• Réaction au rapport de Benjamin Stora *** Par Henri Pouillot

     

    Réaction au rapport de Benjamin Stora *** Par Henri Pouillot

    Monsieur le Président
    Je vous fais une lettre…

    HOMMAGE A HENRI POUILLOT

    Monsieur le Président
    Je vous fais une lettre
    Que vous lirez peut-être
    Si vous avez le temps ???

    Eh oui ce sont à ces premiers mots d’une chanson très connue que me fait penser la très longue lettre écrite par mon ami Henri Pouillot envoyée au président Macron au début de cette année 2021.

    Michel Dandelot

     

    Le 11 novembre 2021 Henri Pouillot

     a porté le drapeau de l’ARAC

    Réaction au rapport de Benjamin Stora *** Par Henri Pouillot

    Porter le drapeau de l'ARAC en cette occasion, c'est rappeler que cette association d'anciens combattants s'est constituée dans les tranchées en 1917 avec un mot d'ordre "Guerre à la Guerre", mais aussi un hommage à mon père, ce poilu qui revint vivant mais invalide. Il fut gazé et ses poumons ont tant souffert qu'il développa un tuberculose bien plus tard. Mais comme il avait refusé de porter les armes, il échappa aux fusillés pour l'exemple (tous n'ont pas fait l'objet de procès) mais il fut désigné comme brancardier, les postes les plus exposés : aller chercher les blessés sous les tirs/bombardements... Lors d'une de ces sorties de la tranchée pour aller chercher un camarade blessé, il fut lui aussi gravement blessé et conserva dans le ventre des éclats d'obus provoquant la nécessité d'opérations nombreuses pour retirer ces corps étrangers qui provoquaient des ulcères à l'estomac....
    N'oublions pas ce passé.
     

    *********************

     

    Réaction au rapport de Benjamin Stora

    26 Janvier 2021

    Monsieur Emmanuel MACRON

    Objet : « Un Complément au Rapport de Benjamin STORA »

    Monsieur le Président

    Lors de l’hommage que vous avez rendu à Jacques CHIRAC à la télévision le 26 septembre 2019, vous aviez déclaré : «  Une France qui regarde son Histoire en face et dont il sut reconnaître, lors du discours du Vel d’Hiv, les responsabilités dans les heures les plus sombres... Une France qui assume son rôle historique de conscience universelle ». 

    C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai pris connaissance de ce rapport de Benjamin STORA que vous aviez commandité, en espérant que, comme Jacques Chirac, à la lumière de ce travail, vous alliez enfin pouvoir réaliser le geste fort que la majorité des Français et des Algériens attendent de votre part, au nom de la France.

    Je veux donc compléter ce rapport, parce que, comme Benjamin STORA, j’ai également un passé lié à l’histoire commune de la France et de l’Algérie. Mais, ce n’est pas le même, nos mémoires sont très différentes et ne peuvent donc se concilier, juste se juxtaposer. Pour les périodes de colonialisme, de la Guerre de Libération de l’Algérie, les questions de mémoire ne peuvent être qu’un guide pour les mesures nécessaires à prendre afin d’apaiser un lourd passé. Et de plus, il ne faudrait pas, en ne regardant que les rapports Algérie/France, occulter les autres pans de notre histoire coloniale française comme au Cameroun, à Madagascar... la « Françafrique » ... Ce rapport va avoir le gros avantage de libérer la parole sur ces questions.

    Benjamin STORA est né en Algérie, y a vécu comme enfant, jeune adolescent, avant d’arriver en France.

    Moi, un peu plus âgé, j’ai appris à l’école primaire, puis au lycée, que l’Algérie, c’était 3 départements français à part entière. On m’avait aussi inculqué que la colonisation avait apporté le bien être à des populations misérables, et qu’elle avait permis l’éducation, la santé, la prospérité... A l’époque, il n’y avait pas les sources d’information d’aujourd’hui : téléphone, internet, réseaux sociaux... pouvant permettre l’accès à une documentation plus complète, voire contradictoire. J’ai découvert l’Algérie en juin 1961, cela fera bientôt 60 ans. En effet, je venais d’être affecté à la Villa Susini à Alger, comme militaire, appelé du contingent (sursitaire). C’est là que je découvre ce qu’est encore la réalité du colonialisme, ce hiatus entre les populations pieds-noirs et les autochtones, ces arabo-musulmans qu’on appelait alors généralement bougnoules, ratons, crouilles, bicots... qu’il était « naturel » de tutoyer, non parce que c’étaient des amis, mais parce que l’usage voulait que ce soit ainsi avec cet aspect méprisant, supérieur, que l’on s’adresse à eux, comme on peut le faire pour son chien de compagnie à qui l’on adresse des ordres.

