• Licra Dijon : dévoilement d’une Stèle pour la paix – journée d’étude « après le génocide »

    Licra Dijon : dévoilement d’une Stèle pour la paix – journée d’étude « après le génocide »

    Monsieur Alain Jakubowicz, président national de la LICRA vous avez prononcé un remarquable discours, le 27 janvier dernier, à Dijon mais j’ai envie de vous poser cette question : pourquoi avez-vous occulté ou oublié le génocide de la France coloniale en Algérie ? 

     

    Licra Dijon : dévoilement d’une Stèle pour la paix – journée d’étude « après le génocide »

    Licra Dijon : dévoilement d’une Stèle pour la paix – journée d’étude « après le génocide »

    Le 27 janvier dernier, place de L’Europe à Dijon, plus de deux cent personnes se sont rassemblées afin d’ériger une stèle pour la paix en mémoire des victimes des crimes de guerres, génocides et crimes contre l’humanité. Etaient notamment présents Alain Jakubowicz, Gilles Clavreul (Préfet délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme), François Rebsamen (Maire de Dijon), et Alain David, président de la commission Mémoire de la Licra.

    Licra Dijon : dévoilement d’une Stèle pour la paix – journée d’étude « après le génocide »

    Discours prononcé par Alain Jakubowicz à cette occasion 

    « C’est avec un immense honneur que je m’exprime aujourd’hui devant vous en ce 27 janvier pour inaugurer cette stèle de la paix dédiée à toutes les victimes des guerres, crimes contre l’Humanité et génocide.

    Cette date, vous le savez, n’a pas été choisie au hasard et le président de la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme que je suis est sensible au choix qui a été fait par la mairie de Dijon.

    Le 27 janvier 1945, il y a 72 ans aujourd’hui même, peu après midi, les troupes de l’armée russe entraient dans le camp d’Auschwitz-Birkenau. Il y a 72 ans, le monde découvrait l’enfer et les traces d’un crime contre l’Humanité qui avait fait plus de 6 millions de morts, hommes, femmes et enfants dans toute l’Europe.

    Cette mémoire tragique impose aujourd’hui des devoirs envers l’Humanité.

    La stèle que nous inaugurons n’est pas seulement cette pierre froide au pied de laquelle nous viendrons honorer la mémoire des victimes de la folie des hommes. Chacun sait combien ce « devoir de mémoire », fondé sur le recueillement et le souvenir, important. Il est essentiel mais il n’est pas suffisant.

    En effet, la mémoire, seule, brute, est un « faux ami ». Elle peut s’effacer, être sélective ou trop courte. Elle peut même trahir. Surtout, elle peut conduire à notre paralysie et à ne regarder le passé uniquement pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il nous dit.

    Je crois davantage dans la notion de « devoir d’histoire » qui, moins galvaudé, inclut la nécessité de transmettre et d’éduquer. L’Histoire, c’est avant toute chose la recherche de la vérité la plus incontestable et l’éveil des consciences grâce à la connaissance. C’est un outil précieux pour faire face aux défis que nous devons relever collectivement.

    Ces défis sont simples 

    Le premier, c’est évidemment de défendre le caractère universel de nos valeurs.  

    Nous vivons une période traversée par des tensions fortes et par des revendications identitaires qui en ne sont pas moins.

    On parle souvent de concurrence des mémoires. Le message porté ici est au contraire un message de rassemblement qui permet d’éveiller chacun à une chose évidente.

    Qu’il s’agisse du génocide des Hereros et des Namas commis dans l’actuelle Namibie en 1904, de celui Arméniens par l’Empire Ottoman en 1915, de celui des Juifs durant la Seconde guerre mondiale, des Tutsis au Rwanda en 1994 ou des crimes commis en Bosnie en 1995, tous renvoient à un crime de même nature et à cette réalité commune : celle d’avoir conduit à la mort d’êtres humains pour ce qu’ils étaient, à raison de leur appartenance ethnique, religieuse ou même politique.

    Rien ne serait pire que d’opposer les crimes entre eux. Parmi les crimes contre l’Humanité et les génocides, il n’existe pas de hiérarchie. Toutes les victimes se valent, indépendamment du nombre, du contexte et des motivations ayant conduit au pire. De cela, nous devons être pleinement conscients. C’est le sens du message inscrit sur cette pierre.

    Le second défi, c’est de trouver la force et les ressources intellectuelles et morales de lutter contre la négation du passé.   

    Nous devons, pour reprendre le mot de Jaurès, résister « au mensonge triomphant qui passe », encore aujourd’hui, devant nous. Il est devenu un véritable poison qui envahit nos vies et se répand comme une véritable « lèpre ».

