962 à Rome, le comité exécutif du Conseil national de la Résistance, visant à défendre l’Algérie française. Bidault est désigné comme président de cet organisme.

    En juillet 1962 au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, son immunité parlementaire est levée en raison de ces activités subversives.

    Il quitte la France en 1963. Menant une vie clandestine, et apprenant l’enlèvement du colonel Antoine Argoud à Munich par des hommes des services spéciaux français, Bidault publie un article virulent et est expulsé d’Allemagne ; le Portugal l’expulse à son tour vers le Brésil, où il passera, avec son épouse, plus de quatre ans.

    Il revient en Belgique en 1967, et, à la suite de l'amnistie des anciens responsables de l'OAS (conséquence inattendue des événements de mai 1968) rentre en France en juin 1968. Il crée le Mouvement pour la justice et la liberté, qui soutient Alain Poher lors de l’élection présidentielle de 1969. 

    J’ai souvent lu cette phrase : « Les Français qui n’ont pas voulu de l’Algérie française auront un jour la France algérienne » *** Il se trouve que Raymond Aron avait un avis différent

     

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    Si l'Algérie était restée française aujourd'hui il y aurait 40 millions de Musulmans en plus.

    Si l'Algérie était restée française l'Assemblée nationale serait composée de 40 à 50% de Musulmans.

     

     

     

     

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  • Mon hommage aux 22 victimes

     de Manchester

    Saffie Rose Roussos, 8 ans, la plus jeune victime

    de l’attentat de Manchester

    Cette magnifique petite fille de 8 ans est la plus jeune victime de l’explosion de Manchester alors que la mère et la soeur se remettent de leurs blessures dans des hôpitaux distincts.

    Saffie Rose Roussos, de Preston, est la deuxième victime confirmée de l’attaque terroriste. Les explosions au MEN Arena de Manchester ont provoqué 22 morts et 119 blessés.

    Dans un communiqué Chris Upton, directeur général de l’école primaire de Tarleton, a confirmé la mort de l’une de ses élèves.

    Il a déclaré : «Les nouvelles de la mort de Saffie dans cette attaque effroyable ont été un choc épouvantable pour nous tous et j’aimerais adresser nos plus sincères condoléances à toute sa famille et à ses amis.

    «La pensée que n’importe qui pourrait se rendre à un concert et ne pas rentrer à la maison est déchirante».

     

     

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  • JEAN FERRAT ET LE VIETNAM *** Paris 13 mars 2015 : Inauguration de la place Jean Ferrat

    JEAN FERRAT ET LE VIETNAM

    par Alain Ruscio (*)

    Jean Ferrat n’est plus depuis 7 ans. De partout en France montent des hommages dont on sent bien qu’ils n’obéissent pas à la règle habituelle des mondanités. L’émotion est réelle, le respect est grand face à cet homme qui n’a jamais baissé pavillon, de Nuit et Brouillard à La jungle et le zoo , sans oublier Le bilan .

    Pour ceux qui ont naguère, lors de la plus longue guerre du XXème siècle, eu le Vietnam au cœur – et qui aujourd’hui encore observent ce pays avec intérêt – le nom de Ferrat reste lié à quelques vers provocateurs jetés à la face de la suffisance coloniale, le tout chanté avec son sourire inimitable. Il fut :

    « L’empêcheur de tuer en rond
    Perdant avec satisfaction
    Vingt ans de guerres colonialistes
    La petite voix qui dit non
    Dès qu’on lui pose une question
    Quand elle vient d’un parachutiste »
     (1)

    Un épisode est resté célèbre : en avril 1975, la guerre du Vietnam s’achève enfin par la victoire des révolutionnaires. Le pays est ravagé, de partout dans le monde monte un sentiment de soulagement. Et qu’écrit l’éditorialiste du Figaro, Jean d’Ormesson ? Que, malgré tout, il regrette l’air de liberté qui flottait auparavant sur Saigon. Drôle de liberté : le régime pro-américain pourchassait, emprisonnait jusque dans les cages à tigres de Poulo Condor, assassinait les opposants.

    Lisant cet article, l’ami Ferrat est saisi d’une sainte colère. Et écrit, d’une traite, une chanson-pamphlet digne de figurer dans une anthologie du genre. (2) Il commence par rappeler que la presse conservatrice avait été continûment en faveur de la guerre coloniale, puis de la guerre américaine – ce qui était l’exacte vérité :

    « Les guerres du mensonge, les guerres coloniales
    C’est vous et vos pareils qui en êtes tuteurs
    Quand vous les approuviez à longueur de journal
    Votre plume signait trente années de malheur »
     

    Il poursuit par un rappel de l’histoire des luttes :

    « Allongés sur les rails, nous arrêtions les trains
    Pour vous et vos pareils nous étions la vermine
    Sur qui vos policiers pouvaient tirer sans fin
    Mais les rues résonnaient de “Paix en Indochine“ »
     

    Quelques vers firent énormément de bruit :

    « Quand le canon se tait, vous, vous continuez »  

    Et surtout :

    « Oui, vous avez un peu de ce sang sur les mains »  

    Parabole, sans aucun doute, car Monsieur d’Ormesson, certes solidement réactionnaire, n’était pas responsable de tous les écrits bellicistes de son journal dans le passé. Mais c’est la loi du pamphlet.

    D’Ormesson, évidemment, réagit, et la chanson fut comme de bien entendu interdite d’antenne dans cette France blême et giscardienne.

    Voilà Jean Ferrat : tout de colère contre les réacs, tout de fraternité envers les peuples. Tout de fidélité, aussi : il fut membre, jusqu’à ses derniers instants, de l’Association d’Amitié franco-vietnamienne.

    __________________________________
    (*) Historien,
    auteur de "Que la France était belle au temps des colonies". "Anthologie de chansons coloniales et exotiques françaises", Paris, Ed. Maisonneuve & Larose, 2001


    "Un air de liberté" de Jean Ferrat


    Un air de liberté
    Jean Ferrat

    Les guerres du mensonge les guerres coloniales
    C’est vous et vos pareils qui en êtes tuteurs
    Quand vous les approuviez à longueur de journal
    Votre plume signait trente années de malheur

    La terre n’aime pas le sang ni les ordures
    Agrippa d’Aubigné le disait en son temps
    Votre cause déjà sentait la pourriture
    Et c’est ce fumet-là que vous trouvez plaisant

    Ah monsieur d’Ormesson
    Vous osez déclarer
    Qu’un air de liberté
    Flottait sur Saïgon
    Avant que cette ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh

    Allongés sur les rails nous arrêtions les trains
    Pour vous et vos pareils nous étions la vermine
    Sur qui vos policiers pouvaient taper sans frein
    Mais les rues résonnaient de paix en Indochine

    Nous disions que la guerre était perdue d’avance
    Et cent mille Français allaient mourir en vain
    Contre un peuple luttant pour son indépendance
    Oui vous avez un peu de ce sang sur les mains

    Ah monsieur d’Ormesson
    Vous osez déclarer
    Qu’un air de liberté
    Flottait sur Saïgon
    Avant que cette ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh

    Après trente ans de feu de souffrance et de larmes
    Des millions d’hectares de terre défoliés
    Un génocide vain perpétré au Viêt-Nam
    Quand le canon se tait vous vous continuez

    Mais regardez-vous donc un matin dans la glace
    Patron du Figaro songez à Beaumarchais
    Il saute de sa tombe en faisant la grimace
    Les maîtres ont encore une âme de valet.


    (1)  En groupe, en ligue, en procession , 1969

    (2)  Un air de liberté , 1975

     

    Paris 13 mars 2015 : Sous un soleil radieux, cinq ans, jour pour jour, après la mort de Jean Ferrat, nous inaugurons à Paris dans le quartier populaire de Ménilmontant, la Place Jean Ferrat.

     En présence d'Isabelle Aubret (son interprète préférée), de Gérard Meys (son ami et producteur), de Véronique Estel (la fille de Christine Sèvres que Jean considérait comme sa propre fille), la maire de Paris Anne Hidalgo, assistée des maires du 11e et 20e arrondissement de Paris (la place Jean Ferrat, une véritable esplanade, est en effet à cheval sur ces deux arrondissements) ont rendu un hommage émouvant à l'immense artiste engagé que fut Jean Ferrat. De nombreux élus de Paris et personnalités politiques, artistiques et journalistiques, se mêlaient au peuple de Paris venu nombreux. Parmi eux, un Pierre Laurent très ému, Bertrand Delanoë, Ian Brossat et Bruno Julliard, Patrick Apel Muller... Après les discours élogieux, Isabelle Aubret chanta "Ma France". L'émotion était palpable, beaucoup de visages étaient au bord des larmes. Nous ressentions tous une grande fierté en écoutant Isabelle chanter, la gorge un peu serrée, cette chanson sublime de Jean Ferrat qui mériterait de devenir le second hymne de France. On dévoila la plaque au nom de Jean Ferrat et dans un chœur final, nous accompagnons tous Isabelle dans "La Montagne". Applaudissements ! La place Jean Ferrat est née pour que ce beau et grand poète, citoyen engagé à gauche qui, de sa voix grave et de velours, ne chantait pas pour passer le temps, ne quitte jamais nos mémoires populaires. Ce fut je vous le jure, un très beau moment ! Merci Jean.

     

     

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  • Colonisation : repentance, reconnaissance

     et réparations

    "Et la très glorieuse France républicaine qui est supposée montrer la voie à l’humanité admirative de son passé et de ses traditions ? Une guide fidèle ? Sur ces sujets, une pauvre arrière-garde percluse de conservatismes, de préjugés et de mépris pour celles et ceux qu’elle a exploités, opprimés et massacrés sans vergogne au cours de son histoire coloniale, et pour leurs héritiers français ou étrangers."

    Ces gens sont les premiers à piétiner les "valeurs" qu'ils prétendent défendre. Ils sont vieux, réacs, rances, poussiéreux et ridicules...

    Bref, ils sont déjà morts. 

