• J'ai mis cet article sur mon blog en 2014, déjà il y a 10 ans il y avait des massacres de Gazaouis. Je constate que les massacres n'ont pas commencé le 7 octobre 2023 avec l'attaque terroriste du Hamas.

    Michel Dandelot

    Près de 300 enfants tués à Gaza «  Dans l’Histoire récente il n’y a eu que les nazis capables d’un tel massacre en si peu de temps »

    La majorité des victimes des frappes israéliennes sur Gaza sont des civils © REUTERS

    L'offensive israélienne lancée le 8 juillet a déjà fait plus de 1.600 victimes côté palestinien. Parmi elles, de nombreux civils et des enfants.

    296 enfants et adolescents ont été tués dans la bande de Gaza depuis le début de l'offensive aérienne et terrestre lancée par Israël sur le territoire palestinien.

    "Les enfants comptent pour 30% des civils tués" estime l'Unicef, qui vient de communiquer ce bilan basé sur les décès que l'agence onusienne a pu vérifier. Elle précise que "le nombre des victimes parmi les enfants tués ces dernières 48 heures pourrait augmenter après un certain nombre de vérifications en cours", des vérifications parfois difficiles dans la situation en cours.

    Une majorité de civils touchés

    Plus de 1.600 Palestiniens ont été tués depuis le début de l'opération "Bordure protectrice", un bilan des pertes qui dépasse celui de l'opération "Plomb durci" de 2009, selon les secours palestiniens.

    Si l'offensive vise le mouvement palestinien Hamas, les victimes sont majoritairement des civils. D'après l'Armée de défense d'Israël, ce décalage est dû au fait que le mouvement terroriste utilise la population civile comme bouclier humain, notamment en cachant ses roquettes dans des bâtiments civils comme des écoles ou des hôpitaux.

    J'ajoute cette vidéo pour expliquer ce qu'a été l'opération "Bordure protectrice"


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    Le retour à l’ordre, c’est

    la décolonisation ! 

    Le retour à l’ordre, c’est  la décolonisation !

    Les affrontements violents en Kanaky – Nouvelle-Calédonie imposent de la clarté et de l’honnêteté. À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous en sommes à six morts – deux gendarmes, trois Kanak et un Caldoche – et des centaines de blessés. Les milices armées laissent craindre un engrenage qui peut devenir plus meurtrier encore. Notre solidarité est totale avec chaque famille de victime. Après plusieurs nuits d’émeutes, le bilan est terrible pour le territoire : un tissu économique et des milliers d’emplois ruinés, un système de distribution alimentaire mis à bas, laissant craindre de possibles émeutes de la faim, quand le manque de médicaments fait peser de très gros risques à un système de santé déjà fragile. Le retour au calme est demandé par tous les partis représentés sur le Caillou.

    Cette flambée de violence est le résultat d’un passage en force du gouvernement concernant le projet de loi constitutionnel sur le dégel électoral, succédant au projet de loi sur le report de loi des élections provinciales. L’exécutif a tailladé les accords de Matignon puis de Nouméa et rompu l’équilibre de la paix civile. Pourtant, ce pouvoir libéral autoritaire aurait dû entendre et surtout écouter les alertes nombreuses, dont les manifestations pacifiques et de grande ampleur qui ont eu lieu pendant des semaines.

    Les violences, sans les excuser, sont le résultat de ce déni démocratique. On ne peut outrepasser un accord politique obtenu de haute lutte, fruit d’une réconciliation dans un contexte colonial.

    Il est vrai que beaucoup de nos concitoyens pensaient, par méconnaissance souvent, que notre histoire coloniale était derrière nous, alors même que des plaies restent encore béantes, notamment avec l’Algérie. La Kanaky, devenue colonie en 1853, reste pourtant un territoire à décoloniser selon l’ONU, comme son voisin polynésien. Ce n’est pas parce que Nouméa est à 17 500 kilomètres de Paris que la violence coloniale n’a pas été aussi féroce qu’en Algérie. Massacres de masse, code de l’indigénat, colonie de peuplement avec notamment des prisonniers… L’histoire a laissé des traces indélébiles, avec ces moments douloureux, tels les événements de la grotte d’Ouvéa, ses « héros » comme Jean-Marie Tjibaou et ses moments de réconciliation. Les acquis comme le droit de vote pour tous les Kanak, obtenu seulement en 1957, puis la réforme constitutionnelle de 2007 n’ont pas mis fin à la domination économique et sociale des Caldoches sur les Kanak encore aujourd’hui…

    Faut-il rappeler à chacun que si l’État a gelé le corps électoral en Nouvelle-Calédonie, chose inédite en France, c’est bien parce qu’il a reconnu la colonisation, pour en quelque sorte « réparer ses erreurs ».

    Les partisans du passage en force actuel font preuve d’un cynisme absolu en éludant ce particularisme et, pire, en se revendiquant de la démocratie. C’est vrai, après tout, que le Parlement a voté il y a quelques jours, après trois référendums en Nouvelle-Calédonie. Mais c’est oublier un peu vite que le dernier référendum est entaché d’une absence de consensus, les forces indépendantistes ayant demandé son report. Chez les Kanak, on ne peut voter lorsqu’on est en deuil. Avoir tenu le troisième référendum en pleine crise du Covid constituait une grave erreur de la part de l’exécutif. Ce « non » à l’indépendance a certes remporté plus de 96 % des voix, mais avec seulement 43,87 % de participation.

    L’extrême droite, une partie de la droite et même le ministre de l’Intérieur osent mettre en parallèle la question du droit de vote des résidents étrangers en France avec la question du dégel du corps électoral en Nouvelle-Calédonie. Rhétorique scandaleuse accusant les progressistes de vouloir refuser l’égalité républicaine à certains de nos concitoyens. Rappelons-leur que la démocratie n’est pas soluble dans un fait colonial.

    C’est vite oublier que les accords de Nouméa ont reconnu une injustice historique, faite de discrimination raciale, et institué une citoyenneté calédonienne comme élément de décolonisation. C’est le chemin pour tendre vers l’égalité pleine et entière de toutes et tous, notamment les Kanak, peuple premier qui a subi une colonisation de peuplement meurtrière, auxquels on ne peut retirer la maîtrise de leur destin.

    Personne n’est contre le principe « un individu = une voix ». Mais les partisans d’une réaffirmation de la France veulent en réalité favoriser le déséquilibre entre population d’origine européenne et population kanak, contribuant à réactiver la dichotomie ethnique. Drôle de conception de la démocratie…

    Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, parlement local, a pourtant dénoncé cette fuite en avant d’une métropole qui s’appuie sur les ultras caldoches, partisans d’une solution violente. Les « loyalistes » ne sont pas loyaux à la France et à la République mais à un ordre colonial profondément injuste, comme l’atteste leur organisation en milices.