    Ce mensonge a plusieurs formes mais il n’a qu’un seul objectif : celui de véhiculer le rejet de l’autre, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Il n’aura qu’une seule conséquence : l’escalade qui conduit à l’affrontement puis au crime. Le mensonge est toujours l’instrument de la haine et de la stigmatisation.

    Ce mensonge porte un nom : le négationnisme. Il est commun à tous les crimes contre l’Humanité. Il en est même un des éléments constitutifs. A Auschwitz, quelques jours avant d’abandonner le camp devant l’avancée des troupes soviétiques, les SS ont cherché à effacer les traces de leur crime. Les archives ont été brûlées, les chambres à gaz dynamitées, les crématoires dissimulés. Ce phénomène est le point commun à tous ces crimes. En Arménie, en 1915, les traces des massacres ont été minutieusement travesties et dissimulées. Au Rwanda aussi, tout a été fait pour écraser la vérité sous le poids du mensonge et de la falsification.

    Il faut comprendre l’objectif véritable du négationnisme. Ce n’est pas seulement la volonté de dédouaner les bourreaux de leurs forfaits pour échapper à la justice. Ce n’est pas uniquement le dessein de nier l’existence des victimes. L’objectif réel de la négation du crime, c’est d’autoriser qu’il puisse un jour se reproduire.

    C’est pourquoi je me réjouis que la loi « Egalité et Citoyenneté », qui doit être promulguée aujourd’hui même ait pu étendre en partie le délit de contestation de crime contre l’Humanité au-delà de la Shoah. C’est une mesure de justice et d’égalité.

    Aujourd’hui, le négationnisme des origines a fait école. Non seulement il envahit les réseaux sociaux mais il a servi de modèle à la propagation de la haine, du racisme et de l’antisémitisme. C’est bien lui qui structure les théories du complot qui voudraient nous faire croire que le 11 septembre est un mythe, que les Juifs dominent le monde de la finance et de la presse. C’est toujours et encore lui qui pousse les extrémismes à inventer cette théorie-poison du « Grand Remplacement » qui voudrait nous faire croire que des hordes musulmanes ont la volonté de coloniser et d’envahir la France.

    Face à cela, nous ne devons pas craindre de revendiquer d’être nous-mêmes et de réveiller les valeurs universelles qui ont fondé notre République. Tout dans l’âme de la France rejette les extrémismes, la haine, le racisme et l’antisémitisme. C’est à nous, héritiers de ces valeurs, de les défendre et de nous battre pour elles.

    Nous avons la possibilité de le faire aujourd’hui et d’apporter notre pierre à l’édifice de la fraternité universelle.

    La guerre et le terrorisme ont mis sur les routes d’Europe et les bateaux de Méditerranée des centaines de milliers de réfugiés à la recherche d’un pays d’accueil. Aujourd’hui, nous devons faire face à la plus grande crise migratoire depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Venus de Syrie, d’Irak, de Libye, d’Erythrée, de Somalie, du Soudan, ces populations, au péril de leur vie, veulent échapper au chaos et à une mort certaine.

    Offrir l’asile aux victimes de persécutions a toujours été la marque des civilisations fondées sur l’humanisme. Depuis 1793, la France a constamment ouvert sa porte à ceux qui, contraints à l’exil, lui demandaient refuge. Notre pays peut s’enorgueillir d’avoir accueilli les arméniens fuyant le génocide, les juifs d’Europe centrale victimes des pogroms et de la montée du nazisme, les italiens chassés par le fascisme, les espagnols persécutés par le franquisme, les portugais opprimés par Salazar, les Chiliens échappant au régime de Pinochet, les Boat People poussés à l’exode par la dictature communiste, les Afghans envahis par les soviétiques et asservis par les Talibans.

    Le débat qui règne actuellement dans notre pays sur l’opportunité, ou non, de leur tendre la main est indigne de notre Histoire et des valeurs universelles proclamées par la République.

    Accueillir les réfugiés n’est ni un fardeau, ni une invasion, ni une honte. Dans les circonstances actuelles, la France ne doit pas manquer à ses engagements et à ses valeurs. Accueillir les réfugiés est non seulement une obligation juridique : c’est un devoir.

    Plus que jamais, la France doit redevenir le havre de paix et de fraternité qu’elle a toujours su être. C’est aussi de cette manière que nous honorerons la mémoire de ceux que nous célébrons aujourd’hui à travers cette stèle. »

    Alain Jakubowicz

    SOURCE : http://lafranceauxantiracistes.com/index.php/2017/02/02/licra-dijon-devoilement-dune-stele-paix/

     

    Licra Dijon : dévoilement d’une Stèle pour la paix – journée d’étude « après le génocide »

     

    Pour une reconnaissance du génocide algérien

    Libération pour certains, massacres pour d'autres. Le 8 mai 1945 est le symbole de la répression française avec les massacres de Sétif et sa région en Algérie encore française. Ce fut une goutte de haine qui fit déborder un vase déjà bien rempli du sang des "indigènes", car il convient de le rappeler : avant les évènements de Sétif, c'est tout une politique génocidaire s'étalant sur plus d'un siècle qui avait été mis en place par "les émissaires de la Civilisation". A l'heure où la France, pays des Lumières et des Droits de l'Homme dit-on, s'entête à faire reconnaître le génocide arménien par la Turquie, cette dernière n'a pas encore accordé le statut de génocide à ce qu'elle a fait en Algérie. Et pourtant : camps de concentrations, chambres à gaz (artisanales), massacres de masses inopinés... tout les ingrédients sont là.