    L'auteur :

    Olivier Le Cour Grandmaison

    Colonisation : repentance, reconnaissance  et réparations

    Université d'Evry-Val d'Essonne, sciences politiques et philosophie politique

    Les pourfendeurs de la repentance rongeaient leur frein. Les déclarations d’Emmanuel Macron sur la colonisation leur ont permis de sortir de leur torpeur hivernale. Quelle aubaine ! De Riposte Laïque à Alain Finkielkraut en passant par l’inévitable Yvan Rioufol du Figaro, les voilà qui chevauchent de nouveau leur fier destrier pour défendre la République honteusement attaquée. Qui sont ses ennemis ? Celles et ceux qui, par inconscience, “islamo-gauchisme” ou “angélisme victimaire”, la menacent en exigeant que les crimes coloniaux soient enfin reconnus par les plus hautes autorités de l’Etat et par les candidat-e-s à l’élection présidentielle. Un plumitif du site d’extrême-droite dénonce les menées de « l’anti-France », alors que le pays « a permis aux Algériens de devenir des femmes et des hommes libres », cependant que le chroniqueur précité stigmatise une « contre-société » qui, « depuis 30 ans », se construit « dans la détestation de la France et de tout ce qu’elle représente. » (13 février 2017).

    Quant au Charles Martel du quai de Conti, il n’a pas attendu de siéger à l’Académie française pour dénoncer de façon obsessionnelle cette repentance qu’il qualifie de « pratique effrontément narcissique et anachronique de la mémoire. » (12 novembre 2007). Comme souvent chez les pourfendeurs de la repentance, A. Finkielkraut, l’auteur de cette diatribe, transforme un enjeu politique en un problème psychologique pour disqualifier ceux qu’il combat, lesquels seraient animés par la haine d’une République pourtant admirable, et par un égotisme aveugle aux beautés immarcescibles de l’histoire de France. Le remède à ces pseudo-pathologies contemporaines que beaucoup d’autres avec lui prétendent avoir découvertes (1) ? Malet et Isaac, sans doute, dont les manuels constituent l’horizon indépassable des amoureux de Clio et de l’Hexagone éternel. Dans tous les cas, ils sont nombreux à plaider pour la restauration d’un roman national soutenu par l’histoire-bataille, et celle des hommes et des femmes héroïques réputés avoir fait cette France qu’il nous faudrait aimer passionnément (2). Stupéfiante régression que légitime la lutte contre la « bien-pensance » ; cette chimère forgée par ceux-là mêmes qui la combattent pour faire fructifier leur capital intellectuel, symbolique et médiatique en adoptant la posture avantageuse de l’audace et de la clairvoyance critiques.

    A cela s’ajoute une réhabilitation assumée du passé impérialiste de ce pays puisque l’entreprise coloniale « avait aussi pour but d’éduquer » et « d’apporter la civilisation aux sauvages », selon A. Finkielkraut (Haaretz, 18 novembre 2005). Extraordinaire avancée qui bouleverse l’historiographie des études consacrées à cette période ! Philosophe, l’auteur de La défaite de la pensée ? Sur ces sujets, il n’est que le piteux ventriloque d’un discours élaboré sous la Troisième République pour légitimer « la course à l’Afrique » et les guerres de conquête conduites en Cochinchine et à Madagascar. Lui qui aime à citer l’œuvre de H. Arendt, qu’il prétend connaitre alors qu’il en a une interprétation partielle et partiale, serait bien inspiré de lire L’Impérialisme que l’auteure juge essentiel pour comprendre l’avènement du totalitarisme. Il y découvrirait ce qu’il critique avec véhémence puisque la philosophe allemande, après avoir cité une phrase célèbre de J. Conrad dans Cœur des ténèbres – « Exterminez toutes ces brutes », c’est-à-dire les Noirs – ajoute : « Cette époque conduisit aux massacres les plus terribles de l’histoire récente, à l’extermination des tribus hottentotes » et « à la décimation de la paisible population du Congo. (3) » La France n’est pas oubliée, elle qui, dans les premières années du XXème siècle, est devenue la deuxième puissance impériale du monde et a vu prospérer plusieurs théoriciens du racisme comme Gobineau, par exemple, auquel H. Arendt consacre des pages importantes en montrant combien son influence européenne fut significative, durable et catastrophique. 

    Singulière est cette coalition hétéroclite des contempteurs de la repentance qui ont réhabilité un terme d’origine religieuse, jugé « vieilli » par le dictionnaire Le Robert, pour mieux stigmatiser celles et ceux qui estiment que le passé colonial et criminel de la France doit être reconnu. Sous couvert de qualification, il s’agit de disqualifier ces derniers en faisant croire qu’ils sont animés par un ressentiment aveugle et dangereux. De là, aussi, cette accusation inepte : les mêmes favoriseraient la “guerre des mémoires” en alimentant un “communautarisme mortifère” et « le narcissisme de certaines minorités », soutient P. Bruckner (Marianne, 30 septembre 2006) visiblement converti à une improbable psychologie collective devenue le prêt-à-penser de ceux qui combattent les « repentants ». De là enfin, le recours classique à la thèse de la mise en péril, cette figure majeure de la rhétorique réactionnaire (4), destinée à ruiner la légitimité de revendications jugées inacceptables en faisant croire que leur satisfaction ferait peser sur la République une menace existentielle. Formules toutes faites, procès d’intention sans fondement, langage hyperbolique, prédictions catastrophiques ; tels sont les ressorts principaux de cette rhétorique anti-repentance.

    Quant à celles et ceux qui estiment, à juste titre, faire l’objet de discriminations mémorielles et commémorielles inacceptables, ils deviennent au mieux de dangereux adversaires politiques, au pire des ennemis de l’intérieur qu’il faut combattre au plus vite. Et miracle de cette inversion, les hommes et les femmes qui s’opposent à la reconnaissance se muent en sauveurs de la nation et en preux chevaliers engagés dans une bataille majeure dont ils sont les héros courageux et clairvoyants. Aussi n’est-il pas étonnant de trouver à leur tête « l’Immortel » Finkielkraut. Désormais revêtu de son habit vert, coiffé d’un « bicorne à plumes d’autruches noires frisées à la main » et armé d’une épée sur laquelle il a fait graver cette citation de Ch. Péguy : « La République une et indivisible, est notre royaume de France », le voilà qui ferraille aux avant-postes de cette lutte titanesque pour défendre la patrie en danger ! Admirable, forcément admirable.

    Pitoyable en fait dès lors qu’on s’affranchit des œillères nationales pour s’intéresser à la politique mise en œuvre par d’anciennes puissances coloniales et par des Etats qui se sont construits sur la spoliation, les déplacements forcés et les massacres des populations autochtones. Quelques exemples. 30 août 2008. Le président du Conseil, Silvio Berlusconi, reconnait les dommages infligés à la Lybie lors de la colonisation, accorde 5 millions de dollars au titre des réparations et restitue la Vénus de Cyrène, volée à cette époque et conservée depuis dans un musée italien. 10 juillet 2015, le gouvernement d’Angela Merkel admet qu’un génocide a bien été perpétré contre les Hereros et les Namas par les forces du général Lothar von Lothar, entre 1904 et 1905, dans la colonie allemande du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie). 12 Septembre 2015, « le gouvernement britannique reconnait que les Kényans ont été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de maltraitance de la part de l’administration coloniale. » (Libération, 14 septembre 2015). Ces mots sont gravés sur le mémorial, financé par la Grande-Bretagne et érigé à Nairobi, pour rendre hommage aux milliers « d’indigènes » massacrées par les troupes de sa Gracieuse majesté lors du soulèvement des Mau-Mau dans les années 1950. Rappelons enfin que la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Australie et les Etats-Unis ont tous, d’une façon ou d’une autre, admis que des traitements indignes avaient été infligés aux populations autochtones de leur territoire respectif. Dans plusieurs cas, cette reconnaissance officielle s’est accompagnée de réparations financières.

    Et la très glorieuse France républicaine qui est supposée montrer la voie à l’humanité admirative de son passé et de ses traditions ? Une guide fidèle ? Sur ces sujets, une pauvre arrière-garde percluse de conservatismes, de préjugés et de mépris pour celles et ceux qu’elle a exploités, opprimés et massacrés sans vergogne au cours de son histoire coloniale, et pour leurs héritiers français ou étrangers.

     *********

    O. Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014.

     

    (1). Cf. également M. Gallo, l’écrivain-historien des Relais H, qui se fait visionnaire en affirmant : « Honteux de notre passé, nous sommes condamnés non seulement à la repentance, mais aussi à nous désagréger, à nous diviser, à capituler, à mourir dans l’aigreur, l’amertume » et « la haine » en ayant livré la nation « aux bandes communautaires. » Fier d’être français, Fayard, 2006, p. 132.

    (2). Avec la finesse qui le caractérise, L. Wauquiez livre aux Français ébahis cette analyse dont la profondeur et la rigueur laissent pantois : « Ajoutez (…) une repentance systématique et vous comprendrez pourquoi des jeunes issus de cette école en viennent à prendre les armes contre leur propre pays. » Le Figaro, 14 février 2016.

    (3). H. Arendt, Les Origines du totalitarisme, Paris, Quarto Gallimard, 2002, p. 451.

    (4). A. O. Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Paris, Fayard, 1991.

    https://blogs.mediapart.fr/edition/les-mots-en-campagne/article/080317/colonisation-repentance-reconnaissance-et-reparations/commentaires 

     

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  • Algérie 1954-1962, la guerre de mon père

    En juillet 1956, 400.000 militaires ont pris pied en Algérie, dont 80% d’appelés, pour participer à ce que l'on n'appellera que bien plus tard la «guerre» d'Algérie. Je suis la fille de l'un d'eux, «héritière du silence».

    Algérie 1954-1962, la guerre de mon père

    L'opération Jumelles, en Kabylie, sous le commandement du général Challe, dans la forêt d'Akfadou. Août 1959. Yves-Guy Berges / SCA - ECPAD 

    En mars dernier, j’ai appelé mon père. «Il faudrait, lui ai-je dit, qu’on prenne un moment pour que tu me racontes mieux ce que tu as vécu là-bas, en Algérie...» A l’autre bout du fil, la réponse est restée évasive. Quelques jours plus tard, mon père entrait à l’hôpital.

