• Au Vietnam, contrats et mémoire de la guerre d'Indochine pour Edouard Philippe *** Le 7 mai 1954 : la défaite de Dien Bien Phu : L’historien Alain Ruscio la replace dans son contexte

     

    Au Vietnam, contrats et mémoire

     de la guerre d'Indochine

     pour Edouard Philippe

    Le Premier ministre Édouard Philippe à Malzieu-Ville en Lozère, le 26 octobre 2018 ©SYLVAIN THOMAS, AFP

     

    Édouard Philippe se rend de vendredi à dimanche au Vietnam pour un voyage alliant diplomatie économique, avec des "accords commerciaux" attendus, et la mémoire de la guerre d'Indochine, avec un rare passage du Premier ministre français à Dien Bien Phu.

    Le dernier - et jusque-là seul - passage d'un haut responsable français sur les lieux de la lourde défaite de l'armée coloniale remonte à février 1993. Le président Mitterrand était alors venu se recueillir sur ce site symbole de l'acharnement des combats et de la victoire historique du Vietminh communiste en 1954.

    Quand Emmanuel Macron s'est déjà à de nombreuses reprises saisi de la mémoire douloureuse de la guerre d'Algérie, Edouard Philippe, qui se rend à Dien Bien Phu samedi, a souhaité faire, selon son entourage, ce "geste important" venant d'une génération qui n'a pas connu les guerres de décolonisation.

    "Pour aller ensemble avec un pays, il faut regarder le passé de manière confiante et être en paix avec ce passé, même s'il peut être douloureux", souligne Matignon.

    Après 56 jours de combats sanglants, la bataille dans la funeste "cuvette" a pris fin le 7 mai 1954 par la chute du camp retranché, scellant la fin de la présence française en Indochine et l'émergence du Vietnam en tant que nation indépendante.

    Plus de vingt ans de guerre et six décennies plus tard, le pays communiste est devenu une puissance émergente de 95 millions d'habitants, qui comme son grand voisin chinois affiche des taux de croissance de près de 7%. Un marché en fort développement qui borde ce qui s'annonce comme une des grandes zones de tensions du XXIe siècle, la mer de Chine méridionale.

    "C'est un des pays dont on a fait notre priorité", souligne Matignon.

    Avec une part de marché de moins d'1% des échanges commerciaux vietnamiens, la France veut davantage "positionner ses entreprises" au Vietnam. "Le but de cette visite sera de concrétiser des accords commerciaux", même s'ils ne seront pas tous "fermes", précise Matignon. Ils devraient porter sur l'aéronautique, les biens de consommation ou encore l'agroalimentaire.

    Une cérémonie de signatures d'accords est prévue vendredi après-midi entre Édouard Philippe et son homologue vietnamien Nguyen Xuan Phuc, avant un entretien avec le président Nguyen Phu Trong.

    - Tensions en mer de Chine - 

    Le contexte est favorable: s'ils n'excluent pas d'y revenir, les Etats-Unis de Donald Trump ont quitté le traité commercial transpacifique TPP. Le Vietnam, en discussions avancées avec l'Union européenne pour un accord de libre-échange, cherche de nouveaux partenaires.

    Face aux revendications territoriales de Pékin en mer de Chine du Sud, et la souveraineté contestée des archipels Spratleys et Paracels, Hanoï est également dans une phase de rapprochement avec les puissances occidentales, même si la Chine communiste reste son partenaire incontournable.

    La France, a fortiori depuis l'élection d'Emmanuel Macron, cherche elle à renforcer un axe "indo-pacifique", avec l'Inde, l'Australie ou encore le Japon.

    Le dossier de la "mer de l'Est", comme elle s'appelle au Vietnam, "sera au menu des discussions", selon Matignon. La France "ne prend pas parti pour l'un ou pour l'autre mais veut le respect du droit, c'est-à-dire de la liberté de navigation et de circulation".

    Avec la fin du quasi monopole russe, et sur fond de montée des tensions maritimes, Paris lorgne également depuis plusieurs années le marché de la défense au Vietnam.

    "On est tout à fait prêts à aider le Vietnam dans ses besoins d'équipements pour mieux surveiller et contenir ses frontières. Il y a des discussions en cours mais elles sont assez longues" et ne devraient pas se concrétiser cette semaine, selon Paris.

    Pour son déplacement, Edouard Philippe est accompagné des ministres Agnès Buzyn (Santé), Gérald Darmanin (Comptes Publics) et du secrétaire d'Etat Mounir Mahjoubi - et d'une délégation d'une quarantaine de personnalités de nombreux domaines.