    Je suis resté 9 mois dans cette villa, jusqu’au 13 mars 1962, ce seul centre de torture qui fonctionna comme tel, pendant toute la Guerre de Libération de l’Algérie (les autres centres d’Alger, nombreux, n’ont fonctionné que quelques mois ou quelques années). C’est d’ailleurs là que Jean-Marie Le PEN s’est « brillamment » illustré dans cette pratique, et qu’il revendiquait être fier d’avoir été décoré pour des « exploits » algériens dans les jardins de cette Villa. Ma mission prioritaire était de gérer le fichier des personnes arrêtées, de rédiger des rapports sur les « interrogatoires », et de jouer le chauffeur de l’officier responsable du centre. A l’époque, il s’agissait de fiches cartonnées (l’informatique n’existait pas encore) et je peux affirmer qu’il s’agissait de milliers de personnes : ces fiches étaient rangées dans des tiroirs étalés sur tout un mur de la grande salle du rez-de-chaussée (plus de 10m de long, 1,70m de haut). Mais ce fichier d’archives ne pourra jamais être consulté parce que j’ai appris qu’il avait été détruit, brûlé dans le jardin de la Villa dès le 20 mars 1962 (1).

    Pendant cette période j’ai assisté à des ratonnades (dans mon livre témoignage « La Villa Susini » je fais état de l’une d’elle, survenue quelques jours après mon arrivée à Alger). J’ai eu la chance d’échapper à 3 attentats dont 1 du FLN (un pistolet sur la tempe qui s’est heureusement enrayé) et 2 de l’OAS (une arrestation par un commando, dans la période de couvre-feu, alors que j’étais au volant d’une voiture de l’armée, puis un jet de grenades dans un bar alors que nous prenions l’apéritif)

    Avec en plus, la présence, la complicité de fait, à ces scènes de tortures, de viols, vous comprendrez, Monsieur le Président, que nos mémoires, sur cette période, entre celle de Benjamin Stora et la mienne, soient fort différentes, non conciliables, la juxtaposition de traumatismes. 

    Et puis, il y a une autre période de ma vie, où mon expérience est confrontée à ces séquelles du colonialisme dont Benjamin Stora ne fait pas écho. J’habite à Trappes depuis 1967, ville de banlieue de la Région parisienne. Avant 1960, c’était une petite ville, d’à peine 5.000 habitants. En moins de 10 ans elle est passée à 30.000 habitants, essentiellement des travailleurs enrôlés au Maghreb (surtout Algérie et un peu Maroc) et en Afrique subsaharienne : des travailleurs pour les chaines de montage des automobiles (Renault, Simca, Peugeot...), le ramassage des ordures, le bâtiment... C’est à partir de cette période que l’expression «  issu de l’immigration » a pris tout son sens et perdure encore à ce jour. Elle n’inclue pas des personnes comme Nicolas SARKOZY ou Manuel VALLS qui, eux, ont toujours été considérés comme français à part entière, malgré leurs origines, mais ceux dont les noms, prénoms, couleur de peau, laissent supposer qu’ils ont des origines d’indigènes des anciennes colonies. Et les conséquences sont encore aujourd’hui traumatisantes, sources de racisme et de discriminations systématiques. Une anecdote montre à quel point ce traumatisme est sensible. Un soir d’entrainement (j’étais alors président du club de basket) un jeune adolescent (une quinzaine d’années, habituellement assez turbulent) vient me voir en pleurant et me dit : « Tu te rends compte, aujourd’hui, j’ai été contrôlé 4 fois par les flics en allant et revenant du Collège. 2 fois, c’est le même flic, qui me connait, m’appelle par mon nom prénom, mais me demande ma carte d’identité, alors que pour les copains qui étaient avec moi - mais qui sont des blancs - on ne leur demande rien. Et c’est presque tous les jours que je suis contrôlé. », il complète : « Tu vois, il n’y a que 2 endroits où je suis respecté, c’est ici, dans le gymnase, et à la mosquée ». Cela remonte à près de 30 ans, mais ces discriminations systématiques continuent de sévir, avec plus ou moins d’ampleur, selon les moments, les lieux, les enjeux, et sont très, très fréquentes principalement à l’embauche. Le contrôle au faciès persiste encore très régulièrement.

