• « L’état d’urgence démocratique »

     

     

    « L’état d’urgence démocratique »

     

    « L’état d’urgence démocratique »

    Démocratie menacée et après-demains qui chantent ? Par Alain Chouraqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, Président-Fondateur de la Fondation du Camp des Milles - mémoire et éducation

     

    « Évidemment, il y a d’abord les deuils, les souffrances, les inquiétudes vitales. Et la suite semble bien floue. Pourtant, les conséquences économiques, sociales et politiques de la crise sanitaire pourraient être brutales, pour notre démocratie en particulier. 
    L’épidémie n’intervient pas à n’importe quel moment. Depuis des années, les extrémismes identitaires bousculent notre édifice démocratique par leurs discours, leurs succès électoraux, leurs poisons qui s’insinuent jusque dans les émotions, faisant reculer la raison nécessaire à la démocratie. La crise des gilets jaunes puis celle des retraites ont aussi secoué le pays sans véritables solutions de fond. Dans ce ciel déjà chargé, une crise économique majeure, nationale ou internationale, risque de transformer la résignation en défiance, la peur en colère et le ressentiment en violence. Elle pourrait apporter aux forces extrémistes des contingents d’adhésion ou une tolérance croissante à l’inacceptable. Cette crise et ses conséquences sociales peuvent être ainsi cet « accélérateur » qui produit dans l’histoire l’embrasement d’un mal social qui couve, avec son cortège de stigmatisations, d’injustices, de souffrances, encore. 

    Nous sommes sortis de la première étape d’un processus de crise qui ouvre vers des possibles que l’on peut entrevoir à la lumière du passé. Cette étape a été marquée par la sidération, aggravée par le confinement inattendu et par l’urgence vitale de protéger et de nourrir les siens. Une deuxième étape va durer encore quelques semaines avec de magnifiques solidarités mais aussi des délations, du complotisme, la recherche de coupables. Et le coupable idéal c’est souvent un «autre», un bouc émissaire, bien tapi dans l’inconscient collectif. 

    C’est en fin de crise sanitaire que se présentera une troisième étape plus dangereuse pour la démocratie, en France et ailleurs, à l’image de la crise de 1929 dont on sait ce qu’elle a produit comme crispations et violences, dérives autoritaires et populistes, protectionnisme et nationalismes mortifères. La démocratie peut alors être vraiment en danger. D’autant que les peuples se sont déjà habitués depuis bien longtemps à un curseur qui se déplace plutôt vers la sécurité que vers les libertés. Les terrorismes ont aggravé la tendance, et les restrictions actuelles de libertés -même temporairement légitimes- vont dans le même sens.

    Pour faire face à ces risques exceptionnels pour la démocratie, ne serait-il pas opportun d’envisager la création d’une instance indépendante, pluridisciplinaire et pluraliste, un Conseil d’analyse et de suivi démocratiques, à l’image du Conseil scientifique aujourd’hui installé pour les questions médicales ? Ce Conseil aurait une compétence sur les questions sociétales, avec une vue globale sur la « santé sociétale », car la démocratie n’est pas seulement faite de garanties formelles ou juridiques à préserver. Les mesures envisagées – comme le tracking- ne seraient pas analysées une à une mais, à travers des « études d’impact démocratique », comme des pièces d’un puzzle qui donne une physionomie à notre société de liberté.

    Cependant, aucun des scénarios sombres n’est inévitable. L’expérience du passé c’est aussi celle des résistances finalement victorieuses. Ainsi, une fois passée -bien ou mal- cette troisième étape dangereuse, ce sera une quatrième phase d’ouverture des possibles. Peut-être pour le meilleur après le pire. C’est pour ce meilleur qu’il faut dès maintenant semer les graines de l’avenir. Par le débat d’idées et l’intelligence collective.

    L’expérience de l’humanité suggère plusieurs pistes possibles après un tel ébranlement. D’abord, le simple retour à la situation antérieure, avec des ajustements mineurs : tout cela n’aura été qu’une simple parenthèse, un drame que l’on voudra oublier. On peut avoir aussi, à l’inverse, une démocratie défigurée par des régimes « illibéraux », « hybrides » voire autoritaires comme ceux qui ont perduré en Espagne et au Portugal après la Seconde Guerre mondiale

    Mais de vraies réformes ne sont pas non plus à exclure, comme après 1945 : sans remise en cause de la démocratie, le système actuel se transformerait pour qu’il y ait un progrès véritable. Face aux inégalités et au ressentiment, il faudrait reconnaître substantiellement, au-delà de nos applaudissements quotidiens, la justice due à tous ceux devant lesquels nous passions sans les voir, et à qui nous devons tant désormais. Face à l’emballement complotiste et aux fake news, il s’agirait de restaurer la force du discours de la raison et des faits, notamment grâce à l’éducation aux médias qui devrait être érigée en discipline scolaire et universitaire. Face aux assauts des extrémistes identitaires, à leur religion du repli et de la peur, il faudra réhabiliter l’autre comme un semblable et non comme une menace, retrouver un horizon de progrès, poser des actes de confiance dans l’avenir, mobiliser la richesse de l’expérience du passé pour adopter les bons repères.

    Et puis, encore au-delà, il peut heureusement y avoir des après-demains qui chantent ; avec des « traces culturelles » profondes et durables, des changements du type de ceux nés de mai 1968 pour les droits des femmes. Parmi ces ouvertures possibles, il y a la conscience de l’unité de destin du genre humain y compris écologique, l’importance du rapport à l’autre, le refus durable des injustices devenues plus évidentes pendant la crise, la remise en cause des contraintes économiques drastiques notamment sur la santé, l’éducation ou la recherche, le sens de l’implication citoyenne… Et puis, il y a le rapport au temps : ralentir les rythmes économiques, personnels, familiaux, etc, devient envisageable par une prise de conscience collective et par le jeu des acteurs de terrain. Pourraient ainsi être freinées les déstabilisations multiples et les recherches « compensatoires » de repères autoritaires, de crispations identitaires… De beaux espoirs certes.

    Mais empêchons d’abord que ne se défasse le meilleur de notre monde ! »

    SOURCE : https://www.licra.org/letat-durgence-democratique?utm_source=Fichier+Newsletter&utm_campaign=eb954a4d6c-EMAIL_CAMPAIGN_1_17_2019_18_11_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_a31b8d9914-eb954a4d6c-56705649

     

    Le Monde-d’Après

    par un ami de Facebook 

     

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    « Epidémie : sauve qui se peutLa belle personne d’Alban Lietchi dont le geste courageux a inspiré à son fils Vincent une merveilleuse chanson a 85 ans aujourd'hui. Nous lui souhaitons un bon anniversaire ! »
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