    Maintenant que faire ? La responsabilité de toutes les forces politiques locales pour trouver une solution apaisée nous oblige donc à entendre leur message et à renoncer à ce projet de loi. Le président de la République, car c’est lui qui choisira, doit renoncer à convoquer le Congrès. Vouloir réaffirmer le retour à l’ordre, en prolongeant l’état d’urgence, sans solution politique de long terme et d’apaisement est une illusion.

    D’autant que l’urgence n’est pas, n’est plus, à une réforme constitutionnelle. Il faut avant tout reconstruire le pays, lourdement abîmé, socialement et économiquement, plongé dans une crise du nickel qui emploie près d’un habitant sur quatre. Il faut, ensuite, remettre indépendantistes et Caldoches autour de la table, peut-être par une mission de médiation, qui ne peut être que plurielle, pluraliste, et acceptée par l’ensemble des parties prenantes.

    Si les colons ont la montre, les Kanak ont le temps. Il faut donc reprendre les discussions, le temps de la palabre, pour panser les plaies et se donner une chance de reprendre le chemin vers un destin commun.

    Il faut construire la suite des accords de Nouméa pour réaliser une citoyenneté calédonienne et concrétiser le droit à l’autodétermination du peuple kanak. La France doit être à la hauteur de ce rendez-vous.

    SOURCE : Le retour à l’ordre, c’est la décolonisation ! - L'Humanité (humanite.fr) 

    La Nouvelle-Calédonie est-elle au bord d'une nouvelle guerre civile ? Emmanuel Macron a demandé l’instauration de l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie, le 15 mai 2024, après deux nuits d’émeutes qui ont fait quatre morts, dont un gendarme. L’archipel est secoué par la fronde des indépendantistes contre une réforme électorale votée par le Parlement. L'armée est déployée face à des émeutes qui font craindre le retour d'une guerre civile, comme en 1984. Comment en est-on arrivé là ? Et pourquoi l'ONU parle encore de la Nouvelle-Calédonie comme d'un territoire "à décoloniser" ? Voici les origines historiques de cette crise, expliquées en cartes. 

     


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    Nouvelle-Calédonie : après avoir tout cassé,

    Macron demande aux autres de réparer

    Nouvelle-Calédonie : après avoir tout cassé, Macron demande aux autres de réparer

    Le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Louis Mapou (2e à gauche) et le président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Roch Wamytan (au centre) avec Emmanuel Macron à Nouméa le 23 mai 2024. © Photo Ludovic Marin / Pool / AFP

    Au terme d’une visite éclair dans l’archipel, le président de la République n’a rien annoncé de concret, si ce n’est qu’il donnait « quelques semaines » aux indépendantistes pour ramener le calme et reprendre le dialogue. Fuyant ses propres responsabilités, il a surtout démontré son entêtement à nier la racine coloniale du problème.

    Emmanuel Macron aura donc passé 18 heures en Nouvelle-Calédonie pour finir par annoncer qu’il pourrait éventuellement défaire ce qu’il a fait et que beaucoup lui conseillaient de ne pas faire. Le tout sans jamais reconnaître sa part de responsabilité dans la crise politique que traverse l’archipel depuis bientôt deux semaines. Elle est pourtant immense, comme s’accordent à le dire la plupart des personnes qui ont eu à traiter ce dossier au cours des trois dernières décennies. Et qui en ont mesuré la complexité, tout autant que la fragilité.

    Dans la nuit de jeudi à vendredi, juste avant de redécoller pour la métropole, le président de la République a donné une conférence de presse dans laquelle il a dressé ses « objectifs » à court terme : le retour au calme et la reprise du dialogue entre les loyalistes et les indépendantistes. « Nous allons reprendre pas à pas chaque quartier, chaque rond-point, chaque barrage », a-t-il indiqué, évoquant les 3 000 forces de sécurité intérieure et les 130 membres du GIGN et du Raid déployés dans l’archipel pour faire face à « des émeutiers [aux] techniques quasi insurrectionnelles ».

    Il s’agit là de sa « priorité », a-t-il ensuite insisté dans un entretien accordé à plusieurs médias locaux. « C’est pas le Far West, la République doit reprendre l’autorité sur tous les points. [...] En France, c’est pas chacun qui se défend, il y a un ordre républicain, ce sont les forces de sécurité qui l’assurent », a martelé le chef de l’État, en désignant explicitement les militants des quartiers populaires de Nouméa, mais sans jamais évoquer clairement les milices qui se sont constituées du côté des loyalistes. Et dont le haut-commissaire de la République, Louis Le Franc, avait soutenu l’existence.

    Face à la presse, et après avoir abordé la question de la reconstruction, Emmanuel Macron s’est attardé sur celle du « chemin politique », reconnaissant que ce sujet était « derrière une grande partie des violences »« Nous ne partons pas d’une page blanche », a-t-il affirmé, en se référant au préambule de l’accord de Nouméa signé en 1998. « La reconnaissance du peuple kanak, cette histoire commune, les ombres et les lumières... », a égrené le président de la République, sans jamais employer le mot « colonisation », pourtant au cœur de ce texte fondateur et des révoltes actuelles.

    Le chef de l’État est resté volontairement flou sur la suite des évènements, se contentant d’expliquer qu’il ferait « un point d’étape d’ici un mois au maximum ». Mais en omettant sciemment de nommer les choses et de poser ainsi les véritables bases du problème, il a finalement donné un aperçu assez clair de ses intentions. Et exprimé entre les lignes sa volonté de poursuivre la méthode initiée fin 2021, au moment où il avait imposé le troisième référendum dans l’espoir de conclure le processus de décolonisation en l’absence du peuple colonisé.

    Une méthode grossière

    Interrogé sur ses échanges avec la délégation d’indépendantistes, Emmanuel Macron a d’ailleurs indiqué qu’il « ne reviendrai[t] pas sur le troisième référendum »« C’est un point de désaccord, mais il est assumé », a-t-il dit, balayant une nouvelle fois les raisons pour lesquelles le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) avait à l’époque appelé à la non-participation. Les Kanak, premières victimes de la pandémie, étaient alors dans le temps des coutumes du deuil, qui sont intrinsèquement liées à leur identité, elle-même au cœur du contrat social calédonien.

    Non content de nier le fondement même de l’accord de Nouméa, le président de la République s’est aussi employé à parler à la place des indépendantistes, avant même que ces derniers ne se soient exprimés. « Je crois qu’ils sont conscients de leurs responsabilités », a-t-il affirmé, à la façon d’un maître d’école faisant état de ses remontrances auprès de garnements. Une façon de procéder pour le moins grossière lorsqu’on connaît l’importance de la parole pour le peuple kanak. « Maintenant, je veux leur faire confiance », a ajouté le chef de l’État sur le ton de la magnanimité, comme s’il n’avait pas lui-même rompu ce contrat.