    Ce climat discriminatoire basé, sur une tradition colonialiste, est pour une bonne part à l’origine de replis communautaristes que l’on peut parfois constater, et une certaine forme de refuge dans l’expression religieuse pour ceux qui se sentent considérés comme des sous-citoyens dans la vie quotidienne mais qui retrouvent dans la religion une citoyenneté à part entière. Qu’un prosélytisme trouve alors une audience, rien d’exceptionnel, et c’est un chemin tout tracé vers un radicalisme.

    Je considère que ce rapport minimise complètement l’ampleur des crimes commis tant pendant la période coloniale que pendant la Guerre de Libération de l’Algérie. 

    Ce rapport évoque, certes, la violence lors de la conquête de l’Algérie, et durant les années du XIXème siècle, mais semble beaucoup minimiser les enfumades, les répressions, les exécutions sommaires qui se sont poursuivies, féroces, à chaque contestation des effets de la barbarie du colonialisme. Il n’est pas évoqué cette discrimination terrible des 2 collèges où les voix des « indigènes » comptaient dix fois moins que celle des pieds noirs et des convertis au catholicisme. Certes dans les grandes villes (ORAN, Alger Constantine...) les indigènes pouvaient moins difficilement avoir accès à l’enseignement public, mais dans les campagnes, à quelques exceptions près, seuls les pieds noirs pouvaient aller à l’école.

    Mais, c’est principalement pendant la Guerre de Libération de l’Algérie, que les manques sont criants. Certains crimes sont évoqués comme de simples exactions. Parmi les crimes oubliés, les plus criants sont : les viols, les crevettes Bigeard, les exécutions sommaires (correspondant aux nombreux disparus évoqués), l’utilisation du gaz Vx et Sarin, les villages rasés au Napalm (entre 600 et 800 !!!) (2), les camps d’internement, pudiquement appelés camps de regroupement (Le rapport Rocard, réalisé avant la fin de la Guerre, qui minimise cet aspect, évalue cependant aux alentours de 200.000 morts) ... Le crime de Charonne est totalement occulté. Les saisies, censures de journaux, revues ne sont pas évoquées, pas plus que les répressions des manifestations (presque toutes interdites) réclamant la paix en Algérie, souvent brutalement réprimées. Le rôle de l’OAS est notoirement sous-estimé. Dans les archives de l’armée que j’ai pu consulter concernant la période et sur une toute petite partie d’Alger, là où sévissait le régiment dont je dépendais, j’ai décompté une moyenne de 7 attentats par jour, dont la moitié du fait de l’OAS.

    Par rapport aux préconisations, elles me semblent très insuffisantes. 

    Certes, l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon, l’érection d’une stèle pour commémorer l’Emir ABDELKADER, l’entretien des cimetières, la réalisation des lieux de mémoire des camps d’internement des algériens. Il ne faudrait pas non plus oublier les autres camps, ceux où furent « parqués » les harkis (comme à Rivesaltes ou ailleurs), dans des conditions ignobles. Alors ? pourquoi pas ? Ce seraient des gestes symboliques importants, positifs.

    Il serait effectivement intéressant, logique, que des noms de « personnes issues de l’immigration et d’outre-mer » apparaissent plus nombreux sur des plaques de rues des communes de France. Mais il serait tout aussi important que disparaissent les plaques de rues françaises honorant par exemple le putschiste Raoul Salan (ou autres factieux), Bigeard, Massu, ... que les stèles ou monuments « honorant » les 4 condamnés à mort et exécutés (Bastien Thiry, Albert Dovecar, Roger Degueldre, Claude Piegts) pour leurs crimes commis au nom de l’OAS, disparaissent de l’espace public.

    Il serait effectivement important que l’enseignement scolaire donne plus de place à l’histoire de la colonisation et de toutes les guerres de libération coloniale, y compris, évidemment celle de l’Algérie.

