• "Nous avons été les dindons de la farce. Les Algériens étaient des maquisards et nous étions les envahisseurs»

    "Nous avons été les dindons de la farce. Les Algériens étaient des maquisards et nous étions les envahisseurs»

    "Nous avons été les dindons de la farce. Les Algériens étaient des maquisards et nous étions les envahisseurs»

    Les non-dits de la guerre d'Algérie

    Roger Lajoie-Mazenc reçoit la médaille militaire aujourd'hui à Paris

    Roger Lajoie-Mazenc, ancien rédacteur en chef de «La Dépêche du Midi» Aveyron, journaliste à «La Montagne» et maire de Firmi, est décoré, ce lundi, à Paris, de la Médaille militaire par la secrétaire d'état des Armées à Paris. / Photo DDM, A. Cros

     

    Six Aveyronnais sont décorés de la Médaille militaire, ce lundi 19 mars 2018, date de commémoration du cessez-le-feu en Algérie en 1962. Roger Lajoie-Mazenc, journaliste honoraire firminois, créateur de la Fnaca, se voit décerner cette décoration à Paris par la secrétaire d'état auprès de la ministre des Armées.

    Si, pendant de longues années, la guerre d'Algérie n'était pas reconnue comme telle, ses anciens soldats étant distingués de la croix de la valeur militaire, aujourd'hui, ces hommes du contingent réquisitionnés malgré eux pour cette guerre se voient remettre la Médaille militaire. C'est le cas de Roger Lajoie-Mazenc, 82 ans, ancien militaire du contingent envoyé en Algérie de 1958 à 1959. Le journaliste retraité avait refusé au départ d'entrer à l'école d'officier. «Je suis parti comme simple soldat. Je ne voulais pas commander une section.» Il se verra décerner, ce lundi, cette médaille à Paris pour sa «conduite au combat» lors d'une embuscade. «Des rebelles étaient camouflés dans une grotte. Un camarade était blessé, un autre est décédé. Il fallait se protéger.» Roger, qui des années après a ressenti le besoin d'organiser des conférences, se confie. «On était attaqués, donc on ripostait.» Un engrenage qui prendra fin officiellement le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu reconnu 50 ans après.

    Des années de non-dits, de silences assourdissants qui résonnent encore comme un larsen pour ces anciens combattants, des hommes du contingent dont la majorité n'avait pas souhaité se retrouver là, à ce moment-là. «Nous n'étions pas du tout préparés. À 20 ans à peine, on ne savait pas ce qui nous attendait. Je sentais que ce n'était pas clair», témoigne Roger Lajoie-Mazenc qui, quelques années après, décide de créer en Aveyron la Fnaca (Fédération des anciens d'Algérie) et édite plusieurs ouvrages sur le sujet. Certains refusaient de servir dans les classes. Ils étaient alors emprisonnés dans des forteresses quand d'autres désertaient durant les permissions. «Quand quelqu'un tardait à rentrer, je devais le déclarer, mais je laissais couler. »

    «Nous étions les dindons de la farce»

    Entouré d'Aveyronnais, de Bretons, de Picards, «de paysans du coin», il servira dans les classes sans être vraiment informé sur l'actualité. «On nous cachait tout. On ne nous disait rien. On nous envoyait au combat en opération de sécurité pour maintenir l'ordre.» Le terme de guerre ne sera jamais prononcé. «J'ai ressenti le besoin de mes camarades de parler.» Longtemps après, d'anciens soldats souffriront du syndrome de stress post-traumatique, certains deviendront même violents. Des femmes me disaient «depuis que mon mari est rentré, il boit, il me bat», constate Roger. À son retour en France, il ressent un sentiment d'incompréhension. «Tu reviens déjà ? Tu rentres de vacances», lui demandent certains. Quand un ami était tué au combat, ses obsèques étaient célébrées sans cérémonial. «Nous avons été les dindons de la farce. Les Algériens étaient des maquisards et nous étions les envahisseurs», regrette Roger. «À l'époque, je n'avais pas ce sentiment. On était là-bas juste parce qu'il fallait y être.» Des rancœurs persistent encore aujourd'hui chez certains de ses camarades qui n'ont pas tourné la page, il le reconnaît. «L'extrême droite s'est emparée de ces ressentiments et s'en nourrit encore aujourd'hui.»


    Les décorés

    Roger Barguès et Robert Debals, de La Bastide-l'évêque; Paul Laurens, à Almont-les-Junies (décoré à La Primaube, à 10 heures); André Loupias, de Saint-André-de-Najac; René Rouziès, de Villefranche-de-Rouergue, décoré à 18 heures, à Villefranche.

    La guerre d'Algérie a causé la mort de 30 000 militaires français parmi lesquels 139 Aveyronnais et celle de centaine de milliers d'Algériens. Après la guerre, d'anciens combattants algériens et des Harkis ont trouvé refuge à Saint-Rome-de-Cernon et sur le Larzac lorsque nombre d'entre eux étaient encore massacrés par des membres de l'OAS.

     

    Aurore C

    SOURCE : https://www.ladepeche.fr/article/2018/03/19/2762367-les-non-dits-de-la-guerre-d-algerie.html 

     

    « Il y a 56 ans le 18 mars 1962 étaient signés les accords d’Evian qui furent proclamés officiellement le 19 mars 1962 à midi mettant fin à près de 8 ans de guerre et 132 ans de colonisation19 mars 1962 : "Le cessez-le-feu n'est pas la paix." Cette phrase je l’ai lue et entendue souvent. »
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  • Commentaires

    1
    Lundi 19 Mars à 09:53

    Il y avait, côté armée française, en moyenne une dizaine de morts par jour. Les cercueils étaient envoyés en France où on ne déployait pas un grand cérémonial pour les obsèques. Mais la question n'est pas l'importance de la cérémonie, encore qu'on peut faire la comparaison avec ce qui se passe aujourd'hui quand un militaire (forcément de carrière) est tué. Ce qui compte c'est ce que nous allions faire en Algérie et ce que nous faisons aujourd'hui en divers points de la planète où nous envoyons des corps expéditionnaires. La vraie question est celle de la paix, du refus de la guerre et de la violence, du refus de l'injustice uui les génère.

    C'est vrai que la conscience de la nature coloniale de la guerre d'Algérie a mis du temps à mûrir mais aujourd'hui on peut porter un regard plus qualifié sur ce qui était en cause. A moins bien sûr de vouloir l'occulter pour le perpétrer sous d'autres formes !  

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