    Un contrat qui reposait depuis près de quarante ans sur une exigence : l’impartialité de l’État. Plus qu’une exigence même, un principe cardinal qu’Emmanuel Macron n’a cessé de bafouer depuis 2018 et sa première visite officielle dans l’archipel. D’abord en répétant que « la France serait moins grande et moins belle sans la Nouvelle-Calédonie ». Puis en prenant fait et cause pour le camp loyaliste, jusqu’à nommer l’une de ses figures de proue au gouvernement – Sonia Backès, présidente de l’assemblée de la province Sud depuis 2019, devenue secrétaire d’État chargée de la citoyenneté entre 2022 et 2023. Enfin en tentant de mettre la pression sur les indépendantistes en imposant le dégel du corps électoral.

    Emmanuel Macron considère avoir fait « le maximum d’efforts possibles » pour un retour au calme.

    Les signaux d’alarme clignotaient pourtant dans tous les sens. Il y a quelques jours encore, même Édouard Philippe, dernier premier ministre à s’être occupé de ce dossier à Matignon, a publiquement affirmé que « nous [étions] sortis du cadre politique » dans lequel vivait la Nouvelle-Calédonie depuis les accords de Matignon en 1988. Ce cadre reposait « sur une forme d’impartialité de l’État, sur l’idée que toutes les évolutions devr[aient] être le produit d’un compromis, c’[était] ça la promesse », a précisé le maire du Havre (Seine-Maritime).

    Ces différents coups de boutoir ont fini par faire exploser l’archipel. À présent qu’il a tout bien cassé, le chef de l’État exige des indépendantistes qu’ils réparent, selon une variante de la formule désormais consacrée de Gabriel Attal. Lui « considère avoir fait le maximum d’efforts possibles pour un retour au calme ». C’est du moins ce qu’il a expliqué lors de sa conférence de presse, lorsqu’une journaliste l’a interrogé sur la présence d’un représentant de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) dans la délégation des indépendantistes qu’il a rencontrée.

    Une présence d’autant plus remarquée que le militant en question, Christian Tein, fait partie des nombreux membres de la CCAT actuellement assignés à résidence. « Les responsables politiques indépendantistes m’ont demandé de l’associer, a justifié Emmanuel Macron face aux médias locaux. J’ai accédé à cette demande par souci d’efficacité. C’est un geste de ma part de confiance et même de responsabilité. J’espère qu’ils seront à la hauteur de cette confiance et qu’ils tiendront leur parole [...]. S’ils ne sont pas au rendez-vous aux résultats, j’aurai eu tort. »

    Une mission et toujours autant de questions

    Également questionné sur la façon dont son gouvernement, et en particulier son ministre de l’intérieur et des outre-mer, avait tenté de rendre cette organisation politique infréquentable, le président de la République a balayé le sujet. « Les ministres font attention à ce qu’ils disent », a-t-il affirmé, oubliant un peu vite que Gérald Darmanin, posté juste derrière, avait parlé de « groupe mafieux » et qualifié Christian Tein de « voyou », tandis que l’ex-secrétaire d’État Sonia Backès employait le mot « terroristes ».

    En signe d’« apaisement » – les guillemets sont de rigueur –, Emmanuel Macron s’est « engagé » à ce que la révision constitutionnelle visant à dégeler le corps électoral « ne passe pas en force dans le contexte actuel » et que « nous nous donnions quelques semaines afin de permettre la reprise du dialogue en vue d’un accord global ». Une solution qui a sa « préférence » depuis toujours, a-t-il assuré, comme s’il n’était en rien responsable de la façon dont l’exécutif a conduit toute cette affaire, au mépris de la prudence et des alertes.

    Comme toujours en pareilles circonstances, le président de la République s’est exprimé de telle façon que chacun·e puisse interpréter les sous-textes à sa manière. Ce qui n’a pas manqué, notamment dans le camp loyaliste, où le député Renaissance Nicolas Metzdorf, rapporteur du projet de loi constitutionnelle à l’Assemblée nationale, s’est réjoui du maintien du « calendrier initial », tandis que l’élu Calédonie ensemble (parti non indépendantiste), Philippe Gomès, a jugé que le chef de l’État avait dit « diplomatiquement que cette réforme “unilatérale et partielle” [était] abandonnée ».

    Pour réengager le travail, le chef de l’État a choisi une mission de discussion administrative et confié à trois hauts fonctionnaires, spécialistes de la Nouvelle-Calédonie ou des sujets constitutionnels, le soin de poursuivre les échanges avec les forces politiques. Cet accord global, a-t-il précisé en conférence de presse, devra comporter la question du dégel du corps électoral, mais aussi l’organisation du pouvoir, la citoyenneté, le « nouveau contrat social » censé régler les inégalités qui se sont accrues dans l’archipel, et son avenir économique.

    Il concernera également « la question du vote d’autodétermination », a conclu le président de la République, sans trop s’attarder sur ce point. Il est pourtant crucial, car il dément toutes celles et ceux qui, au sein du gouvernement et de la majorité, font mine de penser que le processus de décolonisation s’est achevé avec le troisième référendum et que la Nouvelle-Calédonie restera éternellement française. C’est renier, là encore, l’engagement que la France avait pris en signant l’accord de Nouméa : conduire l’archipel « sur la voie de la pleine souveraineté ».

    Ellen Salvi 

    SOURCE : Nouvelle-Calédonie : après avoir tout cassé, Macron demande aux autres de réparer | Mediapart 

     


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    Nelly Forget, assistante sociale

    dans un bidonville d'Alger, fut torturée

    par l'armée française en 1957

      Nelly Forget, assistante sociale dans un bidonville d'Alger, fut torturée par l'armée française en 1957

    Nelly Forget est née en 1929 à Paris. Elle est marquée par l’engagement syndical et politique de sa mère, puis, durant l’Occupation, par les persécutions antisémites qui touchent ses camarades de lycée. A 19 ans, elle abandonne ses études et s’engage comme volontaire de longue durée dans le Service Civique International (SCI).