    La France n’a pas eu une responsabilité colonialiste seulement avec l’Algérie. Il serait indispensable que l’examen de « conscience » s’applique aussi, tout particulièrement pour Madagascar, le Cameroun où les luttes pour les indépendances ont été menées au prix de dizaines de milliers de morts. Sans oublier non plus les massacres de sénégalais de Thiaroye.

    Après les années 60, malgré la pseudo-décolonisation, la cellule de l’Elysée de la « Françafrique », sous plusieurs Présidents de la République, à mené une pratique de type néocolonial avec en particulier l’action des « barbouzes » de Focard, maintenant au pouvoir des présidents africains corrompus, mais « coopérant » ou éliminant ceux tentant de s’émanciper du joug imposé. Il ne faut pas négliger la gestion du Franc CFA et ses conséquences : géré par la Banque de France, contrôlant l’économie de ces pays placés ainsi sous la tutelle française. Le changement récent de ce franc CFA, ne semble pas modifier notablement ces liens financiers et la dépendance économique qu’elle induit.

    Une interrogation doit être posée : est-ce que la présence d’une cinquantaine d’implantations militaires françaises en Afrique n’est pas une pression de type colonialiste sur ces pays ? Elle est d’ailleurs ressentie comme telle par de nombreux africains. Et l’opération « Barkane » ? Prévue au départ pour 3 mois, après 7 ans, elle est très loin d’avoir répondu aux objectifs annoncés alors d’éradication du terrorisme : la zone d’insécurité continue de s’étendre et les victimes sont de plus en plus nombreuses.

    Quant à la Commission, telle qu’elle est proposée, elle pourrait très rapidement s’avérer une couverture pour enterrer la question. Si elle n’est composée que de quelques personnalités, sans l’apport de représentants d’associations directement impliquées sur ces questions, elle risque fort de ne pas pouvoir obtenir un grand écho. Les objectifs ainsi évoqués ne devraient pas se limiter aux questions de commémoration. A ce sujet, la commémoration du crime d’état (oublié) du 8 février 1962 au Métro Charonne, semble fondamentale. Par contre, je ne suis pas certain que la commémoration du 25 septembre pour les Harkis soit une bonne chose. Il me semble, personnellement, en effet, que c’est également une discrimination à leur encontre : considérer que ces soldats n’ont pas les mêmes droits que les autres, et ne soient pas honorés avec tous les autres le 19 mars, semble les considérer comme des sous-soldats (les sous-citoyens / indigènes de la période coloniale). Ils ont déjà été victimes du colonialisme, souvent enrôlés de force, et sont de nouveau, de fait, discriminés.

    Cette commission aurait aussi pour but de pouvoir « recueillir la parole des témoins frappés douloureusement ». De nombreux témoignages ont déjà été publiés, cités, mais de nombreux sont restés enfouis dans les mémoires de traumatisés, et un certain nombre de ces témoins maintenant disparus, ne seront jamais connus. Il serait dont indispensable d’y associer TOUTES les associations d’anciens combattants (sans oublier donc l’ARAC, comme cela fut fait pour ce rapport) regroupant des éléments impliqués dans ce conflit.

    Par rapport aux archives, il est scandaleux, malgré les engagements que vous aviez pris lors de votre déplacement chez Josette Audin (en septembre 2018) de favoriser leur accès, que des décrets très récents, restreignent considérablement, de fait, leur consultation. 

    Mais la reconnaissance et la condamnation des crimes contre l’humanité, crimes d’état, crimes de guerre comme la torture, les viols, les crevettes Bigeard, les exécutions sommaires, l’utilisation du gaz Vx et Sarin, les villages rasés au Napalm, les camps d’internement (pudiquement appelés camps de regroupement), les essais nucléaires du Sahara, le massacre de centaines d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961, la répression criminelle au métro Charonne du 8 février 1962 ... commis au nom de la France, et la désignation des responsabilités doivent être très claires.

    Il ne doit pas s’agir de repentance, de demande de pardon, mais de reconnaître l’ampleur, l’importance qu’ils ont revêtue. Nombreux de ces crimes sont aussi graves, odieux, que ceux commis par les SS pendant la seconde guerre mondiale, et ils doivent être traités de la même façon. Sans ce geste fort (pas seulement la reconnaissance de l’assassinat sous la torture de Maurice Audin par l’armée) il ne sera pas possible de faire le deuil de ces abominables crimes, d’autant plus pour un pays comme la France qui tente de se présenter comme la patrie des Droits de l’Homme.