    Je suis une fille d’appelé en Algérie, une «héritière du silence» comme nous surnomme Florence Dosse dans le livre qu’elle vient de consacrer à la mémoire des enfants d’appelés dont elle-même, née en 1963, fait partie.

    «A mon sens, chez les enfants d’appelés, la mémoire de la guerre d’Algérie n’est ni absente ni vide, elle serait plutôt latente, non structurée, parcellaire, parfois même impensée», écrit-elle. En 1988, l’historienne Claire Mauss-Copeaux avait recueilli et rapporté les récits de nombreux soldats du contingent, ils furent un million au total, dont la parole a été si longtemps «confisquée».

    Cette fois, l’originalité de l’étude de Florence Dosse tient à la triple exploration de la mémoire de ces hommes, de leurs épouses mais surtout de leurs enfants, «rarement (…) entendus jusqu’à présent et (qui) n’ont pas été associés à une histoire qui est aussi la leur mais qu’ils peinent à s’approprier».

    Comment se sont fabriqués ces fragments de mémoires, sur quels questionnements, quels silences, quelles craintes et avec quelles précautions? Au fil de ma lecture et des témoignages rassemblés et éclairés par Florence Dosse, j’ai revécu ces rares, trop rares moments durant lesquels mon père a rompu le silence.       

    «Toi, tu as tué des gens?»

    A la différence de la plupart des enfants d’appelés en Algérie, j’ai «su» très tôt.

    A 7-8 ans, guère plus. Intriguée par une large malle en tôle entreposée dans la cave de l’immeuble, je l’ouvre et en sors une grande cape en épais drap de feutre bleu marine, avec sa capuche et son gros macaron d’argent. Et puis une liasse de feuillets, papier bible, tapuscrits à l’encre bleue carbone.    

    Ravie de mes trouvailles, je les remonte à mes parents. «C’est la cape de chasseur alpin de ton père, son uniforme quand il était à la guerre, en Algérie», explique ma mère. Avec l’inconsciente cruauté de l’enfance, j’apostrophe alors mon père:

    «Tu as fait la guerre. Ça veut dire que toi, tu as tué des gens?»

    J’entends encore ses mots, pas ceux indicibles d’un père à son enfant, mais ceux qu’il avait dû, jeune lieutenant, tant de fois débiter de façon quasi-mécanique:

    «L’important pour moi c’était de ramener chaque soir mes hommes vivants à la base.» 

    Ce fut le premier choc. Tout de suite, la petite fille a compris qu’il ne fallait pas insister, comme le comprennent, un jour, nombre d’enfants d’appelés:

    «La guerre d’Algérie a imprégné leur enfance en sous main, les effleurant de loin en loin, donnant au climat familial une couleur à la fois particulière et indistincte.»

    Il faut dire que pour l’écolière puis la lycéenne que je fus, comme pour tous les enfants nés avant la fin des années 1960, «rien du côté de l’institution scolaire ne venait éveiller leur curiosité sur le vécu paternel et les pousser à relier cette histoire singulière à une histoire collective». Jusqu’en 1983, les manuels scolaires n’évoquaient même pas les plus de 25.000 soldats français morts durant la guerre d’Algérie laquelle n’a d’ailleurs pris officiellement le nom de «guerre» qu’en 1999.    

    En juillet 1956, ce qui correspond sans doute au moment où mon père y débarque, 400.000 militaires ont pris pied en Algérie, dont 80% d’appelés. Florence Dosse retrace l’état d’esprit de ces derniers:

    «Les enjeux politiques échappaient au plus grand nombre, la question de la légitimité ou non de la lutte des Algériens pour leur indépendance n’étant pas clairement posée dans leurs esprits (...) ils  partaient protéger leurs concitoyens, les Français non musulmans d’Algérie qu’on appellerait plus tard les pieds-noirs aux prises avec la population musulmane, présentée comme de plus en plus agitée, vindicative, meurtrière et barbare.»

    La difficile question de la torture

    Mon père a 22 ans. C’est un beau jeune homme brun au regard bleu. Il est drôle, il est gai, il a le goût de la vie. Son enfance et son adolescence furent insulaires, à Madagascar. Loin d’être un fils de bourgeois à qui on aurait assuré une planque, il a commencé son service militaire à la dure, chez les Spahis en Allemagne; puis le voilà au 25e régiment de chasseurs alpins basé à Menton avant de s’embarquer pour l’Algérie.

    Lieutenant, il prend la tête d’une section, trente hommes, parmi lesquels des soldats de métier dont certains, «difficilement maîtrisables voulaient en découdre», aurait-il confié à ma mère. Leur tâche: boucler et ratisser les montagnes de Kabylie, un terrain que maîtrisent parfaitement les combattants algériens de l’Armée de libération nationale (aile armée du Front de libération nationale) qui y organisent des embuscades meurtrières.

    En 1991, je suis à Alger en reportage. Un ami, bon connaisseur de l’Algérie, m’emmène sur les lieux de la guerre de mon père. De retour en France, j’évoque ce détour par Tizi Ouzou, les montagnes du Djurdjura, la Main du juif... mon père ne dit mot. Plus tard, je sus qu’il avait été bouleversé de me savoir au pied de ces montagnes qui ont définitivement marqué l’homme qu’il fut par la suite.

    Longtemps, je n’ai osé lui poser la difficile question de la torture. Dès l’automne 1956, on torturait en Algérie. Les soldats apprenaient «que ces interrogatoires un peu poussés étaient la seule manière de démanteler un réseau FLN et que en grillant à l’électricité un homme hurlant on sauvait des vies», décrit Florence Dosse. «L’emploi de la gégène était généralisé, ceux qui disent qu’ils ne savaient pas sont des faux culs», m’a dit mon père. Et lui, avait-il torturé ? «Il y  avait une gégène ; et cela a permis d’obtenir des informations», m’a-t-il répondu comme si l’essentiel pour lui, toujours, était d’assumer ce passé.

    «Les appelés ont été pris dans la contradiction d’un vocabulaire en décalage complet avec leur vécu : officiellement on les a envoyés maintenir l’ordre ; politiquement on ne parlait pas de guerre alors qu’ils en vivaient une, explique Florence Dosse. Et quoi qu’ils aient vu ou fait, on ne parlait pas des exactions vues ou commises puisqu’elles étaient officiellement interdites, bien que couramment pratiquées

    Par sa religion, mon père avait une éthique de la responsabilité plutôt que de l’obéissance. A cette aune-là, sa guerre dut être rude, douloureuse, cruelle.

    «On a été dégueulasses avec les harkis»

    Je me rends compte aujourd’hui que ces bribes de la «guerre de mon père» sont souvent survenues dans notre vie familiale sans crier gare, quand on ne s’attendait pas à voir le sujet évoqué.

    Ainsi au  milieu des années 1990 : je tourne un reportage à Gaza sur des informateurs palestiniens que l’armée israélienne vient d’exfiltrer des territoires occupés où considérés comme des "collaborateurs", ils sont exposés à la vengeance des autres Palestiniens, autrement dit à une mort certaine.

    «Au moins, compare de façon inattendue mon père, les Israéliens se comportent-ils mieux que nous avec ces types qui ont travaillé pour eux. Nous, on a abandonné les harkis, on a été dégueulasses avec eux

    «En s’enrôlant dans l’armée française, les harkis faisaient souvent le choix de se mettre sous sa protection pour fuir la terreur exercée par le FLN à une époque où l’Algérie était sous gouvernement français : ils ne trahissaient donc pas leur patrie au sens strict du terme», explique Florence Dosse.

    Qu’après le cessez-le-feu d’avril 1962, de Gaulle ait ordonné de désarmer les harkis, que le gouvernement se soit ensuite opposé à les aider à s’installer en métropole, que de 15.000 à 30.000 d’entre eux aient été exécutés, que ceux qui ont pu arriver en France aient été bannis de tous côtés, tout cela lui était insupportable. 

    Mes parents s’étaient fiancés peu de temps avant que mon père ne parte pour l’Algérie. Chaque jour, ils se sont écrit. En témoigne un énorme carton débordant d’enveloppes à l’encre passée. Comme la plupart des appelés, mon père n’y laissait rien transparaître de ce qu’il vivait. Il y avait la censure, ainsi qu'une certaine pudeur et retenue: il ne fallait pas inquiéter la famille. Résultat: «Je crois que je ne me rendais pas vraiment compte de ce qu’il vivait, je n’avais pas vraiment réalisé que c’était une vraie guerre», se souvient ma mère.

    En vérité, l’«ignorance» de ma mère était tout à fait banale et significative «de la façon dont la France métropolitaine a vécu cette guerre qui n’en était pas une et de l’état de l’opinion publique d’alors».

    Au retour, le sentiment de ne plus être de ce monde-là

    Comme celle de la plupart des appelés, la réadaptation de mon père à la vie en métropole fut difficile. «Il était révolté d’avoir dû faire cette guerre et se méfiait de tout le monde, se sentait très seul, abandonné et incompris par son père en particulier, avec le sentiment de ne plus être de ce monde-là», se rappelle ma mère.   

    Il était «allé combattre une rébellion et garder l’Algérie française, la guerre s’est soldée par l’indépendance algérienne ; moins que jamais les soldats ont compris ce qu’ils étaient allés faire là-bas, et personne ne leur a demandé de comprendre. Militairement libérés, la page devait être tournée», explique comme en écho Florence Dosse.

    Mon père est mort le 26 mars 2012. Cinquante ans, presque jour pour jour, après les accords d’Evian qui consacraient l’indépendance de l’Algérie et avant que nous n’ayons pu re-parler.

    Je ne suis pas tout à fait sûre que ce soit un hasard.   

