• Le 19 mars 1962, les accords d'Evian *** Guy BEDOS : "En Algérie, on m'a dit bienvenue chez vous"

    Le 19 mars 1962, les accords d'Evian

     

    AFP

    L'annonce du cessez-le-feu le 19 mars à 12 heures en Algérie fut d'abord, ici, en France, celle d'un immense soulagement. Enfin, cette guerre allait prendre fin. Depuis plusieurs années déjà, le retour de cercueils, l'arrivée de blessés avait mis fin au mythe gouvernemental de simples «opérations de maintien de l'ordre» dans «nos départements français d'Afrique du Nord».

    Il n'en avait pas toujours été ainsi. Quand éclata la rébellion algérienne du 1er novembre 1954, combien dans notre pays en étaient encore aux trois départements français enseignés à l'école?

    Le premier ministre de l'époque, Pierre Mendès France, son ministre de l'Intérieur, François Mitterrand, affirmaient que l'Algérie était la France et que ces mouvements ne relevaient que de simples opérations de police.ue parti, les communistes revendiquaient le droit du peuple algérien à disposer de lui-même.

    La guerre devait durer près de huit ans. Guerre sans nom mais chaque jour des hommes mouraient: combattants de l'Armée de libération nationale (ALN), soldats français tombés dans une embuscade. La guerre d'Indochine était terminée depuis juillet 1954. L'armée française ne pouvant accepter sa défaite de Diên Biên Phu criait à la trahison sans comprendre que l'ère du colonialisme avait pris fin. Mais la situation en Afrique du Nord était différente. Nous n'étions plus cette fois à des milliers de kilomètres de la métropole mais à une heure d'avion, avec un million de pieds noirs, originaires de France, d'Espagne ou d'Italie. Combien de familles françaises comptaient des leurs de cet autre côté de la Méditerranée?

    Il fallut des années pour remonter ce courant colonialiste. Des hommes de progrès, dans la France de 1956, n'avançaient-ils pas l'idée que la France de 1789 était meilleure que l'Islam?

    Des batailles ont eu lieu comme en témoigne un film comme celui de Bertrand Tavernier «la Guerre sans nom», rappelés se rassemblant dans une église parisienne pour marquer leur refus, soldats tirant les sonnettes d'alarme des trains pour freiner leur départ, se barricadant dans une caserne de Rouen avec le soutien des communistes de la ville, alors dirigés par Roland Leroy.

    Et combien de manifestations, toujours réprimées par la police, se soldant par des heures d'emprisonnement dans les commissariats de Paris et de sa banlieue, notamment.

    Manoeuvres sans résultats

    Une partie du peuple français crut alors que la venue du général de Gaulle au pouvoir allait achever cette guerre. «Je vous ai compris», avait-il dit aux mutins d'Alger. Mais bientôt, c'est aux combattants algériens qu'il s'adressait en en leur proposant la «paix des braves». Manoeuvres de part et d'autres sans résultats. Le temps des capitulations était passé et le peuple algérien, martyrisé, exigeait l'indépendance.

    Il fallut pourtant encore quatre années de guerre, quatre années de luttes. En Algérie d'abord où le peuple, enfermé dans des camps, quadrillé dans les villes, continuait d'affirmer sa confiance dans le FLN. En France où les manifestations se multipliaient.

    En 1961, la manifestation pacifique des Algériens de la région parisiennne, violemment réprimée par la police du préfet Papon, marqua le soutien total de ces immigrés envers le FLN de la même façon que les manifestants et manifestantes algérois brandissant le drapeau algérien avaient montré l'échec de la politique colonialiste. Le 17 octobre, des centaines de manifestants pacifiques ont été tués, blessés, jetés dans la Seine, enfermés dans les camps avant d'être envoyés en Algérie d'où beaucoup ont disparu.

    Le 8 février 1962, après une nuit terroriste des partisans du colonialisme à Paris où une petite fille fut défigurée par une charge de plastic visant le ministre gaulliste André Malraux, des milliers de Parisiens vinrent manifester à la Bastille, contre les tueurs de l'OAS et pour la paix en Algérie par la reconnaissance du droit à l'indépendance.

    La police du ministre Frey et du préfet Papon chargea au métro Charonne un cortège paisible. Sur les neuf morts, huit étaient communistes et tous membres de la CGT.