    Il est effectivement indispensable de favoriser les échanges franco-algériens (mais pas que : Sénégal, Mali, Cameroun, Madagascar...) entre universitaires, étudiants pour une coopération, et la possibilité de consultations des archives concernant ces pays sur toute cette période.

    Mais, un geste très fort, des plus logiques, compte-tenus des liens très nombreux entre familles éclatées entre les deux rives de la Méditerranée, serait de supprimer les visas entre les deux pays, que la circulation y soit libre entre tous les citoyens Algériens et Français. Ce serait très certainement la meilleure façon d’améliorer les rapports franco-algériens, une manière très humaine.  

    Alors, Monsieur le Président, vous qui avez reconnu chez votre prédécesseur son rôle important pour que la « France assume son rôle historique de conscience universelle » ne croyez-vous pas urgent de traduire dans les faits vos engagements de candidat ? 

    Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes respectueuses salutations.

    Henri POUILLOT
    Ancien Combattant, militant antiraciste, anticolonialiste

    (1) – avec ce courrier papier, je vous joins mon livre « La Villa Susini », mon témoignage relatif à cette période, dont de larges extraits figurent sur mon site internet
    (2) – En 2004, lorsque j’ai participé à un colloque à l’université de Khenchéla sur le thème de « Novembre 1954, regards croisés » où je suis intervenu à la même tribune que Benjamin Stora http://www.henri-pouillot.fr/spip.php?rubrique49&lang=fr
     

     

    Réaction au rapport de Benjamin Stora *** Par Henri Pouillot

     

    COMMENTAIRE DE GILBERT SOULET

    Magnifique hommage d'Henri POUILLOT !

    Je joins très fraternellement ce vieux courriel :

    Bonjour de Gilbert SOULET avec ses souvenirs

    - J'ai été appelé du contingent du 11 janvier 1960 au 06 mars 1962, là-bas : 4 mois à Fort de l'eau (aujourd'hui Bord el Kiffan) à 17 km d'Alger, J'ai connu d'entrée la semaine des barricades et ses conséquences dont la privation du courrier avec la famille, puis Batna/Quartier Fornier et les Aurès, et, après le putsch des Généraux, la porte d'Aïn Zana et frontière Tunisienne, dont l'hiver rigoureux 61/62 où je faisais cuire le pain ressorti des ordures ménagères sous la neige pour pouvoir le manger ...

                                         -----------------------------------------------

    J'ai été un appelé du contingent et mes 20 ans dans les Aurès ne s'effaceront jamais. Je suis parti là-bas en janvier 1960; J'en suis revenu justement en Mars 1962, après être passé par BATNA, SOUK-ARHAS, Constantine, TEBESSA et la Frontière Tunisienne, sur la Herse-Porte de Ghardimaou. J'en ai vu et même participé à certaines choses dont je me serai bien dispensé si j'étais resté en métropole. Maréchal des Logis dans le 4ème Régiment des chasseurs d'Afrique, et croix de la valeur militaire, je me recueille toujours les 19 mars et particulièrement cette année avec le Cinquantenaire ; J'aurais souhaité que nous y soyons tous unis, anciens du contingent, Pieds noirs et Harkis; Mais les nostalgiques sont très nombreux à s'y opposer comme si les appelés avaient été la cause de leur malheur. Je viens d'effectuer un reportage-photos de cette journée passée entre Cavaillon et La Tour d'Aigues dans le Vaucluse. Il figure dans le Pertuisien en ligne : http://www.pertuisien.fr/flash.php?flash=37148; 

    Je vous remercie car je ne puis oublier cette période à l'aube de mes 73 ans.
    Bien amicalement,
    Gilbert de Pertuis, Porte du Luberon qui, aujourd’hui en Mars 2019, est âgé de 79 ans ... et Vice-Président Marseille des Cheminots Anciens Combattants/ANCAC 
     