    Les feuillets jaunis que petite fille j’avais remontés de la cave sont toujours enfouis dans la malle en tôle, sans que j’aie encore eu le courage de les lire. Ce sont des nouvelles qu'il a écrites en Algérie. L’une d'elle,  m’a-t-on dit, a pour titre «L’ordre». Elle décrit le dilemme d’un jeune lieutenant contraint d’obéir à un ordre qui va à l’encontre de ses valeurs, de sa morale.

    Entre les lignes, ces nouvelles disent sans doute ce que mon père n’a jamais exprimé à haute voix : la peur, la violence du devoir et la solitude d’un jeune homme de 20 ans dans les montagnes de Kabylie en 1956. Ses mots furent jugés suffisamment subversifs aux yeux de son propre père, mon grand-père, pour que ce dernier lui interdise de publier ces nouvelles «sous notre nom».    

    Mais grâce à ces textes écrits dans la nuit d’un campement du djebel, tandis que le reste de la section tapait le carton et se saoûlait la gueule, je ne suis plus héritière que d’un demi-silence.  

    Ariane Bonzon

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  • Guerre d'Algérie  Mémoires parallèles  “GUÉRIRONS-NOUS?”

    « La France autrefois, c’était un nom de pays, prenons garde que ce ne soit, en 1961, le nom d’une névrose », écrivait Jean-Paul Sartre dans la préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon. Il poursuivait son raisonnement par cette interrogation : «Guérirons-nous ?» Le philosophe avait raison de poser la question. C’est peu dire que, cinquante-cinq ans après, la guerre d’Algérie n’est pas encore entrée dans l’Histoire. Dès que l’on évoque ce sujet, les passions reviennent, à coups de comptabilités macabres, de stèles, d’invectives et d’anathèmes. Les camps s’affrontent ou s’ignorent. Si la guerre d’Algérie a dressé une barrière entre l’Algérie et la France encore plus infranchissable que la Méditerranée, celle des mémoires parallèles et du ressentiment, des volontés d’apaisement existent sur les deux rives.
    Il n’y a pas une mais des guerres d’Algérie. Un appelé, un officier parachutiste, un militant du MNA, un militant de la Fédération de France du FLN, un maquisard de l’ALN, un enfant algérien, un juif d’Algérie, un pied-noir rapatrié, un activiste de l’OAS, un harki racontent chacun une histoire différente. Et pourtant, il y a bien eu une seule guerre en Algérie. On ne l’appelle comme ça officiellement que depuis 1999. Et ce fut une « sale guerre ». Elle a opposé une poignée de nationalistes à l’Etat français, tous gouvernements confondus, sûr du rôle positif de la colonisation et empêtré dans une injonction contradictoire : répondre au souhait d’indépendance des Algériens dans un contexte mondial de décolonisation et gérer le destin du million d’Européens vivant dans le pays depuis fort longtemps. Quand commémorer la fin de la guerre d’Algérie ? Encore faut-il savoir quelle date choisir… Celle des accords d’Evian, le 18 mars 1962, paraîtrait raisonnable. Côté français et côté algérien, c’est celle du cessez-le-feu qui intervient le lendemain. Mais cette date ne marque pas malheureusement la fin des hostilités, et c’est bien le problème. Suivront la folie meurtrière de l’OAS, la crise du FLN qui est sans doute responsable de la terrible journée du 5 juillet 1962 à Oran, l’exode dramatique des pieds-noirs et le massacre honteux des harkis abandonnés par la métropole. Sans repentance et sans amnésie, force est de reconnaître qu’il n’y a pas d’équivalence de la violence qui renverrait dos à dos les deux adversaires. Le prix humain payé par l’Algérie pour son indépendance est dix fois plus élevé que celui que la France a consenti pour tenter de maintenir son pouvoir sur la colonie.

    Alors pouvons nous être utopiste et rêver que la guerre des mémoires fera place au temps de l’Histoire. Mais soyons patients, le temps de la guérison approche... la Paix des Mémoires aussi.

    Guerre d'Algérie  Mémoires parallèles  “GUÉRIRONS-NOUS?”

     

    Il n’y a pas une Mémoire mais des Mémoires de la guerre d’Algérie et autant d’histoires différentes, aujourd'hui nous en avons choisi une intitulée "Nos pères ennemis" Les auteurs de cette histoire ont choisi la Paix des Mémoires.

     

    Guerre d'Algérie  Mémoires parallèles  “GUÉRIRONS-NOUS?”

     

    Guerre d'Algérie  Mémoires parallèles  “GUÉRIRONS-NOUS?”

    France Info présente : "Nos pères ennemis", la guerre d'Algérie racontée à deux voix

    Clovis était sous-officier dans l'armée française. Ibrahim se battait pour l'indépendance de son pays. Tous deux sont morts pendant la Guerre d'Algérie. La fille de Clovis et le fils d'Ibrahim publient un récit à deux voix, plus de cinq décennies après la fin du conflit.

    Clovis Creste et Ibrahim Zerouki ont combattu dans la même région, mais dans deux camps opposés. Tous deux sont morts au milieu de la guerre : en 1958, le militaire français a été tué dans une embuscade ; l'année suivante, le combattant nationaliste a disparu et son corps n'a jamais été retrouvé.

    La fille du Français et le fils de l'Algérien écrivent ensemble cette histoire. Dans leur livre à deux voix, Nos pères ennemis (Privat), Hélène Erlingsen et Mohamed Zerouki plaident pour un rapprochement entre Français et Algériens, sans rien éluder des fractures qui subsistent.

     

    Guerre d'Algérie : histoire de deux

     

    pères ennemis "Leurs enfants ont su

     

    tourner la page et délivrent

     

    des messages de paix"

    L'un a été sous-officier pour l'armée française, l'autre a été combattant pour l'indépendance de l'Algérie. Plus de cinq décennies après, leurs enfants racontent leur histoire.

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    Alger, 16 mai 1958 Rassemblement (Européens et musulmans) pour l'Algérie française DALMAS-SIPA

     

    En 1990, Hélène Erlingsen-Creste, fille de Clovis, a l'impression de perdre son père pour la seconde fois. Elle assiste aux funérailles de son oncle paternel, Kléber, dont elle était très proche. Il s'est engagé dans la Légion à 15 ans en dissimulant son âge véritable et en endossant l'identité de son frère aîné, Clovis Creste. En voyant la fumée s'élever du crématoire où son oncle vient d'être incinéré, Hélène se dit que ces deux vies de militaires méritent de laisser des traces.

    Elle entreprend alors une longue enquête sur son père et sur les soldats des guerres coloniales. Journaliste à France 3 Toulouse, elle s'attèle pendant 17 ans à retrouver des témoignages, épluche les documents officiels, les rapports de gendarmerie, les journaux d'époque, les archives. Elle se rend en Algérie en 1992 puis au Vietnam en 1995. Hélène voulait parler à ceux qui avaient côtoyé son père ou ses pairs, cherchant à dégager, selon ses mots "le négatif et le positif" d'où émergerait une "photo en trois dimensions". Ce travail d'historienne débouche sur une thèse soutenue à l'IEP de Toulouse, puis sur un livre : "Soldats perdus: de l'Indochine à l'Algérie, dans la tourmente des guerres coloniales", paru aux Editions Bayard, en 2007.

    A l'approche du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, Hélène se met en tête, dans un esprit de réconciliation, de trouver son pendant algérien: une fille de chahib, mort lui aussi au combat. C'est un fils qui se présentera, Mohamed Zerouki. Ensemble ils bâtiront ce projet de livre à quatre mains. Un livre de paix, sans concession, écrit dans un esprit d'empathie et de respect réciproque. Chaque mot est pesé pour ne pas mettre l'un ou l'autre dans l'embarras.

    "Des gens qui se ressemblaient"

    Hélène et Mohamed partagent leur histoire. Se répondant l'un l'autre ils mettent en perspective le parcours de leurs pères, deux hommes intègres et courageux. Confrontant leurs points de vue ils appréhendent ce que fût cette expérience traumatisante à l'aune de leurs propres souvenirs d'enfant. Ils ont en commun la perte du père, mais avec une différence notoire : Hélène avait 6 ans quand elle a vu le sien pour la dernière fois, Mohamed en avait 16. Il était déjà un adolescent ayant combattu aux côtés des siens. Les pères étaient tous deux d'origine rurale et modeste. Leurs enfants diront d'eux: "Ils étaient des petits pauvres. Dans cette guerre, on a fait combattre des gens qui se ressemblaient".

    Clovis Creste, fils de paysans et sous-officier, né le 28 Février 1927 à Bon-Encontre, près d'Agen, a été tué le 26 Octobre 1958 à l'âge de 31 ans. Ibrahim Zerouki, fils de paysans également, né près de Damous, le 13 Avril 1915, a disparu en 1959, à 44 ans. Clovis, orphelin de père arrête l'école à 10 ans. Il sait à peine lire, écrire et compter. Résistant à 17 ans, il s'enrôle dans l'armée où il contribue à la libération de Strasbourg en janvier 1945. Promu caporal, on l'incorpore à l'infanterie coloniale.

    Il participe à deux campagnes en Indochine, avant de se marier en 1951. Hélène nait au Sénégal en 1952 où la famille passe quelques années paisibles. Mais l'Empire français craque de toutes parts. En 1956, Clovis débarque en Algérie où la guerre, qui ne dit pas encore son nom, a éclaté deux ans auparavant.

    "Indigènes"

    A cette époque, Ibrahim, lui, combat déjà pour la libération de son pays. Son engagement politique date des massacres de Sétif et de Kherrata, le 8 Mai 1945. Son fils, Mohamed, le dépeint ainsi: "C'était un très bel homme qui, bien que paysan, avait toujours su s'habiller "classe". Dans le douar, c'était celui qui avait les plus belles djellabas. Il n'était pas si grand, mais assez costaud. Un montagnard, un Berbère". Avant d'être dans la clandestinité, il a été ouvrier agricole et marin- pêcheur. De son mariage avec la fille d'un ancien combattant de la guerre de 14-18, naît Mohamed, à Bou-Ismaïl, en 1943.