    En 1951, elle part en Algérie où, à l’âge de 22 ans, elle prend en charge la branche algérienne du SCI. Lectrice des reportages d’Albert Camus, du journal Combat et de L’Observateur, critique du colonialisme, elle est frappée par « le racisme quotidien et violent » qui règne à Alger. « Une française ne fréquente pas les bicots », lui assène-ton par exemple lors d’un contrôle de police. Elle constate notamment l’impact dans la population algérienne des massacres de mai et juin 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata. Elle est aussi témoin lors d’une élection d’un scrutin « surveillé » par l’administrateur français dans un village. Estimant que son poste doit être occupé par un Algérien, elle obtient la nomination de Mohamed Sahnoun, qui sera après 1962 ambassadeur d’Algérie en France.

    Après un chantier « pelle et pioche » en Kabylie, elle travaille auprès de Marie-Renée Chéné, pionnière de l’action sociale en Algérie, dans l’un des très nombreux bidonvilles d’Alger, celui de Berardi-Boubsila, à la limite entre Maison Carrée et Hussein Dey. Là, les 6000 bidonvillois vivent dans des gourbis de cartons et de branchages, ne disposant que de quatre points d’eau, d’aucun dispensaire et d’aucune école. Les Européens du SCI n’y tiennent généralement guère plus que quelques semaines. Une école y est installée par le SCI. Le travail social dans ce bidonville attire alors de nombreux Européens et Algériens.

    Nelly Forget rentre alors en France pour faire des études d’assistante sociale. A Paris, elle rencontre en septembre 1955 Germaine Tillion, qui l’intègre à son projet de création de Centres Sociaux, dont Nelly Forget est l’une des fondatrices. Au grand dam de ses amis, elle emménage à Alger dans une cité de recasement où elle est la seule Européenne.

    En janvier 1957, commence la « bataille d’Alger ». Le général Massu étend rapidement la répression qui frappe déjà les nationalistes algériens et les communistes aux « chrétiens libéraux » et aux Centres Sociaux, soupçonnés, en raison de leur proximité avec les « musulmans », de complicité avec le FLN. Après la répression de la grève des 8 jours du FLN (28 janvier- 4 février 1957), observée par tous les habitants de sa cité surveillée en permanence par des hélicoptères, Nelly Forget reçoit une première visite de parachutistes à la mi-février 1957. Ils cherchent son amie Chafika Messlem, qu’ils prennent à tort pour l’adjointe du dirigeant du FLN Larbi Ben M’Hidi.

    Une semaine plus tard, dans la nuit du 26 au 27 février 1957 à 3 h 30 du matin, Nelly Forget est enlevée par des parachutistes du 1er REP, commandés par le capitaine René Faulques. Ceux-ci découvrent dans son appartement un stock de médicaments et une machine à écrire qu’ils estiment destinés aux maquis du FLN, alors qu’ils doivent servir à un Centre Social. Nelly Forget est conduite cagoulée à la Villa Sésini, centre de torture du 1er REP déjà bien connu comme tel. Après « à peine cinq minutes d’interrogatoire », dans le Café Maure des jardins de la villa, elle est torturée selon les normes en vigueur dans l’armée française : à l’eau et à l’électricité, couchée sur une échelle, les mains trempées dans une bassine. La seule question est « Où est Chafika ? ». On peut lire ici sa déposition. Après environ une heure de supplice, sur le point de perdre connaissance, elle est portée dans une cellule où elle restera quatre semaines, de même qu’une dizaine d’autres femmes, toutes torturées dès leur arrivée, en guise, dit-elle, de « mise en condition ». Elle a connaissance durant sa détention d’une mort sous la torture. L’infirmerie est tenue par un ancien Waffen SS – plusieurs font partie du 1er REP -, dont elle souligne qu’il fut le seul à avoir montré « gentillesse et respect » aux détenues. Comme l’indique une archive conservée par le secrétaire général à la préfecture d’Alger Paul Teitgen, pour masquer sa détention clandestine dans un centre de torture, le lieutenant Brothier a indiqué de façon mensongère à la préfecture que Nelly Forget avait été assignée à résidence au « centre de tri » de Beni Messous.

    Nelly Forget est ensuite placée « en convalescence » avec d’autres femmes à la Villa Mireille, puis présentée à un juge d’instruction et incarcérée à la prison de Barberousse. Elle est désormais inculpée d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État, pour avoir hébergé Chafika Messlem et surtout la militante activement recherchée du Parti communiste algérien (PCA) rallié à la lutte armée Raymonde Peschard, à laquelle l’armée française attribue faussement la responsabilité des attentats commis par le FLN. Son procès s’ouvre en juillet 1957. Or, quelques semaines auparavant, Raymonde Peschard a étrangement été acquittée « à titre posthume » par un tribunal et ce, alors qu’elle ne sera tuée au maquis que bien plus tard, en novembre 1957. Sans doute cet acquittement à titre posthume a-t-il servi à maquiller la mort d’une autre suspecte détenue, selon Nelly Forget. Quoiqu’il en soit, il fait tomber la principale accusation à son encontre. Elle est acquittée par le tribunal militaire. Elle rentre en France, où elle est ensuite selon elle ostracisée par la Fédération de France du FLN, en raison de sa proximité avec Germaine Tillion. Le 15 mars 1962, elle apprend l’assassinat à Château-Royal de six inspecteurs des Centres Sociaux par l’OAS.

    Fabrice Riceputi

    Tous les liens ci-dessous vous envoient vers d'autres vidéos ou articles :

    Sources : Grands entretiens « Algérie en guerre(s) », INA ; Notice Nelly Forget du site 1000autres.org ; entretien avec Nelly Forget par Fabrice Riceputi, octobre 2016.

    Hommage à la 4ACG, Nils Andersson

    Alice Cherki et Nelly Forget

     


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    Une statue de Bigeard à Toul ?

    Un large collectif d’associations

    dit NON !

    Une statue de Bigeard à Toul ? Un large collectif d’associations  dit NON !

    Mardi 16 avril 2024, par Gérard C. Webmestre Michel Berthelemy Jean-Marie Mire de la 4ACG

    Un collectif baptisé « Histoire et mémoire dans le respect des droits humains » s’est tout récemment constitué à Toul, en Meurthe-et-Moselle, pour refuser l’édification dans l’espace public d’une statue en l’honneur du général Bigeard. Ce collectif est composé de nombreuses associations, dont la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et la 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre). 

    Pas de statue de Bigeard dans l’espace public 

    Plus de 60 ans après les Accords d’Evian, notre pays peine encore à soulever la chape de plomb qui dissimule son passé colonial, sa construction inégalitaire, son régime d’apartheid, à la source de toutes les dérives racistes qui gangrènent actuellement notre société.

    Lors des guerres coloniales en Indochine, puis en Algérie, la torture a été instaurée par l’État en système pour terroriser et soumettre la population, ainsi que le travail des historiens l’a démontré.