    Ps) << ... Le barrage avant avait laissé, au sud du Bec de Canard, de part et d'autre de la Medjerda, un petit no man's land qui était à portée de tir et de raids des nombreuses unités de l'ALN déployées entre Ghardimaou et Sakiet Sidi Youssef. Les postes d'Aïn Zana et de M'Raou qui contrôlaient cette zone avaient déjà été l'objet d'attaques violentes qui étaient venues jusqu'à leurs portes. Aussi le commandement de la ZEC décida-t-il la création d'un poste dûment fortifié, avec blockhaus capable de résister aux attaques de plein fouet d'un assaillant : 

    http://www.institut-strategie.fr/rihm_76_Delmaswps.html >>

    Des attentats contre des commerçants algériens dans les quartiers de Bab-El-Oued, la Casbah et Belcourt furent exécutés lors de la « nuit rouge » du 5 mars 1962, et ce dans le but de perturber les négociations d'Évian qui s'ouvriraient deux jours plus tard, Éclairage :

    Dans la nuit du 4 au 5 mars 1962, tandis que se préparent les accords d'Evian et le cessez-le-feu à venir (19 mars 1962), les « ultras » européens de l'OAS, engagés dans une politique de terre brûlée, détruisent de nombreux

    commerces à Alger dans les quartiers de Bab-El-Oued, la Casbah, Belcourt.

    « Vive l'armée et vive l'OAS », « OAS Salan », « Vous n'avez rien vu rien entendu » ou « OAS vaincra », peut-on lire sur des murs filmés dans ce reportage.

    Les slogans et les graffitis pro-OAS fleurissent partout dans les grandes villes en Algérie. De nombreux commerces « musulmans » ont été plastiqués cette nuit-là, que le reporter filme.

    A Belcourt, la cabine du téléphérique est allée s'écraser dans la station du bas. L'OAS entend ainsi créer un sentiment de terreur de manière à scinder définitivement les populations « européenne » et « musulmane ».

    Les civils européens, qu'on commence à appeler « pieds-noirs », ont été rejoints par une partie des militaires d'Algérie, dont certains sont en cavale comme le Général Salan depuis le putsch avorté du 22 avril 1961.

    Les actions sont de plus en plus violentes, civils comme militaires estimant qu'ils n'ont plus rien à perdre, ayant déjà perdu leur pays ou leur honneur.

    Les rushes montrent les soldats en faction dans les rues, un camion de pompier ainsi que les nombreux badauds regardant les commerces détruits par les explosions.

    Sébastien Denis : https://fresques.ina.fr/independances/impression/fiche-media/Indepe01008/apres-la-nuit-du-5-mars-1962-muet.html

     

    https://www.fm-gacmt.org/memoires-et-savoirs/colloque-cdha-les-traces-de-la-memoire/chronologie-sequences-de-la-guerre-dalgerie#chapitre-premier-acte-l-insurrection-du-nord-constantinois-et-ses-causes-1943-1945
    1960 : Le doute 

    19 janvier : Le général Massu est limogé pour avoir, dans une interview, critiqué le chef de l’Etat.

    24 janvier-1er février : Semaine des barricades à Alger.

    3-5 mars : Troisième « tournée des popotes » du chef de l’Etat ; pour lui, « la question algérienne ne sera réglée qu’après la victoire française », déclare-t-il.

    23 avril : Le général Crépin, gaulliste convaincu, remplace le général Challe.

    25-29 juin : Echec des pourparlers de paix à Melun.

    5 septembre : Ouverture du procès du réseau Jeanson.

    6 septembre : Manifeste des 121 (intellectuels qui appellent à l’insoumission).

    6 octobre : Manifeste des 200 (intellectuels favorables à l’Algérie française).

    27 octobre : Paris, manifestation des étudiants contre la guerre d’Algérie.

    4 novembre : Discours du chef de l’Etat sur la « République algérienne ».

    Décembre : L’ONU reconnaît le droit à l’indépendance du peuple algérien.

    9-13 décembre : Dernier voyage du général de Gaulle en Algérie, violentes manifestations des Français d’Algérie et démonstrations de masse des Musulmans.

    Quatrième acte : Une fin chaotique (1961-1962)

    1961 : le temps des regrets 

    8 janvier : Référendum sur l’autodétermination, oui "franc et massif" en métropole (75,25% des suffrages exprimés) et 69.09% en Algérie.

    25 janvier : Premier attentat OAS

    15 mars : Communiqué du gouvernement annonçant pour le 7 avril l’ouverture des pourparlers de paix à Evian.

    31 mars : Assassinat du maire d’Evian par l’OAS.

    11 avril : De Gaulle envisage un Etat algérien associé.