    Contrairement à une idée reçue, les massacres "d'Indigènes" n'ont pas commencés à partir des massacres de Sétif, mais ils ont bel et bien eu lieu dès que les soldats "de la civilisation" foulèrent le sol algérien. 

    Les premiers massacres de masses commencèrent dès les années 1830

    Pour se donner une idée de la portée de ces massacres, il faut se référer à l'étude démographique qu'en a fait le docteur Ricoux, lequel considérait dans sa Démographie figurée de l'Algérie que la « race inférieure » et « dégénérée » que composent «les indigènes […] sont menacés d’une disparition inévitable, prochaine. »

    A notre arrivée, en 1830, la population indigène était évaluée à trois millions d’habitants. Les deux derniers recensements officiels, à peu près réguliers, donnent en 1866 : 2.652.072 habitants, et en 1872 : 2.125.051 ; le déchet en 42 ans a été de 874.949 habitants, soit une moyenne de 20.000 décès par an. Durant la période 1866-72, avec le typhus, la famine, l’insurrection, la diminution a été bien plus effrayante encore : en six ans il y a eu la disparition de 527.021 indigènes ; c’est une moyenne non de 20.000 décès annuel mais de 87.000 !  

    Si l'on en croit les chiffres, la France aurait donc enlevé la vie en toute impunité à presque un million d'algériens en à peine plus de 40 ans d'occupation. D'autres chiffres affirment que de 1830 à 1856, la population algérienne passa d’environ 5 à 3 millions d’habitants à environ 2,3 millions. Par la suite, elle remonta jusqu'à 2,7 millions en 1861 avant de connaître sa chute la plus brutale à 2,1 millions d’habitants en 1872. La population algérienne ne retrouva son niveau d’environ 3 millions d’individus qu’en 1890.

    En se basant sur ces chiffres, nous pouvons établir que l’Algérie a perdu entre 30 et 58% de sa population au cours des quarante-deux premières années (1830-1872) de la colonisation française. Un tel désastre humain, volontairement provoqué et mis en avant par une autorité politique responsable, ne peut être qualifié au regard de l'histoire que par le terme de génocide.

    Le 8 mai 1945 et les milliers de victimes qui l'accompagnent ne marquent finalement que la reprise de cette boucherie, avec une nouvelle ampleur : massacres, viols collectifs, tortures systématiques ou internement de populations civiles dans des camps de « regroupement », etc. Dans sa lettre de démission adressée à Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, le secrétaire général de la police d’Alger, l’ancien résistant Paul Teitgen, qui avait été torturé par la Gestapo, n’hésita pas à comparer l’action des militaires français à celle de la police secrète du Troisième Reich.

    Au total, cent trente deux ans de colonisation française en Algérie (1830-1962) aurait fait, selon l’historien Mostafa Lacheraf, environ 6 millions de morts algériens.

    En particulier pendant la Guerre de Libération de l’Algérie, la France a une terrible responsabilité qu’elle n’a toujours pas reconnue, ni donc condamnée :
    -  Ce sont des crimes d’état  : du 8 Mai 1945 à Sétif / Guelma / Khératta les massacres qui ont fait plus de 40.000 victimes, du 17 octobre 1961 au Pont Saint-Michel à Paris où plusieurs centaines d’Algériens ont été massacrés, noyés dans la Seine, assassinés par la police, du 8 février 1962 au Métro Charonne à Paris où 9 militants pacifiques ont été assassinés par le Police
    -  Ce sont des crimes de guerre  : avec l’utilisation des gaz VX et Sarin, avec l’utilisation du napalm (600 à 800 villages ont été rasés : des Oradour-sur-Glane algériens !!!)
    -  Ce sont des crimes contre l’humanité : le colonialisme, l’institutionnalisation de la torture, les viols, les exécutions sommaires (corvées de bois, "crevettes Bigeard"…), les essais nucléaires du Sahara, les camps d’internements (pudiquement appelés camps de regroupements qui ont fait des centaines de milliers de morts)….

    (PS) Cet article a été transmis à la LICRA à cette adresse pour une éventuelle réponse :

    licra@licra.org

     

     

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