    Ibrahim transmet à son fils les valeurs du cœur et le respect des autres. Dans un pays où les Algériens vivaient l'humiliation et l'injustice, il rêvait d'une nation fraternelle et indépendante. C'est pour elle qu'il va se battre. Pour la dignité et l'égalité. Il deviendra commissaire politique au FLN. Mohamed Zerouki écrit des pages abruptes et lucides sur les conditions de vie des "indigènes", expression qui lui "arrache le cœur".

    Mépris, différences de salaires, de traitement avec les Français sont le lot quotidien. Très tôt, Ibrahim emmène son fils avec lui sur les chemins de la lutte. Mohamed sert d'agent de liaison. Il a vu. Il a combattu aux côtés de son père. Il nous raconte son apprentissage dans le maquis, auprès des moudjahidines et la dureté de la vie dans la clandestinité. "Mes souvenirs personnels sont des faits et des gestes gravés dans ma mémoire. Lorsque j'en parle, ce sont des images qui défilent devant moi", dit-il.

    Mohamed Zerouki nous livre dans ce livre des pages poignantes sur ces hommes qui menaient la guérilla face à une armée régulière. Des paysans montagnards qui ayant une parfaite connaissance du terrain défiaient l'artillerie française.

    "J'en ai marre de cette sale vie"

    De leur côté, Hélène et sa mère rejoignent le sous-officier Creste , en août 1957. Clovis a obtenu une place dans une Section administrative spécialisée, seule condition pour faire venir sa famille. La SAS n'est pas une unité combattante. C'est une petite cellule d'une trentaine de civils (instituteurs, infirmiers, assistantes sociales, quelques militaires), chargés d'aider les populations. Un soldat français dans un régiment risquait moins sa vie que dans une SAS où il était très exposé. Clovis s'est mis en danger pour ne plus être séparé des siens.

    Pour comprendre le quotidien de son père en mission, Hélène consulte les journaux de marche où sont consignés les événements qui touchent la vie du régiment. Les carnets de son père et les lettres envoyées à sa femme, Francine, permettent de deviner l'état d'esprit du soldat. Clovis y dit sa lassitude et sa hâte d'en finir avec cette guerre."J'en ai marre de cette sale vie" ou encore "Vive la quille" ou "triste journée". Propos déjà excessifs, pour un "taiseux" qui n'aime pas laisser paraître ses sentiments.

    "La boucle est bouclée"

    Clovis et Ibrahim ont fait la guerre dans la même région de l'Ouarsenis, à l'ouest d'Alger. On ne sait pas qui a tué Clovis dans une embuscade à Tacheta. Il a été abandonné agonisant, sans personne pour lui tenir la main. On ne connaît pas les circonstances de la mort d'Ibrahim, qualifiée de disparition, on ne sait pas où il est enterré.

    Deux jours après le décès de Clovis, Hélène et sa mère, inconsolable, retournent à Agen. Mohamed quant à lui est un adolescent perdu. "Je n'avais plus de point de repères. Il me fallait construire ma route, devenir un homme. C'est ce que j'ai fait avec beaucoup de difficultés, car je n'avais personne pour m'aider", nous dit-il. Plus tard, en 1968, il rejoint un oncle en France. Il entreprend des études dans le domaine socio-éducatif et culturel et s'occupe de maisons de jeunes.

    Hélène dit que "la boucle est bouclée et bien bouclée". Ensemble, avec Mohamed, ils ont posé leur fardeau. Leur souhait : que les jeunes générations ne fassent plus les frais de cette douloureuse histoire coloniale.

    "Nos pères ennemis. Morts pour la France et l'Algérie. 1958-1959" d'Hélène Erlingsen Creste et Mohamed Zerouki. Editions Privat, 2012.


    Hélène Erlingsen, Mohamed Zerouki ; "Nos pères... par franceinfo


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  • Jeunes Français dans la guerre en Algérie :

    avoir 20 ans dans les Aurès


     
    AURES ALGERIA

     

    Se rendre compte combien ils étaient jeunes, ces jeunes appelés, si jeunes décidément, et si trompés sur ces opérations de "pacification" et de "maintien de l'ordre", ces jeunes tirés de leurs campagnes et ne sachant rien du monde, rien de ces multiples "France" où des Alsaciens camarades de combat ne parlaient même pas français, rien de l'Algérie qui n'était qu'un département français sur une carte de géographie. Ces jeunes auxquels on avait donné le permis de tuer alors même qu'ils n'avaient pas encore le permis de voter, puisque la majorité n'était alors qu'à 21 ans...

    Ces jeunes dont certains avaient fait leurs classes dans la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) et dont la conscience se trouvait déchirée entre le commandement militaire et le commandement divin "Tu ne tueras point", et qui questionnaient là-bas des aumôniers désemparés qui ne savaient que les désemparer davantage.

    Ces lignes de faille qui ont traversé leur vie, traversé leur âme et les traversent encore. Les entendre dire, avant que leurs paroles ne s'étouffent dans les larmes, à quel point c'est dur encore : ils évoquent leur guerre devant nos élèves alors qu'ils n'en ont toujours pas parlé à leurs fils...

    Ecouter l'un d'entre eux dire à quel point ils rendent tous hommage à leurs femmes, car la guerre les avait tellement endurcis et renfermés qu'elles ont dû être plus que bienveillantes et patientes pour les supporter. Je me suis alors rappelée de Maurice Baglietto à Alger, qui disait que c'était sa femme qui aurait dû avoir la carte de moudjahida...

    Jeunes Français dans la guerre en Algérie : avoir 20 ans dans les Aurès

    Le moudjahid Maurice Gyrille Baglietto n’est plus 

    Jeunes Français dans la guerre en Algérie : avoir 20 ans dans les Aurès

    Le moudjahid Maurice Gyrille Baglietto est décédé à l’hôpital militaire de Ain Naadja (Alger) à l’âge de 91 ans, le 23 février 2016. Né le 23 mai 1925 à Alger, le moudjahid a rejoint les rangs de la Révolution en 1956 et a milité pour la cause nationale jusqu’à son arrestation et son emprisonnement de 1957 jusqu’à l’indépendance.

    Jeunes Français dans la guerre en Algérie : avoir 20 ans dans les Aurès

    Ils n'ont jamais pu remettre les pieds là-bas. Mais l'un d'entre eux, Roger, 85 ans, un ancien JOC, s'apprête à faire le grand voyage en juin. Il a peur. Il a "fait les Aurès" et a demandé à revenir sur ces lieux qui ont labouré sa conscience chrétienne pendant 3 ans et toute sa vie durant.

    Il a demandé à voir "ceux qui ont tiré sur eux" et "ceux sur lesquels il a tiré". Il sait que la bouffée d'émotion va le secouer, qu'un séisme va le traverser, et qu'il est important que sa femme soit à ses côtés pour le sauver. Revenir sur les lieux des camarades tombés, sur le lieu de cette sale guerre qu'il savait juste pour les Algériens. Et voir Alger. Puis revenir ensuite pour parler à son fils, peut-être, mais avec l'aide de sa petite-fille de 30 ans.

    La terre algérienne qui s'est installée dans mon coeur et dans mon âme a tremblé cet après-midi. Cette Algérie où j'ai eu ma petite guerre à moi, cette profonde ligne de faille parmi celles qui traversent une vie. Une ligne qui cependant n'a pas lézardé la moindre parcelle de mon indéfinissable amour pour ce pays dont le bleu, le blanc, le vert et l'ocre font de la persistance rétinienne.

    Au contraire, une ligne de faille par-dessus laquelle des amitiés solaires et indéfectibles ont réussi à jeter des ponts, une ligne de faille comblée par ce surcroît d'affection qui s'écrit tous les matins sur le tableau vert de mes aubes comme une leçon de vie pour continuer, toujours, d'aller vers le soleil.

    Je verrai Roger à son retour, en attendant que je fasse à mon tour mon petit retour.

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    " Cette guerre m'a remué "

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     Bernard Birger, dans sa maison à Michelbach-le-Haut, dont il a été le maire de 1983 à 1995

    Incorporé en 1955 alors qu’il était séminariste, Bernard Birger est revenu du service militaire en Algérie «le cœur déchiré et l’âme meurtrie».

    «La France compte sur vous pour faire régner l’ordre», leur avait déclaré le colonel commandant le 16e Régiment de dragons à Haguenau où ce soldat mulhousien de la classe 1932 avait été incorporé. «Ne suivez pas la formation d’officier de réserve et restez proche des soldats», avait recommandé l’évêque Jean-Julien Weber aux séminaristes appelés sous les drapeaux.

    Avant de suivre la voie de Dieu au séminaire de vocation tardive de Meaux, puis à la faculté de philosophie de Strasbourg, Bernard Birger avait suivi une formation de dessinateur industriel et travaillé au bureau d’études de la SACM à Mulhouse. Cette formation initiale lui a valu une mission spéciale en Algérie : «On m’a demandé de peindre le nom des tués sur des croix blanches au cimetière provisoire avant le rapatriement des corps en France.» Il était basé à Aïn-Beïda, une bourgade située à 1000 m d’altitude, au sud-ouest de Constantine, non loin de la frontière tunisienne.

     Bavure et torture

     Conducteur d’une automitrailleuse, il devait effectuer des patrouilles de reconnaissance et de protection des routes, fermes, gares et voies ferrées. «Des opérations inutiles, estime-t-il. Les fellaghas attendaient qu’on soit passé pour faire des sabotages.» Il a été témoin d’une bavure : «Un jour, le capitaine a fait tirer de loin sur des silhouettes soi-disant suspectes. C’était trois enfants qui gardaient des chèvres et l’un d’entre eux est mort…»

    Autre épisode marquant à vie : «J’ai vu un vieil Algérien égorgé, gisant sur une route et dont le sang giclait encore. Il avait sans doute refusé de payer l’impôt révolutionnaire réclamé par le FLN.»