    Au terme de son voyage au Vietnam, le Premier ministre décollera lundi pour la Nouvelle-Calédonie, au lendemain du référendum d'indépendance, fruit du processus de décolonisation encadré par les accords de Matignon et Nouméa.

    SOURCE : https://actu.orange.fr/france/au-vietnam-contrats-et-memoire-de-la-guerre-d-indochine-pour-edouard-philippe-CNT000001817TC.html 

     
     

    Au Vietnam, contrats et mémoire de la guerre d'Indochine pour Edouard Philippe ***

    Le 7 mai 1954 : la défaite de Dien Bien Phu

    est une étape importante de la fin

    de l’Empire colonial français

    L’historien Alain Ruscio la replace

    dans son contexte 


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    Bigeard à Dien Bien Phu

    Au Vietnam, contrats et mémoire de la guerre d'Indochine pour Edouard Philippe *** Le 7 mai 1954 : la défaite de Dien Bien Phu : L’historien Alain Ruscio la replace dans son contexte

    Les prisonniers français

     

    Dien Bien Phu morne cuvette. Dans l’imaginaire de bien des Français, la défaite tonkinoise a rejoint celles d’Alésia, de Bouvines ou de Waterloo. Avec, en plus, une dimension culpabilisante : Que diable allait f… l’armée française dans cette galère, à l’autre bout du monde ? 

    1953. La guerre d’Indochine dure depuis sept années. Le corps expéditionnaire français s’y est progressivement enlisé. Son adversaire, l’armée populaire, que les Français appellent le plus souvent Viet Minh, voire Viets, d’abord en difficulté, a repris l’initiative sur tous les fronts. En mai, le gouvernement français a nommé un nouveau commandant en chef – le septième ? le huitième ? on ne compte plus – un nouvel homme miracle, le général Navarre. 

    Celui-ci décide d’inverser la tendance par une initiative spectaculaire. C’est donc l’armée française qui a choisi le terrain. Ce sera à Dien Bien Phu. 

    Seuls les spécialistes de l’Indochine connaissaient ce petit village du pays thai, au nord du Vietnam, avant le parachutage, le 21 novembre 1953, de milliers de soldats du Corps expéditionnaire. L’ambition du commandant en chef, est simple : il s’agit de « barrer la route » du Laos et de « casser du Viet » (l’expression court dans la presse pro-guerre). Pour ce faire, il édifie un camp impressionnant, sans doute le plus puissant de l’après Seconde guerre mondiale, autour de points d’appui, amoureusement baptisés de noms de femmes (Anne-Marie, Béatrice, Dominique…). Y affluent les meilleurs soldats français d’Indo, dont le célèbre Bigeard. Le camp est placé sous le commandement du colonel de Castries, un cavalier, qui sera fait général pendant la bataille. 

    Il est de bon ton, aujourd’hui, de critiquer cette initiative. C’est oublier un peu vite que la quasi-totalité des militaires et des politiques français l’approuvèrent. « Le Commandement français est sûr d’infliger une sévère défaite au Viet Minh à Dien Bien Phu. Nous nous attendons à des combats durs et longs. Nous gagnerons » dit ainsi le général Cogny, adjoint de Navarre (Le Figaro, 13 janvier 1954). 

    Mais, face à l’armée française, il y a un tandem d’exception : Ho Chi Minh et Vo Nguyen Giap. Ho le politique et Giap le militaire. Ho le réservé et Giap l’impétueux. Surtout, il y a une majorité de la population, tous les témoignages d’époque en attestent. Pour l’indépendance, certes, pas pour le communisme. Mais une majorité. 

    Et une vraie armée. Ce ne sont plus des va-nu-pieds, comme au début de la guerre, que les Français affrontent, mais des soldats aguerris, entraînés, équipés, en grande partie par la Chine populaire – il est vrai que l’armée française, elle, est équipée à 75 % par les Américains… 

    La bataille ne s’engage véritablement qu’en mars 1954. Navarre a choisi le lieu, Giap choisit le moment. Navarre a édifié son camp au centre d’une cuvette, Giap a massé ses troupes sur les bords. C’est de bonne guerre. 

