• Paul Hairault "Des regrets"

     

    Paul Hairault

    Des regrets

    1955, 1956, 1957, sans rond-point, manifestations des rappelés et des appelés du contingent.

    En 1955, le pouvoir d’achat, le réchauffement climatique nous inquiétait déjà mais ce n’était rien, comparé à ce qui attendait ma génération, les jeunes d’une vingtaine d’années.

    L’événement, c’est la guerre d’Algérie : 30000 jeunes métropolitains vont mourir, des millions de familles vont souffrir dans leur corps et dans leur âme.

    Toutes les conditions étaient réunies pour un soulèvement de la population. Un mouvement tel que celui des gilets jaunes, aurait pu, aurait dû naître dès août 1955, il avait tout pour réussir.

    Les ronds-points, les gilets jaunes n’existaient pas, mais on pouvait trouver d’autres mots clefs, d’autres points de rassemblement.

    Les 25 et 28 août 1955, le gouvernement d’Edgar Faure décida de rappeler les jeunes gens venant de finir leur service militaire. Ces jeunes gens avaient souvent retrouvé un emploi, ils avaient souvent également créé une famille.

    Peu importe, il fallait repartir pour faire du maintien de l’ordre, le mot guerre étant banni.

    Les réactions des jeunes rappelés furent très nombreuses, sur tout le territoire, les manifestations se multiplièrent.

    Quelques dates : gare de Lyon 11 septembre 1955, Rouen les 6, 7 octobre 1955, etc. Courant 1956, les insurrections se propagèrent et le pouvoir politique vivra dans l’inquiétude.

    Le mouvement révolutionnaire des rappelés ne fut pas assez médiatisé, la chanson « Le déserteur » de Boris Vian fut censurée et ce qui aurait pu être, ce qui aurait dû être, une révolte de la population n’aura pas lieu : les Algériens voulaient leur indépendance, il fallait la leur donner.

    Avant Edgar Faure, Guy Mollet avait laissé penser qu’il était favorable à l’indépendance de l’Algérie. Un voyage à Alger et des jets de tomates suffirent à le faire changer d’avis.

    Oui, de 1954 à 1962, le peuple français aurait dû se révolter et ne pas accepter que ses enfants soient sacrifiés pour une cause perdue d’avance. Pour une cause de cette importance, la France n’a pas été en mesure de se mobiliser, j’ai honte pour mon pays.

    L’exemple de la mobilisation des gilets jaunes devrait nous donner des regrets. Oui, en se révoltant, en continuant l’action menée par les premiers rappelés, on pouvait éviter les centaines de milliers de morts (Français et Algériens).

    Paul Hairault

    79230 Aiffres

     
     

    Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1955, encerclés par des gendarmes et des CRS, 600 jeunes réservistes de la caserne Richepanse de Rouen refusent d’embarquer à bord de camions, direction l’Afrique du nord. 

    Dès mai 1955, un peu partout en France, le refus des rappelés d’embarquer pour l’Algérie se généralise. À Paris et dans de nombreuses villes du pays, se produisent des manifestations, le plus souvent violemment réprimées, et donnant lieu à des poursuites judiciaires. 

    Il y a tout juste soixante-trois ans, dans la nuit du 6 au 7 octobre 1955, 600 jeunes réservistes rassemblés dans la caserne Richepanse de Rouen refusent de la quitter pour rejoindre l’Algérie. Le point d’orgue d’une série de manifestations, qui, depuis mai, traduisent le mécontentement de nombreux réservistes rappelés pour participer à une sale guerre coloniale. Depuis qu’a éclaté l’insurrection libératrice en novembre 1954 dans les Aurès, les effectifs de l’armée française en Algérie passent de 50 000 hommes à 65 000, fin novembre, et à 80 000 début 1955. Sous le gouvernement d’Edgar Faure, les réservistes sont rappelés à partir de mai 1955. La durée du service militaire est prolongée jusqu’à atteindre trente mois en 1957, sous le gouvernement Guy Mollet. Ainsi, à la fin de 1961, presque un million cent mille hommes seront sous l’uniforme, dont 500 000 en Algérie. 

    Alors que la guerre d’Indochine vient de s’achever, laissant un terrible traumatisme dans l’armée, conséquence de la défaite de Diên Biên Phu, que les gouvernements Mendès France puis Edgar Faure sont contraints de laisser Maroc et Tunisie prendre le chemin de l’indépendance, le pouvoir se raidit en Algérie. Répression, misère, humiliations, élections truquées ont conduit les Algériens à la lutte armée, unique solution pour leur émancipation. En métropole, la dimension que prennent les opérations militaires inquiète. Le fait que, contrairement au corps expéditionnaire d’Indochine, le pouvoir fasse appel aux rappelés provoque, un large mouvement de révolte chez les jeunes qui débutent leur vie familiale et professionnelle. 