    Après un séjour à l’hôpital de Constantine – «une concentration de souffrances» – où il a été soigné d’un ulcère à l’estomac, il est muté comme secrétaire à l’escadron de services, toujours à Ain-Beïda. Sa chambre se trouvait à côté du local ou l’on torturait les prisonniers la nuit « J’entendais tout : le bruit de la gégène, les cris, les supplications et les gémissements des prisonniers. C’était insupportable. »

    « J’avais honte »

    Les tortionnaires étaient des gradés de son unité, «pas des paras de Bigeard» qui avaient importé cette méthode d’interrogatoire d’Indochine. Une nuit après leur départ, il est allé porter assistance à un prisonnier. «Je lui ai nettoyé le visage et demandé pardon. Je ne sais pas s’il a compris. Je ne pouvais rien faire de plus. J’avais honte.»

    Le samedi soir, c’était la «corvée de bois». On emmenait les prisonniers dans un camion en leur disant qu’on les ramenait chez eux. En fait, on les faisait descendre dans un endroit isolé pour les abattre… «Savez-vous ce qui se passe dans votre garnison ?», a-t-il osé demander au colonel. «Mêlez-vous de ce qui vous regarde», lui a-t-il répondu sèchement. Le dimanche après la messe, durant laquelle il officiait à l’orgue, il devenait chef de patrouille chargé d’emmener les soldats au BMC, le bordel militaire de campagne. «C’était d’une tristesse affligeante…»

    «Cette guerre m’a profondément remué. Je suis rentré le cœur déchiré et l’âme meurtrie.» Bernard Birger a trouvé l’apaisement au séminaire. Ordonné prêtre en 1960, il a abandonné sa mission d’aumônier à Saint-Louis après un autre choc : la révolte de mai 1968, qui a marqué le début d’une autre vie de Bernard Birger.

    Deux autres témoignages en capture d'écran

     

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    " Cette guerre m'a remué "

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  • Il y a cinquante-six ans : c’était hier, ce sera encore le 31 mai 2017

    Le 31 mai 2017 invitera à réfléchir sur la liberté, la justice, la fraternité : des valeurs que le terrorisme ignore et que la politique et l’Histoire s’emploient parfois à réviser. 

    Il y a cinquante-six ans, des légionnaires déserteurs, aidés de jeunes Algérois, assassinaient le contrôleur général de la sûreté nationale Roger Gavoury, commissaire central du Grand Alger, chargé de la répression des menées activistes. 

     

    Il y a cinquante-cinq ans : c’était hier, c’est encore aujourd’hui

    Roger Gavoury 

     

    Il y a bientôt cinquante-six ans, le 31 mai 1961 le commissaire d’Alger était le premier fonctionnaire victime de l’organisation. Un événement marqueur.

    À quoi servent les commémorations ? À l’heure où, un peu partout en France, l’activisme des nostalgiques de l’Algérie française – et plus largement de la colonisation – retrouve du souffle, les cinquante-six ans de l’assassinat de Roger Gavoury prendront un relief particulier dans la construction de l’histoire collective. Le 31 mai 1961, le commissaire central d’Alger était le premier fonctionnaire tué par l’OAS. Roger Gavoury est assassiné à coups de poignard dans son studio, alors qu’il dirigeait l’enquête sur les attentats au plastic et sur les complices civils du « quarteron » de généraux à l’origine du putsch d’avril 1961.

    Dès le 3 juin, la police judiciaire avertit : « Le crime a été commis en raison de l’attitude ferme manifestée par ce fonctionnaire, pour maintenir l’ordre à Alger et réprimer les troubles provoqués par les organisations subversives activistes. On peut donc estimer que cet homicide est le fait d’une bande armée en relation avec les insurgés d’avril 1961. » Le lendemain, l’OAS distribue un tract dans les boîtes aux lettres afin de justifier son meurtre : le commissaire Gavoury a été « jugé » pour « crime de haute trahison » et « complicité avec le régime ». Ancien commissaire des renseignements généraux en Algérie, Roger Le Doussal considère que Roger Gavoury avait permis d’éviter que la répression des « émeutes musulmanes (…) par des militaires ne tourne au carnage ».

    De son côté, l’historienne Anne-Marie Duranton-Crabol, spécialiste de l’extrême droite, note que cet assassinat constitue un « événement marqueur » dans l’histoire naissante de l’OAS ; « le meurtre servait d’avertissement pour tous ceux qui tenteraient de contrer le mouvement clandestin ». Traduits devant un tribunal militaire, ses assassins ont été condamnés à mort et trois d’entre eux ont été exécutés. Jean-François Gavoury, son fils, s’oppose depuis de longues années en justice à l’Adimad, association de combat pour l’Algérie française, à l’origine de l’érection de la stèle de Marignane qui honore notamment les assassins du commissaire.

    Il y a cinquante-six ans : c’était hier, ce sera encore le 31 mai 2017

    Comme Olivier Dard l’écrit dans Voyage au cœur de l'OAS (Éd. Perrin, 2005), avec cet acte, l’OAS assume, dès les origines, le choix consistant à "incarner le désordre en s’en prenant directement et physiquement aux symboles et aux institutions de l’État". 

    Dans sa préface du livre de Jean-Philippe Ould Aoudia intitulé La bataille de Marignane. 6 juillet 2005. La République, aujourd’hui, face à l’OAS (Éd. Tirésias, 2006), l’ancien ministre Pierre Joxe fustige «  la félonie de quelques officiers trahissant leur mission pour organiser l’assassinat d’innocents » et dénonce «  le terrorisme qui frappa des femmes et des enfants au nom de l’organisation armée secrète ». Et d’ajouter « Quelles que soient à présent les conséquences juridiques des lois d’amnistie, ces crimes-là sont aussi ineffaçables que l’honneur des serviteurs de l’État dont ils ont provoqué la mort et auxquels il est juste de rendre hommage. »

     

    Il y a cinquante-six ans : c’était hier, ce sera encore le 31 mai 2017

     

    Préface de Pierre Joxe 

    Il y a aujourd’hui plus de quarante ans que les trahisons et les crimes qui ont accompagné la fin de la guerre d’Algérie ont eu lieu.

    Ceux qui ont connu cette époque ont tendance à l’oublier.

    Elle est pleine de trop mauvais souvenirs, à commencer par la félonie de quelques officiers trahissant leur mission pour organiser l’assassinat d’innocents et le terrorisme qui frappa des femmes et des enfants au nom de « l’organisation armée secrète ».

    Cette crise finale, venant après tant de drames, a tendance à disparaître de nos souvenirs. Ceux qui n’étaient pas nés ou qui étaient trop jeunes à l’époque, il y a une ou même deux générations, n’ont pas tellement de raisons de connaître ces faits. Si la crise a été très violente, elle a été assez brève et ceux qui l’ont traversée ont souvent préféré tourner la page.

    Il y a pourtant un devoir de mémoire à l’égard des hommes et des femmes qui, après avoir passé leur vie au service de la collectivité, dans l’enseignement, dans l’administration publique ou dans la police nationale, ont été tués par des traîtres.

    Ce sont aujourd’hui deux fils qui témoignent à la mémoire de leurs pères assassinés :
    Le fils du Commissaire Gavoury que j’avais eu l’occasion de rencontrer à Alger pendant mon service militaire, et le fils de Salah Henri Ould Aoudia - l’un des responsables des célèbres « centres sociaux », qui faisaient notre admiration sous l’impulsion de Germaine Tillion.

    Mais plusieurs dizaines d’autres fonctionnaires, enseignants, policiers, ou militaires loyaux ont été assassinés par l’OAS en 1962. L’OAS a aussi brûlé des écoles et détruit par incendie les centaines de milliers de livres de la bibliothèque universitaire d’Alger.

    Quelles que soient à présent les conséquences juridiques des lois d’amnistie, ces crimes là sont aussi ineffaçables que l’honneur des serviteurs de l’Etat dont ils ont provoqué la mort et auxquels il est juste de rendre hommage. 

    13 février 2006 

    Pierre JOXE 
    Ancien ministre

    Il y a cinquante-six ans : c’était hier, ce sera encore le 31 mai 2017

    Oui, il est juste de célébrer publiquement le souvenir des victimes du terrorisme de l’OAS, comme l’ont fait et continueront à le faire les élus de la seule France qui vaille : de ceux de la République et non de ceux d’une autre France, qui en piétinent les fondements en collaborant avec des faussaires de la mémoire et des réviseurs d’Histoire sans prendre nécessairement conscience qu’ils favorisent ainsi la résurgence intérieure et extérieure des fascismes.

     

    Il y a cinquante-cinq ans : c’était hier, c’est encore aujourd’hui

    Nous n'oublierons jamais

    cette autre date historique :

    6 octobre 2011

     Inauguration de la première

    stèle en France en hommage

     aux victimes de l'OAS dont fait partie Roger Gavoury
    assassiné il y aura 56 ans
    le 31 mai 1961 

    Il y a cinquante-cinq ans : c’était hier, c’est encore aujourd’hui

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  • Ce mercredi est, comme chaque 10 mai, la Journée des mémoires, de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions 

    Vers une réparation du travail forcé

     et de l’esclavage colonial ?

    Cécile Duflot, députée Europe Ecologie-les Verts de Paris, a déposé ce mardi à l’Assemblée nationale deux propositions de loi sur le passé colonial de la France. La première vise à «reconnaître le travail forcé comme crime contre l’humanité» et introduit des réparations pour les «préjudices en résultant». La seconde prévoit «réparation des préjudices résultant de la traite et de l’esclavage colonial».

     «Indigènes». Présentées lors d’une conférence de presse au côté de Louis-Georges Tin, le président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), ces deux propositions visent à compléter la loi de 2001, dite «loi Taubira», qui reconnaissait la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité mais n’allait pas jusqu’à prévoir des réparations et n’évoquait pas le travail forcé. Si l’esclavage fut aboli en France en 1848, le travail forcé, lui, ne le fut que près d’un siècle plus tard, en 1946, avec l’adoption d’une proposition de loi de Félix Houphouët-Boigny.