    Dès le premier assaut Viet Minh, c’est la stupéfaction. Deux des points d’appui réputés imprenables sont enlevés sans coup férir. Puis, c’est la piste d’aviation, intensément bombardée, qui devient inutilisable. De piège à Viets, la cuvette se transforme jour après jour en piège à Français. Rien n’y fait. Ni l’héroïsme indéniable des soldats du Corps expéditionnaire, ni les plans un peu fous de sortie en masse, ni les bombardements aériens (souvent au napalm) des lignes Viet Minh. C’est à un véritable Verdun de la jungle, Verdun tropical, Verdun tonkinois (toutes expressions empruntées à la presse de l’époque) que l’on a affaire. Oui, mais un Verdun sans la voie sacrée, un corps sans poumon, destiné à mourir. 

    C’est chose faite, le 7 mai. Dialogue par téléphone entre les généraux Cogny, à Hanoi, et de Castries, à Dien Bien Phu : 

    « Mon général, situation grave, combats confus partout. Je sens que la fin approche. Nous nous battrons jusqu’au bout.
      Bien compris, bien compris, vous lutterez jusqu’au bout. Pas question de hisser le drapeau blanc, n’est-ce pas ?
      Non, nous détruirons les canons, le matériel et les postes de radio-télèphone.
      Merci !
      Nous nous battrons jusqu’au bout. Au revoir, mon général. Vive Ia France !
     » 

    Mais l’émotion n’empêche pas de réfléchir. A qui, à quoi a servi cette guerre, dont cette ultime bataille ? 

    La vérité est que l’affrontement d’Indochine n’a jamais été vécu par la nation française comme sa guerre. L’opinion, travaillée par un PC alors très actif, a même franchement condamné, et de plus en plus, cet engagement. Et les gouvernements successifs, dirigés par le MRP, le centre, le Parti socialiste, n’ont pas su, voulu ou pu donner à cette guerre une dimension nationale. L’anticommunisme en fut le seul aliment. 

    Les héros de Dien Bien Phu sont morts ou sont revenus traumatisés parce que les politiques n’avaient pas compris que l’ère des décolonisations était commencée, que le sentiment national – vietnamien mais, au-delà, de tous les peuples encore dominés – était devenu une force irrésistible qu’aucune armée ne pouvait briser. 

    Les colonisés, eux, ne s’y sont pas trompés. Divers témoignages attestent qu’à Alger, à Rabat, en AOF et AEF, dans les quartiers populaires, la joie éclata. A la conférence de Bandoeng, en 1955, les chefs de la délégation vietnamienne furent accueillis en héros. Plus tard, Ferhat Abbas, devenu premier chef de l’Etat algérien indépendant, sut trouver les mots justes : « Cette bataille reste un symbole. Elle est le “Valmy“ des peuples colonisés. C’est l’affirmation de l’homme asiatique et africain face à l’homme de l’Europe » (Ferhat Abbas, La nuit coloniale, 1962). 

    Un peu plus tôt, un homme politique français avait, lui aussi, écrit un livre évoquant la bataille du Tonkin. Et avait trouvé une jolie formule : « La politique de force alla jusqu’à son terme en Indochine : ce terme s’appelle Dien Bien Phu ». Il s’appelait François Mitterrand (Présence française et abandon, 1957). 

    Que n’avait-il eu cette sagesse, au lendemain de l’insurrection algérienne, lorsqu’il déclarait : « La seule négociation, c’est la guerre » ? Il aurait évité à la France, non certes un nouveau Dien Bien Phu (il n’y en eut pas en Algérie), mais un nouveau rendez-vous manqué avec l’Histoire en train de se faire. 

    Alain Ruscio, historien 

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 31 Octobre à 18:40

    Le dimanche qui a suivi la chute de Dien Bien Phu, comme chaque semaine je mangeais chez mes grands-parents paternels. J'avais alors 14 ans et mon environnement familial faisait que j'apprécias cette victoire de l'armée vietnamienne et cette défaite de l'armée française. 

    Bien sûr on peut plaindre les pauvres bougres qui sont morts avec l'uniforme français dans cette cuvette. Mais ça ne modifiait pas mon sentiment.

    Mon grand-père qui avait la guerre de 14-18 avait râlé parce qu celle à laquelle il avait participé devait être "la der des der". C'est du moins ce qu'il avait dit. En fait je l'ai soupçonné d'avoir râlé parce que notre armée avait pris une déculottée. C'est qu'il avait le profil presque caricatural de l'ancien combattant !

    Il y avait une rupture entre lui et mon père à propos du jugement porté sur  l'institution militaire. Mais ce n'est que plus tard que j'en ai pris pleinement conscience.

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