    Marcel Bigeard en était l’un des principaux acteurs et théoriciens. Il a écrit le manuel « Contre-guérilla » qui explique les méthodes de « guerre psychologique » et les « techniques d’interrogatoire » enseignées en Algérie. Ces méthodes criminelles ont, par la suite, été exportées et largement pratiquées par les dictatures en Argentine et au Chili.

    Aujourd’hui, c’est sur ce terreau colonialiste que prospèrent les idéologies xénophobes aux relents négationnistes. Leurs partisans s’opposent farouchement à la reconnaissance par la France des erreurs de son passé colonial. Ceux qui s’obstinent à ne voir en Bigeard qu’un « glorieux militaire », au mépris de toute considération historique et humaniste, en sont aujourd’hui l’illustration.

    C’est pourquoi l’installation à Toul d’une statue de cet homme représenté en tenue de para médaillé est injustifiable pour celles et ceux qui souhaitent construire un avenir fraternel, apaisé et respectueux des citoyens de toutes origines !

    Toul doit renoncer à ériger une statue

     de Bigeard dans l’espace public ! 

    Rassemblement le samedi 25 mai 2024 à 16 heures (après le Cercle de Silence) sur la Place Nelson Mandela à Nancy 

    Une statue de Bigeard à Toul ? Un large collectif d’associations  dit NON !

    Afficher une carte plus grande 

    Pour tout renseignement complémentaire : 

    collectif-histoire-memoire@mailfence.com 

    Pétition. Pas de statue de Marcel Bigeard dans l’espace public 

    https://www.change.org/p/pas-de-statue-de-marcel-bigeard-dans-l-espace-public 

    Documents joints

     

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    L'inventeur des Crevettes Bigeard doit être jeté dans la poubelle des oubliés tortionnaires de l'Histoire.

    Michel Dandelot

    Crevettes Bigeard :

    Complément à l’article précédent  Crevettes Bigeard : Une des atrocités que la France a fait subir au peuple algérien

    Complément à l’article précédent  Crevettes Bigeard : Une des atrocités que la France a fait subir au peuple algérien

    Complément à l’article précédent  Crevettes Bigeard : Une des atrocités que la France a fait subir au peuple algérien

     


    Une des atrocités que la France

    a fait subir au peuple algérien

     

    La technique des « Crevettes Bigeard » ? Elles resteront la sinistre image de cette époque qui perpétuera ce nom. 

    Pour beaucoup, ce terme employé ne signifie rien, surtout qu’il ne figure dans aucun livre d’histoire de notre enseignement. Pourtant c’est en employant cette expression que Paul Teitgein interrogeait Massu, en 1957, sur les milliers de disparus pour lesquels il n’avait aucun rapport concernant leur « évaporation ».

    Pour éliminer physiquement, en faisant disparaître les corps, Bigeard avait inventé cette technique : sceller les pieds du condamné (sans jugement, sinon le sien), vivant, dans un bloc de béton et le larguer de 200 ou 300 mètres d’altitude d’un avion ou d’un hélicoptère en pleine mer.

    Il avait perfectionné cette technique : au début les Algériens étaient simplement largués dans les massifs montagneux, mais leurs corps étaient retrouvés. La seconde étape fut le largage en mer, mais quelques-uns sont parvenus à revenir à la nage sur la côte et échapper miraculeusement à la mort. C’est pourquoi il « fignola » le raffinement de sa cruauté en inventant le bloc de ciment.

    Aujourd’hui nous retrouvons la définition sur Wikipédia comme suit :

    “L’expression « crevettes Bigeard » désigne les personnes qui ont été exécutées lors de « vols de la mort », en étant jetées depuis un hélicoptère en mer Méditerranée, les pieds coulés dans une bassine de ciment, lors de la guerre d’Algérie (1954-1962), plus particulièrement pendant la bataille d’Alger en 1957, entre janvier et septembre”.

    Bien qu’ayant reconnu l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie, le général Bigeard a toujours nié que les troupes placées sous son commandement s’y fussent livrées, à la différence du général Paul Aussaresses.

    SOURCE : Crevette Bigeard : Une des atrocités que la France a fait subir au peuple algérien (reseauinternational.net)

     


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    Le recteur de la Grande mosquée de Paris

    invite les musulmans

    à voter contre l'extrême droite

    Le recteur de la Grande mosquée a appelé les musulmans français à voter aux prochaines élections. Il a émis des "inquiétudes" face à la montée de l'extrême droite. 

      Le recteur de la Grande mosquée de Paris invite les musulmans  à voter contre l'extrême droite

    Le recteur de la Mosquée de Paris (GMP) Chems-eddine Hafiz pose à la Grande mosquée de Paris le 16 janvier 2020© BERTRAND GUAY

    Le recteur de la Grande mosquée de Paris Chems-eddine Hafiz a appelé ce mercredi 22 mai les Français de confession musulmane à voter lors des élections à venir. Il a formulé de "graves inquiétudes" face à la montée de l'extrême droite, tout en critiquant "l'esprit de repli sur soi".

    "En tant que Français et musulmans, il est de notre devoir de participer activement aux élections" européennes et nationales pour "renforcer notre démocratie" et "promouvoir les valeurs de justice, d'égalité et de solidarité", affirme le recteur dans son billet hebdomadaire. 

    Chems-eddine Hafiz dit ses "graves inquiétudes" face à la montée de l'extrême droite, dont la potentielle victoire pourrait avoir des conséquences "particulièrement sévères" pour les musulmans, "allant de l'augmentation des actes islamophobes et des discriminations au renforcement des lois restrictives visant les pratiques religieuses et culturelles".

    Pour le recteur, la participation électorale des musulmans est "une réponse citoyenne à l'intolérance et à la stigmatisation".

    Le recteur dénonce les "pseudo-prédicateurs"

    À moins de trois semaines des européennes, dont le scrutin se tiendra le 9 juin, Chems-eddine Hafiz souligne qu'"en votant, nous pouvons soutenir des politiques et des candidats qui défendent le bien commun et combattent l'injustice et la corruption, en accord avec les principes musulmans".

    Mais le recteur déplore aussi "certaines mouvances se proclamant affiliées à l'islam" et qui "dans un esprit de repli sur soi et de communautarisme étroit, prétendent qu'un musulman ne peut élire un non-musulman".

    "Rien n'est plus éloigné de la vérité", ajoute le recteur, avec en ligne de mire les "pseudo-prédicateurs" qui "exploitent la vulnérabilité des jeunes pour propager des idées qui divisent" en "prétendant que la participation politique serait incompatible avec la foi musulmane".

    Début mai déjà, il avait invité les musulmans à une implication citoyenne, dans un long billet titré "La France, je l'aime et je ne la quitte pas". Une allusion à peine voilée au livre La France tu l'aimes mais tu la quittes paru fin avril, où des musulmans français racontent les discriminations les ayant poussés à l'exil.

