• Barisey-au-Plain Il avait 20 ans dans le Nord Constantinois

     

     

    Barisey-au-Plain

    Il avait 20 ans dans le Nord Constantinois

    Pierre Michel a été appelé sous les drapeaux en pleine guerre d’Algérie. Un épisode extrêmement douloureux que l’homme de 82 ans ne cesse de ressasser. Pendant le confinement, il a commencé à coucher sur papier ses souvenirs. Et souhaiterait que sa commune baptise une rue de l’odonyme « 19-Mars-1962 ».

     

    Barisey-au-Plain  Il avait 20 ans dans le Nord Constantinois

    Pierre Michel aimerait qu’une plaque soit apposée sur une des rues du village.   Photo ER.

     

    Au soir de son existence, Pierre Michel remâche. Et rembobine en boucle le fil de sa prime jeunesse. À 20 ans, cet habitant de Barisey-au-Plain qui n’avait pas vu grand-chose d’autre que le Toulois a été appelé sous les drapeaux. Nous sommes en 1958. Le temps de faire ses classes en Allemagne, d’apprendre les rudiments de la conduite d’un engin blindé de reconnaissance, et voilà l’agriculteur envoyé en Algérie. « Je suis issu d’une famille très unie. Enfant, mes parents m’avaient gâté. Je ne connaissais rien de la vie » Les premiers jours sont plutôt cool. « C’était nouveau, je découvrais de nouveaux horizons, un beau pays. Pour moi, c’était presque des vacances… » Et puis, alors qu’il passe une « poêle à frire » pour éventuellement débusquer des mines enterrées sous la chaussée, raconte-t-il, il entend des balles siffler sur sa tête, vraisemblablement pris pour cible par une faction adverse. La réalité lui saute à la figure. Le jeune Pierre Michel prend conscience qu’il a les deux pieds dans une guerre. Les trente mois qui suivent sont infernaux. « Quand j’y repense, et il ne se passe pas une journée sans que j’y repense, surtout depuis que je suis en retraite, tout remonte, le carnage, les morts de part et d’autre. La colère qui m’a saisi refait surface, intacte » Aujourd’hui, le stress post-traumatique est clairement identifié et pris en charge par les autorités. À l’époque, et alors que cette guerre ne disait même son nom, ces fractures psychologiques étaient mises sous le boisseau.

    « Mon chef de char a reçu une balle en pleine tête »

    « Quand même, à mon retour, mes parents ont voulu m’envoyer à l’hôpital militaire Sédillot de Nancy. Mais rien à faire, j’en avais soupé de l’Armée. N’empêche, j’ai mis six mois à m’en remettre  Ou en tout cas à faire comme si. Pierre Michel met sur le compte de cette parenthèse violente, sa propension à monter en pression devant toute contrariété. « J’ai du mal à me contenir » Et plus les années passent, plus c’est douloureux. Il se dit toujours incapable d’ouvrir un ouvrage sur l’Algérie. « C’était pas beau. On n’était pas humain. Je m’interroge beaucoup. On était des gamins. Côté français, c’était 10 morts de jeunes tous les jours. Mon chef de char a reçu une balle en pleine tête, il est tombé comme ça à côté de moi », assure-t-il.

    Pendant le confinement, il a commencé à noircir des cahiers, à coucher ses souvenirs sur papier. « Mes enfants et petits-enfants les liront après ma mort » Membre du comité toulois de la FNACA, il a milité pour que son village de 400 âmes se souvienne. Et, pourquoi pas, que la place centrale de la commune prenne le nom de « 19-Mars-1962 », date du cessez-le-feu qui signe pour certains la fin de la guerre d’Algérie, au lendemain de la signature des accords d’Évian. Le maire Jean-Marie Gérondi et le conseil municipal avaient déjà décidé de baptiser la place en question, « place du 20 juin 1940 » en mémoire aux «  évènements tragiques qui ont marqué la vie et les habitants du village  ».

    Toutefois le maire ne ferme pas la porte. Il suggère à Pierre Michel de se rapprocher de la section locale des anciens combattants, laquelle avec les associations d’anciens d’Algérie et la mairie, pourrait organiser « une petite cérémonie, plus tard », en mars 2022, à l’occasion des 60 ans de la fin du conflit, « avec dépôt de gerbe aux Monuments aux Morts et pose d’une plaque à côté de ce monument ».

    SOURCE : https://www.estrepublicain.fr/defense-guerre-conflit/2020/07/08/il-avait-20-ans-dans-le-nord-constantinois

    2 COMMENTAIRES

    NIRWANA

    Bien que tous les ans la réserve s'amenuise, ils sont encore nombreux ces Hommes qui sont partis pour défendre les intérêts de la France en Afrique du Nord, lors de ces évènements , comme on les appelait à cette époque là, et qui sont revenus à la vie civile, pour les plus chanceux, avec des souvenirs plein la tête et le corps, aguerris et forts pour gagner un autre challenge, celui de la vie au quotidien sur la durée, comme des marathoniens et beaucoup y sont arrivés , certains même ont occupé les postes clé alors ne serait-il pas temps de leur accorder un peu plus de reconnaissance, à tous ces Appelés de 54 à 62 qui ont vu leur jeunesse tronquée et qui méritent bien plus de respect. J'ajouterai qu'ils ne réclament aucune compensation " palpable" simplement morale.

    Michel Dandelot : Nirwana, je ne vous connais pas, je ne sais pas si vous êtes une femme ou un homme, vous écrivez que « ces hommes sont partis pour défendre les intérêts de la France », oui ils sont partis défendre la France colonialiste, forme aggravée du capitaliste et contrairement à ce que vous prétendez « Ils sont revenus à la vie civile, pour les plus chanceux, avec des souvenirs plein la tête et le corps, aguerris et forts », là vous êtes en complète contradiction avec cet article : « Quand j’y repense, écrit Pierre Michel il ne se passe pas une journée sans que j’y repense, surtout depuis que je suis en retraite, tout remonte, le carnage, les morts de part et d’autre. La colère qui m’a saisi refait surface, intacte » Aujourd’hui, le stress post-traumatique est clairement identifié et pris en charge par les autorités. Oui ces hommes qui sont au soir de leur existence et j’en fait partie sont très colères parce que le gouvernement de l’époque et toute la classe politique sans exception leur ont fait perdre de longs mois de leur jeunesse pour une cause injuste donc indéfendable.  

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 9 Juillet à 08:51

    Nirwana ne me paraît pas avoir intégré la nature de ce qu'était la guerre d'Algérie, une tentative de perpétuer le colonialisme qui ainsi que le reprend Michel, était une forme aggravée du capitalisme, de son mécanisme de profit et l'exploitation des travailleurs qu'il génère. Ajoutons que cela se faisait avec l'asservissement du peuple colonisé et avec des inconvénients majeurs pour le peuple du pays colonisateur.

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