    21-25 avril : Putsch des généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller.

    11 septembre : Sanglants affrontements entre Français d’Algérie et Musulmans à Oran.

    17 octobre : Paris, tentative d’une manifestation pro-FLN à Paris : violente répression policière.

    19 décembre : Paris, manifestation unitaire pour la paix en Algérie et contre l’OAS.

    1962 : L’abandon 

    8 février : Drame du métro Charonne

    28 février : Une voiture piégée par l’OAS explose à Oran.

    18 mars : Signature des accords d’Evian.

    19 mars (à 12h) : Cessez-le-feu.

    23-25 mars : L’OAS déclenche la bataille de Bab-el-Oued.

    26 mars : Fusillade de la rue d’Isly.

    8 avril : Référendum sur les accords d’Evian en métropole, 90.7 % de oui.

    Avril-septembre : Exode des Français d’Algérie.

    2 mai : Explosion d’une voiture piégée dans le port d’Alger.

    14 mai : Sanglantes représailles du FLN à Alger.

    Juin : Fin du congrès de Tripoli (FLN)

    7 juin : Recrudescence des attentas OAS à Alger, la bibliothèque de l’université est plastiquée.

    1er juillet : Référendum en Algérie sur l’indépendance, 99,7 % de oui.

    3 juillet : De Gaulle proclame l’indépendance algérienne. Le GPRA s’installe à Alger.

    5 juillet : Le GPRA proclame la souveraineté algérienne. Massacre de nombreux européens à Oran.

    7 juillet : Jean-Marcel Jeanneney, premier ambassadeur de France à Alger.

    Eté 1962 : Enlèvements, assassinats d’Européens civils (adultes et enfants) et militaires, massacre des Harkis.

    22 août : Attentat du Petit-Clamart.

    Septembre 1962 : Election de l’Assemblée nationale constituante. Gouvernement Ben Bella. Retour progressif de l’ordre en Algérie.

    Chronologie rédigée sous la direction du professeur Jean-Charles Jauffret pour Guerre d’Algérie magazine, n°1, janvier 2002. Courtoisie SOTECA. 

    COMMENTAIRE DE JACQUES CROS 

    Oui je peux souscrire au contenu de la lettre de mon ami Henri Pouillot mais il me semble qu'il aurait dû distinguer le rapport de Benjamin Stora et de ses préconisations, qui de mon point de vue nous aide à sortir de la période d'occultation du colonialisme et de la guerre menée pour le perpétuer, de l'usage politicien qu'en fait Macron. Ce n'est d'ailleurs pas que l'utilisation de ce rapport qui est en cause. Il y a aussi l'opération en direction des harkis, la réhabilitation plus ou moins acceptée de l'OAS, avec la présence de la ministre des anciens combattants lors de la cérémonie du 26 mars 2021 devant le mémorial du quai de Branly, la réception de descendants de factieux du putsch d'avril 1961, les propos injurieux à l'égard de l'Algérie qui constituent un ingérence inadmissible dans les affaires internes d'un pays étranger dont par ailleurs on nie l'histoire ancienne.

    Ah,un détail aussi  ne pas oublier  l'Indochine dans les guerres coloniales dans lesquelles  nous nous sommes engagés.

    Je n'ai pas été personnellement témoin des scènes de torture que décrit Henri. J'ai par contre été confronté à la misère effroyable des Algériens, à un racisme consubstantiel au colonialisme qui n'épargnait pas les appelés du contingent. Et comme l'ensemble de ceux-ci j'ai vécu l'absurdité de la situation dans laquelle je me suis trouvé, participer contre mon gré à une guerre anachronique, injuste et sans autre perspective que l'indépendance de l'Algérie. Ce faisant m'ont été volés 26 mois de ma jeunesse dont j'aurais pu tirer meilleur profit pour moi et pour la collectivité. 

     

     

     

     

    « Hommage aux victimes de l'attentat du vendredi 13 novembre 2015 ! Fils du peuple en uniforme, les soldats d’Algérie, lassés 
de la guerre, ont défendu leurs familles et la République. »
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  • Commentaires

    1
    Ponsot danièle
    Lundi 15 Novembre 2021 à 15:06

    Voilà un rapport bien utile en ces temps où les nostalgériques donnent ( bêtement) de la voix!!!!!

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