     

    (Paroles aux avis contraires... nous sommes bien

    dans une démocratie ? HUM !!! HUM...

    Merci de cliquer sur ce lien :

    https://twitter.com/i/status/1783557901254095290 

    Français et musulmans :

    l'exil comme horizon

      Français et musulmans : l'exil comme horizon

    Ils et elles sont Français·es et musulman·es. Ont grandi et étudié en France. Et ont fini par quitter leur pays. D’autres y réfléchissent. Comment expliquer ce phénomène d'exil à bas bruit ? 


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    Si vous voyez se profiler à l’horizon l’année 2027, avec beaucoup d’inquiétude et la possible arrivée de l’extrême droite au Pouvoir en France ne manquez pas ce film.

    Michel Dandelot

     

    Béziers, l’envers du décor !

    – Le film à voir sur les ravages

     de l’extrême droite 

    Béziers, l’envers du décor ! – Le film à voir sur les ravages de l’extrême droite

    A travers le journal municipal, le « Journal de Béziers », devenu le « Journal du Biterrois », le film aborde la gestion de la ville par Robert Ménard élu maire en 2014 avec les voix du Front National. En partant à la rencontre des habitants et de militants, nous découvrons « l’envers du décor » de cette ville du sud de la France. Comment ce journal façonne une ligne politique et idéologique d’une France catholique intégriste, rejetant les musulmans, tout en voulant contrôler et surveiller l’ensemble de ses habitants. Une vision de l’extrême droite au pouvoir...

    Béziers, l’envers du décor ! 

    Un film de Daniel KUPFERSTEIN 

    23 mai à Charleville-Mézières au Centre social André Dhôtel rue Albert Poulain à 20H 

    25 mai à Paris à la Commune Libre d’Aligre à 18H 

    27 mai à Clermont-Ferrand au cinéma Le Rio Rue sous les Vignes  à 18H

    1er juin à Béziers à la Cimade,14 rue de la Rotonde à 18H  

    9 juin à St Etienne au cinéma le Méliès 10 Place Jean-Jaurès à 18H 


    Construit en deux parties, le film aborde, à travers le journal municipal, Le Journal de Béziers, devenu le Journal du Biterrois, la gestion de la ville par Robert Ménard élu maire en 2014 avec les voix du Front National. En partant à la rencontre des habitants et de militants, le film permet de découvrir « l’envers du décor » de cette ville du sud de la France. Comment ce journal façonne une ligne politique et idéologique d’une France catholique intégriste, rejetant les musulmans, tout en voulant contrôler et surveiller l’ensemble de ses habitants. Une vision de l’extrême droite au pouvoir…

    Béziers l’envers du décor 


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    Sur les barrages à Nouméa : « Ils sont venus

    nous flinguer comme des chiens »

    Sur les barrages à Nouméa : « Ils sont venus nous flinguer comme des chiens »

    Des personnes se tiennent à un barrage routier mis en place par des indépendantistes au col de La Pirogue dans la commune de Paita, en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, le 19 mai 2024.
    © Delphine Mayeur / AFP

    Nouméa (Kanaky-Nouvelle-Calédonie), correspondance particulière.

    Pour le gouvernement français et les partisans de l’ordre colonial, la jeunesse kanak n’existe pas, sauf en tant qu’émeutiers radicalisés à mater. Mais sur les barrages, celle-ci raconte ouvertement ses espoirs, ses peurs et sa colère brute et pourquoi sa lutte, qui a embrasé le pays, s’inscrit dans les pas des « anciens ».

    Sur la presqu’île de Nou, là où fût implanté le bagne de la Nouvelle-Calédonie au XIXe siècle, un groupe de jeunes hommes ont érigé un barrage. Ils bloquent la seule voie qui mène à plusieurs infrastructures importantes du pays : deux hôpitaux, l’université de la Nouvelle-Calédonie et sa cité universitaire, où sont logés de jeunes étudiants venant de tout l’archipel.

    À dix mètres de cette barricade, de jeunes Kanak stoppent les personnes et les voitures.Un homme vient à notre rencontre, salue avec gentillesse. Il na pas darme et sappelle Phil, originaire de l’île de Lifou : « Vous pouvez passer, le barrage est simplement filtrant. » Plusieurs véhicules circulent sans encombre : ambulances, médecins, familles avec enfants, habitants du quartier. On se salue, on échange un mot. Certains passagers s’arrêtent pour distribuer des boissons ou de quoi manger.

    Phil est le plus âgé du groupe : à ce titre, c’est lui qui fait office de porte-parole. Il tient à exposer les raisons de l’engagement de ces militants. « On est là pour dire non au dégel du corps électoral. C’est un acquis de nos papas, quand ils ont fait la première lutte dans les années 1980, avec le FLNKS. On a compris, on se lève aujourd’hui pour dire que le dégel du corps électoral, cela veut dire noyer la revendication kanak dans ce pays. Et nous, on ne voudra jamais ça. » 

    La tension reste palpable sur le caillou

    Fatigués, tous barbouillés du noir de la fumée, ils ressemblent à leurs ancêtres guerriers qui autrefois s’enduisaient de noix de bancoule avant d’aller au combat. Peu après, Phil exhorte : « Mettez-vous à l’abri, avancez votre voiture vers le barrage, à côté des jeunes, là ! » dit-il, désignant des militants de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), une émanation de plusieurs mouvements indépendantistes qui organise la contestation depuis plus de six mois. L’un des jeunes exprime sa colère en lançant des cailloux sur une carcasse de voiture calcinée.

    La tension demeure extrêmement vive. L’un des membres du groupe, Louis *, prend la parole : « Une demi-heure avant votre arrivée sur le barrage, on a été la cible d’individus armés dont on ne connaît pas l’identité. Je tiens à dire qu’une milice existe. Elle semble travailler en parallèle avec la police. On ne sait pas s’ils sont avec elle ou pas mais, à chaque fois, ils se suivent. » Des hommes armés étaient à bord d’un 4×4 et leur ont tiré dessus. « Ils sont venus nous flinguer comme des chiens. Mais il n’y a pas de morts, ni de blessés. » Phil, qui se dit chrétien et kanak, remercie « Dieu et les esprits de l’endroit de les avoir épargnés ».

    Depuis le 13 mai, plusieurs jeunes ont été tués, trois officiellement, mais d’autres sont portés disparus. À ce jour, personne ne connaît le nombre exact de blessés et de morts. Pour l’heure, le bilan fait état d’au moins un décès à la Vallée du Tir, et de deux autres à Ducos : une jeune fille de 17 ans et un homme de 36 ans, originaires de Canala, sur la côte est du pays.