    Pendant plusieurs décennies, la République française a ainsi recouru au travail forcé dans ses colonies, par exemple pour construire un chemin de fer entre Brazzaville et Pointe-Noire, au Congo. «Bilan de cet "exploit", réputé témoigner de la glorieuse "mise en valeur" du Congo français : 17 000 morts "indigènes" pour la réalisation des 140 premiers kilomètres et un taux de mortalité sur ce chantier de 57 % en 1928», soulignait l’année dernière, dans un article sur un blog hébergé par Mediapart, l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison. 

    S’appuyant sur ce même exemple ce mardi, Cécile Duflot a estimé que «cette histoire, on peut la regarder en face, telle qu’elle a été. Il faut la regarder, il faut la réparer». Louis-Georges Tin a salué un «moment très important, historique à bien des égards. On nous disait que la question des réparations était impossible, infaisable, au mieux utopique».

    Reste à savoir quel sera l’avenir de ces propositions. Elles pourront «être mises en discussion dès l’élection du nouveau Parlement», a souligné la députée. Tout dépendra de la majorité qui sortira des législatives de juin. Et de la volonté de l’exécutif, sachant que le futur président, Emmanuel Macron, a été échaudé par la polémique qu’il a provoquée pendant la campagne en jugeant que la colonisation avait été «un crime contre l’humanité».

    Fondation. Duflot n’a pas choisi la date de son annonce par hasard : ce mercredi est, comme chaque 10 mai, la Journée des mémoires, de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. François Hollande et Emmanuel Macron doivent y participer. «Hollande annoncera la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, sur laquelle le Cran et d’autres ont travaillé. C’est un pas, mais ça ne suffit pas, donc cette proposition de loi va beaucoup plus loin», a dit Louis-Georges Tin.

    Frantz Durupt et Léa Sabourin

    SOURCE : http://www.liberation.fr/france/2017/05/09/vers-une-reparation-du-travail-force-et-de-l-esclavage-colonial_1568444

    Travail forcé et exploitation coloniale : souvenons-nous !

    Il y a soixante-dix ans, le 11 avril 1946, après de nombreux atermoiements, l’Assemblée nationale constituante votait enfin la proposition de loi de Félix Houphouët-Boigny tendant à la suppression « immédiate » du travail forcé dans les colonies françaises.

    « L’exploitation [coloniale] a été perpétrée si souvent (…) avec une telle cruauté, par l’homme blanc sur les populations arriérées du monde, qu’on fait preuve (…) d’une insensibilité totale si on ne lui accorde pas la place d’honneur chaque fois que l’on parle du problème colonial. » Karl Polanyi (1944)

    Il y a soixante-dix ans, le 11 avril 1946, après de nombreux atermoiements, l’Assemblée nationale constituante votait enfin la proposition de loi de Félix Houphouët-Boigny tendant à la suppression « immédiate » du travail forcé dans les colonies françaises. Quelques jours auparavant, ce député était intervenu à la tribune pour dénoncer la situation des « indigènes » toujours soumis à des formes exceptionnelles et particulièrement brutales d’exploitation. Usant d’une anaphore qui lui a permis de brosser un tableau précis des pratiques coloniales, il déclarait : « il faut avoir vu ces travailleurs usés, squelettiques, couverts de plaies, dans les ambulances ou sur les chantiers ; il faut avoir vu ces milliers d’hommes rassemblés pour le recrutement, tremblant de tout leur corps au passage du médecin chargé de la visite ; il faut avoir assisté à ces fuites éperdues (…) vers la brousse ; (…) il faut avoir vu ces théories d’hommes, de femmes, de filles, défiler silencieusement, le front plissé, le long des chemins, qui mènent au chantier. (…) L’indigène ne peut plus comprendre ni admettre ce servage, cent cinquante après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et cent ans après l’abolition de l’esclavage. »

    Précision essentielle : ce travail forcé – tâches de construction, transport de marchandises, entretien des agglomérations… - est imposé de façon autoritaire et souvent violente aux autochtones qui n’ont commis ni crime ni délit. En effet, les hommes et les femmes visés ne sont pas des individus condamnés à une peine privative de liberté prononcée par un tribunal, à laquelle viendrait s’ajouter celle des travaux forcés ; cette obligation concerne les populations civiles de l’empire dont les membres sont « sujets indigènes », soit l’écrasante majorité des individus. Légitimé et défendu, sous la Troisième République, par de nombreux hommes politiques, juristes et professeurs d’université notamment, le travail forcé a, sous différentes formes, été la règle dans les possessions françaises jusqu’à son abolition tardive le 11 avril 1946.

    Ainsi fut construit, par exemple, le chemin de fer destiné à relier Brazzaville à Pointe-Noire, sur la côte atlantique. Bilan de cet “exploit”, réputé témoigner de la glorieuse « mise en valeur » du Congo français : 17000 morts « indigènes » pour la réalisation des 140 premiers kilomètres et un taux de mortalité sur ce chantier de 57% en 1928. Qui a livré ce dernier chiffre ? Un anticolonialiste farouche ? Non, le ministre des Colonies, André Maginot, dans une déclaration faite devant une commission ad hoc de la Chambre des députés. L’entreprise chargée des travaux ? La Société de construction des Batignolles dont la prospérité est en partie liée aux nombreux contrats remportés dans les possessions françaises. Son héritier et successeur n’est autre que le groupe bien connu aujourd’hui sous le nom de SPIE-Batignolles. En 2013, Jean Monville, ancien PDG de ce groupe, rappelait benoîtement « la fierté de ce qu’on avait fait dans le passé, de notre professionnalisme et de notre engagement dans nos “aventures” d’outre-mer ». (Le Monde, 21 mai 2013). Nul doute, les descendants de ceux qui sont morts à l’époque apprécieront la délicatesse de ces propos.

    Réformé mais jamais véritablement supprimé, le travail forcé a ainsi perduré sous la Troisième République, le régime de Vichy et dans les colonies passées aux côtés de la France libre. A preuve, les orientations soutenues par Félix Eboué, gouverneur général de l’Afrique équatoriale française, pendant la Seconde Guerre mondiale. Souvent présenté comme un grand humaniste, qui a toujours défendu les droits de l’homme, Eboué, comme la majorité de ses pairs, ne s’est jamais prononcé dans ses écrits pour l’abolition immédiate du travail forcé. De même les résistants prestigieux qui, à partir du 30 janvier 1944, se réunissent à Brazzaville pour définir la politique à mettre en œuvre dans les territoires d’outre-mer.

    Inaugurée par le général de Gaulle, cette conférence doit prendre une décision relativement à cette forme particulière de labeur. En raison de « l’effort de guerre », les représentants de la France libre, rassemblés dans la capitale du Congo français, décident de prolonger le travail forcé pour une durée de cinq ans ! En métropole, ils n’ont de cesse de dénoncer le Service du travail obligatoire (STO) établi par les autorités de Vichy le 16 février 1943 ; dans les colonies, ils trouvent normal d’imposer aux « indigènes » de vingt à vingt-cinq ans reconnus aptes, mais non incorporés à l’armée, un Service obligatoire du travail (SOT). Subtilité des sigles et triomphe du relativisme politico-juridique. De là ces indignations sélectives et hexagonales cependant que dans les possessions ultra-marines la condamnation cède le pas à l’acceptation.

    Rares sont ceux qui, comme la philosophe Simone Weil, ont dénoncé « les déportations massives » des « indigènes » et le recours meurtrier au travail forcé en Afrique française et en Indochine. En dépit de ses protestations, exprimées dès 1943 alors qu’elle a rejoint la Direction de l’Intérieur de la France libre dans la capitale du Royaume-Uni, S. Weil n’a pas été entendue. Tout comme André Gide et Albert Londres une quinzaine d’années auparavant. Voilà qui aide à comprendre les lenteurs de l’Assemblée nationale constituante à la Libération.

    Joli tableau, n’est-il pas, de la très glorieuse colonisation française toujours présentée, par de nombreux contemporains, comme une entreprise généreuse destinée à apporter la civilisation aux peuples qui en ignoraient jusque-là les bienfaits. Cette sinistre réécriture de l’histoire prospère avec la caution de quelques faiseurs de livres – A. Finkielkraut, P. Bruckner et E. Zemmour, notamment – qui prennent leur ignorance et leurs audaces prétendues pour de brillantes découvertes. Ils n’hésitent pas à se dire amis de la connaissance et de la vérité ; sur ces sujets, comme sur beaucoup d’autres, ils ne sont que de vulgaires idéologues qui traitent les faits établis en chiens crevés. Demeurent de pauvres écholalies qui réhabilitent un discours impérial-républicain forgé sous la Troisième République. Audaces intellectuelles ? Stupéfiante régression et grand retour du roman national.

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  • Ce matin nous avons vu l'image du jour :

    deux présidents pour commémorer

    le 8 mai 1945 

    N'oublions pas : Il y a deux 8 mai 1945

    Les présidents, l'un sortant et l'autre élu, François Hollande et Emmanuel Macron ont déposé lundi, côte à côte, la traditionnelle gerbe des commémorations du 8 mai 1945 sur la tombe du Soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe.

    Si vous le souhaitez vous pouvez voir ou revoir pendant 35 mn un résumé de cette cérémonie en cliquant sur le lien ci-dessous :

    http://www.francetvinfo.fr/societe/8-mai/direct-regardez-l-edition-speciale-de-france-2-consacree-aux-commemorations-du-8-mai-1945_2176689.html

     

    Mais Nanterre n’a pas oublié

     l’autre 8 mai 1945

    N'oublions pas : Il y a deux 8 mai 1945

    Nanterre, lundi 8 mai 2017. Une cinquantaine de personnes se sont réunies devant l’hôtel de ville de Nanterre, pour honorer la mémoire de milliers d’Algériens massacrés lors d’une manifestation pacifique à Sétif, Guelma et Khératta. LP/D.L. David Livois

    Il y a un autre 8 mai 1945. Répondant à l’appel du collectif unitaire pour la reconnaissance des crimes d’Etat en Algérie, une cinquantaine de personnes se sont réunies à Nanterre pour honorer la mémoire de milliers d’Algériens massacrés lors d’une manifestation pacifique à Sétif, Guelma et Khératta. Un drame qu’elles souhaitent voir reconnu par l’Etat français.