    Les pourparlers de paix, engagés alors à Evian, entre représentants du gouvernement français et des combattants algériens s'accélèrent. Le 18 mars, un accord était signé, le cessez-le-feu proclamé pour le 19 mars à midi. Ce jour est désormais celui de la fin de cette guerre, celui de la fin d'un cauchemar de près de huit années.

    Guy Bedos : guerre d'Algérie, «la réconciliation véritable ne peut pas être réalisée par une date»

    par Lola Gazounaud: Propos Recueillis

    Après la visite de François Hollande en décembre 2012, une nouvelle date mémorielle doit célébrer les victimes françaises et algériennes, chaque 19 mars. Réactions.

    Décembre 2012. Alors que le Président français François Hollande préparait sa visite en Algérie, une nouvelle loi mémorielle était promulguée en France.
    La date choisie : le 19 mars. En référence au jour du cessez-le-feu en Algérie, en 1962, ce choix, loin de faire l'unanimité, réveille les démons encore bien présents en France. Polémiques ou passions ? Une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent.
    Que penser en effet de cette date «commémorative» qui allonge la longue liste de ces évènements institués en France en autant de symboles ultra-politisés? Pour mémoire justement, citons le 5 décembre, date «neutre» honorant les «morts pour la France» en Afrique du Nord, jugée «arbitraire» par les promoteurs de la nouvelle commémoration du 19 mars. Citons le 5 juillet 1962, jour des enlèvements d'Européens à Oran, brandie comme un cri par certaines associations de Pieds-Noirs. Ou le 25 septembre, en hommage aux harkis ; et encore le 8 mai 1945, date mémorielle française de la Libération et de la victoire «contre le fascisme et le nazisme» certes, mais également jour du massacre de Sétif, devenu arme de dénonciation pour le mouvement des «Indigènes de la République» de la «France (post) coloniale». Puis, il y a ceux qui souhaitent en finir avec la «repentance coloniale». C'est d'ailleurs «sans repentance» que M. Hollande a reconnu les «souffrances» infligées à l'Algérie par la colonisation.
    Face à cet imbroglio de dates, il semble légitime de se demander si l'ingérence politique sur le terrain mémoriel ne cristallise pas les divergences, creusant un peu plus les «blessures coloniales»?
    Non, si l'on en croit le texte de la loi proposée par le sénateur (PS) Alain Néri. Rappelant le sinistre bilan aussi bien du côté français qu'algérien, elle affiche une volonté de réconciliation et d'apaisement en assumant le passé colonial «trop longtemps nié», «qui a marqué plusieurs générations de Français, comme la population algérienne et ses descendants». Dans un esprit d'«exactitude» historique et de rassemblement, elle ne laisse pas dans l'oubli les victimes des hostilités qui ont perduré après le 19 mars 1962. Enfin et surtout, la loi ne cache pas son ambition de faire «disparaître les séquelles les plus graves de la guerre d'Algérie, le racisme et les discriminations dont sont victimes encore aujourd'hui les ressortissants d'origine algérienne […]»
    Cela étant, une date érigée en symbole suffit-elle à cicatriser les blessures d'une histoire longue de plus d'un siècle et à réconcilier les multiples protagonistes de cette histoire partagée ? Nous avons posé la question à quelques-uns d'entre eux. Lola Gazounaud

                    ENTRETIEN AVEC GUY BEDOS
    Le comédien «polémiste» français, né à Alger, est arrivé en France à l'adolescence. Célèbre et célébré sur les deux rives de la Méditerranée, il est connu pour son amour indéfectible de l'Algérie. Il lui dédie la première partie de son livre J'ai fait un rêve. Entretiens avec Gilles Vanderpooten, paru le 14 mars aux éditions de l'Aube.
    Que pensez-vous de cette loi en faveur de la date mémorielle du 19 mars ?
    Je ne me sens pas concerné par cette date, n'ayant pas participé à la guerre d'Algérie. J'ai été réformé pour maladie mentale car je ne voulais pas tirer sur mes copains d'enfance. Cette date, je vous le dis franchement, je m'en fous, même si je comprends qu'elle ait du sens pour ceux qui ont fait la guerre. Mais, la réconciliation véritable, qui va au-delà des accords d'Evian, ne peut pas être réalisée par une date. On peut se pencher sur la mémoire de ceux qui se sont trouvé avalés par la guerre sans l'avoir choisie, mais cela ne suffit pas.