    C’est pour ces raisons que le groupe se dit farouchement opposé à l’entrée des forces de police à Nouville et craint que les renforts de métropole ne soient pas là « pour protéger les habitants des exactions de la milice” ». L’évocation de ces « milices européennes » n’est pas nouvelle dans l’histoire : dans les années 1980, elles agissaient souvent impunément, comme lors de l’assassinat de Pierre Declercq, alors secrétaire général de l’Union calédonienne, tué le 19 septembre 1981, dans sa propre maison. Ses assassins n’ont jamais été arrêtés.

    Les jeunes que l’on voit sur ces barrages sont issus essentiellement des quartiers populaires du Grand Nouméa, comme Tuband, Magenta, Nouville, Koutio. Des zones où les forces de police sont intervenues en priorité et de manière musclée depuis les premiers heurts et le meurtre du jeune Djibril, 20 ans, originaire de l’île de Maré et abattu par un homme en civil, le 15 mai. Au total, on dénombre plus de 300 arrestations.

    Dans les quartiers aisés de Nouméa, notamment ceux du sud, il ne fait pas bon être kanak ou océanien. Les accès sont fermés, même pour aller faire des courses. Pourtant, à la plage de l’Anse Vata, cœur du littoral touristique, les terrasses et la plage sont ouverts, comme si le temps s’était arrêté, comme si, sur cette terre, les uns et les autres ne vivaient pas dans le même monde.

    L’histoire des luttes kanak profondément ancrée dans la mémoire des kanak

    Pour tous ces jeunes Kanak, la question reste celle de la dignité de leur peuple. N’ont-ils pas le droit de rêver une vie meilleure, pour leur propre société, non soumise à la rentabilité, non rythmée par le temps de la montre et de la façon de vivre des Occidentaux ? Comme le disait Jean-Marie Tjibaou, ancien leader du FLNKS assassiné en 1989 : « Il est difficile de suivre celui qui cherche sa route. »

    Retour à Nouville, où Phil et ses camarades saluent la mémoire des leaders indépendantistes abattus par le GIGN, « comme Éloi Machoro et Marcel Nonnaro », en 1985. Mais aussi des dix de Hienghéne, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, assassinés par des opposants loyalistes qui furent acquittés. Enfin, de ceux de la célèbre grotte de Gossanah à Ouvéa en 1988, dont Wenceslas Lavelua et ses compatriotes, abattus également lors de cette opération militaire nommée « Victor ». Cette histoire est ancrée profondément, celle d’une guerre civile qui leur a permis d’enfin exister et d’être reconnus pleinement légitimes sur cette terre désormais nommée « Kanaky », le mot d’ordre brandi sur les barrages.

    Ces jeunes ont aussi en mémoire la longue histoire de la résistance à la domination française, depuis la prise de possession de l’archipel en 1853, et les maintes « révoltes » et « situations insurrectionnelles » brutalement réprimées. « Depuis le 24 septembre 1853, lorsqu’ils ont levé le drapeau à Mahamate (aujourd’hui Pouébo, dans le nord de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie – NDLR), il y a eu des morts. »

    Loin de l’image de jeunes émeutiers incontrôlables, le leader du petit groupe précise : « Aujourd’hui, le 20 mai 2024, à 13 h 22, cela fait une semaine que nous sommes là. Il y a des jeunes qui ont été tués, mais nous, nous n’avons pas d’armes. C’est un barrage pacifique. Ici, à Nouville, on a deux hôpitaux et l’université : on ne peut pas bloquer complètement la route », finit-il, solennel.

    « Résister, ce n’est pas mourir »

    Pour ces militants, la partialité de l’État français les a motivés à organiser une résistance pacifique avec la CCAT. « C’est pour faire entendre nos voix et nos rêves pour notre pays et nos enfants que nous sommes là. » Depuis la mobilisation massive du samedi 13 avril 2024 sur la place de la Paix, la CCAT a coordonné des nombreux regroupements, à chaque fois sans heurts, afin de montrer au peuple de France que le peuple kanak réclame justice et équité.

    Près du barrage, Raphaël (*) engage le dialogue : « Aujourd’hui, c’est toujours la même chose : ils lèvent le drapeau français mais il y a des morts de l’autre côté. On fait de la résistance, mais résister, ce n’est pas mourir. Nous, on se bat pour notre dignité, sans armes à feu, comme nos anciens faisaient. On accompagne un gouvernement légitime, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie – Kanaky. »

    Avant de partir, le petit groupe tient à faire passer un message, comme un manifeste de sa lutte. « On demande à tout le monde d’avoir un œil bienveillant pour le combat des enfants de Kanaky, le nom de ce pays. Kanaky ne veut pas dire qu’on va exterminer tout le monde et qu’il y aura une seule race. Non ! On demande la nationalité kanak ou la nationalité calédonienne, mais il ne faut pas faire passer le dégel avant la nationalité. Kanaky vaincra ! »

    Comme un lointain écho à la pensée de Jean-Marie Tjibaou, retranscrite dans son livre, la Présence kanak, publié en 1996 chez Odile Jacob : « Pour nous, il y a ici un peuple indigène, c’est le peuple kanak. Nous voulons d’abord la reconnaissance de ce peuple et son droit à revendiquer l’indépendance de son pays. Ce n’est pas plus raciste que de parler de citoyenneté française. »

    * Le prénom a été modifié.

    SOURCE : Sur les barrages à Nouméa : « Ils sont venus nous flinguer comme des chiens » - L'Humanité (humanite.fr) 

     

    Comment la crise en Nouvelle-Calédonie

    réveille le douloureux souvenir des années

    1980

    Un archipel à feu et à sang, une population déchirée et le président de la République qui se rend sur place. En Nouvelle-Calédonie, le passé resurgit dramatiquement dans la vie des Calédoniens. Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article, c’est en effet dans les années 1980 que les tensions entre partisans et opposants de l’indépendance se traduisent par une explosion de violence inédite, qui plonge le territoire dans le chaos. Au départ, la décennie 80 est pour les indépendantistes, synonyme d’espoir. Et pourtant, ces espoirs seront vite douchés. D’abord, avec l’élection en 1981 de François Mitterrand, un candidat socialiste, sensible à leurs revendications, qui ne sera finalement pas l’oreille tant attendue. 

     

     

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    Non les puissants n’ont pas tous les droits

    Par Gabrielle Teissier K 

    Citoyenne, du monde, de gauche, athée, en résistance contre tous

    les racismes

    Les ministres non plus. Toutes les vies humaines se valent. En Palestine, en Nouvelle-Calédonie et même en France.