    Dès mai 1955, un peu partout dans le pays, le refus des rappelés d’embarquer pour ­l’Algérie se généralise. Gare de Lyon à Paris, à Grenoble, Firminy, Saint-Nazaire, Angers, Port-de-Bouc, Voiron, Brive se produisent des manifestations, le plus souvent violemment réprimées, et donnant lieu à des poursuites judiciaires. 

    La révolte des réservistes du 406e régiment d’artillerie antiaérienne de la caserne Richepanse à Rouen est la plus spectaculaire. Dans un bel article publié dans l’Humanité en octobre 2011, Roland Leroy, en rappelle les faits et le contexte. 600 jeunes Normands viennent de villes et d’entreprises où la lutte anticoloniale est vive. Un meeting entre jeunes chrétiens et jeunes communistes vient de se tenir au Havre pour exiger l’ouverture de négociations. À noter que l’organisation ­départementale de la SFIO alors dirigée par Pierre Bérégovoy exclut tout contact pour une action commune. 

    Les soldats refusent d’embarquer dans les camions. Ouvriers des usines proches et population rouennaise se rassemblent. Roland Leroy prend la parole devant le mur de la caserne, avant une charge violente des forces de police. Les poursuites judiciaires qui suivirent seront dénoncées, et l’amnistie ­réclamée par le député fraîchement élu en janvier 1956. 

    Certains ont le courage de dire non au service, avec toutes les conséquences qui en découlent... 

    Dans le même temps se mettait en place la propagande, forcément clandestine, en plus des journaux Soldats de France et Marins de France, déjà diffusés, une équipe animée par Fredo Gerson édite sur le sol algérien, avec le concours du PCA, la Voix du soldat, dès septembre 1955. Dix-sept numéros seront distribués. Fredo Gerson sera arrêté en 1957 par les parachutistes du 1er REP, torturé, puis condamné et emprisonné. Depuis la métropole, des responsables de la JC, Jacques Grosman, François Hilsum, Claude Lecomte, Georges Troubat et quelques autres, organisent l’action dans le contingent, sous la direction expérimentée de Raymond Guyot. 

    Jeunes communistes, chrétiens, militants de toutes les gauches ou sans engagement avéré constatent les opérations de r­épression, les souffrances des populations civiles, l’arrogance raciste des ultras. Parfois même, comme Henri Pouillot affecté à la villa Susini, les tortures et les assassinats. Ils lient leur aspiration, « la quille », à la fin de cette guerre injuste et sans issue. Selon les situations vécues et les convictions allant jusqu’à l’objection de conscience, certains ont le courage de refuser de servir, avec toutes les conséquences qui en découlent. D’autres manifestent non moins de courage au sein des unités en ­diffusant l’esprit de résistance. 

    Alban Liechti, Léandre Letoquart, Jean ­Vendart, Gilbert Bleiveiss, Marcel Cassan, Serge Magnien, Claude Voisin, Daniel ­Vernhettes et tant d’autres forment cette modeste phalange des jeunes « qui servent l’intérêt de la France » en refusant d’accepter la guerre faite au peuple algérien. 

    Leur activité pèsera quand viendra le temps du combat contre les putschistes d’avril 1961. De Gaulle, qui fut prisonnier, avait pu observer la désintégration de l’armée allemande à l’automne 1918, et voudra aussi en terminer pour cela avec l’affaire algérienne, afin de remettre de l’ordre dans les casernes.

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 10 Avril à 11:39

    Non seulement la "guerre" d'Algérie était sans issue mais elle était profondément injuste. Et même si le mot "guerre" était banni des autorités, c'était bien la réalité à laquelle étaient confrontés ceux qui étaient concernés, les appelés du contingent et leurs familles en particulier.

    Pouvait-on emboîter le pas au mouvement de protestation des rappelés ? Certes il était massif et spectaculaire. En même temps pesait sur la consciences le poids de l'idéologie de la 3ème République qui vantait les bienfaits du colonialisme.

    La situation a fini par évoluer et comme cela est dit lors du putsch des généraux en avril 61 les mentalités n'étaient plus les mêmes et il a été effectivement plus facile d'organiser la riposte, en prenant des risques toutefois.

    Je ne sais pas s'il était possible de faire plus et mieux au temps des manifestations des rappelés. Je rappelle que les députés communistes avaient voté les pouvoirs spéciaux le 12 mars 1956. C'est révélateur de la confusion qui subsistait encore dans les esprits. On pourrait d'ailleurs reconnaître aujourd'hui que ce fut une erreur.

    Dans ce qu'ont souffert les Français qui ont eu le malheur d'avoir 20 ans en ce temps-là il y a eu tous les degrés de souffrance. Mais pour tous il y a eu oe gâchis de longs mois d'une jeunesse qui aurait mérité à coup sûr un autre emploi. 

    Personnellement ce que je mets en cause c'est en premier lieu l'institution militaire au service d'une cause qui ne faisait pas de cadeau, pas plus aux Algériens qu'aux Français.

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