    Cette date, qui ne marque pas la fin des violences, ne fait pas consensus en France. Néanmoins, la proposition de loi s'adresse à toutes les victimes, françaises et algériennes.
    Si c'est le cas, je souscris ! Mais, on le sait, les accords d'Evian n'ont pas tout réglé et il y a eu beaucoup de massacres qui ont suivi, dans les deux camps.
    Une date mémorielle permet-elle d'apaiser les «souffrances» et rassembler les divers protagonistes de l'histoire partagée?
    Les actes sont plus importants que les dates. Or, il y a de nombreuses choses qui me choquent en France, notamment en ce qui concerne l'immigration. Beaucoup d'Algériens veulent venir en France et sont très mal accueillis voire même pas du tout. Ce n'est pas à l'honneur de la France. Ces êtres humains n'ont commis d'autres crimes que de naitre là où ils sont nés et ils sont bien plus importants que des dates mémorielles.
    On entend souvent parler de repentance en France. Que pensez-vous de la reconnaissance par François Hollande des «souffrances» infligées à l'Algérie par la colonisation ?
    C'est ce qu'il a fait de mieux, ces derniers temps... Néanmoins, quand M. Hollande va en Algérie pour signer des autographes, c'est bien, mais il devrait dire à M. Valls de changer de comportement vis-à-vis des Algériens qui arrivent en France. Je me souviens d'un dessin de mon ami Plantu, dans le journal Le Monde : François Hollande face aux jeunes Algériens exprimant «Repentance?... Regret ?… Excuse? » et les jeunes, en retour: «Visas !… Visas !» Sinon, je trouve très bien que le gouvernement actuel effectue une repentance, non pas en son nom propre, mais au nom de la France, qui je continue à le dire, est, en tant qu'occupant, responsable de cette guerre. Chacun doit se poser devant le miroir de l'histoire : il y a eu des excès de part et d'autre, des meurtres qui n'étaient pas des «urgences». J'ai la guerre en horreur, et celle-ci en particulier car elle était, selon moi, totalement évitable, si l'on avait écouté des gens comme Albert Camus. Je la porte comme une sorte de culpabilité parce que je suis né Français d'origine douteuse mais Français, et je trimbale une double honte, vis-à-vis de mes jeunes copains qui ont été enrôlés dans l'armée française, qui y ont laissé la peau ou ont participé à des saloperies, et vis-à-vis des milliers de morts dans les deux camps. Je suis sensible à la souffrance des jeunes combattants enrôlés de force, à celle des Pieds-Noirs qui n'avaient pas mérité de choisir entre la valise et le cercueil, à celles des Algériens, tous maltraités par l'Histoire. On nous parle de vivre ensemble aujourd'hui mais c'est ce que nous faisions alors, tous ensembles cathos, juifs, musulmans et athées.
    Comment parvenir à une réconciliation véritable ? Vous avez un projet de film qui va dans le sens de cette réconciliation ?
    Ce ne sera pas grâce à l'instauration de dates, mais grâce, par exemple, à la culture : par des livres, des films qui vont dans le sens du chagrin dont on est porteur en tant qu'être humain, du seul regret qu'il y ait eu cette guerre sans incriminer quiconque, si ce ne sont les gouvernements. Ce projet de film va en effet dans le sens d'une paix véritable et devrait être soutenu par la ministre algérienne de la Culture, Mme Khalida Toumi. J'interprète l'écrivain et journaliste Rolland Bacri, juif d'Algérie qui, par nostalgie de son enfance, retourne dans son pays natal. Il rencontre un chauffeur de taxi, joué par Fellag qui «se charge de lui», l'accompagne sur les lieux du souvenir... C'est la reconnaissance de faits historiques à un niveau personnel, emblématiques de ce qui sépare encore l'Algérie de la France.
    Pensez-vous que la France soit plus touchée que ne l'est l'Algérie par ces questions mémorielles?

    J'ai le sentiment, chez les Algériens que j'ai rencontrés, d'une envie d'effacer les cicatrices, envie d'une réconciliation, ce qui n'empêche pas les douleurs intimes de s'exprimer. J'ai ressenti également, de façon très forte, une mémoire encore vive de la langue française dont les Algériens sont orphelins. Quant à la France, je constate la montée du racisme et le gouvernement français a un rôle à jouer pour y mettre un frein et améliorer la relation franco-algérienne.
    SOURCE :  http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180391

     

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