    Le ministre n’aurait pas dû dire ça… Moins d’une semaine après sa déclaration au Sénat,  une enquête le contredit… Le jeune policier tué ne l’a pas été par des « vieux » comme l’a dit le ministre au Sénat. « Vieux » en Kanaky signifie important, respectable.

    « Après la mort du gendarme mobile, mercredi 15 mai, sur la commune du Mont-Dore, une enquête confiée à la section de recherches de Nouméa a été ouverte pour homicide volontaire avec préméditation, c'est-à-dire pour assassinat. D'après le procureur, le jeune homme a été tué vers 19h40 -c'était dans le secteur de la brigade de Plum. Il "se trouvait", dit-il, "dans un véhicule de service, sur le siège conducteur" et a été "atteint par un projectile dans la tête, lors d’une action susceptible d’impliquer plusieurs tireurs ayant visé les gendarmes par une quinzaine de coups de feu". À ce stade, ajoute Yves Dupas, "aucune interpellation n’est intervenue". »

    Et hier le même ministre a affirmé que la parole des policiers et des gendarmes vaut plus que celle de ceux qu’ils arrêtent… Et la présomption d’innocence alors ?  «1. Tout accusé est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. 2. Le respect des droits de la défense est garanti à tout accusé. » 

    Le procureur de la Cour Pénale Internationale requiert des mandats d’arrêt contre des criminels de guerre qui se croyaient tout permis. 

    Ça fait des mois qu’on attendait ça. Nous avions l’impression d’être dans train fou qui roulait à toute vitesse et qui d’un moment à l’autre allait sortir des rails pour nous projeter dans le néant. On imagine ce que ça doit être pour les Palestiniens eux-mêmes et pour les parents des otages encore détenus.  Ces jours qui passent et tous ces morts répertoriés, les blessés aussi et même les prisonniers torturés. Et personne capable d’arrêter ça ou même pour dire que ça suffit que c’est illégal, et que ça doit s’arrêter, qu’on doit arrêter ceux qui commandent ça.

    La France soutient la demande de la CPI. L’Amérique non. Israël et les Etats-Unis ne reconnaissent pas la Cour Pénale Internationale.

    Que va-t-il se passer ?

    Pour les victimes nous avons le devoir d’espérer. Dans la réalité il ne se passera peut-être rien. Mais au moins avons-nous le sentiment que ce train fou a un peu ralenti et qu’il s’est même un peu remis sur les rails. Et ça, mine de rien pour notre santé mentale, ce n’est pas rien.

    Je viens de lire que le président de la République,  part en Nouvelle-Calédonie « pour y installer une mission »… Comme au temps d’avant, une mission avec des missionnaires je me suis demandé, mauvaise langue ? Parfois on se demande s’ils réfléchissent au poids des mots… C’est bien d’aller parler. Parler c'est bien, écouter c'est mieux... Cette fois, il n’y aura pas de cocotier à planter 

    Souvenons-nous :

    Le cocotier du pardon

    Non les puissants n’ont pas tous les droits

    « Il y a trente ans de cela, nos papas leur ont demandé de venir là-bas à la grotte et ils ne sont pas venus. Aujourd’hui, 30 ans après, c’est un honneur pour nous d’accueillir le président ici. Même s’il porte le paletot de la république, tout ce que la colonisation a fait subir à notre peuple ici et aux autres peuples. Le cocotier, c'est lui qui va le planter ». Darewa Dianou, fils d’Alphonse.

    « On a demandé au président Macron de ne pas aller sur la stèle à papa. Parce que c’est trop dur pour nous, encore aujourd’hui. C’est difficile encore. Ce n’est pas encore le moment. Mais là il y a toutes les chefferies, tous les Vieux qui ont préparé ce travail pour qu’on soit là aujourd’hui. Je remercie même si il y a des gens qui m’ont pointé du doigt, qui m’ont regardé un peu comme ça, mais voilà on a demandé ça, pour pas que demain ils vont repartir et pour nous ici ce ne sera pas bon. Comme ça on respecte aussi nos familles qui sont là-haut à Gossanah. Mais nous aussi, c’est dur pour nous. Moi personnellement, en tant qu’enfant, c’est dur pour moi de voir le président aujourd’hui. Par contre on l’accueille parce qu’il y a trente ans de cela, nos papas leur ont demandé de venir là-bas à la grotte et ils ne sont pas venus. Aujourd’hui, 30 ans après, c’est un honneur pour nous d’accueillir le président ici. Même s’il porte le paletot de la république, tout ce que la colonisation a fait subir à notre peuple ici et aux autres peuples qui sont arrivés et qui ont eux aussi, subi la colonisation. C’est un grand honneur pour nous de planter le cocotier. C’est lui qui va le planter. Le cocotier symbolise les femmes, les enfants, pour demander pardon aussi à la terre, demander pardon aux mamans, et aux enfants qui ont souffert aussi. A travers ça, on sauve l’humanité aussi. Aujourd’hui nous ne sommes plus en mesure de sacrifier encore des vies pour des problèmes politiques, ou des problèmes de races. Maintenant on se doit de respecter le sang versé. Même si ça va être dur pour certaines personnes, mais il faut avancer. Oleti. » Darewa Dianou, fils d’Alphonse.

    Darewa Dianou interviewé par Thérèse Waia © Nouvelle-Calédonie la 1ère

    « Nous savons tous les pleurs et les souffrances de 1988 et 1989. Mais je sais aussi tout ce qui a été fait après, par vous tous, dans un travail lent, patient, difficultueux. Et ici s'est jouée une réconciliation inédite. Des pardons ont été donnés entre des familles, des femmes et des hommes, parce qu’ils vivent ensemble, sur cette île. Et c’est aussi, à la fois à la mémoire de ceux qui sont tombés, et à leurs familles, que je veux rendre hommage. Un hommage complet. Un hommage pour unir. Je souhaite que nous puissions être à la hauteur de ces progrès que vous avez fait deuis tant d’années, pour continuer à unir. Et je voulais tous vous remercier pour l’exemple que vous donnez. J’y apporterai ma pierre de là ou je suis. C’est aussi cela que je suis venir vous dire aujourd’hui. C’est la première fois qu’un président de la république se rend dans votre île. C’est pour reconnaître tout cela, mais c’est aussi pour penser à la jeunesse qui nous accompagne. Elle a toute cette histoire sur ses épaules, mais ça ne l’empêchera pas de grandir. Et il nous faut l’aider à grandir. Alors je vos remercie de m’accueillir sur votre terre. » a dit le président. 

    SOURCE : Non les puissants n’ont pas tous les droits | Le Club (mediapart.fr) 

     


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    Béziers - La famille de Jean MOULIN est farouchement contre la tauromachie sanglante

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