    C’est dans ce but que depuis trois ans, à la même date, un rassemblement est organisé sur le parvis de la mairie. « Le mouvement prend de l’ampleur, se félicite M’Hamed Kaki, membre actif du collectif et par ailleurs fondateur de l’association Les Oranges - du nom d’un livre de l’écrivain Aziz Chouaki dans lequel il est question de l’histoire entre l’Algérie et la France depuis 1830. Au départ nous n’étions qu’une poignée, mais aujourd’hui, une trentaine de villes organisent cette célébration à travers toute la France. L’idée fait son chemin qu’il est impossible de se souvenir de l’anniversaire de la victoire contre le fascisme sans la volonté d’arracher de l’oubli ce qui s’est passé en Algérie à la même période ».

    Et à Nanterre, ce devoir de mémoire revêt une importance particulière : « Nous savons que beaucoup d’habitants de la ville ont perdu des membres de leur famille dans ces jours terribles, glisse le maire (Gauche citoyenne) Patrick Jarry. Le vivre ensemble se fonde aussi sur une mémoire partagée. Ce n’est pas à l’Etat de dire l’histoire, mais c’est à lui de la reconnaître. »

    Une reconnaissance que la députée (GC) Jacqueline Fraysse estime être sur la bonne voie. « En 2005, l’ambassadeur de France en Algérie a parlé de tragédie inexcusable, puis en 2012, François Hollande a reconnu les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien, énumère-t-elle. Il est grand temps de traiter l’histoire d’une manière lucide et apaisée. »

    SOURCE : http://www.leparisien.fr/nanterre-92000/nanterre-commemore-l-autre-8-mai-1945-08-05-2017-6930060.php


    Les massacres de Sétif, Guelma et Khératta 

     

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  • joursheureux.jpg

    © Gilles Perret Le film de Gilles Perret a été sélectionné à "Visions sociales"

    au Festival de Cannes

     

    A l’occasion du 74e anniversaire
    de la création
      du Conseil National de la Résistance

    nous vous présentons " Les Jours heureux " 

      un documentaire signé Gilles Perret

    Pour notre part et dans le même élan nous souhaitons rendre un hommage à Jean Moulin qui est le principal unificateur des groupes de résistants disparates et politiquement divergents qui a abouti à la création du CNR.

    Honorons donc la mémoire de Jean MOULIN, héros de l’opposition à l’occupant nazi et figure emblématique de la Résistance française.  

     

    Son premier acte de bravoure remonte à juin 1940. Alors préfet de Chartres (Eure-et-Loir), les nazis lui soumettent une déclaration selon laquelle un groupe de tirailleurs sénégalais appartenant à l’armée française aurait commis des crimes graves. Conscient de l’innocence des accusés, Jean Moulin refuse de signer le document.  

    Cette première insubordination lui vaudra d’être roué de coup puis emprisonné. Ce premier internement dessine un homme affirmé dans ses choix et prêt à tout pour se conformer à son éthique personnel. Se refusant à toute collaboration, il va au bout de cette logique de l’honneur et tente de se suicider en se tranchant la gorge à l’aide d’un bout de verre. Cet acte terrible, entre la folie et le courage, définit le caractère bien trempé et fier de cet homme d’exception.  

     

    Libéré, il est révoqué par le gouvernement de Vichy en novembre 1940. Ne pouvant rester apathique, il rejoint le général De Gaulle à Londres en 1941. Les deux hommes s’apprécient mutuellement et cette estime réciproque pousse le Général à lui confier une mission de la plus haute importance : unifier la Résistance dans la zone Sud, encore administré par le gouvernement Vichyssois.  

     

    Ce départ porte en lui tous les prémisses de ce qu’est et de ce que deviendra Jean Moulin au sein de la Résistance et du peuple français dans son ensemble.  

     

    Il devint dès 1925 le plus jeune sous-préfet de France et est nommé dès 1937 préfet d’Aveyron. Il est le plus jeune français à occuper ce type de fonctions.  

     

    Son parcours prédisposait cet homme à entrer en Résistance et à conserver cette droiture morale et éthique qu’il conservera jusqu’à sa mort. Mais ne brûlons pas les étapes et revenons à son rôle auprès du général De Gaulle.  

     

    Une fois adoubé par le général afin d’unifier la Résistance, il revint en France dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 pour y mener sa mission.  

     

    Citons Malraux, ministre de la Culture sous De Gaulle, pendant son discours pour le transfert des cendres de Jean moulin au panthéon : « Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre [sans doute semblable à celui-ci], pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit ».  

     

    Mais unifier les groupes de résistants disparates et politiquement divergents n’a pas été simple. Dans un premier temps, il contacte tous les chefs des différents mouvements de résistance. Ensuite, il s’efforce, après avoir créé l’Armée secrète (AS), de mettre en place différents services : parachutage, information, presse, transmissions, comité général d’études, noyautage des administrations publiques… Doté d’une énergie inépuisable, il parvient à réunir les trois grands mouvements de résistance français, à savoir Combat, d’Henri Frenay, Franc-Tireur, de Jean-Pierre Levy et Libération-Sud d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Il les rassemble au sein des Mouvements Unis de résistance (MUR).  

     

    On imagine la difficulté d’unifier ces mouvements dirigés par des hommes venant d’horizons différents et ne souhaitant pas spécialement perdre leurs prérogatives dans une fusion. Quel lien Emmanuel d’Astier de la Vigerie, issu de l’extrême droite et Jean-Pierre Levy,  originaire du milieu judéo-alsacien de tendance "républicaine", si ce n’est la haine de l’occupant  et une certaine image de la France ?  

     

    Une fois cette tâche accomplie il repart à Londres au début de l’année 1943 où il rend son rapport au Général De Gaulle qui le charge de mettre en place le Conseil National de la Résistance (CNR). Il s’agit cette fois de réunir toutes les organisations (mouvements, partis politiques et syndicats) sous une même entité politique. Il en sera le président. La première réunion du CNR se déroule le 27 mai 1943, à Paris.  

     

    Mais ce succès n’arrête pas pour autant les luttes d’influences au sein de la Résistance et les conflits d’intérêts. A la suite de l’arrestation du Chef de l’armée secrète, le général Delestraint, Jean Moulin organise en urgence une réunion des responsables militaires à Caluire, afin de s’organiser en l’absence du malheureux. La suite est connue, le 21 juin 1943, la Gestapo envahit le lieu de rassemblement et arrête tous les participants. La trahison, ou la dénonciation, semble évidente. Jean Moulin est emprisonné à Lyon et torturé pendant plusieurs jours. Malgré les souffrances abominables qu’il endure, jamais il ne donnera une quelconque information sur le mouvement qu’il a mis en place.  

     

    Sa sœur aura ses mots magnifiques sur ce frère si héroïque : « Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous ».  

     

    Mais aucun anathème ne saurait être jeté à ceux qui, devant la torture, ont craqué. Car supporter l’inhumain est l’exception, et parler sous la contrainte ne sauve pas des fantômes qui peuvent vous poursuivre. C’est ce que souhaitait nous dire Jean Malraux avec cette phrase : « Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé […] ». 

     

    " Chef de mission d'un courage  et  d'un  esprit  de  sacrifice  exemplaires,  a,  en personne, établi la liaison entre les Forces Françaises Combattantes et les Mouvements de Résistance en France, en déployant, pour y arriver, une ardeur exceptionnelle ». ainsi s'est exprimé le Général de Gaulle en attribuant à Jean Moulin le 17 octobre 1942 la Croix de la Libération, et rendait ainsi un vibrant hommage au sens de l'Etat et au patriotisme intransigeant de celui qui, moins d'un an plus tard, allait entrer dans la légende.   

       

    Jean MOULIN meurt lors de son transfert en Allemagne, le 8 juillet 1943.

     

     

     

    A l’occasion du 73e anniversaire de la création  du Conseil National de la Résistance le 27 mai 2016  nous vous présentons " Les Jours heureux "    un documentaire signé Gilles Perret


       

    " Je ne savais pas que c'était si simple de faire son devoir quand on est

     

    en danger "

     

                                                                                                                                                               Jean Moulin

      

    Appel du Conseil National de la Résistance

    Encore plus d'actualité en 2017

    « Le Chant des Partisans »

    en hommage aux victimes du terrorisme

     

     

    "Les jours heureux"c'est avant tout le titre du programme rédigé par le Conseil National de la Résistance. C'était entre mai 1943 et mars 1944, sur le territoire français encore occupé, 16 hommes, appartenant à tous les partis politiques, tous les syndicats et tous les mouvements de résistance, voulaient changer durablement le visage de la France, et rédigeaient, dans la clandestinité, ce texte qui sera au cœur du système social français d'après guerre puisqu’il donnera naissance à la sécurité sociale, aux retraites par répartition, aux comités d’entreprises. 

    Une utopie folle 

    "Les jours heureux", c'est aussi le titre du nouveau documentaire signé par Gilles Perret."Ce film", explique le réalisateur haut-savoyard, "vise à retracer le parcours de ces lois, pour en réhabiliter l’origine qui a aujourd’hui sombré dans l’oubli. Il vise aussi à raconter comment une utopie folle dans cette période sombre devint réalité à la Libération. Ce film raconte également comment ce programme est démantelé et collent les valeurs universelles portées par ce programme pourraient irriguer le monde demain"  

    Imaginez aujourd’hui une réunion rassemblant tous les leaders des partis politiques de droite comme de gauche, les responsables syndicaux et ceux des associations citoyennes qui décideraient de signer ensemble un même programme politique d’une ambition sociale, humaniste et politique folle !
    Un programme qui verrait l’aube se lever pour l’ensemble de l’humanité. C’est ce qui s’est passé entre mai 1943 et mars 1944 sur le territoire français encore occupé. Seize hommes sous l’égide de Jean Moulin vont changer durablement le visage de la France. Ce programme est celui du Conseil National de la Résistance. Il était intitulé magnifiquement : les jours heureux.